‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 70 sur 137 · DAVID S'EMPARE DE SION · texte numérisé non relu

DAVID S'EMPARE DE SION

L'autre ouvrage n'offre pas un tracé aussi remarquable ni aussi compliqué. C'est un canal qui part de la source et court au flanc de la pente extérieure de la colline. Selon les nécessités ou les facilités du terrain, il est en tranchée ouverte, en tunnel entièrement souterrain ou en tunnel percé de fenêtres par où l'on pouvait venir puiser, après avoir momentanément élevé le niveau de l'eau à l'aide d'une vanne mobile. Il ne pénétrait dans le périmètre des murs que vers la pointe méridionale de la colline, et déversait l'eau qu'il amenait de Gihon dans un réservoir constitué par un barrage en travers de l'embouchure du Tyropoeon. Faute de fouilles, on n'en connaît pas le cours inférieur. Mais on peut supposer que, là aussi, une ou plusieurs galeries souterraines permettaient, comme cela se pratiqua en un point voisin de son origine1, de venir descendre s'y approvisionner en eau alors qu'il passait en dessous ou à proximité des habitations de la ville. Si ce second canal fut percé après le premier, il ne semble pas que rien prouve qu'ils n'existaient pas l'un et l'autre avant l'occupation de Jérusalem par David2.

par Warren au cours de la campagne de fouilles de 1867, exploré de nouveau, de 1909 à 191 1, par l'expédition anglaise de Parker et décrit avec précision par le P. Vincent dans Revue Biblique, 1912, pp. 86-105 ; Jérusalem sous terre, chapitre II C pp. n-18 ; Jérusalem, t I, pp. 150-156. L'orifice supérieur de ce passage n'a pu être encore découvert, en raison de la présence de maisons et de cultures sur la plate-forme de la colline mais il devait y déboucher quelque part, puisqu'un escalier montant continue dans cette direction au point le plus élevé où l'on ait pu explorer le passage ; ce point est situé à flanc de coteau, exactement au-dessus de Gihon, appelée aujourd'hui, 'Ain Oumm ed-Déredj, ou <Aïn Sitti Maryam, la source de Notre-Dame Marie. Outre les parties indiquées ci-dessus, ce passage comporte un puits de 25 mètres, légèrement coudé et terminé en cul-de-sac, qui se trouve à l'extrémité supérieure de la galerie; son percement a été abandonné. Puis, au-d-ssus du puits qui descend vers l'eau, la galerie se prolonge jusqu'à la surface de la pente à travers des cavernes naturelles, qui furent utilisées pour attaquer la percée et évacuer les déblais. La date du percement de ce passage ne peut être établie avec assurance. Le P. Vincent croit que le travail est cananéen, Jérusalem, t. I, p. 161, n. 2.

r. Vincent, Les récentes fouilles d'Ophel, Revue Biblique, 1912, p. 449 et voir fig. 13, p. 442.

2. Ce canal est le canal II de la nomenclature ; I désigne un canal qui se dirige vers le Cédron, III le canal souterrain d'Ezéchias. Sur ce canal II, voir Weill, La, Cité de David, pp. 44-54, 140-151. Outre la description détaillée de la section découverte par cet explorateur, on trouvera là quelques rens ugnements ou renvois pour les '-echerches antérieures de Schick, par sondages sur le même parcours, et de la mission Parker, par pénétration, à partir de l'origine, sur une longueur de 72 m. 60 ( /incent, Revue Biblique, 191 1, pp. 579-583). Les dimensions du canal II sont : en largeur, de 45 à 50 centimètres ; en hauteur, de 1 m. 40, à 1 m. 60, rarements de 1 m. 75 à 1 m. 80, mais de 2 m 75 en moyenne dans la section Parker. Pour la date de percement de ce canal, le P. Vincent la fixe après celle du percement des

SaQl et David. x2

Où l'eau passait, un homme pouvait passer, puisque canaux et galeries avaient été entièrement creusés par d'ingénieux, hardis et patients ouvriers. Soit que cette canalisation fût déjà connue des Hébreux avant le siège, soit qu'ils l'eussent découverte alors en fouillant la pente, en entendant un bruit de voix ou un clapotis d'eau, en rémarquant des allées et venues de l'ennemi, soit enfin qu'un prisonnier complaisant ou un traître bien payé leur eût révélé ces passages secrets, rien de très invraisemblable à ce qu'un guerrier entreprenant, alléché par les promesses du roi, se soit risqué à utiliser l'un ou l'autre pour déboucher soudain, à la tête d'une poignée de compagnons résolus, dans l'enceinte même de la citadelle de Sion 1. Sans le dire

galeries de l'ouvrage précédemment décrit, et de préférence, semble-t-il, « au début delà monarchie israélite à Jérusalem » (Jérusalem, t. I, p. 161, n. 2 ; Revue Biblique, 1921, p. 424). M. Weill veut le dater du ixe siècle, peut-être du xe. Son principal argument est que le canal II alimente le Birket el-Famrâ, le réservoir aménagé à l'embouchure du Tyropœon, et que ce réservoir « n'aurait pu être compris dans les limites de la ville du temps de David ou même de Salomon, et par suite n'existait pas encore », loc. cit., p. 53. Mais il est, au contraire, très probable que ces deux rois, ou tout au moins le dernier, entourèrent de murs la moitié méridionale de la colline de l'ouest y compris le cours inférieur du Tyropœon. Peut-être même des Jébuséens, a-t-on dit plus haut, occupaient ces quartiers, et ils pouvaient si bien avoir établi un réservoir même en dehors des murs de la colline orientale, qu'aujourd'hui, à peu de distance de là, le ouâdy Rabâby est coupé par une digue pour former le Birket es-Soultân, qui, lui aussi, est en dehors des murs. Quant aux vestiges archéologiques recueillis dans la section Parker du canal II, — « des tessons très nettement israélites du xe-ixe siècle » trouvés dans une couche de vase desséchée (Vincent, Les récentes fouilles d'Ophel, Revue Biblique, 191 1, p. 580) — ils établissent que ce canal était en usage à cette date, mais non pas que l'on venait justement de le creuser. D'ailleurs, si l'absence de traces de l'emploi du pic suggère de dater de l'époque cananéenne les galeries du premier ouvrage (Vincent, Jérusalem, t. I, p. 161, n. 2), comme le pic n'a pas non plus été employé au canal II (section Parker, Revue Biblique, 191 1, p. 583), pourquoi ne pourrait-on pas considérer aussi ce canal II comme cananéen ?

1. L'hypothèse de l'utilisation du puits et de la galerie ascendante qui établissent une communication entre la source de Gihon et la surface de la coUine juste au-dessus de la source, a été suggérée par Chaplin, défendue avec habileté par Birch (Palestine Exploration Fund's Quarterly Statement, 1890, pp. 200 et suiv. ; 1893, pp. 76 et suiv.), et reprise avec conviction par le P. Vincent (entre autres écrits, voir Jérusalem, t. I, pp. 156 et suiv. ; Le Çinnor dans la Prise de Jérusalem, Revue Biblique, 1924, pp. 357 et suiv). Cette hypothèse est séduisante. Elle se heurte pourtant à deux objections. D'abord, à l'extrême difficulté d'escalader, sans attirer l'attention de l'ennemi, un puits de 13 mètres, dont les parois verticales n'offrent pas assez de points d'appui. C'est pour écarter cette objection grave que Birch, dans le deuxième des articles cités, faisait entrer en ligne de compte la trahison d'un Jébuséen, Orna. Mais le P. Vincent l'écarté mieux encore, en citant l'invraisemblable prouesse de deux Anglais de la Mission Parker, qui, en une demi-heure et avec l'aide seule de trois traverses de bois, se hissèrent dans ce puits. Une seconde cause de fragilité pour l'hypothèse en question, c'est la grande instabilité de sa base textuelle. D'une part, en effet, çinnôr ne peut guère désigner que la galerie

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