DAVID TRANSFERE L ARCHE A SI ON I
reprit son projet ; mais il le modifia. Il lui fallait, cette fois, avoir des prêtres à ses côtés, puisque leur absence n'avait pas été sans entraîner, la première fois, une violation fatale des règles religieuses. Pour les avoir, il renoncerait à faire de Jérusalem Tunique sanctuaire qu'il avait rêvé d'ériger ; à côté d'elle, il reconnaîtrait Gabaon comme sanctuaire officiel, et à côté, sinon même au-dessus d'Abyatar, il ferait de Sadoq, le prêtre de Gabaon, un autre prêtre d'État1. Soit que cette concession eût été volontiers agréée par eux, soit qu'ils eussent dû se rendre à un ordre impératif de David, les deux prêtres et leurs Lévites acceptèrent de reprendre le transfert de l'arche.
Trois mois après l'insuccès de la première cérémonie, une nouvelle convocation rassembla une foule considérable à Jérusalem. On se rendit à la maison d'Obed-Édom ; des Lévites chargèrent, à l'aide de barres, l'arche sur leurs épaules ; et le cortège s'ébranla. Quand les porteurs eurent fait six pas, ils s'arrêtèrent pour permettre à David d'immoler des bœufs et des veaux gras. L'angoisse qui pouvait encore hanter vaguement les âmes se dissipa ; la fête se poursuivit dans une pieuse allégresse. Le roi, dépouillé de tout vêtement royal et ceint seulement d'un éphod, le pagne rituel de lin, redoublait d'entrain dans la danse sacrée, parmi les acclamations de la foule, les cantiques des chanteurs, le jeu des musiciens et les éclats sonores des cornes lévitiques. On pénétra enfin dans l'enceinte de Sion, devenue la résidence du roi et destinée à être en même temps celle de l'arche. Peutêtre est-ce alors que, pour la première fois, l'on chanta ces couplets alternés : 2
— Portes, élevez vos faîtes ; Elevez-vous, baies antiques.
Et le roi glorieux entrera.
— Quel est ce Roi glorieux?
— C'est Yahwè, le puissant, le vaillanU C'est Yahwè, vaillant à la guerre.
r. Voir, ci-dessous, p. 197-198 et Salomon, p. 214-215.
2. Psaumes, xxrv (Vulgate, xxni), 7-10. Ce qui autorise à peuser que ces couplets se rapportent à une entrée processionnelle de l'arche, c'est l'emploi qui y est fait de l'expression « Yahwè des armées » ; elle était, à l'époque ancienne, souvent employée à propos de l'arche. Sur ce point voir La Période des Juçes, p. 211, n. 1.
SaQl et David. 13
— Portes, élevez vos faîtes ; Elevez-vous1, baies antiques, Et le Roi glorieux entrera.
-r- Quel est ce Roi glorieux?
— C'est Yahwè des armées ; C'est lui le Roi glorieux.
Cependant, Mîkhal, fille de Saùl, regardait par une fenêtre de la maison du roi. Elle aperçut David, son mari, qui dansait, à peine vêtu, avec une grande agilité, et elle le méprisa dans son cœur.
L'arche, heureusement parvenue au lieu que le roi lui avait destiné, fut placée sous une tente, par un respect scrupuleux des anciennes traditions du yahwéisme nomade. Les prêtres de Gabaon n'avaient pas eu la délicatesse de rendre la tente qui venait de Moïse, et qui avait abrité l'arche aux temps héroïques du séjour au désert 2; il avait fallu en fabriquer une neuve. Sur l'autel, pourvu de cornes à ses angles, qui se trouvait devant l'arche, David brûla des holocaustes, et offrit des sacrifices pacifiques3. Quand tout fut achevé, il bénit le peuple au ncm de Yahwè des armées, puis le congédia en faisant donner à chacun, homme ou femme, un pain, une galette et un gâteau de raisin4.
C'est à cette grandiose manifestation religieuse, où l'arche, Sion et David, se trouvaient exaltés ensemble, que se rapporte le psaume cxxxil 5. On y perçoit comme un écho des fêtes du
i. Correction, d'après le verset 7 et plusieurs manuscrits pour « élevez »
2. Cette tente ancienne se trouvait, en effet, encore à Gabaon au commencement du règne de Salomon, d'après II Chroniques, i, 3.
3. Un autel, avec des cornes, qui conféraient le droit d'asile à qui les saisissait, est mentionné comme se trouvant sous la tente même de l'arche par I Rois, n, 28-30. On ne voit pas si la présence des cornes implique que l'autel avait été taillé, à rencontre des antiques prescriptions de Exode, xx, 25 ; ou construit avec des pierres brutes entassées ; quelques-unes de celles-ci pouvaient stffisamment représenter es cornes liturgiques.
4. Voir, Salomon, p. 215, pour le rôle de prêtre tenu par David dans tout le lcours de cette cérémonie.
5. C'est le psaume « Mémento, Domine, David », Vulgate, cxxxi. Il est inclus dans la collection des « psaumes des montées » ou du pèlerinage à Jérusalem. Il ne se réfère pas, comme on le dit parfois, au transport de l'arche dans le temple, mais bien à son transfert de Qiryath-yearim (cf. verset 6 : « campagnes de Yaar ») à Sion ; du reste, ce n'est pas Salomon, mais David qui est en cause. Le psaume se partage en deux parties, qui se répondent. La première a pour sujet le serment, fait par