‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 84 sur 137 · II Samuel, xv, 1 ; I Rois · texte numérisé non relu

II Samuel, xv, 1 ; I Rois

4. Josué énerva tous les chevaux de chars pris à la coalition cananéenne de Galilée, Josué, xi, 6, 9.

5. Sur l'introduction de la charrerie comme arme de guerre en Israël sous le règne de Salomon, voir, Salomon, pp. 21-28.

6. II Samuel, vin, 7. Le mot shélet est incertain de sens. Dans II Rois, xi, 10, il est employé avec le mot «lances » ; et le passage parallèle de II Chroniques, xxm,

ou de bronze que ce roi avait recueillies ou amassées dans deux de ses villes, Tébah et Berôthay l. C'est par là que commença la richesse de Jérusalem et de ses rois. Métaux précieux et métaux utiles avaient été jusqu'ici assez rares aux mains des Hébreux. Cette pénurie était, en même temps, la marque et l'une des causes de leur retard en civilisation. Grâce au bonheur des armes de David, ils vont bientôt regagner les peuples voisins qui les devançaient de loin, pour la plupart. Salomon utilisera avec prodigalité et magnificence pour le temple, le palais, les édifices publics et la charrerie, les métaux enlevés par son père à tous les peuples d'alentour, et accumulés par lui dans les trésors de Yahwè et de Ville-David 2.

9, leur ajoute des «boucliers»; dans Cantique, iv, 4,etEzéchiel, xxvn, n, les shelatîm sont suspendus à la muraille; enfin, dans Jérémie, li, n, on lit; «Aiguisez les flèches, remplissez les shelatînt*, et ici le sens de «carquois» est assez naturel. Ce sens conviendrait bien aussi à II Chroniques, xxm, 9, qui distingue ces objets des boucliers. En assyrien, shaltu est un objet dans la composition duquel entre Je cuir, ce qui n'exclut nullement le sens de «carquois»: en arabe, shaltu signifie « couteau ». En somme le sens de « carquois » est pour le moins aussi acceptable que celui de bouclier. Les versions étaient aussi embarrassées que nous pour traduire ce mot.

1. Tébah est mentionnée dans la liste de Thoutmosis III, au n° 6, sous la forme D(e)-b-hu, ainsi que dans la correspondance d'El-Amarna, lettre 179 de l'édition de Knudtzon. Berôthay, qui est un nom plus commun signifiant à peu près «les Puits», pourrait se retrouver dans la liste de Thoutmosis III au n° 19, sous la forme Bi-a-ru-tu, ou au n° 109, sous la forme Bi-e-ru-tu. On a identifié cette seconde ville avec Bereitan, à quelque distance au sud de Baalbek, dans une région où l'on a trouvé du fer, du cuivre et même, dit-on, de l'or. Mais, si les identifications proposées ci-dessus pour la zone occupée par les Araméens sont assez exactes, Bereitan serait trop au nord pour entrer en liçne de compte. Il serait plus tentant d'assimiler cette Berôthay à la Bêrôthâ d'Ezéchiel, xlvii, 16, et, comme on l'a vu, de la situer au sud du Nahr el-Qâsimîyéh. Ce serait d'autant plus vraisemblable que, dans la liste de Thoutmosis HT, on a la série suivante : 12, Marama (Mérôm de Josué, xi, 5, 7, dans la haute Galilée) ; 13, Damas, 15, Obira (une Abê de la haute Galilée) ; 16, Hemtu (Hâmath supposée, ci-dessus, comme située vers le coude du Litan}7) ; 19, Biaratu (proposée comme équivalent de Berôthay) ; 22, Tubey (le Tôb araméen au sud du coude du Litany).Elle correspondrait ainsi à la BrjpwÔT) de Josèphe, Antiquitates judaicae, v, 1, 18, située en Galilée, non loin de Cadès. Sur d'autres opinoins relatives à la situation de Berôthay, voir Legendre, Béroth, dans Dictionnaire de la Bible, t. 1, coll 1625-1627. Quant à la situation de Tébah, elle pourrait, si l'on admet les suggestions de W. Max Muller, Die Palastinalistc Thoutmosis III, pp. 9-10, être fixée approximativement entre la Merdj-'Ayoun et le sud de la Békaa ou Ccelésyrie ; dans la liste on a : 5, Ayn-Shau (peut-être équivalent, à Schouweya sur le flanc occidental de l'Hermon ; 6, Debhu (soit Tébah); 10, Kamati (peut-être Qâmid el-Loz, dans la Békaa, au nord-ouest de! 'Hermon) Comme, localisation plus précise, on propose Kefr Dubbeh, dans la plaine de Baalbek.

L'incertitude de ces localisations, qui ne sont qu'approximatives, ne permet pas de voir si ces deux villes, où David trouva tant de bronze ou de cuivre, étaient les lieux mêmes de l'exploitation, ou des entrepôts pour des quantités de métal telles qu'il valait la peine de les signaler.

2. II -Chroniques, xvm, 8, spécifie que le bronze rapporté par David servit à

Cette nouvelle victoire de David sur les Araméens semble avoir causé un grand émoi parmi eux. Les uns s'en réjouirent presque, tel ce Tôoû de Hâmath, qui se chamaillait sans cesse avec Hadadézer et n'était pas fâché de le voir humilié dans ses prétentions à la suprématie et diminué dans ses moyens de la conquérir. Il envoya à David une ambassade sous les ordres de son fils Haddouram, avec des compliments ei avec des objets d'argent, d'or et de bronze, qui pourraient bien avoir représenté l'hommage quelque peu forcé d'un tributaire l. D'autres Araméens ne s'accommodèrent pas aussi vite de la victoire du roi d'Israël. Ceux de Damas accoururent à la rescousse d'Hadadézer vaincu. Mais il était trop tard. Ils subirent à leur tour une déroute si complète que David les astreignit à lui envoyer un tribut périodique, et à supporter chez eux ses préposés, qui s'occupaient du prélèvement des redevances et de la protection des trafiquants hébreux.

Par ces victoires répétées sur les Araméens, David dut s'acquérir au yeux de son peuple un mérite que l'on ne saurait apprécier assez haut. Les Philistins repoussés, c'étaient les Araméens qui étaient, à l'heure présente, les ennemis les plus dangereux pour Israël. David arrête leur progression vers les territoires hébreux, les oblige à marquer un temps d'arrêt dans leur concentration, réduit leur force militaire en hommes et en chars, leur enlève une partie de leurs richesses, et, en favorisant les transactions commerciales de ses sujets parmi eux, fait entrer Israël en contact étroit avec une civilisation plus avancée.

Il se dessinait toutefois un point noir parmi ces brillants succès. C'est sans doute du temps de David et à l'occasion du trouble que ces interventions avaient produit en Aram, que Damas commença à prendre cette place prépondérante qu'elle occupera non sans gloire pendant deux siècles. Un certain Rezôn, fils d'Elyâda, qui avait servi Hadadézer aux jours de son ambition, l'abandonna à l'heure de sa détresse et groupa

Salomon pour faire fondre la mer d'airain, les colonnes et tout ce qui était en bronze. Une addition semblable se trouve dans le grec de II Samuel, vin, 7, 8.

i. Les représentations égyptiennes et assyriennes offrent souvent des tableaux où se voient des ambassades chargées de vases d'or, d'argent et de bronze : les nscriptions victorieuses les mentionnent aussi.

autour de lui des compagnons d'aventures, à la tête desquels il s'adonna à la razzia. Un coup de main heureux le rendit maître de Damas ; il y installa ses hommes, en devint roi, et fonda une dynastie. A peine David eut -il disparu qu'il reprit contre Salomon la politique aggressive de ses prédécesseurs 1 ; elle ne cessera plus désormais jusqu'à la tourmente assyrienne où sombreront, à dix ans de distance, Damas et Samarie. Si brillantes et si fructueuses qu'elles eussent été, les victoires de David n'avaient donc pu réussir à atteindre, de ce côté du moins, un résultat définitif.

A une époque que nous ne pouvons fixer mais, selon quelque vraisemblance, antérieurement à la guerre d'Édom 2, David entreprit une campagne contre les Moabites. Aux jours de sa vie errante, il avait été leur demander un abri pour son père et sa mère et l'avait obtenu. Mais le changement de sa destinée, ainsi que des motifs d'ordre moins général que nous ignorons, modifièrent du tout au tout la cordialité confiante de ces premières relations, et la guerre éclata entre les anciens amis. Nous n'en connaissons que deux détails. L'un est simplement épisodique, encore qu'il mentionne une prouesse assez remarquable pour avoir été signalée : Benayas, l'un des Trente, tua les deux fils d'Ariel et de Moab 3. L'autre montre à quel point cette guerre fut acharnée : par une mesure de rigueur qui devait avoir sa raison, puisqu'il n'y avait pas encore eu recours, David, au lieu de condamner les captifs aux travaux forcés, les fit coucher à terre, mesura leurs rangs au cordeau, et en fit exécuter deux

i. Sur ces faits, voir I Rois xi, 23-25 et, Salomon, pp. 61 à 65.

2. Si le fragment du psaume lx étudié ci-dessous, est bien de David, on pourrait conclure que la guerre de Moab précéda celle d'Édom, en comparant les versets 10 et 11.

3. C'est du moins assez naturellement au cours de la guerre contre Moab que l'on pourrait placer cet épisode ; mais II Samuel, xxiii, 20, qui le mentionne, ne donne pas les circonstances. Dans cette interprétation, il faut ajouter « fils de » avec les Septante. Inutile de s'arrêter à deux autres interprétations, l'une, de Klostermann qui voit ici des lionceaux, l'autre de W. R. Smith, pour qui « ariel » serait ici un pilier à foyer.

cordeaux sur trois 1. Le reste eut la vie sauve, mais le pays fut naturellement astreint à payer un tribut,

La guerre contre Édom, qui semble avoir été la dernière des grandes expéditions militaires de David, suivit immédiatement la guerre contre Aram. Après la défaite et la pacification des pays araméens, David n'avait plus rien de fâcheux à redouter sur sa frontière septentrionale. Il n'eut cependant pas le loisir de faire goûter â ses soldats le repos si doux de la paix. Tout au sud de son royaume, les Édomites, profitant des tracas que lui avaient suscités la menace des Araméens, les préparatifs de la campagne dirigée contre eux, puis l'organisation de la victoire, s'agitaient avec quelque arrogance et venaient saccager jusque dans le Négéb, les terres et les troupeaux des Calébites et des Qênites, ces amis et ces alliés fidèles de David depuis le temps de ses démêlés avec Saiïl 2. Les atteindre pour les châtier n'était pas chose très aisée. Leur pays confinait au désert ; les villes, peu nombreuses, étaient souvent retranchées au milieu de rochers d'un accès difficile ; les chemins, mal tracés, ne pouvaient être suivis que sous la direction de guides qui connaissaient les points d'eau, et qui sauraient déceler les embûches 3. Aussi la tradition juive a-t-elle peut-être eu raison d'attribuer à David tout au moins un fragment de psaume qui semble bien décrire la joie triomphante qu'inspirait à ce roi la série de ses victoires passées, et l'hésitation inquiète que lui causait l'entrée en campagne contre Édom4.

i. C'est là un exemple de la décimation, connue dans l'histoire romaine, mais exécutée ici dans une proportion plus élevée. Dans le grec B ou Vaticanus, deux cordeaux de Moabites sont mis à mort sur quatre : dans la Vulgate, un sur deux. On entend bien que, dans le cas présent, comme dans les mesures de répression de Joab en Édom et, en général, dans tous les massacres de ces temps antiques, il s'agit de l'exécution des ennemis que l'on pouvait saisir. Ne connaissant ni le nombre des prisonniers moabites, ni les raisons des sévices dirigés contre eux, nous ne pouvons taxer David que de sévérité.

2. Leur présence dans le Négéb est attestée par le lieu de la bataille qui va se livrer.

3. Voir ci-dessous le fragment de Psaumes, lx (Vulgate, lix), ii.

4. Le psaume lx est attribué à David par les données traditionnelles de son titre ; les versets 7-14 sont reproduits dans le psaume cvin (Vulgate, cvn). Les versets 8-1 1, traduits dans le texte, sont particulièrement intéressants au point de vue historique. On ne peut établir avec certitude qu'ils émanent de David ; de fait, les conquêtes dont il y est parlé conviennent au règne de ce roi, mais elles se renouvelèrent à l'époque de Judas Macchabée et de ses successeurs. Pourtant en faveur de l'attribution à David, on a quelques raisons à faire valoir : le cachet

Sattl et David. 1-

J'exulte d'allégresse en lotissant Sichem j Je mesure au cordeau la Vallée de Soukkôth ; Galaad est à moi ; à moi est Manassé ; Ephraïm est le casque qui me protège la tête,

Et Juda est mon sceptre ; Moab est le bassin dans lequel je me lave ;

Sur Aram je jette ma sandale ; Contre les Philistins je crie très haut victoire.

Mais qui me conduira à la Ville fortifiée? Qui, jusques en Édom, me servira de guide *?

Sa confiance en Yahwè réconforta David. Il joignit les £domites, et écrasa leurs principales forces dans le Val du Sel, à

antique de la langue avec ses images très concrètes ; le fait que ces vers ont été utilisés deux fois dans les psaumes, comme s'il s'agissait d'une pièce à laquelle on tenait particulièrement ; la difficulté, l'impossibilité de trouver un prince macchabéen qui pût se glorifier d'avoir remporté à lui seul toutes ces victoires ; alors que David, lui, pouvait s'en glorifier ; enfin cette circonstance que la guerre contre Édom semble bien avoir été la dernière grande campagne de David (II Samuel, vin, 13), et que le psaume (verset n) suppose précisément une hésitation ou une appréhension avant de l'entreprendre. Winckler lui-même attribue ce psaume à une période ancienne, et lui trouve autant de valeur historique qu'à l'élégie sur la mort de Saiil et de Jonathas, au cantique de Débora et aux autres chants antiques : voir Geschichte Israels. t. 11, pp. 204-206.

1 . Les documents dont nous disposons pour l 'histoire de David ne nous disent rien sur une intervention contre Sichem et la vallée de Soukkôth. Toutefois, il n'est pas invraisemblable que Sichem et son territoire, où, malgré les hécatombes d'Abimélék (Juges, ix, 40-54), beaucoup de Cananéens devaient subsister, eût à pâtir du développement de la royauté hébraïque. Il en fut ainsi pour les villes cananéennes de la plaine de Yizreël, dont il ne nous est pas dit comment elles furent soumises, et qui pourtant, le furent sûrement, puisque Salomon les compte parmi les chefs-lieux de ses préfectures. Quant au lotissement de Sichem et de Soukkôth, il pourrait avoir eu lieu quand le roi et ses grands se partagèrent les dépouilles des vaincus. 11 sera parlé plus tard de la formation de cette nouvelle aristocratie, dont les premiers membres avaient été tout d'abord, pour une part notable, de simples aventuriers. — Galaad et Manassé désignent les pays hébreux de l'Outre- Jourdain, où David devait trouver une entière fidélité quand tout l'Est du Jourdain le trahissait. — Éphraïm et Juda représentent les deux portions de la nation hébraïque : ils formaient le double appui de la royauté de David. — Moab est traité comme un vil objet dont on tire pourtant parti : la guerre et l'écrasement de Moab feront, ci-dessous l'objet de quelques lignes. — « Aram » est une correction pour « Édom » ; elle est conjecturale, puisque le texte et les versions portent bien « Édom » ; mais cette correction est trop fréquemment nécessaire dans d'autres passages de la Bible pour qu'elle puisse paraître exorbitante ici. En effet, même si le présent passage ne se rapportait pas à David, comment le poète pourrait-il dire «qu'il jette sa sandale sur Édom » alors qu'au verset suivant, il se demande, non sans anxiété « qui le guidera en Édom »? Et, si, comme on le peut croire, ce passage se réfère à David, comment Aram aurait-il pu ne pas être mentionné dans un tableau de victoires? L'acte de « jeter la sandale » marque une prise de possession dédaigneuse. — Les victoires de David sur les Philistins sont bien connues. ■ — La «Ville fortifiée » d'Édom a pu vouloir signifier Pétra ; mais nous ne pouvons en être sûr.

l'est de Bersabée 1. Les Édomites ne se tinrent point pour réduits ; Joab eut encore à battre leur pays avec quelques contingents 2. Six mois durant, il lui fallut surprendre des guérillas insaisissables sans pouvoir toujours éviter leurs attaques imprévues : il y perdit un certain nombre d'hommes, dont il devait arracher les cadavres aux mutilations sauvages de l'ennemi. Aussi s'acharnait-il à rendre les rebelles édcmites moins entreprenants et l'occupation israélite moins précaire, en extei minant systématiquement les habitants mâles qu'il pouvait saisir.

Parmi ceux qui échappèrent à cette poursuite rigoureuse se trouva un jeune enfant de la race royale d'Édcm,ncmmé Hadad. Sauvé par quelques serviteurs de son père, il se réfugia d'abord dans le pays de Madian ; mais n'étant pas en sûreté là non plus, il gagna le désert de Paran, d'où, guidé par des hommes du pays, il réussit à atteindre l'Egypte8. Le pharaon l'accueillit à bras ouverts, trop heureux qu'il fut de se préparer dans ce noble fugitif un allié éventuel pour le jour où il se déciderait à reparaître dans ses domaines de la Syrie méridionale. Ayant grandi à la cour, le jeune prince édcmite reçut en mariage la sœur d'une des femmes du pharaon, qui se nommait Tahpenès ; il eut d'elle un fils, Genoubath, que la reine fit élever avec les enfants royaux. En attendant qu'Hadad relevât le trône de ses pères, les Hébreux occupaient son royaume. Ëdcm fut sans doute des lors soumis par eux jusqu'au golfe Ëlaritique, par cù ils avaient accès à la Mer Rouge, et des préposés, établis à demeure dans le pays, reçurent la tâche de pressurer les survivants, de protéger les colons et marchands hébreux qui s'y installèrent, de prélever les taxes de droit sur les caravanes d'Egypte, de Syrie et d'Arabie, qui se croisaient à ce carrefour de voies maritimes et de routes

i. On croit en retrouver le nom dans le ouâdyelMilh,ououâdyduSel,qui continue vers l'est le ouâdy Es-Séba' de Bersabée. La victoire du Val du Sel, qui est attribuée à David par II Samuel, vin, 13, l'est à Joab par Psaumes, lx (Vulgate lix), 1, <t cf. I Rois, xi, 15, 16 ; elle l'est enfin à Abishay, par I Chroniques, xvin, 12. D'après le passage des Psaumes, Joab tua 12.000 Édomites; d'après celui des Chroniques Abishay en tua 18.000.

2. Sur ces suites de la campagne d'Édom, nous sommes renseignés par I Rois xi, 14-22 ; voir, Salomon, p. 57.

3. Le pays de Madian, situé au sud d'Édom, s'étendait de part et d'autre de l'Arabâ méridionale et du golfe Élanitique. Le désert de Paran se trouvait à l'ouest du pays de Madian, dans la portion centrale de la péninsule du Sinaï.

continentales, et transportaient des marchandises de prix venues de contrées lointaines et mystérieuses.

Telles furent, dans leurs grandes lignes et avec les quelques détails que la Bible nous a conservés, les guerres extérieures entreprises par David, après qu'il eut libéré son territoire du joug philistin. Elles eurent tour à tour pour théâtres toutes les frontières du royaume. Aussi apparaissent -elles moins, dans l'ensemble, comme des tentatives de conquêtes lointaines que comme des efforts vigoureux faits par une nation jeune et ardente pour se donner de l'air et avoir ses coudées franches, en opérant une énergique poussée contre les peuples qui l'entourent, la pressent et parfois la serrent de trop près.

On vient de voir comment et avec quel bonheur David y réussit. Grâce à lui, le royaume d'Israël atteignait en quelques années une extension qu'il ne réalisa jamais plus, pas même du temps de Salomon. 11 comprenait d'abord tous les pays peuplés d'Hébreux, « de Dan à Bersabée » — selon une formule souvent reprise mais qui se vérifiait alors pour la première fois — et des confins de la plaine côtière aux établissements rubénites, ladites, galaadites, disséminés sur le revers et la bordure du plateau montagneux de l'Outre-Jourdain l. C'était là le royaume proprement dit, le pays où Ton servait Yahwè et qui avait David pour roi.

Tout autour se déroulait une ceinture de peuples soumis ou tributaires : à l'ouest, les Philistins, resserrés et retenus le long du littoral ; au sud, les nomades et les demi-sédentaires, comme Amaleq, sévèrement châtiés pour leur pillage et appauvris par les contre-razzias, puis les Édomites, décimés par Joab, exploités par les préposés royaux, et laissant ouverte, sur la Mer Rouge et sur l'Arabie, une voie d'accès dont la possession garantissait l'avenir commercial du royaume de Jérusalem ; à l'est, les Moabites et les Benè-Ammôn, subjugués à la suite de durs

I. Les limites du nord-est soiit assez difficiles à préciser; peut-être, du reste, étaient-elles encore assez instables, non seulement en raison de la poussée araméenne qui, arrêtée un instant par David, reprit assez tôt après lui, mais aussi à cause du caractère semi-nomade de quelques clans de Manassé, qui vivaient dans des villages de tentes aptes à se déplacer : sur ces hawwôth de Yâîr, voir la Période des Juges, p. 188.

combats, payant des redevances et fournissant des esclaves pour d'utiles corvées ; vers le nord enfin, les Araméens, arrêtés dans leur marche sur le Jourdain et la mer, astreints au tribut, et tenus de faciliter le passage et les transactions des trafiquants hébreux.

Au delà de ces vaincus, des alliés ou, du moins, des associés entretenant avec David des rapports empreints de cordialité, jalonnaient les dernières zones d'influence de la jeune monarchie. C'étaient les Phéniciens, qui trouvaient chez elle un débouché bien achalandé pour les produits de leur pays comme pour leurs marchandises exotiques, et qui lui savaient gré d'une organisation propre à assurer la sécurité des routes et à favoriser les relations toutes pacifiques de leur commerce. C'était Tôoû, le prince araméen de Hâmath, qui, en reconnaissant la suprématie de David, comptait aussi sur lui pour défendre son indépendance contre les tendances unionistes de ses voisins accaparants. Sans doute, enfin, c'était aussi l'Egypte qui, ne se désintéressant jamais de ce pays de Canaan qu'elle revendiquait comme une annexe de son empire, venait peut-être d'y reparaître pour mettre à la raison les Philistins trop remuants 1, et qui, en tout cas, ne pouvait encore voir que d'un oeil favorable la naissance d'un royaume moins dangereux pour elle que ces aventuriers, puisqu'il pouvait faciliter le passage de ses caravanes ainsi que l'échange et le trafic des produits nécessaires ou utiles aux deux pays 2.

X. Sur cette hypothèse assez plausible voir, ci-dessus, p. ifj n, 2.

2. On voit, d'après ces données historiques, dans quel sens il convient de parler de «l'empire de David». En réalité, son royaume propre ne renfermait que les pays hébreux; les autres États, qui étaient en dehors des irontières d'Israël-Juda, ne lui appartenaient pas. 11 y avait des princes en Philistie, des rois en Moab, en Ammôn, en Aram ; seul le pays d'Édom était sans roi. mais David n'y avait que des « préposés », et ne l'avait pas annexé à sa couronne. On trouvera d'ailleuis deux preuves parlantes de cette situation politique. Lors du recensement des sujets de son royaume, les recenseurs, Joab a leur tête, ne parcourent que le territoire hébrtu. Nous connaissons leur itinéraire (II Samuel, xxiv. 5-8) ; il n'en dépasse point les limites. C'est le même territoire qui est réparti entre les diverses préfectures de Salomon (I Rois, iv, 8-19). Tout ce qui était au delà pouvait reconnaître dans une certaine mesure l'autorité du roi de Jérusalem et lui payer le tribut : mais ces territoires étrangers n'appartenaient nullement au domaine de la couronne. En particulier, PEuphrate n'a jamais été la frontière réelle d'Israël. Mais les Araméens installés le long du cours moyen de ce fleuve, qui pouvaient avoir partie liée avec les Araméens de Damas, subissaient, par contre coup, l'influence de la politique de David. C'est là ce que les faits autorisent à dire. Les formules très amples qui se

Ce nouvel équilibre politique des pays de la Syrie méridionale en modifiait notablement la physionomie. Autrefois, surtout pendant l'occupation et l'hégémonie égyptiennes, cette région s'était trouvée morcelée en un grand nombre de petites principautés indépendantes, jalouses et rivales les unes des autres. Désormais les nationalités ayant rapproché ou finissant d'unir leurs groupes épars, on ne voit plus guère que des royaumes déjà solidement organisés, ou bien près de l'être. Les disputes et les unions de villages ou de villes s'effacent devant les rivalités et les alliances de peuples. On agite toujours de petites questions d'intérêt local, mais la politique internationale préoccupe aussi maintenant les esprits, à cause des ambitions des peuples qui se heurtent.

Dans cette transformation générale, due pour une part à cette conjoncture que les Assyriens étaient alors retenus loin de la Syrie méridionale et que les Égyptiens, s'ils y reparaissaient, n'y reparaissaient que pour mettre de l'ordre, les Hébreux occupent d'abord la première place. Ils en sont redevables à la clairvoyance, à l'énergie, à l'habileté, au succès, qui marquent toutes les entreprises de David quand il s'agit pour lui d'accomplir sa mission providentielle. Roi, il réussit à unir les Hébreux en un corps de nation malgré les tendances particularistes des tribus et malgré le fractionnement géographique des territoires qu'elles occupent ; guerrier, il entraîne ses armées bien loin du pays où l'on vivait jusque là cantonné. Il développe ainsi une vie nationale intense, ouverte à de grands espoirs, et répugnant à se tenir resserrée dans les limites étroites du village qui se blottit comme un nid paisible au sein d'une vallée, ou qui se dérobe comme un repaire sauvage dans un recoin de la montagne. Tant de victoires remportées sur les ennemis qui l'avaient si souvent effrayé et meurtri mettaient dans l'âme d'Israël plus de piété, plus de joie, plus d'entrain. Il se sentait comme soulevé hors de lui-mSme, et aspirait à un épanouissement complet de toutes les forces nouvelles ou renouvelées, qui fermentaient en

rencontrent ici où là dans la Bible, ne peuvent guère être comprises que comme tous les protocoles des monarques orientaux, où il faut toujours distinguer le royaume proprement dit des Etats a voisinants plus ou moins réellement soumis à son autorité ou à son influence.

lui. Israël, devenu un grand peuple, goûtait la fierté de vivre, et David, couronné de gloire, jouissait du bonheur d'être roi.

Ce bonheur d'un roi qui a connu les travaux de la guerre, l'ivresse de la victoire, les satisfactions d'une juste vengeance et le noble orgueil d'une domination établie sur de nombreux peuples, David, en remerciant Yahwè de le lui avoir départi, l'a chanté d'une âme pieuse et d'une voix martiale dans l'un de "es poèmes *.

Oui, c'est toi [ ] ma lampe, ô Yahwè ! Mon Dieu, qui éclaire mes ténèbres.

Par toi je cours sus aux pillards.

Par mon Dieu j'escalade le mur.

C'est le Dieu à la voie parfaite; [...] Il est un bouclier pour qui recourt à lui.

Car qui est Dieu à part Yahwè ?

Qui, un Rocher, sauf notre Dieu?

C'est le Dieu qui me ceint de force,

Et qui rend parfait mon chemin.

Il me donne des pieds tout comme ceux des biches. Et sur les hauteurs më fait tenir droit.

A mes mains il apprend la guerre,

A mes bras à bien bander l'arc [.].

Tu me donnes ton aide comme un bouclier ; Ta droite me soutient ; tes leçons m' élèvent. Tu fais que j'avance avec de longs pas,

Et mes chevilles ne chancellent point.

Je poursuis mes ennemis, je les atteins ; Je ne reviens pas qu'ils ne soient achevés ; Je les écrase ; ils ne se dresseront plus ;

Ils gisent étendus sous mes pieds.

Tu m'as ceint de force pour livrer bataille î

Tu ploies sous moi mes adversaires.

Par toi mes ennemis m'ont montré la nuque } Ceux qui me haïssent, je les extermine. Ils crient au secours : nul ne les délivre ; Ils crient vers Yahwé : il ne répond pas. Je les pulvérise comme poussière au vent ; Les écrase menu comme la boue des rues.

1. Psaumes, xvm, (Vulgate, xvn), 29-51, et, en une autre recension, II Samuel xxn, 29-51. Je traduis ici ce qui se rapporte au roi guerrier, et, Salomon, p. 248, le passage de la théophanie. Le partage en strophes n'est qu'approximatif,

Par toi, je sors sauf des querelles des peuples ;

Établi par toi comme chef des nations,

Des peuples me servent, inconnus de moi ;

Dès que leur oreille entend, ils m'écoutent.

Des hommes étrangers m'assaillent de flatteries ;

Des hommes étrangers, tombant d'épuisement,

Sortent en tremblant de leurs forteresses.

Par la vie de Yahwè ! Béni soit mon Rocher ! Et que soit exalté le Dieu qui m'a sauvé ! Ce Dieu qui m'accorde de tirer vengeance, Et me rends les peuples soumis.

De mes ennemis par toi délivré ; Tu m'élèves plus haut que mes adversaires, Tu m'arraches aux prises de l'homme de violence.

Aussi je te loue parmi les nations ; Yahwè ! pour ton nom je fais un cantique. Il donne à son roi d'illustres victoires, Et avec bonté agit pour son oint, Pour David et pour sa race, à jamais !

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