‹ Histoire du peuple suisseChapitre 77 sur 125 · CONQUÊTES DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CONQUÊTES DES FRANÇAIS

la révolution. L'insurrection commença près du lac de Zurich ; elle se propagea jusqu'à ScHafifhouse où le peuple força le gouvernement à se démettre ; en môme temps, Saint-Gall, Toggenbourg, la Thurgovie, la vallée du Rhin , Sargans , les bailliages du Tessin s'affranchirent et se constituèrent en communes indépendantes. Glaris.fut obligé de restituer Werdenberg, ainsi que Schwitz, Gaster et Utznach ; les patriciens de Lucerne, effrayés du mouvement insurrectionnel qui se propageait partout, donnèrent leur démission et furent remplacés par un gouvernement plus libéral ; Bâle proclama l'égalité entre la ville et la campagne. Tout à coup l'incendie enveloppa tout le pays et se développa avec le plus d'intensité dans le canton de Vaud. Toutes les villes formèrent des comités chargés de répandre et de faire signer des pétitions, demandant la restitution des anciens droits; Berne ayant hésité et rassemblé des troupes, le peuple se souleva, et la révolution éclata. Le 25 janvier, il détruisit les insignes du pouvoir, planta des arbres de liberté, et remplaça les couleurs de Berne par la couleur verte, du pays de Vaud. Ce canton devait former une république indépendante de Berne, sous le nom de République du Léman. Les comités entrèrent en rapport avec les troupes françaises du pays de Gex, et le 28 janvier, Ménard envahit le pays de Vaud avec 15,000 hommes, sans que Berne pût faire un pas ; ses appels aux confédérés n'obtinrent point de réponse. La diète ne pouvait plus être convoquée ; elle fut dissoute le 31 janvier 1798, n'ayant pu résister aux révoltes qui se succédaient partout, ni aux Français qui avaient rompu le traité et qui s'avançaient chaque jour davantage. A peine les délégués étaient-ils partis qu'Aarau planta Tarbre de la liberté que Mengaud avait fait préparer

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depuis plusieurs jours ; la dernière heure de la confédération avait sonné! Berne, réduite à elle-même, était presque seule en présence de Tennemi, et les partisans de ranclen ordre de choses la regardaient comme la forteresse de la Suisse. Cependant elle n'avait pris aucun parti sur la conduite à tenir en face des Français qui ne désiraient pas d'accommodement» mais qui voulaient la guerre et se préparaient à \me violente attaque. Ménard fut remplacé par Brune dans le pays de Vaud ; celui-ci avait sous ses ordres le général Schauenbourg, qui amena une division de Bâle. Tous deux avaient mission de soumettre par les armes les gouvernements qui ne voulaient pas se laisser démocratiser, et de faire de la Suisse une seule république. Brune adressa à Berne un ultimatum, résumant ses réclamations définitives. On ne lui donna qu'une satisfaction insuffisante ; il rompit donc la trêve et mit ses troupes en mouvement. Soleure et Fribourg capitulèrent au commencement de mars; mais Berne, divisée dans ses conseils, hésita entre une résistance énergique et une honteuse inaction ; enfin, entraînée par le courage du général d'Erlach, elle prit les armes, décidée à lutter avec honneur pour sa liberté. Zurich, Uri, Schwitz, Glaris, Appenzell et Saint-Gall lui envoyèrent quelques troupes; les autres cantons ne se souciaient pas de défendre Taristocratie de Berne. Mais cette ville ne pouvait pas même compter sur ses troupes, peu nombreuses et disséminées, et surtout divisées et prêtes à se révolter. Beaucoup de ses soldats n'obéissaient pas à leurs chefs dont ils se défiaient ainsi que du gouvernement ; Erlach fut même menacé de mort. L'issue de la lutte n'était donc pas douteuse. Malgré leurs désavantages, les troupes de Berne combattirent vaillamment; près Neueneck, au sud-ouest de Berne, où s'était avancée

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une division de Brune, le landsturm bernois lutta avec une héroïque vaillance et mit les ennemis en déroute (5 mars). Mais au nord de la ville, qui était menacée par les troupes de Schauenboui^, tout fut perdu : les avantpostes d'Erlach reculèrent à Fraubrunnen et au Grauholz, petit bois à deux lieues de Berne. Après une courte bataille, Erlach dut se retirer devant les Français quatre fois plus nombreux; il rallia les siens sur le Breitfeld, mais dans la ville on ne songeait plus à résister, et la capitulation eut lieu le 5 mars. Malgré la malheureuse issue de la lutte, les Bernois avaient sauvé Thonneur de la vieille Suisse ; mais la chute de son aristocratie précipita celle de toute la Suisse. Les autres cantons renoncèrent à la résistance.

§ 57. Unité helvétique, 1798-1802. Introduction de la Constitution helvétique. — Pendant que Brune et Schauenbourg occupaient la Suisse, on réglait à Paris la nouvelle organisation du pays. L'habile politique Ochs rédigea le projet de l'imité helvétique qui, d'après les idées de Stockar, mettait fin à toutes les différences cantonales. Le Directoire et Napoléon ratifièrent cette constitution après quelques légères modifications. Elle n'était qu'une imitation de celle du Directoire. La Suisse était appelée à former un seul État indivisible do^t le gouvernement devait être centralisé. Tous les citoyens des cantons devenaient les citoyens de la Suisse, et tous étaient égaux entre eux. Ainsi les liens de subordination d'État à État furent dissous; les sujets et les pays alliés avaient les mômes droits que les cantons directeurs, et le pouvoir (la souveraineté) était dans les mains de la niasse des citoyens. Comme en France, la forme du gouvernement était une démocratie représentative avec deux chambres. Le pouvoir législatif était exercé par un sénat

et un grand conseil; le pouvoir exécutif par un directoire de cinq membres ; le pouvoir judiciaire par une cour suprême. Au point de vue administratif, judiciaire et électoral, la Suisse fut divisée en 23 cantons ou districts dont on traça les limites géographiques (aux 13 cantons on ajouta Vaud, Argovie, Thurgovie, Bellinzona, Lugano, Sargans avec Rheinthal, Saint-Gall, Oberland, Valais et Grisons). Les cantons étaient subdivisés en districts. A la tète de chaque canton, se trouvaient une chambre et un gouverneur nommé par le Directoire. La constitution était soumise au vote des citoyens; les fonctionnaires des districts et des communes étaient élus par le suffrage universel; dans les communes, il y avait des réunions générales ; dans les districts, des réunions électorales ou des délégués électoraux du peuple. Les droits individuels des citoyens étaient les mêmes qu^en France. La loi proclamait Tabolition des privilèges, des droits de noblesse, des titres, des charges féodales, etc., Taccès de tous aux fonctions publiques, la liberté de rindustrie et du commerce. Elle déclarait que chaque citoyen jouirait des droits inaliénables de la liberté de conscience, de la liberté de la presse, du droit de pétition. La constitution se proposait le noble but d'assurer le bien-être, Tinstruction, et le perfectionnement du peuple, et d'intéresser chacun à la vie politique. Mais les Français eux-mêmes déshonorèrent leur œuvre et firent des ennemis à la constitution, en traitant la Suisse en pays conquis, en s'emparant de ses trésors, en prélevant des contributions et en tourmentant les populations. Les cantons de Berne, Fribourg, Soleure, Lucerne et Zurich leur payaient une contribution de guerre de quinze millions ; partout les caisses publiques et les arsenaux furent pillés; à Berne, plus de sept millions furent volés.

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