INVASION DES FRANÇAIS
nion publique de leur patrie. Laharpe publia un écrit dans lequel il demanda hautement à Berne, Tindépendance des Vaudois. Le coup d'État du 18 fructidor, qui fit passer le pouvoir aux mains du parti de. la guerre (5 septembre 1797), encouragea ses espérances en lui permettant de compter sur Fappui de la France. Un membre du Directoire, Reubel, avocat alsacien, avait perdu un procès important devant le gouvernement de Berne qu*il haïssait profondément; il poussa à la guerre contre la Suisse, et bientôt le Directoire envoya à la confédération des notes comminatoires, sous prétexte qu'elle avait favorisé les alliés et les émigrés. Les proscrits vaudois excitaient le Directoire et voulaient, non-seulement une intervention en leur faveur, mais encore une action énergique de sa part sur les affaires de la Suisse. A ceux qui les accusaient de trahison, ils répondaient que le devoir de délivrer la patrie du joug des tyrans, était supérieur à toute autre considération. Dans le but de gagner Topinion, Laharpe publia une brochure intitulée « Des intérêts de la République française à l'égard des oligarchies suisses. » Il partait de ce principe qu'un peuple n'en peut assujettir un autre, sans violer les droits les pilus sacrés; que Taristocratie doit s'effacer devant le règne de la liberté et de l'égalité. Il appelait le Directoire français à établir ce régime nouveau, en lui montrant que son organisation en Suisse, était conforme aux intérêts français. Il invoquait le traité de 1565, par lequel la France avait promis de garantir les libertés du pays de Vaud. Alors même que l'allusion à ce traité n'eût été qu'une pure forme, Laharpe n'en était pas moins sincèrement convaincu que la France devait aider les autres peuples à reconquérir leur liberté, non pour en abuser contre eux, mais pour assurer leur bonheur.
Le Directoire ne partageait pas ces vues sentimentales; il s'inspirait avant tout de ce qui lui paraissait utile à sa nation, suivant ainsi une politique plus égoïste qu'idéale. Or la France, pour ses opérations militaires, avait besoin de tenir la Suisse sous sa dépendance et de la traiter selon son bon plaisir ; de plus, le Directoire, manquant d'ai^ent, n'était pas insensible à Tappât du riche trésor de Berne que la renommée avait singulièrementexagéré. Ses plans et ses intentions se révélèrent avec plus d'évidence depuis le congrès de Rastadt où devaient se régler les affaires de l'Europe après les brillantes conquêtes de Napoléon. La confédération voulait obtenir du congrès une garantie de son territoire et de sa constitution, mais on ne lui accorda pas de délégation ; son sort fut décidé arbitrairement à Paris, et principalement par la coopération de Napoléon Bonaparte et de Pierre Ochs de Bâle, qui s'étaient concertés pendant le congrès. Bonaparte, initié aux projets du Directoire, traversa la Suisse, dans un voyage à Rastadt. Il voulait connaître ses dispositions et sonder préalablement le terrain. Partout il fut reçu avec enthousiasme, comme le héros de la liberté; dans le pays de Yaud, à Liestal et à Bâle, on salua en lui le libérateur de la nation. Ce brillant accueil présageait le succès des Français. Il eut des entretiens confidentiels avec tous les principaux mécontents et surtout avec le maître ou prévôt des corps de métiers, Pierre Ochs de Bâle. Comme Laharpe et beaucoup d'autres Suisses, Pierre Ochs était convaincu qu'il ne devait plus y avoirde différence entre les citoyens et les sujets, et que ce résultat devait être obtenu même au prix du secours demandé à l'étranger. Bientôt après, Ochs vint à Paris, en qualité d'envoyé de Bâle, pour la cession du Frickthal; le Directoire sut le gagner à ses intérêts et en faire un servi-