‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 83 sur 137 · II Samuel, xvn · texte numérisé non relu

II Samuel, xvn

3. C'est ainsi qu'il convient d'entendre II Samuel, xn, 31, reproduit, à quelques mots près, par I Chroniques, xx, 3, deux passages où l'on a longtemps vu une indication sur la cruauté barbare de David à l'égard des prisonniers ammonites. On a mieux compris ce texte du jour où l'on a établi que le mot TabD, malbên, substitué par le qerê à l'inintelligible malkên du kéthîbh, signifiait non pas « four à briques», mais, «moule à briques», comme l'indiquent clairement l'hébreu postbiblique, l'arabe, le syriaque. S'il s'agit du moules à briques, il ne peut être ici question que de travaux forcés imposés aux prisonniers d'Ammon, selon un usage ancien, et moderne aussi. C'est pourquoi, bien qu'elles ne soit pas plus appuyée ici qu'en maints autres passages où elle est admise, la correction de "1, r, en T, d, et, par suite, la lecture "P3yn, hé'ébhîd, « il fit travailler » au lieu de "i>3yn hé'ébhir, «il fit passer» ces gens au moule à briques, ne fait aucune difficulté. Le sens que l'on donnait à cette phrase, faisait de même interpréter comme un supplice, les travaux indiqués dans la phrase qui précède, où on lit «et il les mit ('3 D\zm) à la scie, aux couteaux de fer et aux haches de fer ». (Les traductions « couteaux » et «haches» sont approximatives, et il faudrait mieux connaître le sens technique de ces instruments, qui ne sont mentionnés qu'ici, pour savoir s'il s'agit d'instruments de carriers ou de charpentiers). La phrase traduite ci-dessus montre assez qu'il ne peut s'agir d'un supplice, qu'on n'aurait pas exprimé par cette manière de parler, même si l'on veut traduire «il les mit dans la scie,... », etc », ce qui n'a pas de sens. On trouve dans I Samuel, vin, il, une construction et une signification semblables de n>\y avec 3 : « et il mettra (vos fils) à sa charrerje ; personne n'a l'idée d'entendre que le roi les fera écraser par ses chars. Il n'y a pas davantage de sens dans la lecture des Chroniques, qui présente, au lieu de nto'l, la leçon "rtir-'n, wayyâsar, « et il scia », ce qui ne s'entend ni des couteaux ni des haches. Aussi on y voit couramment une erreur ou une retouche de scribe. Sur cette question voir Condamin, David cruel par la faute d'un copiste, dans Revue Biblique, 1808, pp. 253-258, et Driver, Notes on the Hebrew Texi... of the Books of Samuel, 2e édition, pp. 294-297, avec les indications philologiques sur le sens de malbên.

docilité 1. Or Nathan, poussé par une inspiration de Yahwè, vint trouver David et lui dit :

« Fais-moi donc connaître ton avis sur le cas que voici. Deux hommes étaient dans la même ville, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait des moutons et des bœufs en grande abondance ; le pauvre n'avait en tout qu'une seule agnelette, toute petite, qu'il s'était achetée. Il l'élevait et elle grandissait près de lui et de ses fils ; de sa pitance elle mangeait ; dans sa tasse elle buvait ; entre ses bras elle couchait ; elle était pour lui comme une fille. Mais il arriva du monde à l'homme riche, et il regarda à prendre sur ses moutons et sur ses bœufs de quoi servir au voyageur qui lui était venu ; il prit l'agnelette de l'homme pauvre, et la servit à l'homme venu vers lui ».

Et, comme David, indigné de cette basse injustice, formulait la sentence qu'il croyait lui avoir été demandée, Nathan changea de ton et lui répartit avec assurance : « C'est toi cet homme ! » Puis l'intrépide nâbhî, parlant au nom de Yahwè, lui reprocha son ingratitude pour tant de bienfaits accordés ou tenus en réserve, lui jeta à la face son adultère secret avec Bethsabée et son assassinat perfide d'Urie le Hittite, lui prédit, enfin, comme double châtiment de son double crime, que le glaive homicide frapperait parmi les siens et que, non plus dans le secret, mais en présence du peuple et à la face du soleil, un déshonneur incestueux souillerait son harem2.

Sous la vigueur des invectives et des menaces, David ne s'irrita point. Ces nâbhîs étaient les messagers de Yahwè ; malheur à l'audacieux qui oserait les braver et ne les écouterait pas ! Avec une franchise sans apprêt, avec un repentir sans excuses, ce roi, qui aurait pu trouver des sujets complaisants pour voiler ses fautes, répondit seulement : « J'ai péché contre Yahwè ! »

i. Voir en particulier l'entrevue si importante racontée dans H Samuel, vu, 1-17, et la visite faite par Nathan à David pour hâter l'avènement de Salomon, I Rois, 1, n-31.

a. Trois fils de David, Amnon, Absalom, Adonias, mourront de mort violente : II Samuel, xni-xviii ; I Rois, X, 11. La dernière menace se réalisera dans l'incident que rapporte II Samuel, xvi, 21-23 ; Ahitophel, qui en fut l'instigateur, se trouvera être, intentionnellement ou non, le vengeur de l'outrage fait par David à l'honneur de sa famille.

Cet aveu humilié mérita à David son pardon personnel ; son péché était effacé ; il ne mourrait pas. Cependant il lui fallait expier, pour que la stricte justice fût sauve 1. L'enfant que Bethsabée avait mis au monde tomba dangereusement malade. David, son père, se désolait. Il passa une semaine entière comme un pénitent ou un homme en deuil, se présentant devant Yahwè 2, se privant de nourriture, dormant à terre sur le sac, repoussant les encouragements de ses familiers et leurs invitations à se sustenter un peu ; il voulait fléchir la colère divine, et détourner par ses macérations la vengeance qui s'abattait sur cette victime innocente 3. Son enfant mourut pourtant, le septième jour de la maladie. Ses serviteurs n'osaient le lui annoncer, et chuchotaient entre eux. David, qui s'en aperçut, comprit que tout était fini. Il cessa aussitôt sa pénitence, se leva de terre, se lava, s'oignit d'huile parfumée, changea de vêtements, puis, ayant été prier Yahwè dans son sanctuaire 4, il rentra chez lui et se fit servir à

i. En stricte justice, David, qui avait fait tuer Urie, devait être frappé de mort à son tour. On pensait alors que le sang versé par violence appelait l'effusion du sang versé en représailles : c'était le principe de la vendetta. On en trouve plusieurs applications dans l'histoire de David ; voir, par exemple, II Samuel, xxi, l'extermination de la descendance de Saul exigée par les Gabaonites, que ce roi avait voulu exterminer (verset 5), et les recommandations faites par David mourant à Salomon au sujet de Joab, qui avait assassiné ses ennemis personnels, I Rois, 11, 5, 6. De plus, en châtiment de son adultère, David méritait, avec Bethsabée, la peine de mort, d'après Lévitique, xx, 10 ; Deutéronotne, xxn, 22. La perfection du repentir de David écarte de sa personne la vengeance de Yahwè ; mais il paiera sa dette d'une façon détournée.

2. Il semble qu'ici l'expression «chercher la face de Yahwè» (II Samuel, xn, 16) doive s'entendre d'une façon matérielle, c'est-à-dire d'une visite au sanctuaire de l'arche, où l'on croyait Yahwè plus particulièrement présent. Cette interprétation est confirmée, ibidem, 20, où l'on voit David se rendre «à la maison de Yahwè». Dans d'autres cas l'expression a un sens moins concret, et peut s'entendre simplement de la prière faite avec l'intention d'appliquer plus fortement son esprit à la pensée de la présence divine.

3. L'importance que l'antiquité, encore toute pénétrée des idées de l'organisation sociale fondée uniquement sur la famlle, attachait à la perpétuité de la race, explique que, dans le cas présent, l'enfant de l'homme coupable participe à la faute de son père, et, en conséquence, est qualifié pour payer à sa place. David essaie de souffrir tellement que son enfant n'aie plus rien à expier. Mais la justice divine était plus rigoureuse, et ne se contenta point de cette substitution. Surla solidarité morale des membres d'une même famille, voir, Salomon, pp. 264 265.

4. Le texte dit « dans la maison de Yahwè », II Samuel, xn, 20. Cette expression désigna plus tard le temple, qui n'existait pas encore au temps de David. Il n'est pas nécessaire de voir dans l'emploi de ces mots un anachronisme. Le sanctuaire de l'arche, si rudimentaire qu'on le suppose, comportait alors probablement autre chose que la simple tente qui abritait le coffre sacré. Si l'arche était déposée dans une salle ou sous un édifice spécial, cela suffisait pour que l'on pût parler de «la

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manger. Avec une simplicité étrange mais pleine de foi, il expliqua à ses serviteurs, surpris et même choqués de sa conduite, qu'il avait jeûné et pleuré aussi longtemps qu'il lui était resté un peu d'espoir que Yahwè pourrait épargner son pauvre enfant ; mais maintenant que celui-ci était mort, quelque jeûne qu'il s'imposât, jamais il n'arracherait aux enfers l'être aimé qu'ils lui avaient ravi ; il le retrouverait seulement quand son heure serait venue de descendre à son tour au séjour des morts.

A ces circonstances, dont un ancien auteur sacré n'a pas hésité à découvrir la honte, parce que David, partout ailleurs, modèle du vrai yahwéiste, s'y était montré un modèle du pénitent sincère, une indication traditionnelle rapporte le psaumeMiserere mei, Deus. On pourrait y rapporter un autre cantique, où le pécheur, miné par le remords tant qu'il cacha sa faute, exprime le soulagement de son âme libérée, quand, par un humble aveu, il obtint son pardon de Yahwè 1.

Heureux celui dont la faute est enlevée,

Le péché couvert !

Heureux l'homme à qui il n'est imputé

Par Yahwè nul crime, Et qui, dans l'esprit, n'a nulle fourberie !

Quand je me taisais,

Mes os s'altéraient, Et je rugissais tout le long du jour;

Car, le jour, la nuit, Sur moi lourdement se posait ta main ;

Ma sève se tournait

Au torride été.

Je reconnus (.) mon péché, Et ne couvris pas mon crime.

Je me dis: «A mes dépens, j'accuserai

Ma faute à Yahwè ».

Et toi, tu as enlevé

Le crime de mon péché.

maison de Yahwè». D'autres exégètes préfèrent voir en ces mots la trace d'un remaniement, ou celle d'une négligence.

i. Psaumes, xxxn (Vulgate, xxxi), 1-6. Ce beau psaume est attribué à David par les critiques qui se refusent à admettre, comme font tant d'autres, qu'aucun psaume ne remonte à ce roi-poète ; tels sont Ewald, Delitzsch, Orelli, Davison. Les t grandes eaux » de la quatrième strophe désignent, en un image assez usuelle, les épreuves et les dangers qui menacent d'entraîner l'homme jusque dans la mort.

GUERRES CONTRE LES BENE-AMMÔN ET LES ARAMEENS 2iy

Aussi, que t'adresse

Tout bon sa prière !

Au temps où l'on ne trouve Que des eaux débordées, Les grandes eaux jusqu'à lui Ne parviendront pas.

David, repenti et consolé, consola Bethsabée. Ils eurent bientôt un autre fils qui reçut le nom de Salomon *. A cette heureuse nouvelle, Nathan le nâbhî reparut au palais ; il apportait cette fois un message de paix. Il déclara que « Yahwè chérissait » cet enfant ; de là ce surnom de Yedidyâ, « Chéri de Yahwè », qui lui fut donné 2. Cette pratique d'imposer des

i. Le sens de « Pacifique » que l'on donne au nom de Salomon est consacré par I Chroniques, xxn, 19, et s'appuie sur le sens du mot shâlôm, « paix, bon état, intégrité, santé ». Mais, comme cela est le cas pour plusieurs noms portés par des Hébreux et empruntés au milieu cananéen, il est probable que « Salomon » avait une étymologie différente et qu'il ne signifiait «le Pacifique » que par une de ces interprétations accommodatrices dont les Orientaux sont très friands, et dont on trouve, dans la Genèse notamment, de nombreux et intéressants exemples (voir, en particulier, Genèse, xxix, 31-xxx, 24). L'étymologie primitive la plus probable serait à chercher dans le nom divin SHLM, que l'on retrouve sous cette même forme SHLM dans un nom propre phénicien, un palmyrénien, un babylonien, ou sous la forme SHLMN, qui paraît être la plus ancienne, dans un nom moabite, un assyrien {Shulmânu-asharidu, Salmanasar) et plusieurs noms araméens. Sur cette question, voir, entre autres, Winckler. Die Keilinschriften und das Alte Testament, 3e édition, p. 224, et Lidzbarski, Handbuch der Nordsemitischen Epigraphik, pp. 376 et 377. Peutêtre faudrait-il attribuer la même étymologie primitive au deuxième élément des noms « Jérusalem » et « Absalom ».

2. Dans I Chroniques, xxn, 9, l'appellation de « Salomon » remonte à Yahwè. Dans II Samuel, xn, 24,25, l'origine des deux appellations est peu nette. Au verset 24, le kcthîbh hébreu porte « et il (David) appela son fils Salomon », mais le qerê, quelques manuscrits hébreux, le targum et le syriaque lisent « et elle (Bethsabée) appela...». Cette deuxième leçon est sans doute préférable, car si l'on ajoute avec le grec « et elle conçut » avant « et elle enfanta », on n'a pas seulement une allusion à l'usage de la mère de fixer le nom de son enfant, mais, ce qui estime raison meilleure, on obtient ainsi la formule assez usuelle « (la femme) conçut et enfanta un fils et elle l'appela du nom de,... » voir cette formule ou une formule toute voisine dans Genèse, xvi, 11: Isaïe, vu, 14; Luc, 1, 31.

Une autre difficulté de ces deux versets vient de l'incertitude du sujet du verbe « et il envoya », qui commence le verset 25. Il paraît peu probable que ce sujet soit » David », qui est trop éloigné du verbe. Les exégètes qui acceptent pourtant cette interprétation en tirent que « David remit (Salomon) aux mains de Nathan, le nâbhî, et l'appela du nom de Yedidyâ... ». Mais le verbe nhvf, shâlah, « envoyer », n'offre guère ce sens spécial de « confier » ; en outre, il paraît étrange que David change aussitôt le nom de « Salomon » que lui ou sa femme a donné à l'enfant ; enfin, il faudrait un complément à ce verbe, qui n'en a pas ici ; tout au plus trouvet-on un «eum» dans quelques manuscrits de la Vulgate, et c'est un témoignage sinon suspect, du moins insuffisant. Il est beaucoup plus vraisemblable qu'il faut rattacher à ce verset 25 les derniers mots de 24: «Yahwè l'aima» (l'enfant). On a ainsi, à la suite, la formule consacrée pour les missions données aux prophètes, et l'explication du nom de Yedidyâ, « Chéri de Yahwè », nom que Nathan impose

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noms où entrait comme élément le nom de Yahwè commençait alors à devenir plus fréquente, sans doute à l'instigation des prophètes, qui voulaient ainsi protester contre l'emploi trop répandu des noms cananéens . Elle ne s'implantait encore que lentement. Aussi l'appellation de Yedidyâ ne parvint pas à supplanter celle de Salomon, qui devait désigner, pour l'histoire, le plus grand roi d'Israël. Mais toute la gloire de Salomon n'a pas suffi pour plonger dans un éternel oubli la faute ignominieuse de ceux qui lui avaient donné le jour.

Parmi ces incidents de famille, David gardait l'œil ouvert sur les Araméens, qui constituaient un danger permanent à sa frontière septentrionale. Leur fuite précipitée devant Rabbâ, leur défaite à Hêlâm, n'avaient pas suffi à briser leurs forces ni à entraver leur centralisation d'une manière durable.

Il y avait alors à peu près deux siècles que, mettant à profit l'effondrement des principautés hittites et amorrhéennes du nord et du centre de la Syrie, ils s'étaient substitués à elles, comme les Hébreux avaient fait pour les Cananéens. Entre la grande bouche de l'Euphrate et la mer, dans la vallée de l'Oronte et dans la plaine de la Coelésyrie, sur l'Anii-Liban, l'Hermon et les collines de la haute Galilée, dans la région de Damas et les plaines qui s'étendent jusqu'au Yarmouk et au désert syrien, ils formaient, au temps de David, un ensemble de petits royaumes plus ou moins indépendants. Ils étaient déjà dans une situation prospère, grâce à leur activité et à la richesse des pays qu'ils occupaient ; ils étaient puissants, car ils possédaient de nombreux chars de guerre, et pouvaient faire appel, en cas de besoin, aux autres Araméens à peine fixés sur les rives du moyen Euphrate qui n'attendaient qu'une occasion pour venir s'installer dans des contrées plus fertiles. Aussi leur première force d'expansion n'était-elle pas encore tombée, et leurs visées sur Canaan, mises

à l'enfant de la part de Yahwè. Cette interprétation, qui seule est satisfaisante, n'autorise pas à conclure, comme le fait l'autre interprétation, que Salomon fut élevé par le prophète Nathan.

en achec par l'invasion des Hébreux et celle des Philistins dans ce pays, pas encore abandonnées. Faute de pouvoir y conquérir alors des portions de territoire assez vastes, ils s'insinuaient parmi la population isra élite dans le Gaîaad et dans la vallée du Jourdain l, et épousaient les intérêts des Benè-Ammôn dans leurs conflits avec le roi de Jérusalem.

Par bonheur pour celui-ci, ils n'avaient pas encore atteint un degré de concentration tel qu'ils eussent pu lui opposer toutes leurs forces groupées. Entre leurs rois se produisaient des tiraillements, que les derniers échecs subis en commun envenimaient encore. De même que les Hébreux mirent deux siècles et peut-être bien davantage pour arriver à ne former qu'un royaume unique sous le sceptre de David, il fallut aux Araméens un temps notable pour que l'un de leurs chefs réussît à les rassembler presque tous sous son autorité.

Hadadézer, fis de Rehôb, le roi de Çôbâ, pensa qu'il serait ce chef puissant et glorieux. Déjà après la première affaire de Rabbâ, il avait essayé de s'imposer à ces collègues ; il en avait convaincu ou contraint un certain nombre de ranger leurs chars et leurs hommes de pied sous les ordres de Shôbak, son chef d'armée. Mais la déroute de Hêlâm lui avait porté un grave préjudice. Pourtant, il dut ressaisir assez vite son prestige et son autorité. Un passage fort obscur semble nous le montrer en train d'obliger par la force quelques chefs araméens à reconnaître sa suprématie 2. Certains d'entre eux, comme celui de

i. La présence des Araméens dans le Galaad au temps de David paraît attestée par le nom de Barzillay, le Galaadite, II Samuel, xvn, 27 ; leur présence dans le Ghôr, par la mention d'un autre Barzillay, dont le fils, Adriel, avait épousé Mêrab,fille de Saiil, et qui demeurait à Atêl-Mehôlâ, ville située dans le sud de la plaine de Beth-sean. Ce nom Barzillay a une forme araméenne ; voir, ci-dessous, p. 296, n. 2.

2. Dans II Samuel, vnr, 5 on lit : « Et David frappa Hadadézer, fils de Rehôb, roi de Çôbâ, quand il allait faire revenir sa main sur (pr. : dans) le fleuve ». Il y a ici deux difficultés grammaticales: d'abord on ne voit pas bien qui est le sujet de t il allait », David ou Hadadézer ; puis, l'expression « faire revenir sa main » est obscure. Le texte parallèle de I Chroniques, xvin, 3, porte « pour établir sa main », que l'on peut traduire aussi « pour dresser sa stèle », « main » pouvant désigner une «stèle», à cause de la forme de cette dernière, comme dans I Samuel, xv, 12 ;voir aussi II Samuel, xvnr, 18. Mais ce sens de stèle ne convient guère avec le pronom possessif accolé à ce mot ; on aurait eu plutôt» une stèle », comme dans l Samuel xv. 12. Dans l'incertitude, il suffit d'entendre qu'il s'agit là d'un a retour» ou d'un t rétablissement », et de l'attribuer à Hadadézer plutôt qu'à David, parce que les noms avec pronom possessif sont plus proches du nom du premier de ces deux rois. Une difficulté géographique complique encore cette question : l'hébreu dit simple-

Damas, n'y faisaient pas trop de difficulté ; mais d'autres s'y montraient tout à fait réfractaires, en particulier le roi de Hâmath du nom de Tôoû 1. Ces appels à la centralisation ne pouvaient qu'inquiéter David. Aussi se jeta-t-il résolument sur Hadadézer.

ment «sur le fleuve», mais le qerê, le grec, la Vulgate et les Chroniques disent «sur le fleuve de l'Euphrate », ce qui ouvrirait une perspective très large sur la puissance d'Hadadézer. Mais comme d'après I Chroniques, xvm, 3, la rencontre entre David et Hadadézer va avoir lieu à Hâmath (de Çôbâ), il n'est pas du tout sûr qu'il faille voir l'Euphrate dans le fleuve indiqué ; il pourrait peut-être s'agir plutôt du Yarmouk ou mieux du haut Jourdain. Cette observation n'implique pas qu'Hadadézer n'avait aucun rapport avec les Araméens du moyen Euphrate ; il jouissait de quelque autorité sur Damas (II Samuel, vin, 5), et pouvait trouver des auxiliaires, même au delà de cette dernière ville.

1. La ville de Hâmath mentionnée ici n'est peut-être pas la Hâmath de l'Oronte, aujourd'hui Hâma, à plus de 175 kilomètres au nord de Damas. Il existait, en effet, deux Hâmath : « la grande Hâmath », celle de l'Oronte, ainsi dénommée par Amos, vi, 2 et, d'après II Chroniques, vin, 3, une «Hâmath de Çôbâ»: Il n'y a pas lieu, semble-t-il, de douter de l'existence de cette seconde Hâmath, car le nom « Hâmath », qui signifie « garde, place-forte », est assez commun pour avoir été donné à plusieurs villes. De fait, dans la liste de Thoutmosis III, on a, au n° 16, une Hemtu qui pourrait bien être notre Hâmath, car elle se trouve citée au voisinage de Mêrôm (12), Damas (13) ; Abêl (15), Bêroth (19), Tôb (22), villes dont il a été question, p. 18 n. 1, et qui nous éloignent toutes de la grande Hâmath. D'autre part, lorsque II Rois, xiv, 28, dit que Jéroboam II ramena sous l'autorité d'I raël « Damas et Hâmath», il ne peut guère vouloir parler de Hâmath sur l'Oronte. Enfin Ezéchiel, xlvii, 16, semble lui aussi distinguer deux Hâmath, quand il mentionne, sur la frontière septentrionale de l'Israël idéal, les quatre villes de « Hâmath, Bêrôthâ Sibhraïm, Hêlâm » (cette dernière dans le texte grec seulement), entre la frontière de Damas et la frontière de Hâmath (sur l'Oronte). Or, si Bêrôthâ ne peut s'identifier que d'une manière assez précaire avec Barisch, au sud du Nahr el-Qâsimîyéh, Sibhraïm s'identifie fort bien avec Khirbet Senbariyéh, près du Jourdain, à l'ouest de Dan-Qâdy, et nous avons vu que Hêlâm doit se chercher entre le haut Jourdain et le Hauran. On peut donc admettre l'existence d'une Hâmath dans le voisinage du coude que fait le Litany. La situation du Qalaat ech-Chaqîf, le Beaufort des Croisés, à l'intérieur de ce coude, conviendrait admirablement à la position de Hâmath, sans compter que le nom de Beaufort pourrait apparaître comme un écho assez naturel de Hâmath, «la place-forte». Ce Beaufort, qui domine et commande le défilé où s'engage le chemin de Damas à Sidon, pourrait, au surplus, suggérer l'expression «là où l'on va à Hâmath » (Nombres, xm, 21 ; xxxiv, 8 ; Josué, xm, 5 ; I Rois, vin, 65 ; II Rois, xiv, 25 ; Ezéchiel, xlvii, 20 ; xlviii, i ; Amos, vi, 14 ; I Chroniques, xm, 5 ; II Chroniques, vu, 8), expression par laquelle on désignait un point important de la frontière nord d'Israël, une interprétation plus séduisante que celle qui la rapporte à Hâmath la grande, située si loin vers le nord. L'endroit « où l'on va, où l'on arrive à Hâmath» serait, le point de la route qui, ayant traversé la haute Galilée et la plaine dite Merdj-'Ayoun, arrive à la gorge de l'autre côté de laquelle se dresse le Qalaat ech-Chaqîf. En plaçant une Hâmath dans cette région, nous utilisons les données bibliques, et nous comprenons mieux la rivalité incessante (II Samuel, vm, 10), qui existait entre Hâmath et Çôbâ du voisinage de l'Hermon. Notons enfin que cette situation s'harmoniserait fort bien avec le contexte quelque peu obscur de II Chroniques, vin, 2-4, qui attribue à Salomon une intervention et des travaux dans la région du nord delà Galilée : ici Hâmath, encore indépendante de Çôbâ du temps de David, est devenue « Hâmath de Çôbâ », ayant sans doute fini par succomber sous les entreprises d'Hadadézer ou de ses successeurs. Sur l'opinion qui ne reconnaît qu'une seule Hâmath, voir, ci-dessus, p. 18 n. 1, ce qui est dit de Çôbâ

C'est peut-être dans le voisinage de Hâmath de Çôbâ en plein territoire araméen, qu'il le surprit 1. Cette fois encore il lui infligea une sérieuse défaite. Nous savons seulement que le butin, en dehors de nombreux prisonniers, fut considérable. Il s'y trouvait beaucoup de chevaux des chars ennemis. Mais David qui avait là à bon compte les éléments d'une charrerie, l'arme la plus redoutable dans les combats d'alors, se sentit jeté dans un grand embarras. Céda-t-il à une défiance invétérée à l'égard des chars de guerre, à la crainte de ne pas avoir assez de fourrage pour les chevaux, à l'appréhension de ne pouvoir suffire aux frais élevés de leur entretien, à la prévision d'un emploi peu aisé de cette charrerie dans un pays presque partout montagneux ? Nous ne saurions le dire au juste. Toujours est -il qu'il fit couper les tendons des jarrets à la plupart des chevaux 2 ; il ne conserva qu'une centaine d'attelages, qui furent peut-être essayés une fois ou l'autre à la guerre, et dont quelques-uns purent servir aux jeunes princes pour parader en char à Jérusalem 3. Les idées des Hébreux n'avaient fait à peu près aucun progrès sur ce point important de l'armement depuis le temps fort lointain de Josué 4 ; il faut attendre Salomon pour les voir sortir de leurs usages arriérés 5.

David éprouva moins d'hésitation à prendre comme butin une quantité notable de métaux. Il fit porter dans sa capitale des pièces d'équipement garnies d'or, dont se paraient les gardes ou les officiers d'Hadadézer 6. Il pilla aussi les réserves de cuivre

i. C'est seulement I Chroniques, xvin, 3, qui indique Hâmath comme lieu de la bataille, et encore sous une forme locative avec mouvement, qui est quelque peu suspecte ; mais ce détail peut avoir été emprunté à un autre contexte, où ce locatif était mieux en place.

2. Cette explication des textes est liée au sens du verbe Hqqêr, « couper les tendons des jarrets », sens qui paraît suffisamment établi par l'arabe, et qui convient parfaitement à Josué, xi, 6, 9, où il est appliqué à des chevaux, comme à Genèse, xlix, 6, où il l'est à des taureaux. Seulement dans les textes II Samuel, vin, 4, et I Chroniques xvin, 4, comme il a pour complément le mot rékhébh qui signifie proprement « chars, charrerie, meule cavalière, hommes de chars ou cavaliers », il faudrait donner à ce mot, en ce seul passage, le sens de « chevaux » ou du moins « d'attelage de chars ».

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