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giques, une réputation européenne, ainsi que J. Gaspard Schweizer par son érudition grecque. Turretin, Tronchin et autres philologues et théologiens parvinrent aussi à une grande renommée. Dans les sciences naturelles brillèrent J.-J. Scheuchzer à Zurich et les frères Bemouilll à Bâle*
Mais, à côté de ces points lumineux, il y avait autant d*ombres : partout se manifestait une étroitesse d'idées et de sentiments qu'on ne peut se figurer aujourd'hui. Presque tous les savants étaient membres de Taristocratie des familles régnantes, et ils n'écrivaient qu'en latin, pour les personnes de leur rang et non pour le peuple; et les sujets de leurs écrits étaient seulement à la portée des érudits; les sciences restaient confinées au cabinet d'étude ou à la salle de cours et sans application pratique. On s'occupait des écoles supérieures et non de l'éducation populaire. Les instituteurs du peuple étaient des artisans grossiers, des soldats licenciés ou d'autres illettrés; Tinstruction se bornait à des leçons apprises par cœur et tirées du catéchisme inintelligible ou d'un recueil de versets religieux. Aussi l'ignorance était-elle systématiquement entretenue; au lieu d'éveiller l'esprit du peuple, on l'étouffait. La vie intellectuelle s'énervait sous la tutelle de l'autorité politique et ecclésiastique; etniTuneni l'autre ne voulaient ladifiusion des connaissances qui auraient pu éclairer le peuple. On supprimait les écrits qui déplaisaient au pouvoir, même d'Innocentes poésies et des chants populaires; tout était soumis à la censure de maîtres ombrageux. On interdisait l'enseignement de la doctrine de Copernic et de celles des nouveaux philosophes Spinosa, Descartes, etc., sous peine des plus rigoureux châtiments; le Zurichois Rahn ne fut pas autorisé à faire imprimer uue grande
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histoire de la confédération, parce qu'elle contenait beaucoup de choses qui choquaient le gouvernement ; rhistoire politique, en général , semblait si dangereuse que, dans divers endroits , elle fut bannie de la chaire des professeurs. En 1699 , le gouvernement confisqua un livre deMaler Wirz, de Zurich, qui avait blâmé la torture et témoigna son déplaisir à Tauteur. La théologie surtout était l'objet d'une inquiète surveillance, car le clei^é, aussi bien que le pouvoir politique, tenait Tépée et s'en servait ; non-seulement il déclarait la lettre de la Bible et de la liturgie sacrée et infaillible , mais encore il condamnait tout ce qui n'était pas absolument d'accord avec cette lettre. Scheuchzer et Bernouilli furent plusieurs fois et de plusieurs manières persécutés par le clergé qui appelait hérésie cette maxime de Scheuchzer : « Dieu est présent partout », tandis que l'oraison dominicale dit « aux cieux ». Ainsi la contrainte religieuse ressemblait à l'inquisition; un juif fut exécuté pour avoir affirmé que Christ était le fils d'un juif; le général Rodolphe Werdmiiller fut forcé de fuir pour avoir prononcé quelques paroles que le clergé n'approuvait pas. Michel Zingg, ecclésiastique bienveillant et charitable, en môme temps que professeur de mathématiques distingué à Zurich, dut se justifier parce qu'il avait rejeté les décisions du synode deDordrecht de 1618, qui adhérait aux idées rigoureusement calvinistes ; on menaça de le décapiter, même de le murer, et il finit misérablement ses jours dans l'exil. On surveillait les manifestations populaires aussi bien que les démonstrations religieuses. On multiplia les obstacles au développement normal de l'activité industrielle ; on interdit l'importation et la libre concurrence. Les matières premières devaient être tirées de la ville même et non de l'extérieur; le paysan n'était
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plus libre de vendre les produits de ses terres , il était forcé de les porter au marché de la ville. Dans les cantons de villes, les villes avaient le monopole du commerce et de rindustrie. Quiconque voulait exercer un métier devait en demander Tautorisation au corps de métier; et les contraventions étaient sévèrement punies. Il n*y avait pas moins d'entraves à la vie sociale, civile. Les autorités défendaient les nouveaux costumes somptueux et réglaient les vêtements; la danse, le jeu, le jeu de quilles, etc., etc., étaient punis d'amendes ou de prison. Il n'était pas permis de fumer et de priser. Ce système de tutelle et de compression eut pour le peuple de déplorables conséquences. En négligeant Téducation populaire , on engendrait rignorance , la grossièreté et la licence ; la plus épouvantable superstition régnait partout; on croyait aux sorciers, aux fantômes, aux mauvais sorts , aux dragons et autres animaux fabuleux ; on regardait les comète^ et les phénomènes naturels comme des présages de malheur, etc., etc. L'école mal dirigée, ne donnant aucun principe moral, la dépravation et les excès augmentaient d'une manière effrayante , de sorte que les gouvernements furent obligés de rendre ordonnances sur ordonnances contre le vice et l'immoralité , et que le clergé ne cessait pas de se plaindre de la barbarie croissante. Cette barbarie, ainsi que les rostriclious du commerce et du système financier devaient amener la misère et le dépérissement du peuple, comme en France, à la fin du règne de Louis XIV. Même dans les villages et les bourgs du canton de Zurich, un des pays les plus florissants aujourd'hui, un tiers, la moitié des familles ou même plus, étaient réduites à la mendicité ; d'autres succombant à leur indigence, mouraient sans secours, tandis que les préposés dissipaient le trésor public et
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que les gouvernements recevaient des sommes énormes en dîmes et impôts, engraissant leurs employés avec les revenus du pauvre peuple. Il y avait à la campagne si peu de bien-être qu'une demi-récolte affamait plus de la moitié des habitants (1). Les aumônes et les distributions de vivres des gouvernements n'étaient ni suffisantes ni proportionnées à ce qu'ils prélevaient sur le pays. Aussi un paysan a-t-il dit : « Un homme intelligent ne laisse pas mourir de faim la vache qui lui fournit le lait. » Les conséquences morales de la tyrannie se firent également sentir. L'ami du peuple, Jean-Gaspard Escher, bailli de Kibourg, s'en exprime énergiquement dans un rapport d'administration en 1720 : « Par les nombreuses défenses, « disait-il y on encourage les divertissements clandes- <( tins ; on ôte aux jeunes gens le courage et l'amour de « la patrie, parce qu'ils croient que d'autres pays ont « plus de liberté ; on exaspère les malheureux campa- « gnards, parce que les bourgeoisr des villes font des « exceptions eo toutes choses (ce qui est anti-réqubli- « cain), et les riches peuvent ^ pour de l'argent , se pro- « curer des plaisirs publics. »
Mais la voix d'Escher se perdit comme tant d'autres bien intentionnées, et l'on ne fit aucun effort pour remédier aux abus.
(1) Voir, pour plus de déiaiU, Morf, Histoire du paupérisme à Zurich.