Essor de la vie civile et religieuse (l
§ 42. Prospérité et ses effets. — Ce n'était pas
(1) Voir les c Peintures de la Suisse » , Histoire de la Suisse, par Mûller, suite par Vulliemin, t. VIII. — Actes et mceurs des co n fédérés, par Schuler.
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seulement dans les Waldstaetten, mais aussi dans les cantons protestants que la réfonne politique projetée par Zwingli rencontrait une forte résistance, et il n'y avait encore que Berne et Zurich , peut-être aussi Bâle et Schafifhouse, qui proscrivaient les soldes et les pensions : les États catholiques et plusieurs États réformés prêtaient encore des troupes à la maison deHahsboui^ ou à la France, et même le système des pensions augmentait d'une manière honteuse. Le chef de mercenaires Melchior Lussi, d'Unterwalden, recevait annuellement de Rome 1,000 couronnes, de la France, 1,(K)0 francs et 400 francs pour ses amis, de l'Espagne 600 couronnes, et des sommes analogues de Venise et de la Savoie (1). Les magistrats de Lucerne , Lucas Ritter, Nicolas Amlehn et Jost PfyfiFer, s'enrichirent par ces pensions, et leur influence s'accrut avec leur fortune. Le neveu de Jost PfyfTer, Louis PfyfiFer qui , de chef de mercenaires , était devenu magistrat , obtint un tel pouvoir qu'à l'étranger il était appelé « roi des Suisses ». Cependant, à la paix de 1516, la confédération prit l'attitude d'un État neutre ; elle n'était plus forcée, comme au xv« siècle, de défendre chaque année ses propres foyers, elle s'immisçait plus directement dans les querelles des 'autres puissances. La liberté était conquise, le territoire, étendu et garanti : l'ardeur belliqueuse devait se calmer. La confédération devenait donc un État pacifique où l'activité de la bourgeoisie se développait librement en portant des fruits opulents.
La réforme contribua puissamment à cet heureux progrès ; l'austérité de sa morale pénétrait comme un levain salutaire toutes les sphères des facultés humaines. Dé-
(1) Vulliemin, Histoire des confédérés pendant le xv et le XVI* siècle y t, II, p. 361.
daignant les œuvres d'ostentation, les pasteurs enseignaient dans leurs prédications les moyens de mener une vie réellement pure et honorable; les autorités rend^ei^t de temps en temps des ordonnances destinées à ga,rantir les bonnes mœurs : elles interdisaient sévèremenit les excès et le vice, Fin tempérance, le luxe, le jeu, les jurements et les serments, et maintenaient sur toutes ces choses une exacte surveillance. Zurich alla jusqu'à nommer une commission chargée de signaler et de punir ceux dont la conduite était désordonnée et Tadministration dissipatrice. Ainsi, la réformation corrigea beaucoup d'anciens abus : les excès disparurent, les vêtements devinrent plus décents, les femmes et les jeunes filles brillaient par leurs vertus domestiques. Les punitions infligées pour les moindres écarts montrent combien on tenait à une vie honorable ; les synodes blâmaient les fautes les plus légères des ecclésiastiques et frappaient les délinquants de destitution. Beaucoup de ceux qui avaient vécu follement à l'étranger comme soldats, sus> pendii^nt leur épée et s'adoimaient au travail de la tannerie, des toiles, des soieries, etc., etc. L'industrie florissait surtout dans les cantons de Zurich, de Saint- Gall et d'Appenzell où l'on mettait en œuvre le chanvre, le lin et le coton. A Appenzell, on faisait des toiles , des cotonnades et des mousselines. A Zurich, les réfugiés locarniens ranimèrent la fabrication des soieries , qui était tombée en désuétude. Plusieurs grandes familles, entre autres celles de Murait, Pestalozzi et Orelli, imprimèrent une vive impulsion à l'industrie. Le commerce actif avec l'Italie et l'Allemagne méridionale procurait d'importants débouchés aux produits du pays ; et le travail des citoyens accroissait de jour en jour le bien-être dans des proportions considérables ; aux occasions solennelles,
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presqiie chaque famille de condition moyenne pouvait briller avec des ustensiles d'ai^ent, des broderies et des chaînes d'or, etc., etc. L'extérieur des villes suisses du temps rend témoignage de leur prospérité. Le Français Montaigne les trouvait plus belles que les villes françaises; il vantait leurs grandes rues, leurs places ornées de fontaines, les façades des maisons couvertes de peintures, les vitraux, les superbes poêles , les parquets et les beaux ouvrages de serrurerie en fer dans l'intérieur des maisons (1). En propageant l'éducation, la réforme élevait les idées de la bourgeoisie et donnait à ses aspirations ime portée plus haute et plus noble. Partout, en effet, elle réveillait le sentiment de l'hospitalité et de la bienfaisance. Dans diverses contrées de la Suisse septentrionale, telles que l'Argovie et Zurich, les réfugiés réformés français et anglais trouvaient un sympathique asile ; aussi les protestants anglais surtout témoignèrentils d'une manière touchante leur reconnaissance des soins affectueuLx dont ils avaient été l'objet. Zurich traita de même les réfugiés de Locarno qu'elle reçut malgré la disette en les pourvoyant de tout le nécessaire. Le sentiment du bien général se manifestait dans les conditions les plus larges; ce qu'autrefois on avait donné aux messes, aux images d'os saints et à Tornement des églises et des chapelles , était désormais consacré à des institutions de charité, à des maisons de pauvres, à des hôpitaux, à des écoles, etc., etc., que Ton fondait et dotait par testament.
§ 43. Progrés des sgiencms et des arts en Suissb. — Ce fut peut^tre dans le domaine de ^'éducation du peuple et dans la culture des sciences et des arts que se manifesta avec le plus de puissance la vertu créatrice et
(1) Lûbke, Renaissance allemaw/e, t. Il, p. 225.
régénératrice qui, de la réformation, se répandait sur toute la vie populaire et sociale. Déjà, la direction plus pacifique, imprimée à Tesprit populaire, et la prospérité croissante avaient contribué aux progrès intellectuels. Il faut y ajouter la force des armes spirituelles avec lesquelles combattait la réformation, qui fit ainsi naître le besoin d'une instruction scolaire générale. Les pasteurs, et particulièrement BuUinger, de Zurich, regardaient comme un devoir de répandre partout la connaissance de la lecture , de récriture et de la doctrine chrétienne. On ne se préoccupait pas moins de former des instituteurs et des ecclésiastiques capables, et l'enthousiasme pour les anciens y contribuait beaucoup. Les études prirent donc un rapide essor. Autrefois, la jeunesse suisse ne trouvait renseignement supérieur que dans les écoles étrangères, et Thomas Flatter raconte (1) que les étudiants étaient obligés de mendier pour y vivre misérablement , souffrir la faim et la soif et supporter des épreuves presque insurmontables; et très-souvent les mauvaises compagnies les entraînaient à la perdition. Dans toute la Suisse s'établirent des institutions de hautes études; Zwingli leur ouvrit la voie à Zurich par la fondation du Garolinum ; bientôt Schaffhouse, Berne, Bâle (outre l'Université), Lausanne, Genève érigèrent des écoles où l'on enseignait les anciens classiques et les .langues mortes (gymnases ou écoles d'humanités); des villes inférieures elles-mêmes, telles que Brugg, Stein sur le Rhin (2), etc., etc., rivalisèrent de zèle. Les jeunes gens pauvres et distingués étaient soutenus par des subventions qui provenaient d'anciennes fondations et
(1) Biographie de Thomas PlatteVy publiée par Fechtei;, Bâle,
(2) Gelzer, les Trois derniers siècles de l'histoire delà Suisse^ p. 'ÏBO.