PREMIERS MOUVEMENTS
la liberté des études, la diminution des chaînes féodales et Taccès au corps des officiers pour les habitants des campagnes. Us s'en référaient à leurs anciennes franchises de 1489 et 1531, que le gouvernement leur avait enlevées. Loin de céder» les patriciens crurent devoir user de rigueur contre Tesprit révolutionnaire qui les assaillait de toutes parts ; ils firent arrêter et proscrire les chefs Pfenninger, de Stœfa, Stapfer, de Horgen, et Neeracher, de Stsefa, rédacteur du mémoire. Mais ce système d'intimidation produisit un résultat contraire à celui qu'ils se proposaient: on rechercha plus ardemment encore les anciennes chartes ; on les trouva à Kûssnacht, on les répandit rapidement en en faisant faire un grand nombre de copies, et Ton demanda de nouveau au gouvernement de les remettre en vigueur (1795). Celui-ci, au lieu de répondre, se disposa à étoufier le mouvement par la force des armes ; mais la commune de Stœfa résolut de réaiister en prenant cette devise : « Tous pour chacun et chacun povu* tous >'. Le pouvoir agit aussi promptement que la première fois; il envoya 1,700 hommes pour désarmer la commune de Stsefa qui fut écrasée. Les vainqueurs brandirent Tépée nue sur la tête du vénérable Bodmer , trésorier, un des principaux chefs , auquel on appliqua la peine de la prison perpétuelle; et 250 citoyens environ furent frappés de divers châtiments. Enivrés de leurs succès, les patriciens répétèrent insolemment que (( les régents devaient commander et que le peuple devait obéir sans se permettre de parler », comme si ce peuple n'était fait que pour eux. Les campagnards de Saint-Gall trouvèrent plus de condescendance auprès de leur maître, Bède, le prince-abbé de • Saint-Gall. Irrités des folles dépenses de celui-ci, excités d'ailleurs par le messager Jean Kiinzle, homme cultivé et
éloquent, ils se soulevèrent contre leur seigneur qui fut assez bienveillant pour céder, en négligeant toutefois de consulter le chapitre qu'il savait être hostile. En J795, ce chapitre protesta contre sa conduite, et le nouvel abbé, Pancrace Forster, successeur de Bède et son principal adversaire, désavoua ses conventions avec le peuple. Mais les pays protecteurs du couvent, après avoir essayé en vain une réconciliation, se mirent du côté du peuple quand celui-ci s'agita en proférant des menaces et des malédictions. Le peuple obtint (1797) le droit d'élire un conseil dont Kilnzle fut président; ainsi le calme se rétablit. Les gouvernements auraient dû apprendre par cet exemple à s'arranger pacifiquement avec le peuple et à se rendre plus populaires. Mais ils ne firent aucune concession. Ils ne paraissaient pas même s'apercevoir des dangers qui grossissaient contre eux à l'extérieur; la défiance et la discorde régnaient partout. Il fut donc facile aux Français d'étendre leurs filets sur la Suisse. Après s'être emparés de Porrentruy, ils délivrèrent, sous leur général Bonaparte, dans les guerres d'Italie (1797), plusieurs États sujets des confédérés, la Yalteline, Bormio et Chiavenna, qui s'étaient séparés de leurs orgueilleux maîtres, et les annexèrent à la république cisalpine. En 1798, Genève devint aussi la proie des Français qui étaient bien près du pays de Vaud. Mais les gouvernements s'endormaient dans une sécurité trompeuse, jusqu^à ce que le canon des Français les réveillât brusquement de ce sommeil.
§ 56. Invasion des Français et destruction de l'ancienne CONFÉDÉRATION. Plan des Français et des a Patriotes ». Embarras et aveuglement des gouvernements. — Les démocrates vaudois , réfugiés en France , et , surtout Laharpe, n'avaient pas cessé d'agir sur l'opi-