‹ Histoire du peuple suisseChapitre 36 sur 125 · ACCOMMODEMENT AVEC L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

ACCOMMODEMENT AVEC L'AUTRICHE

par leur ardeur belliqueuse à d'incessantes expéditions (1). De jeunes guerriers, mus par Tesprit d'aventure, allèrent en Hégovie ou en Thurgovie pour punir leurs voisins de légères querelles imprudemment engagées. Dans cesdispositions, ils ménageaient fort peu rAutriche, leur ancienne ennemie. Au retour d'une pointe sur Constance en 1458, des gens des Waldstaetten offrirent leur appui au parti confédéré de Rapperswil, qui se plaignit de la tyrannie autrichienne, et jetèrent cette ville dans une alliance avec les Waldstaetten. Déjà, en 1454, la ville autrichienne de Schaffhouse avait fait avec les confédérés un traité de vingt-cinq ans ; et en 1459, la ville autrichienne de Stein s'unit avec Zurich et Schaffhouse. L'empereur Sigismond d'Autriche , fils de Frédéric, veyant dans ces faits une nouvelle rupture de la paix , se préparait à combattre ; mais les confédérés, sollicités par les ennemis de Sigismond et surtout par le pape, commencèrent eux-mêmes l'attaque en pleine paix ; des jeunes gens des Waldstaetten, de Zurich et de Glaris marchèrent sur la Thurgovie dont ils conquirent rapidement la plus grande partie en septembre 1460. Diessenhofen fut forcé de se rendre, et Winterthur seul opposa une heureuse résistance. En même temps, les Appenzellois enlevèrent à l'Autriche la vallée du Rhin, sur laquelle elle avait des prétentions. Le duc Sigismond fut contraint de signer une paix de quinze ans par laquelle il abandonnait aux confédérés toutes leurs conquêtes (1461). Ainsi la ligne du Rhin était perdue pour l'Autriche ; un chant contemporain célèbre le triomphe de la Suisse siu- Sigismond, « qui ne peut

(l) C'est ce que démontrent particulièrement les hymnes guerriers du temps; 0. Meyer» Chanis populaires suisses du xV siè':lc.

plus jeter de pont sur le Rhin »(1). Bientôt après, l'Autriche dut renoncer à un autre poste sur le Rhin, celui de Miilhausen. Cetle ville, pressée par Taristocratie alsacienne, fit avec Berne et Soleure une alliance défensive perpétuelle (1466) ; et les Suisses y mirent une garnison parce que Taristocratie ohstinée ne cessait de menacer cette (( étable suisse ». Le hailli autrichien ayant voulu reprendre la ville par la force^ les confédérés vinrent ravager le Sundgau. La ville de Schaffhouse, avant-garde de la Suisse au nord, étant constamment troublée par l'aristocratie voisine, et TAutriche ne donnant pas satisfaction à ses plaintes, les confédérés déclarèrent la guerre au duc Sigismond et, à leur retour de Sundgau, ils assiégèrent la place forte de Waldshut en juillet 1468. Les dispositions des populations de TAUemagne méridionale étaient si hostiles à Taristocratie et à TAutriche, et si favorables aux confédérés, que tout le district de la Forôt-Noire semblait prêt à faire cause commune avec ces derniers. Mais la garnison de Waldshut montra un courage inespéré, et les confédérés n'ayant obtenu aucun succès, se décidèrent à faire des arrangements pacifiques. Par le traité de Waldshut (août 1468) , le duc Sigismond promit de donner satisfaction aux villes de Mulhouse et de Schaffhouse et de payer aux confédérés la somme de 10,000 florins pour les frais de la guerre : Waldshut et la Forôt-Noire furent désignés pour être les gs^es de la paix. Ainsi, chaque lutte avec les fédérés faisait subir à l'Autriche de nouvelles pertes; déjà, en 1467, le duc, conformément au vœu de la bourgeoisie de Wlnterthur, avait été obligé de rendre cette ville à Zurich : de sorte que toutes les anciennes possessions de l'Autriche au delà du Rhin lui étaient aliénées, à l'exception du (1) G. Meyer de Knonau, Chants nationaitx suisses, p. 15.

ACCOMMODEMENT AVEC L'AUTRIGHE 95

Frickthal. Sigismond voulut faire encore une vigoureuse tentative pour recouvrer d'un seul coup tout ce qui lui avait été arraché, et, par le même effort, anéantir la confédération. Il décida l'empereur Frédéric II à révoquer le traité de Waldshut, à mettre les confédérés au ban et à leur enlever leurs franchises. Ils s'adressèrent tous deux à l'aventureux et avide duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, et lui demandèrent d'entrer en guerre contre la Suisse. Sigismond donna en gage à Charles le Sundgau, l'Alsace, le Brisgau , la Forêt-Noire et les quatre cantons forestiers du Rhin (Waldshuf, Laufenbourg, Sœckingen, Rheinfelden). Déjà , tout était habilement tramé, et Ton attendait l'ouverture des hostilités, lorsque s*éleva une discussion entre Frédéric III et Charles le Téméraire. Sigismond se brouilla aussi avec Charles qui le gênait; et, dans ses perplexités, il demanda la protection de Louis XL Celui-ci opéra une alliance entre l'Autriche et la Suisse, toutes deux menacées par Charles.

Ainsi fut conclue, en mars 1474, l'alliance perpétuelle entre l'Autriche et la Suisse, alliance par laquelle les confédérés promirent assistance à l'Autriche, qui renonçait à toutes ses prétentions sur leurs possessions. Après tant de luttes, l'existence de la confédération était enfin assurée vis-à-vis de son principal adversaire. Elle ne comprenait d'abord qu'un petit noyau, au centre de la Suisse actuelle; mais en 1474, elle s'étendait depuis la vallée du Rhin, au-delà de l'embouchure de TAar, jusqu'au Rhin, sa limite naturelle; l'Autriche ne possédait plus dans la confédération que le Frickthal Qusqu'en 1802). Les territoires acquis par les confédérés devinrent, soit la propriété commune de tous, soit des États intéressés, et ils furent diversement organisés.

Page 1