GUERRES DE CAPPEL
mesures pour s^opposer à ces actes, et des deux côtés on fit des préparatifs de guerre. A Toccasion de ces contestations, le franciscain Murner, de Lucerne, publia contre Zurich et Berne des satires si mordantes, il leur prodigua tant d'insultes et d'outrages, que ces cantons en demandèrent satisfaction à la diète ; mais Lucerne protégeait Murner, et cette affaire ne fit qu'augmenter la haine des deux partis. La rupture définitive fut amenée par une ligue particulière des cantons catholiques. Pour avoir l'appui de gens pensant comme eux, ceux-ci se décidèrent à la démarche funeste qu'avait faite Zurich cent ans auparavant ; ils conclurent en 1529 une alliance défensive et ofiensive avec l'Autriche. La guerre civile éclata après le supplice du pasteur évangélique Jacques Kaiser de Schwerzenbach, arrêté et brûlé par les Schwitzois pour avoir prêché la nouvelle doctrine sur leur territoire. Des luttes religieuses s'engagèrent dans le libre bailliage. Zwingli attaqué dans son propre camp et résolu à faire la guorre, décida Zurich à prendre les armes ; tout à coup les troupes confédérées furent en présence près de Gappel et Baar. Mais l'ancienne fraternité n'était pas éteinte dans le cœur du peuple; les sentinelles et les avant-postes s'abordèrent en amis. Un certain nombre de joyeux compagnons des Waldstaetten ayant pris possession d'un grand vase plein de lait, appelèrent les Zurichois qui apportèrent du pain; et la soupe au lait fut majigée en commun avec toutes sortes de plaisanteries. Jacques Sturm^ bourgmestre de Strasbourg, leur disait:» Vous, confédérés, êtes de singulières gens; malgré toutes vos discordes vous êtes unis et vous n'oubliez pas l'ancienne fraternité. )> Ces dispositions étaient alors générales ; la plupart reculaient devant la guerre civile. Aussi les catholiques étaient peu belliqueux, car les
évangéliques étaient mieux équipés et plus nombreux. Le landammann Aebli, de Glaris, comptait sur ces dispositions pour le succès de ses négociations, et il réussit à faire conclure la première paix de Cappel, le 25 juin 1529; cette paix qui assurait aux deux partis la liberté religieuse laissait la décision des questions de doctrine aux communes dans les possessions communes et abolit la ligue évangélique. Cette réconciliation eût été obtenue à bon compte, mais Zwingli et les évangéliques, qui déjà s'étaient sentis victorieux, ne voulurent pas s'en contenter. Encouragés par les concessions mômes de leurs adversaires, ils s'efforcèrent de consacrer la sujétion des cantons. Sans égard pour les autres cantons protecteurs (Lucerne et Schwitz), les deux cantons de Zurich et de Glaris déclarèrent déchu de sa souveraineté l'abbé de Saint-Gall, qui avait pris la fuite , disposèrent à leur ' gré des biens des couvents et donnèrent à Toggenbourg une libre constitution. Après cela les évangéliques conclurent une alliance avec Philippe de Hesse. Zwingli dont les regards portaient bien au-delà de la Suisse, voyait avec inquiétude la puissance croissante de Charles V et ses plans hostiles à la réforme. Il voulait faire conclure une alliance contre lui, et à la conférence de Marbourg en 1529, il s'efforça d'opérer un rapprochement et une ligue avec les protestants d'Allemagne. Ayant échoué, il se montra plus acerbe contre ses antagonistes en Suisse. Il songeait à enlever le droit de possessions communes aux Waldstaetten qii*i\ regardait comme incapables de gouverner, et à les abaisser à la condition de vassaux de Zurich et de Berne; ces deux cantons, les plus importants par leur population et leur étendue, lui semblaient devoir être les foyers de la réforme et les colonnes de la confédération. Les cinq