PREMIERS MOUVEMENTS
raclion provoquée par ces excitations. Cette contrée, depuis les guerres de Bourgogne, était sous la domination du Haut-Valais, et, comme les bailliages italiens, cruellement opprimée par ses baillis. Au premier appel de Paris, les habitants de Monthey et de Sainte-Maurice (septembre 1790) se soulevèrent, plantèrent des arbres de liberté et chassèrent leurs gouverneurs. Bientôt après, le peuple de Porrentruy se souleva contre son impitoyable maître, l'évoque de Baie. Mais la révolte des Valaisans fut étouffée par le secours de Berne; Porrentruj' se déclara libre sous le nom de république rauraque ; et pour se préserver d'une anarchie complète, il s'unit à la France en 1793 (sous le nom de département du Mont- Terrible). En même temps, des mouvements révolutionnaires éclatèrent à Genève et dans le pays de Vaud. La France avait parmi les Genevois de fidèles imitateurs, en bien comme en mal, et beaucoup, dirigeant à leur gré les dangereux courants des luttes des partis, travaillaient à l'annexion française. Vaud subissait l'influence décisive de Frédéric-César Laharpe de RoUe (1) qui, dès son adolescence, s'indignait au récit de la moindre injustice ; au séminaire de Haldenstein, il se passionnait pour l'unité de la république helvétique, dont l'idéal lui était fourni par ses études historiques et les leçons de ses libéraux professeurs. Il devint avocat à Berne, où il vit de plus près l'égoïsme des patriciens. Un jour, Tun des plus nobles d'entre eux lui dit, dans une conversation sur l'esprit novateur : « Souvenez-vous que vous êtes nos sujets. )) Cette parole hautaine fit sur lui une impression profonde ; blessé au cœur, il quitta son pays et, sur la recommandation d'un de ses amis, il devint le précepteur
(1) Voir les Mémoires de Laharpe (Frédério-César).
du petitrûls de Catherine de Russie. Mais, en courageux républicain, il ne renonça pas à la liberté, môme au pied du trône, et continua d'écrire pour ses compatriotes qui témoignaient par des banquets leur sympathie pour la France* Enfin, il voulut retourner dans sa patrie en 1796, bien qu'il n'y eût pas de moyens d'existence, et il conçut le dessein de la délivrer par la force de sa parole. Mais la police vigilante de Berne le prévint et lui interdit, comme à un rebelle, l'entrée de cette patrie tant aimée. Il lui fallut subir ce supplice. Souvent assis sur une borne de la frontière suisse, il regardait le pays de Vaud avec un désir ardent d'y pénétrer. Bientôt il ne s'y crut plus en sûreté ; chaque jour, ses parents et ses amis étaient condamnés ou proscrits. Il se réfugia à Paris où, résolu de lutter jusqu'à la mort contre Taristocratie et Berne, il travaillait sans relâche à l'affranchissement de Vaud. Les mouvements qui eurent lieu à Zurich furent plus sérieux et produisirent des conséquences plus durables que ceux de la Suisse occidentale. Après avoir occupé les frontières, les Zurichois rentraient dans leurs foyers pleins d'enthousiasme pour les Français, surtout les habitants des bords du lac qui, déjà du temps de Waldmann^ des guerres de Cappel et de Trente ans» étaient les plus avancés, montrèrent un zèle ardent pour les libertés du pays. Ils s'intéressaient vivement à ce qui se passait en France et se* réunissaient souvent pour délibérer sur les affaires politiques. Les plus zélés fondèrent à Stsefa une société de lecture où ils discutaient des sigets historiques ou politiques, et lisaient les écrits et les discours des hommes de la Révolution française. En 1794, ils rédigèrent leurs cahiers de griefs et saisirent le gouvernement d'un mémoire dans lequel ils réclamaient l'égalité entre les villes et les campagnes, la liberté de l'industrie,