‹ Histoire du peuple suisseChapitre 68 sur 125 · Renaissance intelleciuelle (i · texte numérisé non relu

Renaissance intelleciuelle (i

§ 52. Les idées de réforme et la société helvétique.

— Après la guerre de Toggenbourg toutes les pensées et tous les efforts des cantons catholiques tendirent à recouvrer ce qu'ils avaient perdu. Pendant quatre-vingts ans environ, ils poursuivirent 'sans relâche cette « restitution », et dès le commencement ils n'hésitèrent pas à conclure avec la France Talliance de Trûckli (1715) (2), pour triompher de Zurich et de Berne. Mais, de leur côté, les réformés exaltés par leurs succès dans la guerre de Toggenbourg, n'avaient que des sentiments de haine pour ceux qui ne partageaient pas leurs croyances. De part et d'autre, on ne voyait dans les confédérés d'une autre

(1) G. Morell, Cari de Bonstetten, Tableau contemporain suisse^ la Société helvétique .—MoerikofeTy Littérature suisse du xyiii* siècle.

— J.-J. MûUer, VEspHt des ancêtres ou luttes pour T unité de la Suisse avant la révolution helvétique,

(2) Ainsi nommée parce que les documents étaient enfermés dans une boîte close.

confession que des hérétiques et des païens, et non des frères et des alliés, et Ton s'éloignait naturellement les uns des autres. L'animosité était si grande qu'à Zuricli et à Berne on interdisait sévèrement les mariages avec des catholi(fues. Par suite de cette désunion, la Suisse ne put conserver sa neutralité dans les guerres de succession de Pologne et d'Autriche. Une seule fois, dans ce siècle, les Suisses s'unirent en présence de l'étranger, en 1777, quand l'alliance française de 1663 fut renouvelée par les treize cantons. Mais ce fut là l'œuvre de Tinflueuce étrangère, car les Français n'avaient épargné ni les intrigues ni les moyens de corruption poiir réunir tous les cantons dans cette ligue que les confédérés n'auraient pu réaliser par eux-mêmes ; et les funestes divisions subsistèrent après comme avant. « Chacun pour soi », telle était la triste devise adoptée, comme nous le rapporte un contemporain. Les individus ne se sentaient plus Suisses, mais citoyens d'un canton, partisans des catholiques ou des réformés. Chaque canton avait ses

monnaies, ses droits particuliers ; quand un Suisse vou-

lait s'établir dans un canton autre que le sien, il y était regardé comme une espèce d'étranger. On oubliait le défenslonnal, et la diète n'était plus qu'une pesante et inutile machine ; toutes les institutions tendant à l'unité (les monnaies, la police, l'armée) s'altéraient, grâce à la désunion et à l'égoïsme des cantons. Les plus importantes affaires traînaient pendant plus de dix ans, et souvent n'étaient jamais réglées; dans les possessions communes, on ne pouvait réaliser les plus urgentes réformes.

La confédération, au xviii* siècle, n'était donc plus qu'un édifice vermoulu qui menaçait de s'écrouler. Mais « comme la verdure pousse et s'épanouit sur les ruines,

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