INVASION DES FRANÇAIS
leur dévoué de la France. Aussitôt après le retour de Napoléon, les projets à Fégard de la Suisse furent définitivement arrêtés. Laharpe et ses amis réclamèrent formellement rintervention de la France en faveur du pays de Vaud, et Ochs, comme chef des patriotes, discuta avec Napoléon et le Directoire la nouvelle organisation de la Suisse. Le Directoire avait jusque-là hésité entre deux partis, celui de réunir la Suisse en un seul État et celui de la diviser; mais les « Patriotes » insistèrent sur le projet d'unité, qui permettait à la France de tenir facilement dans sa main tous les fils de TÉtat, et qui faisait de la Suisse un puissant boulevard de la France (1). Enfin, le 28 décembre 1797, le Directoire fit à la Suisse une notification au sujet du pays de Yaud, et décida la complète incorporation de Porrentruy qui, jusque-là, avait été militairement occupé. Ainsi la neutralité suisse était violée, et la guerre était déclarée à la confédération. Mais, malgré ce danger menaçant, celle-ciresta passive, paralysée par ses divisions. Et pourtant les avertissements et les remontrances ne lui manquèrent point. L'historien Jean de MûUer rappela, par des paroles éloquentes, la concorde qui fait oublier les limites exis* tant entre les cantons et les murs séparant les villes des campagnes. Le professeur Ebel, auteur du premier guide des voyageurs en Suisse , conjura les gouvernements placés en face des dangers croissants, d'empêcher la ruine de la confédération, et pour cela, de renoncer à leur système politique. Ce fut en vain. Plus le péril pressait, plus Taveuglement augmentait, plus Thésitation paralysait toute résolution. On promit à la France de se conformer à ses désirs ; on convoqua une diète générale à
(1) Lettre d*Ochs dans les Archives de l'histoire de la Suisse,
t. xn, p. 160.
Aarau [fiu décembre). Mais au lieu d'agir, au lieu de proclamer généreusement la liberté et l'égalité, au lieu de renoncer à toutes les méfiances, à toutes les pusillanimités, cette diète décida, sur la proposition de Berne, le renouvellement des anciennes alliances auxquelles on ne pr citait plus serment depuis 1520; elle voulait ainsi « montrer à l'étranger combien la Suisse était unie et heureuse sous sa constitution actuelle ». Mais à quoi aurait servi ce renouvellement de la lettre de l'ancienne alliance, quand l'esprit d'union était depuis longtemps éteint? Ce n'étaient là que des moyens de salut puérils et de vains mots. L'union déclarée n'existait pas en réalité ; il y avait dans les démocraties, des méfiances invétérées contre le régime des aristocraties. Appenzell, Glaris et d'autres cantons démocratiques s'opposèrent au renouvellement du serment d'alliance ; Bâle s'abstint formellement, et pendant que les membres de la diète portaient des toasts au renouvellement, Ochs et ses amis de Bâle buvaient à la transformation démocratique de la Suisse. Il n'y avait pas moins de divisions dans les divers gouvernements où les partisans de l'ancien et ceux du nouvel ordre de choses étaient en complet discord. Le peuple resta insensible à l'acte de la diète, parce qu'on ne lui avait pas donné satisfaction ; il ne voyait dans le serment d'alliance que l'union des seigneurs contre les sujets, il savait que depuis longtemps l'alliance nationale n'existait plus.
Révolution et conquêtes des Français. — Une violente transformation était nécessaire , puisqu'on ne pouvait rien effectuer par les moyens pacifiques. En janvier et février 1798, les sujets encouragés par la France, se soulevaient partout ; l'artificieux ambassadeur français, Mengaud, attisait ouvertement le feu et travaillait pour