CONTRAT ENTRE LES VILLES ET LES CAMPAGNES
avec les Waldstaetten, mais avec tous les huit cantons. Cependant, à bien des égards, ils avaient une position inférieure à celle des anciens cantons. A Tadmission de Fribourg et deSoleure, en 1481, les huit cantons limitèrent le cercle de Tassistance des confédérés; les deux nouveaux cantons ne i)ouvaient faire des alliances étrangères sans le consentement des autres, et dans la paix comme dans la guerre, ils durent se soumettre à la majorité des huit cantons. Cette règle fut appliquée aussi à Bâle, Schafifhouse (1501) et à Appenzell (1513). Outre ces treize membres de la confédération, il y avait encore d*autres pays, dits amis, qui n'étaient alliés qu'avec certains membres de la confédération ; ils ne prenaient point part aux discussions de la diète, n'y étaient que faiblement représentés (par un délégué au lieu de deux) et, pour cette raison, étaient tenus à Técart. Tels étaient Fabbé de Saint-Gall (ligué depuis U51 avec les quatre cantons de Zurich, Lucerne, Schwitz et Claris), la ville de SaintrCall, Bienne (liguée seulement avec Berne, Soleuieet Fribourg), les Crisons, les Valais, les comtes de Neufchâtel, Mulhouse et Rothweil.
A l'intérieur de la confédération, se montra au xv« siècle un contraste frappant entre les villes et les campagnes, contraste que les différences des constitutions et la marche de la politique ont rendu encore plus saillant. Les villes tendaient de plus en plus à faire régler les affaires de l'État par le conseil, qui ne dépendait point de la commune, se complétait lui-même et décidait des questions appartenant ordinairement à la commune (1), surtout là où n'existait pas de constitution de métiers à Berne, Soleure, Fribourg, Lucerne). A Berne, le conseil
(1) Segesser, Histoire du droit à Lucerne, III, 90,
général 8*assemblait rarement. Dans les campagnes, au contraire, la commune avait plein pouvoir et intervenait directement dans toutes les affaires politiques, tandis que le conseil ne réglait que les affaires courantes et surveillait la police, l'administration et la justice. La puissance des villes s'accrut considérablement au xv« siècle par droit de conquête, d'achat et d'héritage. Lucerne, Zurich et Berne acquirent ainsi non-seulement la plus grande partie de leur territoire actuel, mais aussi des pays éloignés (Zurich acquit Stein sur le Rhin ; Berne, une grande partie de TArgovie, Zofingen, Aarbourg, Aarau, Lenzbourg, Brugg). Les campagnes, au contraire, ne s'agrandirent pas sensiblement; seulement Sch-witz et Uri suivirent l'exemple des villes. Uri devint propriétaire d'Urseren et de la Léventine, Schwitz d'Einsiedeln, de la Marche, de Eûssnacht, des bourgs sur le lac de Zurich. Mais le contraste se fit surtout sentir en ce que les Waldstaetten qui avaient occupé la première place dans la confédération-, étaient menacés de la perdre par la puissance croissante des villes. Il y eut souvent des collisions entre les intérêts des villes et ceux des campagnes, entre autres, dans les guerres*du Valais où les Waldstaetten soutinrent les Valaisans et Berne, leurs adversaires, les Raron, et dans la « vieille guerre de Zurich *, où Zurich et les campagnes se disputaient l'héritage des Toggenbourg; Zurich, s'appuyant sur ses droits de ville impériale, et ne voulant pas se soumettre au jugement des confédérés que son chanoine Haemmerlin insultait par des pamphlets. Les guerres de Bourgogne augmentèrent encore ce contraste, car Berne s'y posa en directrice de la politique suisse, et Berne et Pribourg recueillirent la plus grosse part, en ac({uérant les fiefs vaudois. La réunion de Fribourg et de Soleure à la
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confédération, après les guerres de Bourgogne, parut augmenter encore Tinfluence des villes. Dans ces conditions, un incident, peu important en lui-môme, fut Toccasion d'une scission grave. Les guerres de Bourgogne avaient puissamment surexcité les forces vives du peuple ; elles lui avaient inspiré le goût des aventures, quelquefois amené des mouvements insurrectionnels (1), et • surtout dans les campagnes, relâché les liens de la discipline et de l'obéissance. En février 1477, des soldats des Waldstaetten^tinrent une assemblée à Art, et à Tinsu des autorités , ils résolurent d'aller chercher eux-mêmes une contribution que Genève devait aux confédérés (2). Dans leur ardeur belliqueuse, ils prirent pour enseignes une crosse et un porc et la devise de « folle vie » ; ils parcoururent ainsi Lucerne, Berne et Fribourg, se faisant héberger partout et ne voulant pas se décider à rentrer chez eux. Les magistrats du pays n'ayant pris aucune mesure pour réprimer ces désordres, les cinq villes de Zurich, Berne, Lucerne, Fribourg et Soleure s'unirent pour se garantir de ces attaques licencieuses, et conclurent, le 23 mai 1477, une ligue particulière (perpétuel droit de citoyen). Les campagnes défiantes s'irritèrent principalement contre Lucerne, à qui elles contestaient le droit de se liguer sans leur consentement; les gens d'Obwalden essayèrent de soulever Entlebuch contre les Lucernois qui firent décapiter (1478) Pierre Amstalden, un des principaux révoltés. Plusieurs diètes s'efl"orcèrent d'opérer une réconciliation; à la dernière réunion décisive de Stanz (3), le 22 décembre 1481, l'exaspération et
(1) Anshelm, Chronique bernoise, I, 244.
(2) Oenève avait promis cette contribution aux confédérés, lors de leur expédition dans le pays de Yaud, pour les détourner de son territoire.
(3) D'après de nouvelles informations, il n'y était pas question du partage du butin bourguignon.
la désunion furent au comble. Déjà les délégués s'étaient séparés avec colère, et une guerre civile aurait infailliblement éclaté si Nicolas de la Fluë n'avait réussi à faire cesser cette division impie. C'était un vénérable patriote qui avait quitté sa femme et ses enfants (1467) pour servir Dieu dans la solitude de Ranft en Obwalden. 11 jouis- • sait de la plus haute considération, non-seulement en Suisse mais encore au-delà des frontières; aucun affligé ne le quittait sans consolation; il donnait à tous d'affectueux conseils, et le peuple le vénérait comme un être possédant le don des miracles. Lorsqu'il eut appris les dissensions de la diète, il fit offrir sa médiation aux confédérés par le curé de Stanz, Henri Imgrand, chargé de leur communiquer son avis. Le respect pour sa personne était si grand que les délégués des confédérés se réconcilièrent sans qu'il eût besoin de paraître (1). Les villes cédèrent et renoncèrent à leur ligue particulière, et les campagnes de leur côté consentirent à recevoir dans la ligue perpétuelle Fribourg et Soleure, mais sous des conditions limitées. Pour prévenir de nouvelles contestations et fortifier l'alliance, on posa de nouveaux principes dans la convention de Stanz. Les villes et les campagnes devinrent égales en principe, à l'égard des conquêtes, des partages de butin, etc., etc. Ainsi, ce que les villes avaient voulu obtenir par leur ligue particulière devint la règle de toute la confédération. Chaque canton s'en-
(1) Les plus anciens rapports ne parlent pas de Tapparition de Nicolas à la diète; il ne négocia que par le curé de Stanz. Les procès-verbaux de la diète se terminent toujours par la formule : « Les délégués feront savoir chez eux quelle fidélité, quels efforts montra le pieux homme dans ces choses, et combien tous lui doivent de reconnaissance. » Une lettre du pieux ermite à Berne manifeste son intention : « La paix se trouve toujours en Dieu, car Dieu est la paix, et la paix ne peut être détruite ; mais la discorde sera détruite. >