PREFACE XXXIX
formation du peuple suisse dans sa particularité et son unité. Il s'agissait de montrer d*une manière claire et succincte notre situation présente dans ses rapports avec notre passé le plus reculé, comme un enchaînement non interrompu de causes et d*effets. J'ai donc continué mon récit jusqu'à nos jours ; car nos pensées et nos sentiments dépendent trop de notre passé pour que la connaissance de celui-ci ne soit pas indispensable à Tintelligence du présent. Quant à la critique de nos traditions, je me suis toujours efforcé de dégager l'élément historique qui en forme la base, en le dépouillant de fictions insoutenables. J'ai cru que des explications étaient nécessaires à la tradition de Winkelried, de Nicolas de la Flûe, et surtout à celle de la délivrance des quatre cantons forestiers. Conformément à l'avis de professeurs éminents, il serait bon de conserver dans nos écoles élémentaires les poétiques histoires de notre affranchissement, tout en faisant quelques réserves sur leur authenticité, et de ne les soumettre à la critique que dans nos écoles supérieures. Je renvoie d'ailleurs aux notes explicatives pouvant aider ceux qui voudront s'instruire par leurs propres investigations.
Ce livre, ainsi que mon histoire générale, est principalement destiné aux écoles. Il servira de guide aux élèves qui se l'approprieront facilement ; le maître y ajoutera les développements nécessaires aux aperçus que j'ai tâché de donner dans un ouvrage de peu d'étendue. J'y joins une lable chro-
XL HISTORE Di: PEUPLE SUISSE
nologique devant aider la mémoire et présentant des points de repère pour les répétitions. Les dates y sont placées de manière à correspondre exactement à celles du texte, et des caractères différents font ressortir celles qui rappellent des faits plus importants. De plus, je donne une tahle délaillée des matières pour que Télève suive plus facilement Tenchaînement des idées. Ces considérations scolaires ne me paraissent pas nuire au second but que je me suis proposé, savoir, celui d'offrir à quiconque s'intéresse à l'histoire de la Suisse un moyen facile de s'instruire soi-même.
En terminant, je remplis une douce obligation de reconnaissance envers mon cher ami Millier. Nonseulement il a bien voulu parcourir mon manuscrit et me donner de précieux conseils, mais il n'a pas reculé devant la correction des épreuves. Ici comme en tant d'autres circonstances, nous avons travaillé en commun. Puisse ce faible essai mériter la bienveillance du public ! Puisse-t-il fidèlement traduire les sentiments qui m'ont animé : la passion de la vérité, l'amour de l'école et par-dessus tout le dévouement à la patrie, qui vient d'entrer dans une nouvelle phase politique, et nous permet ainsi de donner une heureuse conclusion à notre œuvre.