‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 81 sur 137 · I Chroniques, xvi · texte numérisé non relu

I Chroniques, xvi

2. I Rois, vin, 4, et le passage parallèle II Chroniques, v, 5. Toutefois, on ne voit pas clairement si « la tente de réunion » mentionnée dans ces textes désigne, en réalité, celle de Gabaon, ou s'il ne s'agirait pas simplement de la tente de David, qui, en raison de son rôle, aurait pris le nom consacré pour la tente mosaïque. Sur la paternité de Yahwè à l'égard des rois, voir, Salomon, p. 309. et suiv.

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dans la résidence du roi. Car ils avaient été dans le passé, sinon les propriétaires exclusifs de l'arche, du moins ses gardiens-nés. C'est un Israélite, Josué, qui la mène sur lès champs de bataille ; c'est en territoire israélite, à Silo, qu'elle est déposée et que l'on vient d'un peu partout sans doute, mais d'Éphraïm principalement, pour la vénérer ; c'est enfin pour Israël surtout que sa capture, au temps d'Héli, avait été un désastre ,en marquant le début de la lourde oppression philistine qui s'abattit dès lors sur lui.

En l'amenant triomphalement à Jérusalem, où elle devenait comme la pierre d'angle de sa royauté, David, certes, avait tenu d'abord à honorer Yahwè. Mais la religion, bien suivie, entraînait d'heureux résultats politiques. David sanctifiait sa capitale, et la faisait entrer de biais dans l'histoire du peuple élu ; en même temps, il s'attachait plus solidement les Israélites, ceux qui avaient été j usqu'alors les principaux dévots de l'arche, et qui ne s'étaient ralliés que sur le tard à son autorité. Qui sait même s'il n'accomplissait point, par le transfert, l'une des promesses faites par lui aux cheikhs d'Israël, venus à Hébron pour discuter avec lui les conditions de son élévation au trône du nord? Il dut conclure un pacte avec eux; l'arche n'en étaitelle point l'un des objets? Quoi qu'il en puisse être, aucune démarche de sa part ne contribua probablement plus que cellelà à lui soumettre, autant qu'ils pouvaient l'être, ces Israélites» si jaloux de leur indépendance. En reprenant avec joie leurs pèlerinages à l'arche, ces nouveaux sujets apprenaient aussi le chemin de Jérusalem. Ils y venaient adorer Yahwè ; mais ils y rencontraient aussi le roi chez qui leur Dieu demeurait. Ils y coudoyaient de même des Hébreux de toutes les autres tribus, des Judéens surtout, non moins empressés qu'eux à visiter le roi, qui était des leurs et à fréquenter sous ses yeux le sanctuaire du palais. Unis devant l'arche, dans la prière et dans les sacrifices, les Hébreux sentaient plus vivement qu'ils étaient tous frères par la communauté de leur origine, de leurs souvenirs, de leur nationalité, de leur foi et de leur piété. Par suite, ils se prêtaient plus docilement à se laisser entourer des liens qui, maintenant faisaient d'eux tous les sujets d'un même royaume. Le yahwéisine des Hébreux, ravivé par la présence de l'ar-

che, scellait en quelque manière leur rapprochement politique.

Quelque empressement tenace que David eût te'moigné à exalter l'arche sainte, à lui procurer un abri plus digne d'elle, à en faire le point d'appui inébranlable de sa royauté, il sentit un jour que c'était encore trop peu pour honorer dignement Yahwè et pour satisfaire entièrement sa piété. Sur la fin de son règne, lorsque les Phéniciens lui eurent construit une demeure aux charpentes et aux boiseries de cèdre, il éprouva comme du remords, à vivre dans un palais luxueux tandis que son Dieu vivait sous une tente. Il pouvait faire travailler les nombreux sujets et les innombrables esclaves de son vaste royaume ; il avait du bronze en quantité, assez d'or pour payer les artistes étrangers et pour acheter les bois qui lui manquaient : il voulut édifier un temple. Ce projet, il s'en ouvrit à Nathan et Nathan l'approuva.

Mais dans la nuit qui suivit leur entretien, Yahwè déclara sa pensée au prophète. Pourquoi lui bâtir un temple? Depuis l'époque lointaine de la sortie d'Egypte, il avait toujours habité sous la tente et voyagé avec son peuple comme un simple nomade. Jamais, à personne, il n'avait demandé de lui ériger une maison de cèdre ; il déclinait l'offre du roi1. Mais quoiqu'il refusât, il était très touché, et, répondant à une générosité humaine inutile par une générosité divine efficace, il formulait pour David de magnifiques promesses : de son peuple, jadis errant, aujourd'hui exposé aux attaques des ennemis d'alentour, il ferait un peuple sédentaire, fermement implanté dans son propre domaine, et jouissant d'un repos parfait ; au roi, il bâtirait lui-même une Maison durable, c'est-à-dire qu'il lui accorderait la faveur insigne d'une dynastie qui durerait sans fin ; pour commencer dignement cette glorieuse lignée, il allait lui susciter un rejeton, dont lui-même serait le père, qui serait son fils, et de qui ne s'écarterait jamais la bienveillance divine2, dût -il le ramener un peu durement dans la voie de l'obéissance et de la vertu.

i. A ces raisons, I Chroniques, xxn, 8 ; xxvm, 3, dans des contextes différents, en ajoute une autre, donnée aussi par Yahwè, c'est que David avait trop versé de sang dans ses guerres.

2. Plusieurs exégètes pensent que dans II Samuel, vu, 13-15, ce n'est pas un fils de David, en particulier qui est visé, c'est-à-dire Salomon, mais toute sa postérité. Cette manière de voir ne paraît pas exacte. D'abord, on ne le conteste d'ailleurs pas, y*5Tr, zèim*, peut avoir, outre le sens de « race, postérité », celui de « fils, enfant »

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Nathan porta ce message à David. Le roi en fut profondément ému. Il se rendit au sanctuaire, s'assit devant Yahwè, lui exprima sa reconnaissance, et le pressa d'accomplir la promesse.

Que suis- je, dit-il, mon seigneur Yahwè, et qu'est ma Maison, pour que tu m'aies fait arriver jusque là? Mais c'est encore trop peu à tes yeux, mon seigneur Yahwè, et tu viens de parler aussi de la Maison de ton serviteur pour les temps lointains... Maintenant, donc, mon seigneur, ta parole sur ton serviteur et sur sa Maison, réalise-là à jamais, et fais comme tu as dit ; alors ton nom sera déclaré grand en ces termes : Yahwè des armées est Dieu sur Israël, et la Maison de ton serviteur David sera fermement établie devant toi. Car c'est toi, Yahwè des armées, Dieu d'Israël, qui as fait cette révélation à l'oreille de ton serviteur : Je te bâtirai une Maison. C'est pourquoi ton serviteur a pris la hardiesse de t'adresser cette prière. Maintenant, mon seigneur Yahwè, c'est toi qui es Dieu, et tes paroles sont vérité. Ayant dit à ton serviteur cette chose agréable, veuille maintenant bénir la Maison de ton serviteur, pour qu'elle soit à jamais devant toi: c'est toi, mon seigneur Yahwè, qui as parlé ; par ta bénédiction, la Maison de ton serviteur sera bénie à jamais. 1

Le refus de Yahwè sanctionnait un grand principe : dans la religion, dans le culte surtout, il fallait rester fidèle aux usages du passé. Sûrement il n'est pas fortuit que le prophète Nathan eût été chargé de le rappeler au roi. Dans l'histoire du yahwéisme,

comme dans Genèse, iv, 25 ; Lévitique, xvm, 21 ; xx, 2, 34 ; xxn, 13 ; I Samuel, 1, n ; II, 20, De plus au verset 15, ce zéra4, qui est mis en comparaison, non avec la race de Saul.mais avec le personne de Saiïl,doit lui aussi s'entendre plutôt d'une personne. Enfin, s'il est vrai que I Rois, 11, 4 ; Psaumes, lxxxix (Vulgate, lxxxviii), 31-38 i cxxxn (Vulgate, cxxxi), 12, reprennent les paroles de Nathan en les entendant des fils de David, il peut y avoir là une interprétation par généralisation, qui n'est pas nécessairement à préférer à deux textes qui ont entendu zjra* d'un individu, à savoir le texte, parallèle à Samuel, de I Chroniques, xvn, 11, et surtout le verset 13 de II Samuel,vji; que l'on considère ce verset comme original, ce qu'il n'est peut-être pas, en raison du contexte ou de la répétition des derniers mots de 12, — qu'on le considère comme une parenthèse (Driver) ou comme une addition (Wellhausen), il vise sûrement Salomon seul. Il n'y a qu'à se tenir à cette interprétation à tout le moins inhérente au texte lui-même, et reprise explicitement dans I Chroniques, XXII, 6-10.

1. II Samuel, vu, 18, 19, 25-29. A moins que Ton ne rejette comme non historiques l'épisode du projet de David relatif à l'érection d'un temple ainsi que le message de Nathan, il n'y a pas lieu d'écarter cette belle prière de David comme une interpolation tardive. Si Yahwè a fait à David les promesses que rapporte Nathan. David ne pouvait guère exprimer d'autres sentiments. Naturellement, il y a à tenir compte de la manière de les formuler propre à l'auteur sacré, et, de plus, des retouches ou amplifications qu'on y a pu faire. Une retouche des plus apparentes est celle qui a transformé « mon seigneur ('adhônî) Yahwè », expression attestée ici par le texte grec, en « Seigneur Çadhônây) Yahwè », selon l'expression courante des textes prophétiques. Le peu de sympathie manifestée pour le temple accuse, au surplus, une composition à une date qui ne saurait être tardive. Sur ce point, voir aussi, Salomon, pp. 229-230.

les prophètes apparaissent comme les tenants les plus fermes de la tradition. Les changements les inquiètent ou les irritent ; et quand le développement nécessaire des institutions primitives en impose quelqu'un, c'est eux qui représentent la force régulatrice destinée à ne le laisser se produire qu'à l'heure opportune fixée par Dieu.

Ce n'était là, toutefois, qu'une partie de leur mission. Instruits de la continuité qui règne dans l'œuvre de la Providence, s'ils s'attachaient tant au passé, la raison en est qu'ils l'envisageaient comme le fondement inébranlable de l'édifice splendi de que l'avenir seul verrait achevé. Ils n'en apercevaient pas toute l'amplitude. Mais devant leurs yeux, illuminés d'une clarté divine s'en dessinait une silhouette, ici indécise, là plus distincte. Avec la royauté, à laquelle David avait imprimé, mieux que l'infortuné Saiïl, son caractère d'institution religieuse, ils voyaient s'en préciser l'un des traits. De cette dynastie nouvelle, issue d'un homme choisi pour sa piété, bénie de cette bénédiction de choix qu'était pour les anciens, plus encore que pour nous, la perpétuité de la famille et de ses privilèges, un roi illustre allait, dès le début, sortir, qui, par sa sagesse et ses magnificences, ébaucherait l'accomplissement de la promesse divine.

Mais les promesses de Dieu dépassent toujours ce qu'en attendent les hommes. Salomon, pour avoir reçu, en naissant, le nom de « Chéri de Yahwè », * n'aurait Yahwè pour père que seulement en figure. Un jour paraîtra un autre fils de David qui sera aussi, mais en réalité, le Fils de Dieu. Il sera roi, lui aussi, non plus d'un petit peuple mais de l'humanité. Et lui aussi sur un trône glorieux, mais qui aura pour bases la souffrance et la mort, il régnera dans cette Jérusalem que David lui avait préparée. Le message de Nathan n'apporte pas encore une annonce claire de ce couronnement grandiose des promesses de Yahwè mais n'en renferme-t-il pas comme un obscur présage ?

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