CHAPITRE PREMIER
érOQUB DE LA RÉFORMATION
Réformation de la Suisse orientale (1\
§ 36. Causes et caractères de la Réforme. — La transfonnation générale de toutes les sphères de la vie qui s'effectua dans les grands États européens, du xv* au XYi« siècle, se fit bientôt sentir en Suisse. Les confédérés, habitués à la victoire, jouissaient de la plénitude de leur force; leur rôle politique était plus actif sur la scène de l'Europe; dans la vie civile tout prospérait; les arts et les sciences se développaient. L'Église seule, dont la direction n'appartenait pas au pays, était restée dans l'antique ornière et maintenait dans la vie sociale et morale des abus qui contrastaient étrangement avec le
(1) Voyez V Histoire de la Réformation de Bullinger. — Suite de y Histoire de la Suisse de Mûller, continuée par Hottinger^ et UhHch Zmngli et son époque. — Mœrikofer, Ulrich ZwingU^ 2 toI. -^ Finsier, Ulrich Zwingli.
nouvel état de choses. Sa prétention de diriger tous les . actes de la vie faisait plus vivement sentir le désordre des affaires ecclésiastiques. En Suisse, comme en Allemagne, la corruption de TÉglise était à son comble, et dans Tune et l'autre contrée ce tut principalement sur ses domaines qu'éclatèrent les agitations violentes. En Suisse, comme en Allemagne, la religion se réduisait à la pratique machinale, irréfléchie de préceptes extérieurs, au culte des images, aux miracles et à la superstition. L'idée du perfectionnement et de la sanctification avait disparu; la vente des indulgences s'opérait ouvertement, de la manière la plus honteuse, et contribuait à entretenir cette religion purement formaliste; beaucoup étaient tentés de pécher par la facilité de se purifier de toute souillure par le commode procédé de Tachât des indulgences. Le clergé lui-même l'y encourageait, car il était dégénéré, ignorant et fanatique, surtout dans les couvents, où l'on ne songeait plus à propager les lumières. L'évêque de Lausanne qui cependant passait pour un éminent prélat, poussa le ridicule jusqu'à citer devant son tribunal ecclésiastique les vers blancs qui ravageaient le pays, et les frapper d'interdit au nom de la Trinité. Les dominicains de Berne (1507) firent à un pauvre tailleur les cinq blessures du Christ pour en faire l'image du Christ lui-môme. L'abbé Trinkler, du couvent de Cappel, était renommé pour sa dissipation et son immoralité. Les ordres les plus florissants, tels que celui de Saint-Gall, reniaient leurs vieilles traditions et laissaient tomber en poussière les trésors de la science. Une ordonnance de l'évêque Hugo de Constance donne une pénible idée de la conduite scandaleuse du clergé en général; elle accuse les prêtres d'oublier la morale, d'aller à l'auberge avec les laïques, de jouer, de se que-