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ligue perpétuelle, rAutriche et Charles s'étaient unis et les avaient défaits. Le but de Charles était de rétablir entre la France et rAUemagne, le grand empire lorrain auquel le traité de Verdun (1) avait donné naissance et dont la Suisse devait aussi faire partie. Les Suisses ne savaient pas dans quel filet on voulait les envelopper, mais le voile se déchira peu à peu. Le cruel Pierre de Hagenbach, bailli de Charles en Alsace, provoqua les confédérés, surtout Berne, par toutes sortes de tracasseries; les Bourguignons avaient déjà fait une invasion dans le comté de Pfirt, qui était le grenier de la confédération. Cependant la France et FAutriche s'étalent liguées contre Tinsatiable Bourgogne; les confédérés s'étaient unis à elles, et lorsqu'on juillet 1474 l'empereur les somma, au nom de l'empire, d'attaquer la Bourgogne, ils obéirent à sa voix sans hésitation. Berne, qui était plus intéressée à faire la guerre et qui avait reçu plein pouvoir des autres cantons, marcha en tête et déclara la guerre à Charles au nom de l'empire allemand, a Berne ! Berne I » s'écriait le duc dans sa colère. Deux jours après, les Bernois et leurs alliés de Fribourg, de Soleure et de Bienne envahirent le comté, et, de concert avec les autres confédérés et l'armée du haut Rhin, en tout 18,000 hommes, ils assiégèrent Héricourt (au sud de Belfort), y défirent, le 13 novembre, une armée de 10,000 Bou^uignons et prirent la ville. Croyant avoir rempli leurs engagements envers l'empire, ils se retirèrent. Les Bernois et leurs alliés cherchèrent à gagner des places dans le Jura; ils prirent Pontarlier (2 avril 1475), et songeaient déjà à étendre la confédération jusqu'au Jura, sa limite naturelle à l'ouest; ils conquirent Grandson et
(1) Voyez V Histoire générale, p. 174.
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Orbe, apanages de la maison de Savoie, qui avait pris le parti de Charles le Téméraire, et enlevèrent ville sur ville dans le pays de Vaud. Une armée savoisienne pénétra jusqu'à Sion, mais elle fut repoussée par les Haulr-Valaisans et les Bernois, et le Bas-Valais, qui était savoyard, se soumit aux Haut-Valaisans. La puissance de la Savoie, comme celle de r Autriche, sembla tout à coup anéantie en Suisse. Pendant ce temps, Charles avait conquis la Lorraine avec sa capitale Nancy; et Louis et l'empereur avaient fait la paix avec lui, en abandonnant perfidement les confédérés dajQS la guerre où ils les avaient entraînés. Charles pouvait donc diriger toutes ses forces contre eux. Il traversa rapidement le pays de Vaud et s'avança jusqu'à Grandson qu'il occupa; la garnison de cette ville fut noyée, bien qu'on lui eût promis de l'épargner si elle se rendait (1). Cependant les confédérés ne se firent pas attendre, et livrèrent bataille à Grandson, le 2 mars 1476. Une troupe de Schwitzois et de Bernois qui s'étaient éloignés du corps d'armée principal^ se rangèrent sur les hauteurs au nordouest de Grandson et commencèrent l'attaque, pour les attirer dans la plaine et les écraser. Charles commanda un mouvement de retraite; son arrière-garde prit cette manœuvre pour une fuite et recula. Dans le môme instant brillèrent sur la hauteur les armes du principal corps des Suisses ; les cors d'Uri et de Luceme jetèrent l'épou, vante dans les rangs des Bourguignons. En vain Charles s'efforçait de rallier les siens : attaqués de tous côtés, ils s'enfuirent tous, et leur camp, avec ses trésors, tomba entre les mains des confédérés. La belle et formidable armée de Charles avait été complètement défaite par ce peuple de paysans, qu'elle accablait de ses mépris; et
(1) De récentes informations font croire que ce ne fut pas sur Tordre de Charles et encore moins par sa volonté.
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Taristocratie alsacienne, qui avait espéré la destruction des Suisses, était atterrée (1). Malgré ce désastre inouï, Charles ne perdit pas courage; il prépara à Lausanne une nouvelle expédition, tandis que Berne et Fribovu'g occupèrent l'important avant-poste de Morat. Déjà le 9 juin, le duc parut devant cette place défendue par le chef des Bernois, Adrien de Buhenberg, avec 1^500 hommes fermement résolus de verser jusqpi'à la dernière goutte de leur sang. Le 22 juin, l'armée des confédérés vint à son aide par une pluie torrentielle. L'avant-garde suisse, conduite par Hans de Hallwill, surprit les Bourguignons sur un point où ils ne pouvaient pas manœu* vrer librement (2). Malgré le feu meurtrier des ennemis, Hallwill attaqua Taile droite des Bourguignons, pendant que le corps principal, sous les ordres de Hans Waldmann, de Zurich, les surprit de front; mais les Suisses Q-obtinrent l'avantage qu'après un combat acharné et des pertes sensibles; Charles lui-même fut en danger de mort. Il avait perdu 8 à 10,000 hommes, les Suisses seulement 900. Le résultat immédiat de cette victoire des confédérés fut une paix conclue avec la Savoie qui leur abandonna les conquêtes de Morat, Échallens, Illens, Grandson, rendit l'indépendance à Fribourg, qui avait été réunie à la Savoie en 1450, et céda aussi le Bas-Valais. Déjà les confédérés songeaient à se retirer, lorsque Eené de Lorraine, accouru à la diète de Lucerne, les suppJia de lui prêter secours pour défendre Nancy, sa capitale. Il n'obtint pas officiellement l'aide des confédérés, mais
(1) Chronique des guerres de Bourgogne^ par S. Kaplan Knebel, publié par Buxdorf-Palkek^n.
(2) D*après les chroDiques du xvi* siècle, Hallwill, dans sa prière, se serait servi du soleil levant pour faire une apostrophe inspirée, OkMA EUierlifi^ témoin oculaire de la bataille*, n« connaît pas ce fait.
on Tautorisa à réunir des enrôlés volontaires, et 8,000 mercenaires suisses le suivirent à Nancy où Torgueilleux Charles combattit en désespéré avec une poignée d'hommes et perdit la vie comme un simple soldat (5 janvier 1477). Ce fut un coup mortel pour la puissance bourguignonne. Il fallut ensuite partager les conquêtes et les possessions des vaincus, ce qui ne se fit pas sans beaucoup de complications et d'intrigues. Berne et quelques autres villes, telles que Zurich et Luceme, réclamaient l'extension de la confédération à l'ouest, au-delà du comté de la Haute-Bourgogne (Franche-Comté) ; mais les campagnes craignaient que les pays annexés ne s'unissent à Berne et n'augmentassent ainsi l'influence des villes; elles préféraient recevoir de l'argent qui leur serait d'un plus grand profit. De son côté, Maximilien, devenu l'époux de Marie de Bourgogne, fit valoir ses droits sur la Franche-Comté, et Louis XI recourait à toutes sortes d'artifices pour se saisir delà proie. Les confédérés voyaient avec un extrême déplaisir les réclamations du duc : ils aimaient mieux le voisinage de la France que celui de la maison de Habsbourg; il fut donc facile à Louis d'obtenir la Franche-Comté par de l'argent et de belles paroles. Ainsi les confédérés furent dupes, car Louis, fidèle à ses procédés, ne tint aucune de ses promesses. Toutefois le résultat de leurs efibrts était considérable : ils avaient assuré par cette guerre leur position à l'ouest; le boulevard de la Savoie était détruit par la conquête des places fortes du pays de Vaud et du Bas-Valais. Fribourg et Soleure s'unirent aux confédérés; Tune et l'autre furent admises dans l'alliance perpétuelle en 1481 ; en outre, Neufchâtel, dont le comte avait prêté secours aux Bernois, entra en rapports avec les confédérés. Enfin, la confédération s'était fait connaître comme
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puissance européenne (1), et la renommée de sa gloire militaire s'était répandue dans tous les États.
§ 32. SÉPARATION d'avec L'EMPIRB ALLEMAND DANS LA
GUERRE DE SouABB (2). — Los lieus qul rattachaient la Suisse à Tempire allemand, se relâchèrent de plus en plus après qu'elle eut renversé par ses propres forces une puissance européenne dans les guerres de Bourgogne. Aucun Suisse n'avait pensé jusqu'alors à une séparation d'avec l'empire, tous se considéraient comme lui appartenant, aussi bien que les Bavarois, les Franconiens et les Saxons; ils se faisaient confirmer leurs privilèges par l'empereur, participaient aux assemblées et aux guerres de l'empire, et, môme dans les guerres de Bourgogne, ils avaient déclaré devoir et voulQir combattre comme membres de l'empire. Mais peu à peu ces rapports étaient devenus de simples formalités, car depuis longtemps la Suisse s'était éloignée de l'empire dont elle n'attendait plus une protection efficace. Le sentiment de la subordination dominait d'autant plus que Tempire allemand manquait d'une ferme unité qui reliât ses diverses parties. Depuis plus de deux siècles y régnait une complète anarchie; il n'y avait pas de pouvoir unanimement reconnu; les membres de l'empire (les princes et les villes), étaient presque indépendants. Ainsi les Suisses pouvaient aussi suivre leur propre voie; trèssouvent ils parvenaient à éluder leurs obligations envers
(1) Conséquences de la destruction du duché de Bourgogne; Segesser, Annexes à l'histoire de la convention de Stanz,
(2) T. Probst, Rapports de la Confédération suisse avec Fempire allemand, de 1486-1499 (Archives de Thistoire de la Suisse, t. XV).
Klûpfel, Séparation de la Suisse d'avec V Allemagne {Traité historique de Sybel, t. XVI). -^ Sources : Chroniques d'Anshelm, de Schilling; Willibald Pirkheimer, Guerre de la Suisse (contenant dés épisodes intéressants).
l'empire, et ils n'en étaient plus châtiés. Il y avait en outre en Allemagne des puissances prépondérantes naturellement antipathiques à la Suisse. L'orgueilleuse aristocratie de Souabe provoquait de continuels froissements; ses mordantes railleries contre les paysans eî les vachers étaient une cause incessante de querelles et quelquefois de combats; en 1458, il y eut une bataille sanglante et une expédition sur Constance, parce qu'un Souabe avait dédaigné une monnaie bernoise en l'appelant « bouse de vache». La maison de Habsbourg- Au triche, qui depuis 1438 occupait le trône d'Allemagne, ne pouvait oublier que la confédération s'était agrandie à ses dépens; le long règne de Frédéric III (1440-1493), aliéna la Suisse à l'empire; car c'était lui qui, dans la guerre de Zurich, avait voulu dissoudre la confédération, en prétextant rintérét de ses États. Les prétentions de Maximilien, fîls de Frédéric, portèrent un coup décisif à l'autorité impériale. Plein de zèle pour son accroissement, ce prince voulait soumettre les Suisses à la juridiction et aux contributions de l'empire , en vertu des nouvelles ordonnances établies en Allemagne ; Saînt-Gail qui s'était uni aux confédérés, fut plusieurs fois mis au ban pour n'avoir pas voulu se soumettre à l'arrêt d'un tribunal allemand. Les confédérés n'hésitèrent pas à repousser de telles exigences! Ils n'avaient pas besoin des institutions de TAliemagne pour le maintien de la paix, puisque leurs ligues les protégeaient suffisamment (1). D'ailleurs, les villes et les bourgeois n'étaient que faiblement représientés dans l'empire, et les paysans ne l'étaient pas du tout; pas plus que l'Amérique, trois cents ans plus tard, la Suisse ne pouvait se reconnaître des devoirs, envers
(1) C. Kind, la Confédération dans ses rapports avec f empire allemand pendant le ny^ siècle (Journaux allemands, août 1873).
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un corps délibérant qui l'excluait pour ainsi dire de ses rangs. « Le moyen est trouvé de vous donner un maître , et je réglerai cela par la plume que je tiens à la main 1 » s'écria le chancelier de Tempire ; mais un confédéré lui
répondit : c Ce dont vous nous menacez n'a pas réussi à d'autres qui Tout tenté avec des hallebardes plus redoutables que les plumes d'oie! » Les confédérés rejetèrent avec plus d'indignation encore un projet d'union avec la ligue souabe placée sous l'influence de l'Autriche et de l'aristocratie de l'Allemagne méridionale. Cette dernière souhaitait ardemment de soumettre la Suisse qu'elle accablait de ses railleries méprisantes et de ses odieuses accusations. Elle en était venue à désirer la guerre avec une sorte d'exaspération entretenue par des procès longs et ruineux et de dérisoires négociations. Un fait peu important en amena l'explosion. Les conseillers de Maximilien, qui y poussaient avec le plus d'acharnement, firent occuper, en l'absence du roi, la vallée de Miinster, en alléguant que la ligue grise et celle de la maison de Dieu s'étaient unies aux confédérés contre l'Autriche, et demandaient des secours à la Ugue souabe. Les alliés recherchèrent et obtinrent l'assistance des confédérés, et bientôt les deux armées furent en présence le long de la ligne du Rhin, depuis Bâle jusqu'à Maienfeld. Les troupes souabes emportèrent cette dernière ville par trahison et occupèrent Luziensteig ; mais les confédérés passèrent le Rhin près de Triefen et repoussèrent l'ennemi (9 février 1499). Bientôt après ils étaient encore victorieux à Hard et Fussach, après avoir bravé avec un héroïque pourage le feu meurtrier de leurs adversaires. Loin de se décourager, Maximilien leva une nouvelle armée, dans le dessein de continuer la lutte sur une plus grande échelle. Mais, dans l'empire, on considé-
rait la guerre comme une expédition autrichienne contre la confédération, et malgré les excitations de la noblesse et du clergé contre les Suisses, le peuple penchait en secret pour ses voisins qui aimaient la liberté ; et il fallut du temps pour vaincre ses répugnances et le déterminer à prendre les armes. Les forces principales de Tarmée impériale furent dirigées de Constance sur la Thurgovie où la ville d'Ermattijigen fut attaquée ; de plus faibles divisions occupèrent la ligne du Rhin jusqu'à Bâle et Bûnden. Mais partout les confédérés eurent Tavantage. Ils remportèrent une petite victoire près de Bruderholz aux environs de Bâle (22 mars) ; à Schwaderloo, monticule au sud de Constance, ils se vengèrent d*une manière sanglante de Tinvasion des Souabes en Thurgovie (Il avril) ; enfin ils repoussèrent glorieusement les ennemis près de Frastenz en Wallgau (20 avril), sous la conduite de Henri WoUeb, d'Uri. Ils avaient fait des prodiges de valeur; Hans Schuler ou Wala de Glaris résista seul à vingt cavaliers. Les Suisses ne furent pas moins heureux contre les troupes qui avaient envahi TEngadine et le Mûnsterthal, à la Calven (1) (entre Taufers et Latsch) ; Benoit Fontana, déjà mortellement blessé, conduisit les siens à la victoire, en arrêtant d'une main le sang qui coulait de ses blessures et en combattant de l'autre jusqu'à ce qu'il tombât épuisé (22 mai). L'empereur fit encore une tentative sur Bâle, mais son armée fut surprise à Dornach sur la Birse, au milieu des joies d^un festin. Après ces rudes exploits, la lassitude se fit sentir des deux côtés; dans l'espace de huit mois, 20,000 hommes avaient été tués, -2,000 places détruites, et tout le pays avait été ravagé; le manque d'argent, la
(1) Appelée à tort bataille de la Malserheide.
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disette et la famine causaient de grandes souffrances. La paix était mutuellement désirée; elle fut conclue à Bâle le 22 septembre 1499. L'empereur suspendit tous les procès et les jugements des tribunaux de Tempire contre la Suisse; il accorda aux confédérés le droit de iustice dans la Thurgovie; ils furent ainsi délivrés de toute juridiction étrangère. Les dix juridictions (Prœttigau, Scbanfigg, Davos), devaient rendre bommage à l'empereur comme à leur suzerain ; mais ils restaient unis aux confédérés à régal des autres alliés. Rien ne fut réglé, quant aux rapports généraux de la Suisse et de Tempire allemand; mais les ordonnances impériales n'eurent plus vis-à-vis d'elle aucune valeur réelle, soit que Maximilien l'en eût affrancbie (1), soit qu'on n'osât plus essayer de les appliquer. Cent cinquante ans plus tard, cette prétention renouvelée, provoqua la séparation formelle et définitive de la Suisse d'avec l'empire (1648) , A la suite de la guerre de Souabe, Bâle et Scbaflbouse entrèrent dans l'alliance perpétuelle des confédérés (le 8 juin et le 10 août 1501) et les domaines confédérés furent ainsi fermés au nord.
§ 33. Guerres d'Italie et leurs conséquences. — Dès les premiers temps de leur existence, les confédérés furent en relation avec les pays italiens du revers méridional des Alpes. Le commerce actif qui se faisait de toute antiquité avec ]e Sud, à travers les passages des Alpes suisses, amenait souvent les gens des Waldstaetten sur les marcbés italiens, dans les pays voisins qui étaient sous la domination des ducs de Milan. Cependant, en 1403, des employés des Visconti, sur le marcbé de Varèse, enlevèrent à des marchands confédérés leurs
(1) C'est ce que fait présumer un extrait d*Anshelm, III, 321.
bestiaux, pour une question de douane ; et les marchaads^ n^ayant pas obtenu justice, Uri et Obwalden, pour se venger de cet acte arbitraire, s'emparèrent de la vallée de la Léveûtine (1403). De nouveaux conflits commerciaux, en 1410, amenèrent la conquête d'Escbentbal avec Domo d'Ossola, par les sept cantons qui, en 1418, achetèrent le territoire de Bellinzona, qui touchait à la Léventine. Mais Milan ne voulant pas se résigner à la perte de ces domaines, une longue lutte s'engagea à leur sujet. Défaits à Arbedo en 1422, les confédérés restituèrent leurs conquêtes à condition d'un libre échange de marr chandises. Mais on ne leur tint pas parole, et, molestés de nouveau par les Milanais, les habitants d'Uri profitèrent des troubles causés par Textinction de la maison Visconti, pour reconquérir la Léventine (1440-1447). En 1467, les Sforze, successeurs des Visconti,. à Milan, s^engagèrent, par une capitulation conclue entre eux et les confédérés, à accorder à ceux-ci Texemption des douanes et le libre passage des montagnes ; en même temps ils renoncèrent à toujours à la Léventine. Mais les bonnes relations furent de nouveau troublées par les prétentions de sujets milanais sur une forêt de châtaigniers, située dans la contrée qui venait d'être cédée. Le pape Sixte II excitait les confédérés contre les Sforae qui étaient ses ennemis. Les Suisses, conduits par Waldmann, marchèrent en 1478 sur Bellinzona, et une troupe de 600 hommes, ayant à leur tête Frischhans Teiling de Lu cerne, remporta (le 28 décembre) une brillante victoire sur 15,000 Milanais, près Giornico. Louis XI, qui voulait s'attacher les Suisses à cause de ses démêlés avec la Bourgogne, força Milan de confirmer de nouveau la capitulation de 1467. Après ces incidents, les confédérés furent engagés dans les grandes guerres européennes en
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Italie. Louis XII^ comme parent des Viscontl, reyendiqaa ses droits sur Milan. Il s^empara de cette ville avec le secours des confédérés (1500), et fit prisonnier» par traliison, Louis Sforze (surnommé le More), son compétiteur. Le vaincu renouvela la capitulation et promit Bellinzona aux Waldstaetten. Mais la prépondérance obtenue par la France en Italie par la prise de Milan, menaçait Téquilibre européen et blessait l'orgueil national des Italiens, De nouvelles guerres éclatèrent, auxquelles prirent part les plus célèbres souverains du temps. Les confédérés y jouèrent un important rôle. Dans le conflit avec la Bourgogne, ils avaient soutenu la France et Tempire ; en Italie, les puissances belligérantes les poussèrent contre la France. Il faut reconnaître toutefois qu'ils y étaient conduits par leurs propres intérêts. Il s'agissait pour eux de s'assurer la possession du Tessin et de prouver à la France qu'ils n'étaient pas un instrument passif entre les mains de ceux qu'ils secondaient. Louis XII, suivant la politique perfide et astucieuse de Louis XI, ne tint aucun compte des promesses qu'il leur avait faites, il les blessa par sa conduite hautaine et son égoïsme. Déjà une grande partie des confédérés avaient passé du côté de Louis Sforze; et lorsque leur traité avec la France fut expiré, en 1510, les Suisses crurent devoir montrer au roi Louis que a l'argent ne profitait qu'à celui qui possédait le fer » ; ils prêtèrent une oreille favorable aux ennemis de la France et surtout au pape Jules II, dont l*unique but était l'expulsion des Français d'Italie. Ce pontife chargea Mathieu Schinner, évéque de Sion, liomme habile, avisé et éloquent, de négocier avec eux un traité de cinq ans, qui excluait toute autre alliance et engageait les Suisses à fournir des troupes au siège pontifical. De concert avec l'Espagne, Venise et l'Angle-
terre, Jules commença les hostilités contre la France. Une armée suisse passa les Alpes, se joignit aux Vénitiens, traversa victorieusement la Lombardie, et conquit tout le duché de Milan en juillet 1512. Le résultat de cette expédition fut brillant. Les confédérés gagnèrent tout le canton du Tessin : Domo d*Ossola, Locarno, Lugano, Mendrisio, Maienthal, la Yalteline, Ghiavenna et Bormio ; ainsi toute la chaîne de montagnes, depuis le mont Rose jusqu'à Worms, se trouvait unie pour toujours à la confédération. En Italie, les confédérés qui se disaient « dompteurs des rois », étaient salués avec enthousiasme par le peuple qu'ils délivraient des Français. Ils décidèrent eux-mêmes du sort de Milan, dont le bourgmestre Schmid, de Zurich, remit les clefs à Maximilien Sforze, fils de Louis le More. Ce fut là un événement capital aux yeux de l'Europe. Louis XII chercha en vain à reconquérir Milan avec une puissante armée, les Français furent complètement battus et mis en déroute par les confédérés à Novare, le 6 juin 1513. Pour la seconde fois, Milan tomba au pouvoir des Suisses, pour la seconde fois les Français furent chassés par eux d'Italie. Dans l'orgueil de leur triomphe, les Suisses se comparaient déjà aux Romains, et l'un des Italiens les plus sagaces du temps, le grand Machiavel, leur prédisait l'hégémonie de toute l'Italie. Mais il n'en devait pas être ainsi. Le successeur de Louis XII, le chevaleresque François I*"", franchit de nouveau les monts, à la tête de forces militaires considérables. Il rencontra les Suisses à Marignane. Malgré la défense de ses chefs, une de leurs divisions eut l'imprudence d'attaquer le soir du 13 septembre 1515 ; malgré le désavantage du nombre et de la situation, elle lutta avec un courage de lion et un succès partiel, jusqu'à ce que la nuit vint mettre fin au