LES PREMIÈRES LIGUES
Zœbringen embrassèrent la cause pontificale. Les cantons forestiers commencèrent Tattaque. Le bailliage des Zsehringen avait passé au comte de Habsbourg, Rodolphe le Vieux ; ainsi la maison de Habsbourg acquit la juridiction sur Uri, où elle ne possédait pas un pouce de terre. Gomme les fiefs devenaient peu à peu des propriétés hé« réditaires, les habitants d'Uri pouvaient craindre de passer sous la domination des Habsbourg. Ils s'adressèrent donc à Frédéric, fils du roi Henri, lequel, en Tabsence de son père, réglait les affaires de TEtat; et celui-ci leur octroya, le 26 mai 1231, une lettre de franchise qui les plaçait sous la protection et la souveraineté de Tempire et enlevait le bailliage aux Habsbourg; ainsi Uri assura juridiquement sa liberté, et, à partir de ce moment, la vallée devint une municipalité libre et indépendante (en 1243 elle avait son sceau particulier comme les villes). Les citoyens de Schwitz n'étaient pas moins menacés par les comtes de Habsbourg qui voulaient rendre leur puissance héréditaire. Lorsqu'on 1232 la maison de Habsbourg se fut divisée en branche aînée et branche cadette (1), les Schwitzois résolurent de demander le secours de l'empereur pour recouvrer leur indépendance. En 1240, ils envoyèrent des délégués à Frédéric H qui, excommunié parle pape, assiégeait Faenza en Italie, et qui, pour
(1) Généalogie des Habsbourg.
Rodolphe I»', le Vieux, 1232.
Rodolphe II (Habsbourg-Lau-
Albert (branche aînée, 1240).
Sa femme :
•Heilwig de Kibourg.
Rodolphe III, roi en 1273.
fenbourg, branche cadette).
Eberhard Gk>defroy
Sa femme : Sa femme :
Anna de Kibourg Elisabeth de
Rapperswil.
La branche aînée possédait TAlsace et TArgovie ; la branche cadette, les cantons forestiers.
4() FONDEMENTS DE LA CONFlCDliRATTON (1218-1!^15
récompenser les Suisses de l'appui qu'ils lui avaient donné, leur accorda une lettre de franchise par laquelle il reprit le comté en décembre 1240(1). Ainsiles Schwitzois se trouvaient sous la protection particulière de l'empire et jouissaient de la liberté qu'il leur garantissait. Cependant les possessions des comtes en Suisse restèrent intactes, mais les circonstances ne leur furent pas toujours aussi favorables ; la situation changea beaucoup lorscpie Frédéric II fut mis au ban de l'empire par le pape Innocent, en 1245, et que la puissance croissante de l'Eglise renouvela les querelles du temps d'Henri II. Toutes les villes et les campagnes qui se déclarèrent pour l'empereur furent menacées du ban; il en fut ainsi d'Uri, et Zurich fut même interdit à cause de son zèle pour la cause impériale. Tout l'empire se partagea en deux camps ennemis, et la tourmente que cette division fit éclater s'étendit jusqu'aux vallées les plus reculées des Alpes. Mais les communes ne se laissèrent pas intimider, elles prirent des mesures énei^iques pour avoir raison de leurs oppresseurs. En 1248, Zurich expulsa de ses murs les moines et les dominicains qui excitaient les habitants contre Frédéric, et les ecclésiastiques qui refusaient de célébrer le service divin. Lucerne se souleva contre ses seigneurs, l'abbé de Marbach et le comte de Habsboui^. Les cantons forestiers en firent autant. Pour s'avancer plus sûrement dans leur nouvelle voie, les villes et les campagnes imitèrent l'exemple des villes lombardes et allemandes et formèrent des ligues dans le but de maintenir la paix intérieure et de protéger le commerce.* En 1243, Berne fit avec Fribourg une alliance offensive et défensive pour se préserver des attaques des comtes
(1) F. de Wyss, les Paysans libres et Journal du droit suisse, t. YII, 187Î.