‹ Histoire du peuple suisseChapitre 15 sur 125 · DOMINATION CARLOV. ET ALLEMANDE · texte numérisé non relu

DOMINATION CARLOV. ET ALLEMANDE

rincomparable empereur avec son épée, planant audessus de la ville comme son patron. Son petit-fils, Louis le Germanique, fonda en 853 Fabbaye de Fraumûnster à Zurich, et lui fit don du petit pays dTri. Charles donna aux couvents et au clergé l'impulsion de la vie scientifique. L'évoque Hatto rendit des ordonnances qui obligeaient les prêtres à se former une bibliothèque ; le couvent de Rèichenau en avait déjà une considérable, et sous Hatto il s'éleva à l'apogée de la prospérité,

§ 10. RÉACTION CONTRE L'UNITÉ. PROeRÈS INTELLEC-

TUELS. — Ainsi, la Suisse participa largement aux bienfaits de l'activité créatrice et organisatrice du grand empereur. Mais l'unité qu'il avait réalisée commença à se rompre sous les efforts de ceux qui voulaient recouvrer leur indépendance. L'administration uniforme des comtés fut dissoute. Les comtés devinrent des fiefs héréditaires entre les mains de puissantes familles ; de nombreuses églises épiscopales et conventuelles reçurent des immunités (affranchissement de la juridiction des comtes), telles que Saint-Gall, Pfaeffers, l'abbaye de Fraumûnster, à Zurich, Goire, etc. De môme les tribus isolées réagirent contre l'unité qu'on leur avait imposée par la force. Le premier résultat de ces luttes fut le partage de l'empire par le traité de Verdun en 843 ; la Suisse allemande actuelle, avec la Rhétie de Coire, échut à Louis le Germanique, ainsi que la France orientale ; la Suisse occidentale et le Valais entrèrent dans le lot de Lothaire avec la France occidentale.

Ainsi la Bourgogne et l'Allemannie restèrent longtemps séparées et se constituèrent en États particuliers. Dans la confusion causée par la chute des Garlovingiens, la Bourgogne suisse devint l'apanage de la famille des Welfes, et Rodolphe P^ sut créer un État presque indé-

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pendant entre le Jura, le lac de Genève et les Alpes. En janvier 888, il devint roi d'un empire qui s'étendait jusqu'à Bàle. Après de sanglants combats, TAUemannie parvint au même résultat. Le comte Burkhard P', de Rhétie, ayant voulu se faire duc, se brisa contre Toppositlon de deux ambitieux Thurgoviens, Erchanger et Berthold, et celle de Salomon III, le rusé évoque de Constance et abbé de Saint-Gall. Peu de temps après, il fut tué dans une assemblée générale. Son fils profita d'une querelle entre l'évèque et les envoyés de la couronne pour se faire des partisans, et il obtint la dignité de duc en 917, après que l'évèque eut chassé les deux envoyés. Son succès affermit l'alliance qui existait, depuis 843 entre la Rhétie et l'Allemannie. Ainsi l'élément allemand de la Rhétie fut fortifié ; et sans cette union la Rhétie ne serait peut-être pas devenue plus tard membre de la confédération allemande. Les riches couvents de Reichenau, Rheinau, Saint-Gall et Zurich, qui étaient devenus des souverainetés indépendantes, propagèrent les lumières que Gharlemagne avait fait naître. Le couvent de Saint-Gall se distingua tout particulièrement. Il secoua la suzeraineté de l'évèque de Constance et déploya une grande magnificence (1). Il formait une petite ville, avec ses quarante tourelles, ses boulangeries, ses brasseries, ses moulins, ses divers ateliers, etc. Ses abbés cultivaient activement les sciences. Ils fondèrent deux écoles, l'une pour les moines et l'autre pour les laltques. La discipline en était si parfaite que, lors de la visite du roi Conrad I«f ^es jeunes écoliers ne se laissèrent pas distraire de leurs exercices par l'appât des pièces d'or et des pommes

(1) J. Keller, Esquisse du couvent de Saint-Gall, Zurich, 1844.— RahDj Histoire des arts de la Suisse, t. I, p. 88-93. — Oelpke^ Histoire ecclésiastique de la Suisse, — Wartmann, Saint-Gall sous les Carlovingiens,

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qu'on exposait à leurs regards. Ils étaient dirigés par d'excellents professeurs, entre autres Notker, célèbre chantre et compositeur, Notker le b^^e d'Ëlgg, Ratbert de Zurich, historien du couvent, et Tutilo, sculpteur du plus grand mérite. On lisait les anciens classiques ; les jeimes gens apprenaient à faire des hexamètres et des pentamètres latins et à jouer des instruments à cordes. Toutes les sciences et tous les arts furent cultivés ; et rétude de la langue allemande reçut une puissante impulsion. Le premier globe céleste fut fait en Allemagne. Saintr^all était aussi une école de musique et de chant ; ce couvent composa un grand nombre de messes en mu* sique, et un historien du temps dit que Salnt-Gall, par ses hymnes et ses mélodies, a rempli de lumière et de joie rÉglise de Dieu, non-seulement en AUemannie, mais dans tous les autres pays, d'une mer à l'autre. L'écriture et la peinture devinrent à Saint-Gall des arts véritables. On cultivait les arts comme en fabrique : les uns fai« salent le parchemin, les autres traçaient des lignes, d'autres reliaient les livres et^ en ornaient les couvertures d'images en ivoire, en argent et en or. Nulle part on n'atteignit à une aussi grande perfection artistique qu'à Saint-Gall, dont l'influence se répandit jusqu'aux couvents de Hheinau, de Reichenau et de P£8Bffer&.

La Bourgogne, pendant des siècles, ne donna aucun signe de vie spirituelle ; la noblesse, grossière et belliqueuse, plongea ce pays dans un état de barbarie analogue à celui de la France sous les premiers Capétiens, et les destinées du royaume étaient enveloppées de profondes ténèbres. L* AUemannie et Télément allemand étaient donc à la tète de notre pays, et la Bourgogne perdit la prépondérance qu'elle avait eue au temps des Celtes, des Romains et de la migration des peuples, ^influence de

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l'élément allemand fut fortifiée par la domination des empereurs d'Allemagne, qui réunirent la Bourgogne À l'ÀIlemannie et à la Rhétie.

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