‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 89 sur 137 · L ARMEE · texte numérisé non relu

L ARMEE

long qui abritait entièrement le combattant, le prévenaient des coups dangereux ouïes paraient eux-mêmes, et, suivant de près ses traces, achevaient les ennemis tombés à demi mourants et tuaient aussi de leur mieux.

Jonathas avait un porteur d'armes ; David commença par être celui de Saùl ; il s'en empressait dix aux côtés de Joab. De ces guerriers novices à leur chef se nouaient les liens étroits du respect et de l'affection, de l'émulation au combat et de la confiance à l'heure du danger. Quand un chef blessé ou vaincu tenait à échapper aux outrages de l'ennemi ou à ne pas survivre à sa défaite, il demandait à son porteur d'armes, le service suprême de lui donner la mort : Abimélék, fils de Gédéon, fut ainsi achevé par son compagnon ; Saùl, ne pouvant décider le sien à le faire, se perça lui-même de son glaive. Cette institution des porteurs d'armes, qui était une haute école de bravoure, n'est signalée qu'au temps des Juges, de Saùl et de David 1. Il est probable qu'elle disparut au moment où la charrerie, introduite par Salomon, offrit à l'ambition militaire des jeunes Israélites le grade nouveau de shâlîsh, qu'ils semblent avoir ardemment recherché.

Exercés avec soin aux méthodes de combat, entraînés par des années de razzia et de guerre sans répit, fiers de leur renom et prodigues de leur vaillance, les Preux fournissaient des chefs habiles aux contingents territoriaux. David les récompensait par l'octroi de grades promis avec solennité et reçus avec fierté, par le don d'une arme ou d'une ceinture d'honneur, par des portions de butin et des distributions de champs et de vignobles 2.

1. Les seules références bibliques aux « porteurs d'armes » sont Juges, ix, 54, (Abimélék) ; I Samuel, xiv, 6 et suiv. (Jonathas) ; xvi, 21 (David et Saiil) ; xvn, 41 (Goliath) ; xxxi, 4, 5 (Saiil) ; II Samuel, xvm, 15, xxm, 37 ; I Chroniques, xi, 39 (Joab). 11 y a tout au moins un vestige de l'expression dans Isaïe, lu, ii. On voit par ce qui vient d'être dit combien il est impossible de prétendre, avec les exégètes qui veulent harmoniser les deux traditions sur les débuts de David, que Saiil — et Abner, qui n'était pas hors de sens — ne pouvait ignorer qui était David, son porteur d'armes, c'est-à-dire son compagnon le plus indispensable dans les combats. — Sur le shâlîsh dans la charrerie, voir, Salomon, p. 127, n. 1.

2. I Chroniques, xi, 6, promesse de titres dessdr et rôsh ; — II Samuel, xvm, 11, promesse d'argent et d'un baudrier par Joab ; — I Samuel, xxn, 7, champs et vignobles donnés par Saiil à ses chefs ; — sur les terres prises aux vaincus et possédées par des serviteurs de David, voir, ci-dessous, p. 268, n. 1, et cf. Psaumes,-LX (Vulgate, lix), 8, qui parle d'un lotissement opéré par David à Sichem et à Soukkôth:

Saiil et David. 16

Grâce à l'élévation au trône de leur chef, au besoin que, devenu roi, il eut de leurs concours pour son armée et pour sa police, grâce également aux biens qu'ils acquirent, ces chefs ne tardèrent pas à former une caste militaire qui prit rang à côté, au-dessus plutôt de l'ancienne noblesse des tribus *. Quand les guerres, qui les occupaient, eurent été terminées, ils se mêlèrent de politique. Les Preux, fidèles à David lors de l'usurpation d'Absalom, embrassèrent plus tard le parti du prophète Nathan, et contribuèrent à assurer l'avènement de Salomon 2. Depuis cette intervention, l'histoire les perd de vue.

A côté des Preux, qui étaient, pour 3a majorité, d'origine hébraïque, David entretenait un second corps régulier qui n'était composé que d'étrangers, Cretois, Plêthis et Gattites, apparentés aux Philistins 3. En s'entourant ainsi d'anciens ennemis enrôlés comme mercenaires, David ne faisait que suivre une pratique assez courante dans l'antiquité, pour ne rien dire des temps modernes. Les Ramsès de 3a XIXe dynastie, peu de temps avant lui, possédaient un corps d'élite de Shardanes, originaires d'Asie Mineure, et de Libyens, recrutés parmi les pillards du Delta, qui , passés au service de l'Egypte, trouvaient souvent, en cas de guerre, des compatriotes dans les rangs ennemis. Les Cretois, et probablement 3es Plêthis, demeuraient dans le Négéb, au sud-est de Gaza ; ils s'y étaient sans doute installés au cours de la première moitié du xne siècle, en même temps que les Zakkalas et les Philistins, venus eux aussi des pays égéens, s'établissaient dans les plaines côtières du Saron et de la Shephêlâ. Moins enclins à mener la vie pastorale, qu'imposaient les maigres ressources agricoles du Négéb, que portés à continuer de vivre de la vie d'aventures qui les avait poussés dans cette contrée, ils pouvaient fournir à David des mercenaires tout préparés aux travaux de la guerre. Peut-être quelques-uns d'entre eux s'étaient-ils déjà engagés dans sa bande alors qu'il résidait tout près d'eux à Çiqlagh : comme lui, ils étaient les

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