RÉFORMATION DE LA SUISSE ORIENTALE
relier, de s^enivrer, de faire des pactes défeadus, etc., etc. (1). Les âmes élevées voyaient avec une douloureuse indignation cette décadence de TÉglise et de ses ministres. Déjà, à répoque de la guerre de Zurich, le libéral chanoine Félix Haemmerlin blâmait hautement, dans de nombreux et mordants écrits de polémique, la négligence, la légèreté et la licence du clergé. Le peintre Nicolas Manuel, de Berne, fit la satire des prêtres dans la Danse des morts qu'il peignit sur les murs du couvent des oratoriens, ainsi que dans ses « pièces du carnaval » qui furent représentées publiquement et dans lesquelles il fit voir le Christ couronné d'épines, suivi des pauvres et des malades, à côté du pape monté sur un cheval superbe et entouré d'une escorte magnifique. L'abaissenent de TÉglise inspira aux esprits cultivés par la renaissance de l'antiquité un idéal plus épuré de la foi et de la doctrine. De célèbres professeurs de Bâle, tels que Thomas Wittenbach, Gapito, etc., etc., attaquèrent les institutions existantes. Leur hardiesse se communiqua rapidement à la jeunesse des écoles et des imiversités; une nouvelle génération grandissait avec des vues plus libérales que sa devancière, et bientôt elle devait avoir le courage de mettre ses pensées en action. Déjà les autorités suisses entreprenaient de réformer divers abus, bien que, d'après les règles de l'Église, les affaires ecclésiastiques ne fussent pas soumises à la juridiction de l'État. En 1479, la diète qui, depuis longtemps, discutait les questions religieuses, comme les questions politiques, fit de sévères remontrances à l'abbé de Pfaeffers à cause de sa mauvaise administration, et le menaça de prendre soin elle-même de la maison de Dieu. Déjà,
(1) Moerikofer, p. 67.
SOUS Waldmann à Zurich, ou s'était efforcé de mettre des bornes aux prétentions exorbitantes des prêtres et de les contraindre à la moralité par les lois de TËtat. Le conseil de Zurich défendit les excès et la vie oisive des moines, et destitua Tabbé Trinkler.
En Allemagne, les abus ecclésiastiques s'a^ravaient par la compression exercée sur la SQciété tout entière et principalement sur les paysans. Elle se faisait sentir moins rigoureusement dans la Suisse. Mais celle-ci souffrait d'un mal politique particulier. Depuis les guerres de Bourgogne, elle était le centre et le point de mire des intrigues extérieures. Toutes les puissances de l'Eu-rope lui empruntaient ses guerriers ; elle était en quelque sorte « le grand marché d'hommes où les hauts trafiquants cherchaient à renchérir les uns sur les autres (1). Le petit canton de Glaris lui-môme recevait les ambassadeurs du pape, de l'empereur, de Milan, de Venise, de la Savoie, de la France. Mais, en se mettant à la solde de l'étranger, les confédérés s'armaient souvent les uns contre les autres; ils enlevaient au pays ses meilleures forces, ils y implantaient de mauvaises mœurs et pervertissaient le sentiment patriotique ; les Suisses dépendaient de cours étrangères , et l'argent décida trop souvent de leur politique. Cependant le peuple, dans son bon sens, ne tarda pas à comprendre ce qu'il y avait de dangereux dans de telles relations. Il en put juger surtout lorsqu'à la chute de Waldmann, éclatèrent les vues intéressées des chefs de mercenaires qui touchèrent l'argent destiné à d'autres; indigné contre la bourgeoisie qui s'était enrichie par les soldes et les pensions, le peuple s'efforça de faire décréter l'abolition des pensions,
(1) Mocrikofer, Zu7m^/i , t. I, p. 18.
des prêts et des dons; un peu plus tard, à Tépoque des batailles de Novare (1513) et de Marignano (1515), il y eut de véritables soulèvements populaires (1) (à Berne, Soleure, Lucerne) contre ces pratiques. Mais les États ne purent jamais è'en tendre pour faire une démarche commune, les soulèvements furent partout étouffés ; la boui^eoisie maintint les abus condamnés, bravant ainsi le mécontentement des campagnards qui se sentaient Suisses et libres. Une telle situation ne pouvait durer^ et la réforme qui cherchait à substituer à l'apparence la réalité de la vie chrétienne, devait être accueillie avec joie : elle portait en elle le germe certain d'une complète régénération de la conscience et de la morale. Mais les obstacles qu'elle avait à surmonter étaient d'autant plus redoutables qu'ils ne venaient pas seulement du clergé et des ignorants, elle allait les rencontrer surtout dans l'hostilité de tous les partisans du système des pensions et de l'ancien état de choses.