II Samuel, v
Preux et mercenaires étrangers, combattant en formation distincte, assumaient le plus rude effort de la bataille, ou se réservaient pour quelque coup d'audace.
Les sièges de places et de positions fortifiées se réduisaient le plus souvent à un investissement : l'assaut paraissait trop coûteux en raison des projectiles de toute nature que jetaient les défenseurs postés sur les remparts ,et l'on n'avait pas encore de machines propres à lancer des traits, ni des abris cuirassés et mobiles qui permissent d'aller saper les murs et de balancer le bélier. Un siège était donc une entreprise ardue et surtout interminable. L'art y jouait un rôle effacé au regard de la patience et de la ruse. Pourtant, on savait profiter d'un point faible de la défense pour établir une terrasse d'où l'on atteindrait la crête du mur de la ville assiégée, ou bien quelques hommes risquaient leur vie pour mettre le feu à l'une des portes, pour tirer quelques pierres du mur, provoquer un effondrement et ouvrir une brèche1. Plus habituellement, on dressait autour de la place investie de légères huttes de branchages 2, sous l'ombre desquelles on attendait que l'assiégé, à bout de ressources, épuisé par la famine, affolé par le manque d'eau, et désespérant de recevoir du secours, se résignât enfin à la reddition. Elle se trouvait parfois hâtée subitement par l'habileté d'un chef qui attirait les défenseurs hors de la ville, par la sagesse d'un guerrier qui s'avisait d'un stratagème pour s'y glisser à leur insu, par la prudence d'un habitant qui persuadait ses concitoyens ou qui les trahissait 3.
Le commandement général des troupes appartenait au roi. En fait, David ne l'exerça pas toujours. Il ne dirigea personnellement ni les deux campagnes contre Ammon, ni la répression d'Édom, et, soit dans la dernière guerre contre les Philistins, soit à la bataille du Bois d'Lphraïm contre les rebelles d'Absalom, ses soldats exigèrent de lui qu'il ne s'exposât point aux hasards
1. Ces divers procédés sont indiqués dans Juges, ix, 52 (Abimélék reçoit sur la tête une meule de moulin à bras en venant mettre le feu à la porte de Tébéç) ; II Samuel, xx, 15 (Joab fait élever une terrasse et creuser des mines au siège d'Abêl).
2. C'est ce qui se fit alors devant Rabbâ : II Samuel, xi, et ce que les Araméens feront, sous Achab, au siège de Samarie : I Rois, xx, 12, 16.
3. Juges, xx, 29-42 ; prise de Sion, ci-dessus, p. 169-180 ; II Samuel, xx 16-22 ; sur la trahison supposée d'Ornâ à Jérusalem, voir, ci-dessus, p. 179.
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du combat. Ce dernier détail montre assez clairement combien on le savait rempli de vaillance et de mépris pour le danger. David fut en effet l'un des guerriers les plus fameux de son temps, l'émule et le digne successeur de Saiïl dans les travaux de la guerre. Quand il eut ceint sa double couronne, il ne prit plus part aux batailles ; mais sa jeunesse avait brillé de tant d'éclatantes prouesses, qu'à ne plus payer de sa personne il ne perdit pas son renom. Avant même d'entrer dans l'entourage du roi, il était connu pour ses exploits ; sa victoire sur Goliath le mit au premier rang ; elle le mit avant Jonathas, qui, transporté d'enthousiasme, lui donna tout son équipement, en signe d'alliance et d'amitié ; elle le mit même avant Saiil, de qui les femmes chantaient qu'il « avait abattu ses mille : mais David avait tué ses dix-mille ». L'audace téméraire ne lui déplaisait pas. Berger, il luttait corps à corps avec les ours et les lions ; chef, il cherchait des Philistins à mutiler pour gagner la main d'une des filles du roi ; fugitif, il se glissait de nuit jusqu'au centre du campement pour tenir Saiil à la pointe de son glaive. Il aimait les combats singuliers en présence de ses Preux ; il aimait les razzias où l'on travaille vite et hien, et les contre-razzias où l'on se venge avec proric *. 11 était vraiment le roi prédestiné pour susciter des héros et donner à tout un peuple le goût de la victoire. Aussi ses adversaires le redoutaient entre tous : à la révolte d'Absalom, Ahitophel demandera qu'on lui choisisse douze mille hommes pour se saisir de lui seul 2 ; et ses amis le plaçaient hors de pair : au moment de livrer la bataille qui devait écraser la révolte, David dit à l'armée.
— Je veux absolument partir, moi aussi, avec vous.
- — Non, dit l'armée, tu ne partiras pas avec nous, car, si nous devons prendre la fuite, on ne fera nulle attention à nous, et si la moitié de nous meurent, on ne fera nulle attention à nous ; mais toi tu en vaux dix mille comme nous 3.
Cette vaillance merveilleuse, prompte, inlassable, David la devait à sa riche nature ; mais il savait lui chercher un appui
1. I Samuel, xvi, 18 ; xvn 1-4 ; 7 ; 34, 35 ; xvin, 20-29 ; xxvi, 4-12 ; xxvn, 8-1 1 ; xxx ; II Samuel, 15-17.