GUERRES DE CAPPEL
États exaspérés déclarèrent ouvertement ne plus pouvoir rester unis. Zwingli, ainsi guidé par ses grandes pensées, se laissa aller à chercher une solution par les armes. Non-seulement il voyait dans l'empereur et son frère Ferdinand, alliés des cinq cantons, les plus dangereux ennemis de la réforme allemande ; mais il leur attribuait encore Fintention de préparer Tanéantissement des évangéliques suisses, par leur union avec les cinq cantons. Il brigua donc l'alliance du plus célèbre adversaire de Charles V, le roi François 1" de France, et celle de Venise, et il crut que le moment d'agir était venu, lorsque le parti protestant d'Allemagne s'organisait pour la guerre à Smalkalde. Plusieurs incidents lui en donnèrent l'occasion. Lorsque le châtelain de Musso (lac de Gôme), de concert avec l'Autriche, eut envahi la Valteline, pays soumis aux confrères, les cantons évangéliques seuls allèrent au secours de la contrée envahie (avril 1531) ; et les cinq cantons catholiques refusèrent leur assistance, ce qui les fit soupçonner d'être d'accord avec l'ennemi. Zurich se plaignit de violation d'alliance, ce qui lui attira de nouveau la haine et les insultes des cinq cantons. Les autres cantons évangéliques cherchèrent à apaiser Zurich et à empêcher la guerre ; mais le gouvernement de Zurich persista dans ses résolutions belliqueuses et ferma aux cinq États toute communication, ce qui lui aliéna les États évangéliques et fit naître chez les catholiques une violente haine. Le refus de leur ouvrir les communications força les cinq cantons à déclarer la guerre ; ils marchèrent aussitôt avec toutes leurs forces surCappel (11 octobre 1531). Zurich, qui ne s'attendait pasàcette brusque attaque, ne s'était pasassuré l'assistance de ceux qui pouvaient embrasser sa cause elle ne s'était pas même préparée comme elle aurait pu
le faire; elle envoya à la hâte une petite troupe mal ordonnée et conduite par un capitaine .(Goeldli) que Ton tenait pour un adversaire de la réforme. Il négligea tous ses devoirs (1) et, sans réflexion, malgré les ordres du gouvernement, il engagea la bataille avant que ses principales forces de ZuricK fussent arrivées sous la conduite du Zurichois Rodolphe Lavater. Après une résistance désespérée, la petite armée zurichoise subit une défaite complète. Zwingli, grièvement blessé, tomba sous un arbre après avoir vaillamment combattu; mourant et défiguré, il fut cependant reconnu à la lueur des torches et reçut le coup de grâce d'un capitaine de mercenaires d'Unterwalden ; le curé Schœnbrunner, de Zug, s'écria à la vue de son corps : « Quoi que tu aies été par ta foi, je sais que tu as été un bon confédéré. » Les Bernois vinrent au secours des Zurichois, mais l'union et la confiance faisaient défaut; une attaque nocturne au Gubel (24 octobre) acheva la victoire des catholiques. Les cinq cantons étaient d'abord résolus d'en user à l'extrême visà-vis des Zurichois; mais le magistrat Golderde Lucerne les exhorta à les traiter doucement, comme des frères et des confédérés, et cette opinion prévalut définitivement. Ainsi la deuxième paix de Gappel assura à chaque canton le libre exercice de sa religion, et aux possessions communes la liberté de conscience ; mais une majorité protestante ne pouvait contraindre une minorité catholique à changer de religion ; et toutes les alliances particulières furent dissoutes.
Cette deuxième guerre de Gappel intimida beaucoup les évangéliques. Les partisans de l'ancien état de choses relevèrent la tête ; le projet de la réforme politique de
(1) Voyez les excellentes études d'Egli sur la bataille de ("appe 1, Zurich, 1873.
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la confédération avait échoué avec celui de Textension de la réforme religieuse ; et le dessein conçu par Zwingli, d'assurer la domination à Zurich et à Berne, avorta complètement. Dans les états de Berne et de Zurich, il y avait (me violente agitation, un mécontentement général contre Tabsolutisme des gouvernants. Pour prévenir une insurrection, Zurich fut forcée de promettre, par la lettre de Gappel, en décembre 1531, de prendre conseil du pays dans les affaires importantes et de ne plus entreprendre de guerre sans son consentement. Berne en accorda autant au peuple des campagnes, elle affranchit le commerce de toute entrave et réduisit la dîme. La place de Zwingli, comme chef de FÉglise de Zurich, fut remplie par Henri Bullinger, de Bremgarten, qui, soutenu par Léon Jud, continua son œuvre ecclésiastique avec autant d'intelligence que de fidélité; mais il renonça à ses projets politiques. La prépondérance des cinq États, après la bataille de Gappel, amena une réaction .catholique dans presque toute la Suisse. Le culte catholique fut rétabli dans quelques communes de Glaris, ainsi qu'à Rapperswyl, dans les libres bailliages, à Utznach, Wesen et Gaster. L'abbé de Saint-Gall revint sous les auspices des cinq États et rétablit la pleine souveraineté du couvent sur l'ancien pays et Toggenbourg) et le catholicisme sur une parlie de la contrée. Ce fut à Soleure que les catholiques eurent le plus de succès. Ils ne tardèrent pas à en abuser et cherchèrent à opprimer les protestants. Ceux-ci résistèrent. Déjà les deux partis étaient armés et en présence, lorsque le magistrat catholique, Nicolas Wengi, se mit sous l'artillerie de son parti pour tomber le premier si le sang des citoyens devait couler. Cette action héroïque empêcha la guerre ouverte, mais le culte réformé fut interdit. En conséquence de cette réaction,
152 iPOQUB DE LA RÉFORMATION (1516-1600)
rétat confessionnel de la Suisse fut tel que les cinq États conclurent avec le Valais, les libres bailliages, Rapperswil, Utznach, Gaster, une alliance catholique dont les boulevards étaient à Touest Fribourg et Soleure, et à Test Appenzell, les Rhodes intérieurs et Saint-Gall. Séparés partout par des territoires catholiques, les États protestants de Berne, Bâle, Zurich, Schaffhouse, Appenzell et Rhodes extérieurs, Werdenberg et Grisons étaient plus isolés. Mais malgré cette situation défavorable, ils trouvèrent bientôt une occasion d'étendre considérablement leur puissance dans la Suisse occidentale.
2» Réformation de la Suisse occidentale et sa réanion à la
Suisse orientale (l).
§ 40. Conquête du pays de Vaud par Berne ; commencements DE LA RÉFORME GENEVOISE. — LcS prOgrèS
considérables de la maison de Savoie, au xni« siècle, amenèrent la séparation de la Suisse occidentale actuelle et de la Suisse orientale, jusqu'à ce que Berne, pendant les guerres de Bourgogne, conçût le plan de rétablir l'ancien royaume de Bourgogne et, de concert avec Fribourg, conquit Morat, et dans le pays de Vaud, Orbe, Grandson et Echallens. Les efforts du duc Charles m, de Savoie, pour assujettir aussi les villes épiscopales de Genève et Lausanne, qui aspiraient à la liberté et sur lesquelles sa maison avait quelques droits, donnèrent lieu à une alliance entre Lausanne (1525), Genève (1526), Fribourg et Berne, pour la défense de leurs franchises. Genève qui, dans le cours des temps, avait obtenu de ses évèques la concession d'importantes libertés, déclara que les droits du duc étaient éteints et chassa aussi
(1) Hidber, le Pays de Vaud réuni à la Suisse. — Kampschulte. Calvin^ son Église et son État à Genève, — Galiffe, Jean Calvin.