LK SERVICE MILITAIRE
Us favorisèreut donc, dans Tintérèt des alliés, la cession de la principauté de Neufchâtel au roi de Prusse, en dépit de l'opposition de Louis XIV, qui s'efforçait de la faire passera un prince français. A dater de ce moment, ]es Suisses se mirent au service des ennemis de la France et surtout de la Hollande, avec laquelle ils étaient en conformité de foi, d'idées politiques et de simplicité, autant qu'ils dififéraient des Français catholiques, monarchistes et fastueux. Toutefois, ils avaient peine à résister aux attraits de la solde, qu'elle fût autrichienne, française ou anglaise. La Suisse continuait à faihlir, et devint le marché des enrôleurs de tous les États; dans les grandes batailles, les frères combattaient encore contre les frères, comme autrefois dans les guerres religieuses de la France. Mais, en Suisse même, beaucoup d'esprits néanmoins étaient frappés de ce qu'il y avait d'odieux dans ces divisions, et cette dépendance de l'étranger. Jacques Graviseth , dans son Heutélie , en parle avec indignation. A Baden, le voyageur qu'il met en scène, s'exprime ainsi sur les diètes et les envoyés des nations voisines : « Chaque parti a des ambassadeurs ditTérents " qui le flattent ; mais ceux-ci ne le font que pour l'appaft rence, car ils cachent leur vrai but sous le manteau de « la fourberie. Le plus grand art est celui de tromper, « en quoi excellent surtout les catholiques par l'influence « des ambassadeurs étrangers et des jésuites (les cor- « beaux noirs). Chaque jour, avant de se rendre à la « diète, ceux-ci se réunissent, sous prétexte du service " divin, pour délibérer sur la conduite à tenir envers les « réformés. » Le voyageur demande à un aubergiste de la ville ce que les ambassadeurs étrangers ont à faire à Lucerne, et son interlocuteur répond : « Que l'un « répare les vieux soufflets par lesquels les moines atti-