Invasio des Français et unité helvétique
§ 55. Premiers mouvements. — Une nouvelle ère com • mença pour rhumanité quand la Révolution française fit retentir l'appel à la liberté et à Tégalité, après avoir secoué toutes les tyrannies et anéanti tous les droits féodaux. Grâce aux efforts des esprits éclairés et particulièrement de la Société helvétique, la Suisse était préparée à ce grand événement qui, dès le début, y rencoatm la sympathie des hommes les plus éminents. Un patricien de Lucerne, Meyer de Schauensee, dans un éloquent discours à la Société helvétique, en démontra
(1) Hottinger, Lectures sur ia ruine de ^ancienne Confédération ^ 1844. — Morell, Cari de Bonstetten; Henne-AinrhyD, Histoire de la Suisse. — Tillier, Histoire de la République helvétique. — Hodler, Histoire du peuple suisse.
les conséquences salutaires pour Tégalité civile et politique des citoyens de toutes les conditions. Mais ces idées furent accueillies et défendues avec enthousiasme surtout par trois amis, étroitement unis, le docteur Albert Rengger, de Brugg, Conrad Escher (de la Linth) et Paul Usteri, de Zurich. Ils ne se contentèrent pas d'exprimer énergiquement, au sein de la Société helvétique, leurs convictions à Tégard des bienfaits de la révolution, ils s'efforcèrent aussi, par leurs écrits, de combattre les préjugés de ceux qui l'attaquaient. Escher manifesta le désir que l'arbre de la liberté française ne projetât pas seulement son ombre du côté de la Suisse. Les principes révolutionnaires se répandirent principalement parmi le peuple à l'époque de l'occupation des frontières dans les guerres de coalition en 1791 et 1792. Rapprochés des acteurs du drame héroïque qui commençait, les soldats suisses subirent la contagion de leurs passions généreuses ; les cris de triomphe « liberté, égalité », les arbres de la liberté, les discours des clubs démocratiques enflammèrent ceux qui pansaient plus librement. Bientôt il ne se trouva pas une ville suisse dans laquelle on ne comptât des amis des Français ; leur devise « liberté et égalité » était dans toutes les bouches. Le club suisse de Paris s'efforça le premier de faire une efficace propagande. C'était une réunion de Vaudois et de Fribourgeois qui, depuis longtemps mécontents de l'état de leur patrie, voulaient y importer la révolution. Ils entretenaient, à cet eff'et, des relations avec des compatriotes partageant leur foi politique et avec les hommes d'État qui gouvernaient la France, et ils inondaient le pays des adresses françaises qui trouvaient surtout de l'écho dans la partie occidentale romane. Ce fut le Bas- Valais français qui, le premier, donna le signal de