CONQUÊTE DU PAYS DE VAUD PAR BERNE
son évèque (en 1530), soupçonné de les soutenir. Berne songeait à expulser la maison de Savoie de tout le pays de Vaud pour Taccaparer à son.profit en faisant servir la réforme à Taccomplissement de ce dessein. Elle envoya dans le pays de Vaud Guillaume Farel, prédicateur ardent, exilé de la France, sa patrie, et qui, avec un zèle infatigable, parcourait toute la contrée et prêchait avec beaucoup de succès à Aigle, Morat, Neufchâtel, Grandson et Orbe. La plus violente résistance ne pouvait affaiblir son courage; souvent attaqué, vaincu, emprisonné, il recommençait la lutte avec une nouvelle ardeur et ne reculait devant aucun danger. Il vint aussi à Genève (1532) où il trouva un terrain favorable. La boui^eoisie y luttait pour l'indépendance contre l'évèque. Depuis 1526, les efforts de Berne Tavaieut gagnée à la réforme. Mais tandis que les évangéliques s'appuyaient sur Berne, leurs adversaires tendaient les bras à la Savoie et à révoque. Au milieu des chocs fréquents entre les deux partis, la victoire demeura longtemps incertaine ; mais Berne menaça de rompre Talliance, et révoque épiait l'occasion de prendre la ville d'assaut. Il y eut une assemblée ecclésiastique où les évangéliques triomphèrent; la réforme fut introduite, et Genève fut déclarée libre (1525). Le duc Charles ayant assiégé la ville, les Bernois lui déclarèrent la guerre, s'avancèrent en janvier 1536 jusqu'au pays de Vaud, qu'ils conquirent ainsi que Gex, le Genevois et le Ghablais, et repoussèrent les troupes savoyardes. La ville de Genève, qui devait sa délivrance aux Bernois, s'engagea à ne plus conclure d'alliance sans le consentement de Berne, qui exerçait une espèce de droit de protection.
Ainsi se forma une alliance durable, politique et religieuse, entre les pays français et la confédération aile*
mande. Grâce à ces résultats, le parti réformé de Suisse était de nouveau une grande puissance politique. Conformément à la constitution donnée par Berne au pays conquis, celle du pays de Vaud fut abolie, les baillis urent envoyés dans les campagnes, et la législation bernoise y fut introduite, mais les franchises communales furent maintenues ; la religion réformée y fut établie par la force et le catholicisme interdit. Mais Berne travailla sans relâche à la prospérité du pays de Vaud, principalement par la fondation d*écoles, de fonds de pauvres et par rérection de TAcadémie de Lausanne.
§ 41. CA.LVIN A Genève. — Tandis que tout le pays de Vaud était uni à la Suisse, Genève semblait de nouveau s'en éloigner. On y avait bien renversé Tancien ordre de choses, mais tout y était encore dans l'agitation et Farel, qui n'avait pas Tesprit d'organisation, était dsjis un pénible embarras, lorsqu'il trouva enfin en GaMn un puissant appui. Calvin, né à Noyon, en Picardie, en 1500, sévèrement élevé dans sa jeunesse, étudia d'abord la jurisprudence, qui lui donna d'une manière durable les habitudes intellectuelles d'une rigoureuse logique. La doctrine réformée vint le surprendre et le troubler au milieu de ses études. Après de violents combats iatérieurs, il se laissa subjuguer par elle. Bientôt la Bible et les pères de l'Église remplacèrent les classiques auxquels il s'était longtemps adonné. Lorsqu'il eut fait connaître publiquement sa foi, il fut chassé. A Bâle, il rédigea son programme religieux duquel, en sa qualité de sévère penseur, il écartait les demi-mesures et les contradictions du luthéranisme, et leur opposait un rigide système de doctrine chrétienne (prédestination ou él<»ction par la grâce). Un soir, il arriva fatigué à Genève, où il ne comptait que passer ; Farel l'y retint, convaincu qu'il
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avait enfin rencontré Thomme nécessaire à la fondation de la nouvelle Église (1536). Il en devint aussitôt le premier prédicateur. Mais en peu de temps, il mit tout le monde contre lui à cause de sa violence et de son absolutisme ; il favorisait les Français et s'écartait trop des idées et des usages du protestantisme de la Suisse allemande, que Berne avait introduit dans le pays de Vaud et aurait voulu implanter aussi à Genève. Aussi ne put-il maîtriser Forage soulevé contre lui et il dut' s'enfuir avec Farel (1538) ; mais, comme on craignait Finiluence que Berne pouvait prendre dans la ville et même des soulèvements de la bourgeoisie, Calvin fut rappelé en 1541. Genève fut à partir de ce moment le refuge du protestantisme français, et Calvin y fit prévaloir un régime tout nouveau ; son système embrassait à la fois la vie ecclésiastique et la vie civile. La constitution politique devint plus aristocratique ; les attributions de la commune et du grand conseil furent diminuées, et tout le pouvoir de TËtat se concentra dans le petit conseil. A côté de la plus haute autorité ecclésiastique (Presbytérium), dont les décrets pouvaient s'étendre jusqu'au domaine politique , il y avait un consistoire ou tribunal de mœurs qui surveillait très-sévèrement toute la bourgeoisie dans ses actes publics et privés : la plus légère faute, la moindre parole libre, les plaisanteries même étaient poursuivies et punies. Le luxe, les divertissements (la danse, le jeu, le chant, le théâtre), furent sévèrement défendus. Comme le corps est gouverné par l'âme, ainsi tout l'État devait être gouverné par l'Église ; quiconque ne se soumettait pas ou essayait de contredire, encourait les châtiments les plus rigoureux et même la peine de mort ; de 1541 à 1546, huit à neuf cents personnes furent emprisonnées, cinquante-huit furent exécutées ;
TEspagnol Servet, qui niait la Trinité, fut brûlé. Les personnes les plus considérables et les plus éminentes, ne furent pas épargnées. Grâce à ces implacables procédés, on réussit à établir un système exemplaire extérieurement, qui trouva des imitateurs en France, en Ecosse et dans quelques États allemands ; Genève, où Calvin, en 1559, fonda la célèbre Académie, devint la Rome protestante, et de nombreux Français vinrent s'y fixer. Mais, par les mômes raisons, Genève s'éloigna de Berne qui avait voulu la soumettre à son empire. Berne avait acquis des domaines considérables près de la Savoie. Créancière du banqueroutier Micbel, comte de Greyerz, en 1555, elle partagea son comté avec Fribourg, de manière à obtenir Château-d'Oex, Rougemont et Saanen, où elle introduisit la réforme. Toutefois, si la réunion politique de Genève à la Suisse échoua, il se forma des rapports d'amitié entre l'Église calviniste et celle de Zwingli. En 1549, Calvin et Farel se rendirent à Zurich où ils opérèrent par des conférences avec les théologiens zurichois et surtout BuUinger, une réunion des deux confessions à l'assemblée de Zurich [consensus tigurintis) ; mais la plupart des villes réformées résistèrent à cette fusion de doctrines différentes ; la confession helvétique, rédigée par BuUinger, après la mort de Calvin, et qui refusa d'admettre ses rigueurs, fut adoptée en 1566 par Zurich, Berne, Schaffhouse, Saint-Gall, les Grisons, Bienne, Mulhouse et Bâle.