‹ Histoire du peuple suisseChapitre 79 sur 125 · RÈGLEMENTS INTÉRIEURS · texte numérisé non relu

RÈGLEMENTS INTÉRIEURS

ment par leur zèle; tandis que Rengger, ministre de rintérieur, s'occupait des nouveaux règlements municipaux, Stapfer^ ministre des arts et des sciences, s'effop* çait sans relâche de réformer le système des écoles. Un paragraphe de la constitution helvétique appelait Tins-* truotion une des principales hases du honheur public^ et la plaçait avant la prospérité extérieure. C'est ainsi que Stapfer comprenait sa tâche, et Tintelligente activité qui se déployait dans le domaine de l'éducation est une des plus helles pages de THelvétique; les idées qui se formaient alors étalent comme les clartés d'une nouvelle aurore : elles ne furent toutefois appliquées qu'en partie. Dans tous les cantons, Stapfer demandait des rapports sur les écoles et des projets de réforme. On rédigea une loi qui comprenait toutes les institutions scientifiques et religieuses et qui fit faire aux études de rapides progrès; dans chaque chef-lieu de canton, on établit un conseil d'éducation, composé de sept membres; un inspecteur d'instruction publique élu par ce conseil surveillait les écoles dans chaque district et les pourvoyait de maîtres capables; chaque canton eut un séminaire destiné à former de bons instituteurs. Pestalozzi trouva l'occasion de travailler efficacement à réformer les méthodes d'enseignement; à la demande de Stapfer, il publia un journal consacré au développement de ces vues sur ce sujet.. Stapfer s'efl'orça surtout de remédier aux maux de la guerre ; dans ce but, il fonda à Stanz uhe maison d'éducation pour les enfants pauvres et orphelins, et il en confia la direction à Pestaloazi qui se dévoua à cette œuvre avec la plus affectueuse abnégation^ Il obtint de si grands succès qu'un inspecteur éérivit au Directoire : «t On n'en croit pas ses yeux et ses oreillesj quand on voit et entend tout ee que Peataloizi

a réalisé en si peu de temps. » Stapfer voulut aussi encourager renseignement supérieur, les sciences et les arts. Il fonda des gymnases et donna l'idée d'une école polytechnique suisse; il essaya de créer des sociétés littéraires pour favoriser la diffusion des lumières, et c'est à lui que Lucerne, dont la culture intellectuelle avait été fort négligée, dut le privilège d'en voir naître une dans son sein. Il songeait à une société artistique suisse et s'occupait de la création et de l'entretien des bibliothèques. Le nombre des journaux augmenta; on vit éclore des feuilles confédérées (le Bépublicain suisse d'Escher et d'Usteri, le Journal d'Helvétie), Mais ces nobles efforts ne furent pas toujours bien accueillis; les moyens d'exécution ne répondaient pas aux plans; le gouvernement central manquait surtout des ressources financières nécessaires, et beaucoup de préventions se dressaient encore contre les innovations. Pestalozzi même, malgré son dévouement et son activité, fut l'objet de tant d'attaques et il rencontra tant d'obstacles qu'il s'abandonna presque au désespoir. Mais ce qui fut le plus funeste aux nouvelles institutions, ce fut la misère sans bornes que l'invasion des Français avait causée. Beaucoup de pays n'avaient plus le nécessaire ; les jardins et les champs étaient dévastés, la maladie et la disette suivaient les armées étrangères. Les efforts du Directoire pour soulager de telles infortunes étaient comme une goutte d'eau dans la mer; les fournitures de vivres, de matériaux de construction, de moyens de transport qu'il fallait faire aux Français, absorbaient tout et augmentaient de jour en jour. Car la Suisse, par suite de l'invasion de sa puissante voisine était devenue son avantposte et comme le champ de bataille des guerres de coalition européenne. Aussi fut-elle profondément ébran-

RÂQLEMENTS INTURIBURS 245

lée par ces luttes funestes qui exercèrent sur ses destinées politiques ultérieures une influence décisive, bien qu'elle n*y fût pas directement intéressée. Au commencement de la campagne de 1799, les Autrichiens s'avancèrent victorieux ; Farchiduc Charles passa le Rhin et traversa librement Schaffhouse , la Thui'govie et Zurich , tandis qu'au sud-est (les Grisons), une division commandée par Hotze (natif de Rlchterswill) expulsait Tennemi des cantons intérieurs; après une sanglante bataille près de Zurich, le 4 juin 1799, Masséna défait par Charles dut se retirer derrière la Limmat. Ce grave événement amena une réaction dans la Suisse orientale ; les adversaires de THelvétique et des Français reçurent en triomphe les Autrichiens et leur chef; Tabbé Pancrace Forster révoqua ce qu'il avait accordé au peuple sur lequel il rétablit sa domination; en Thurgovie, les nombreux conseillers et les nobles recouvrèrent leurs privilèges; le canton ou district de Saint-Gall fut dissous et les Appenzellois, avec le secours des Autrichiens, remirent leur constitution en vigueur; les arbres de liberté furent détruits. Mais la joie du parti réactionnaire ne fut pas de longue durée. A peine Tarchiduc Charles eut* il été rappelé de Suisse en Allemagne, que Masséna reprit l'offensive et, à la seconde bataille de Zurich, le 26 septembre, il battit complètement les Russes commandés par Eorzakow ; il devint ainsi maître de Zurich et de tout le nord-est de la Suisse. Le général russe Souvarow, qui devait venir par le Saint-Go thard au secours de ses compatriotes et des Autrichiens^ trouva le chemin barré au lac des quatre cantons, et se fraya audacieusement une voie par les montagnes, au milieu des plus grands dangers (par le Eûnzigkulm, Pragel et le passage de Panix). La Suisse, se trouvant de nouveau au

246 INFLUBMCB DB f iTRÂNGER (1T98-1830)

pouvoir des Prançala, la république helvéti(jue flit Meonatituée. Mais ce malhéùpeus paya eût beaucoup à Bouf&if d'être devenu le théâtî«e de ces gigantesques collisions. Les soldats des deux armées commirent de grands excès, ils .écrasaient les malheureux habitants J)ar d'incessantes réquisitions, et les épuisaient en faisant J)esep sur eux ces charges de plus en plus ruineuses. De septembre à décembre, la Thurgovie seule dtit payer un million et demi de florins pour l'armée française ; la ville d'Arbon paya 75,000 florins, Zurich et Bâle, 80,000. Ces exigences n'étaient pas faites pour réconcilier le peuple avec Tordre nouveau; tous les maux furent attribués à la constitution, et Ton pouvait t)ïévoîr qu'à la fin de la guerre de coalition , la lutte des partis amènerait forcément la chute de l'Helvétique.

a. Pin de l'HelTétique, {talsible développemeat dd la Suisse souB U constitufeiQn de la mé^atipa.

> § 58. La Suis^b sous le qouv^rnembni? PB |4À miIpu^ TiON. — Depuis rintroduction de la constitution helvétique , deux partis opposés divisaient la Suisse : les unitaires ou centralistes, partisaiis de l'unité , et les fédéralistes, partisans de rancieone constitution. Lôa divisions se manifestaient surtout dans les conseils et le gouvernement ; en outre, les adhérents au nouvel ordre de choses se subdivisaient eu diverses fractions qui se combattaient entre elles, se disputaient la prédomi" nancQ dans le conseil et cherchaient à modifier la constitution selou leurs idées. En cinq ans, il y eut quatre coups d'État et autant de changements du pacte fondamental. D'abord, le gouvernement fut tout à fait

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centralisé)' mais après divers changements de personnes» les chefs de ce parti , Oehs et Laharpe furent exclus , le directoire fut dissous et l'on forma, le S janvier 1800, un comité exécutif de sept membres, pour la plupart modérés et tirés du sein des conseils législatifs; cette révolution s'effectua avec l'appui de Napoléon Bonaparte qui avait aussi renversé le Directoire en France. Cependant les centralistes s'étant de nouveau agités dans les con« seils législatifs, le parti modéré fit dissoudre ces conseils avec Faide des troupes françaises, et Ton établit le 7 août 1800 un Corps législatif avec un conseil exécutif. Les patriotes éliminés ayant fait craindre de nouveaux troubles, Bonaparte , alors consul de la République française, entra de plus en plus dans les vues des fédéralistes et, le 29 mai 1801, par une nouvelle constitution, 11 rétablit la souveraineté cantonale et la diète. Mais cette constitution ne dura pas; les centralistes réussirent à la modifier d'après leurs vues ; ils remplirent la diète et le sénat de leurs partisans et reconstituèrent ainsi la république helvétique. Alors les fédéralistes s'unirent dans le but d'engager une lutte suprême. Le départ des troupes françaises, en exécution de la paix d'Amiens, en 1803, fut le signal de l'explosion. Sous le nom de (( Confrérie suisse » se forma une conjuration contre les centralistes et le gouvernement helvétique ; les deux cantons de Berne et de Zurich eux-mêmes se joignirent aux cantons démocratiques pour les renverser. Douze États s*as5emblèrent à la diète de Schwitz , et Zurich se mit à leur tête. Le gouvernement helvétique, placé en face d'une révolte ouverte, s'efforça de la comprimer par la violence ; mais ses troupes furent battues par les gens d'Unterwald, et ce fut en vain que , sous les ordres du général suisse Andermatt (septembre 1802) , elles bom-

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bardèrent la ville de Zurich. Le gouvernemeat, n'étant plus en sûreté à Berne, se réfugia dans le pays de Yaud où ses soldats, commandés par Andermatt, furent encore défaits par ceux de la « confrérie suisse » sous les ordres d'Erlach.

Ces luttes donnèrent à Napoléon l'occasion tant souhaitée de se poser de nouveau en médiateur entre les parties belligérantes. Il envoya donc dans le pays de Yaud une armée commandée par le général Rapp. Celle des insurgés dut s'arrêter; Buchmann, son chef, assiégeait à Lausanne le gouvernement helvétique qui avait fui; les pays révoltés furent occupés, les principaux insurgés arrêtés , la diète dissoute, et le gouvernement helvétique retourna à Berne, sous la protection des troupes françaises (octobre 1802). Pour réorganiser le pays, Napoléon appela à Paris deux délégués de chacun des partis, afin de délibérer avec eux sur les bases d'un gouvernement devant contenter à la fois les fédéralistes et les centralistes. Les dernières dissensions lui avaient donné la conviction qu'il n'était pas possible de maintenir la constitution de l'unité, parce qu'elle effaçait trop brusquement des relations restées historiques, et qu'elle blessait trop d'intérêts et trop d'opinions ; il croyait surtout que la diversité de la nature de la Suisse s'opposait au système d'une rigoureuse uniformité. Les institutions démocratiques des cantons lui paraissaient une particularité remarquable qu'il fallait laisser à la Suisse. Mais il ne voulait pas non plus le rétablissement de l'ancien ordre de choses ; on ne pouvait nier les bienfaits de la Révolution française, la liberté, l'égalité et le souci du bien du peuple, et l'on ne pouvait pas souffrir la restauration d'un système opposé à celui de la France, favorisé par l'Autriche et mettant le pouvoir entre les

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mains d*hommes dévoués aux ennemis de la France. 11 choisit une voie moyenne dans laquelle il fut encouragé par ses délibérations avec les membres de la consulte. Il ne s'arrêtait pas aiix contradictions et savait imposer silence à ses adversaires » car il possédait au plus haut degré Tart de les intimider avec une rare habileté. Après de mûres réflexions, il remit le 19 janvier 1813 à la consulte les actes de la médiation qu'il déclara immuables, sans s'inquiéter de la volonté de la nation. Il ne négligea pas de rappeler aux délégués qu'il n'y avait pas d'autre moyen de sauver la Suisse du naufrage. Dans la constitution même, il stipula que la Suisse serait dépendante de la France. On ajouta aux treize anciens cantons six cantons nouveaux, formés des possessions communes, des pays sujets ou alliés, savoir : Saint-Gall, Thurgovie, Grisons, Tessin, Vaud et Argovie aiixquels on annexa le Frickthal, la dernière propriété autrichienne en Suisse. On rétablit ensuite la diète où le peuple n'était pas représenté comme il devait l'être, et dont les députés étaient liés par les instructions des gouvernements de cantons. Mais le pouvoir de la confédération fut affermi en ce que des punitions furent décrétées contre les révoltés contre les décisions de la diète, et l'unité fut personnifiée dans le landammann. Les pays sujets, les privilèges de la noblesse, de la naissance ou de la famille, les entraves du commerce, furent abolis ainsi que les capitulations militaires et les soldes de l'étranger. On laissa aux cantons leurs diverses constitutions; on rendit plus difficile l'affranchissement de la dîme et des redevances, et les droits électoraux dépendirent d'un cens. En conséquence de ce mélange d'éléments anciens et nouveaux, la médiation fut un terme moyen sans caractère, incapable d'empêcher le retour des plus tristes

événements du passé, les titres, la torture, la contrainte, la censure, etc., etc. Aussi la confiscation des droits du peuple (relativement à la dlme et au droit électoral) causa une vive exaspération, particulièrement dans le canton de Zurich où les habitants de la rive gauche du lac (Horgen sous le cordonniet* Willl) se soulevèrent et furent comprimés (dans la guerre des Boucs) en 1804. Mais, à part cette révolte, la Suisse , après Tadoption de la constitution de 1803 , jouit de onze ans de paix et de prospérité, et elle put guérir graduellement les cruelles blessures qu'elle avait reçues pendant les derniers orages. § 59. Prospérité intellectuelle et matérielle. — Sous les auspices de la paix , il y eut, pendant Tépoque de la médiation, un nouvel essor intellectuel ; les nouvelles idées, répandues par les patriotes du xviii® siècle, s'infiltraient doucement dans la vie et transformaient graduellement le vieux sol historique. Des associations modelées sur celles du xviii» siècle coiitribuaient aux progrès. La Société helvétique, dont le canon avait fait taire les joyeux accents (1) et qui n'avait pas trouvé le temps de se recueillir au milieu du tumulte des partis, se reforma et tenta un rapprochement général sur le terrain national. La Société suisse de bienfaisance eut en vue le soin des pauvres, le développement de l'éducation et de l'industrie; celle des arts, fondée par Martin Usteri, devait donner à l'art suisse une direction plus nationale. Une société historique, une société d'instituteurs et beaucoup d'autres encore s'organisaient. Pour oublier le triste état politique, on s'absorbait dans la vie nationale, dans les beautés naturelles du pays, dans le souvenir du passé ; et l'esprit patriotique dominait dans les arts et

(1) Morall, la Société àeivéfiçue^ p. 36tt.

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les aeleaces. On gtavlt lea hauu gommels des Alpes, on les lfie8Ul?a, on les décrivit ; le génétal Pfyffer et Tingé^ nletip Mûller, d'Bngelbetg, firent des cartes en relief des diverses parties du territoire ; 11 y eut dôs atlas suissejB (de Rodolphe Meïer), des cartes suisses (deHenti Keller), des descriptions de la flore suisse (de Hegetsohweiler) et de fines gravures des villes, des costumes et des fôtes suisses « Roses des Alpes », « Almanaeh helvétique *. Jean de Mùller était toujours le premier des historiens : plein d*amour pour la patrie, il écrivait alors l'histoire de la renaissance du xiv« et du îv* siècle, comme pour décerner la couronne de gloire à la vieille génération. La prédilection pour Thistoire nationale était le signe caractéristique de ce teinps ; des histoires populaires, composées J)our le peuple et la jeunesse, furent lues avec empressement (Zschokke,Schuler, etc., etc.). Le pasteur Stalder, d'Bscholamatt, recueillit les éléments d'un dictionnaire; on publia des poésies dans le dialecte populaire, parmi lesquelles on remarque éelles de Taimable poète et artiste zurichois Martin Usteri, qui porte le mieux l'empreinte de l'époque; la contemplation romanesque du passé et la gravité intime de la vie sociale, les tableaux qu'il traça avecla finesse qui lui est propre, soht de vrais chefs-d'oeuvre. Ils ont tour à tour pour sujets les scènes de la légeiide populaire , l'histoire de la Suisse et celle de Zurich, soit dans ses ballades (Ida de Toggenbourg, le comte Falkensteln et Thierstein), soit dans ses romans et ses nouvelles. « Le temps apporte des roses », « Dieu fait ses dons de nuit, etc., etc. »; et dans ses représentations allégoriqties, « l'Amour tnaternel et l'amour filial ï*, descriptions des batailles suisses. On vit apparaître aussi des chants populaires plus élevés, que l'on doit à H. Georges Naegeli : « ses mélodies retentissent dans les

joyeuses compagnies, dans les parties de plaisir sur le lac , au milieu de la jeunesse des rues, faisant ainsi oublier les insignifiantes et basses cbansons d'autrefois que nulle interdiction n'aurait pu proscrire aussi efficacement que les cbants de Naegeli (Ij. » I.ls trouvèrent aussi des admirateurs à l'étranger; NsBgeli est devenu le fondateur des sociétés de cbant en Suisse, et le favori du peuple, « père Nœgeli. »

Les efforts tentés pour le bien public et l'éducation aboutirent à des résultats durables. En 1810, on institua la Société suisse d'utilité publique, qui comptait des membres de tous les cantons, chargés de soutenir les pauvres et d'établir des maisons de pauvres , des orphelinats, des caisses de secours, des dépôts, etc., etc. On ouvrit des caisses d'épargne ( la première à Zurich en 1805), des sociétés d'assurances, etc., etc. Dans la vie matérielle on pouvait remarquer divers progrès ; l'exploitation des forêts et celle des champs furent améliorées rationnellement, cette dernière surtout par le Bernois Emmanuel de Fellenberg qui établit dans sa propriété de Hofwil une école agronomique modèle avec d'excellentes machines aratoires; les couvents de Kreuzlingen en Thurgovie et d'Alteniyf à Friboui^ imitèrent cet exemple. A Zurich, on introduisit des métiers mécaniques dans les manufactures de coton; mais la plus grande entreprise de l'époque, ce fut le canal de la Linth qui fut creusé par le zèle infatigable des Zurichois H. et Conrad Escher (1804-1811) et qui tira de la misère la population de la vallée. L'activité de Pestalozzi pour les écoles attirait de plus en plus l'attention. Il était secondé par ses disciples Fellenberg et Wehrli. Forcé par la

(1) Q. Meyer d« Knonau, le Canton de Zurich^ t. II, p. 76.

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guerre et Tâgression de la population catholique , de quitter Torphelinat de Stanz, Pestalozzi créa une institution à Burgdorf et la transféra plus tard à Yverdon. La supériorité de sa méthode (celle de Tintuition, de la réflexion), reconnue par les grands penseurs et les pédagogues du temps, trouva beaucoup dlmitateurs en Suisse et à rétranger. Mais son absence d'esprit pratique le rendait incapable de soutenir une maison d'éducation pour les enfants pauvres. L'un de ses amis , Emmanuel de Fellenberg, fut plus heureux : touché de la misère et de Tabandon des classes inférieures, il fonda , dans son domaine de Hofwil un asile de pauvres dont il confia en 1810 la direction à l'habile père des pauvres J.-J. Wehrli dont Pestalozzi disait qu'il avait réalisé son idée d'une école pour les enfants indigents (1). Fellenberg créa aussi, pour les garçons de condition plus élevée, une institution qui fut très en vogue, et il fit des cours aux instituteurs primaires. Mais il était réservé au canton d'Argovie (1810) d'établir le premier séminaire de professeurs de la Suisse. On s'occupa aussi de l'instruction supérieure. On ouvrit des écoles cantonales à Goire et à Aarau, des gymnases dans le pays de Vaud , une haute école à Saint-Gall, une école de sciences politiques à Zurich (pour les juristes et les hommes d'État) ; Berne aussi réforma son enseignement (2). Pendant que la Suisse à l'intérieur suivait son propre chemin, elle avait à l'extérieur la position d'une province française. Elle était sous la pression de son puissant médiateur Napoléon devenu empereur en 1804, et elle partageait le sort de l'empire. Son commerce souffrit cruellement du système

(1) Pupikofer, Vie et œuvres de Jean-Jacques Wehrlt,

(2) J.-J. Hottinger, Réveil des sciences en Suisse à l'époque de In Médiation et de la Restauration,

2Ô4 INFLUBNCH DK L'ÉTRANOÏR (1798-1830)

continental ^ Napoléon fit occuper le Tessin d'une manière soudaine et arbitraire, sous prétexte d'empêcher la contrebande anglaise. La Suisse ne paraissait exister que pour rutilité de la France. Neufch^tel devint une prin-cipauté vassale de cette puissance, et le Valais y fut annexé en 1810, comme département duSimplon, parce que rempereur voulait tenir dans sa main le passage de la montagne. Des soldats confédérés, au nombre de \2 à 16,000 furent obligés de combattre pour la gloire et Textension de la France en Espagne > en Autriche et en Russie» Toute action indépendante et vigoureuse était donc interdite à la Suisse. La neutralité était aux yeux de Kapoléon un « mot dénué de signification », et il rinterprétait comme une soumission absolue. Il ne perihettàit pas ({ue la confédération fût une puissance militaire. La presse et la libre parole étaient placées sous la surveillance de ses agents, et les hommes d^État suisses n^avaient autre chose à faire que d*obéir docilement à sa volonté.

d. âpoqtte de la Restauration.

§ 60. — Malgré l'oppression de Napoléon, la Suisse était asseï favorable au nouvel ordre de choses qui lui procurait la paix et la tranquillité* Aussi les alliés y ren* contrèrent-ils peu de sympathie lorsque, après la bataille de Leipaig, ils marchèrent sur le Rhin et voulurent l'en* traîner dans leur guerre contre la France; la diète, prô-^ Bidée par le landammann Reinhard, résolut d'observer strictement la neutralité et de lever une armée pour la défendre. Mais les partisans de Tancien système, antérieur à 1798, qui jusque-là s'étaient tenus en repos^ sou-

lÉPOQUS PB LA RESTAUIUTION 265

haitaient ardemment Tiavasioa des coalisés, comptant sur levi secours pour renverser la constitution. Ils fondèrent « la Société de restauration » dont le comité secret de Waldsbut était en communication avec les alliés» Ils furent servis par rinsuffisanee des forces militaires de la Suisse et par le manque d'entente des cantons à l'égard des moyens de défense. Malgré la résolution de la diète^ il ne fut pas possible de garder les frontières; l'armée était mal entretenue et peu exercée^ le landam* mann Reinhard affirma que la Suisse épuisée ne pouvait pas fournir de renforts (1). Sur Tordre du général de Wattenwill, les troupes résolues de soutenir un combat inégal, se retirèrent et aucun coup de fusil ne fut tiré pour défendre la neutralité. Les alliés ne trouvant plus d'obstacles devant eux, traversèrent le Rhin de Bâle à Schafirbouse et se répandirent dans les districts suisses sans y rencontrer de résistance. La chute de la constitution de médiation était la conséquence inévitable de Be fait. Le cabinet autrichien travailla activement à son abolition. Sur Tordre réitéré de Tambassadeur autrichien, le gouvernement de la médiation se retira à Berne, et son abdication fut suivie de celle des gouvernements de Soleure, Fribourg, Luceme, etc. La nouvelle diète déclara que la constitution de médiation avait cessé d'exister ; mais les opinions se divisèrent lorsqu'il s'agit d'établir un nouveau gouvernement. Berne ne voulait pas reconnaître les faits accomplis depuis la Révolution ; elle demandait la restitution du pays de Yaud et de TArgovie et la restauration de la confédération des treize can*tons; Elle était soutenue dans ses prétentions par les cantons aristocratiques et les cantbBS démocratiques

(1) C. de Musait, Hans de Reinhard, p. 239. Los motifs de là coââtiite dé Rëinhàrd ftont encore inexpliqués.

autrefois privilégiés. Les villes libérales prirent une direction moyenne, et les nouveaux cantons demandèrent le maintien de l'ordre nouvellement établi ; leurs représentants se réunirent à Zurich et leurs adversaires à Lucerne. Les menaces des puissances réussirent à donner aux diètes une union apparente (avril 1814). Mais les divisions intérieures continuèrent; Berne et les cantons qui partageaient ses dispositions persistèrent dans leurs prétentions à Tégard des pays soumis, et les cantons menacés d'Argovié et du pays de Vaud se préparèrent à la résistance. Les prétentions de Schwitz et de Glaris devinrent Toccasion de troubles à Utznach et à Sargans, domaines du nouveau canton de Saint-Gall ; et celles d'Uri agitèrent la Leventine qui faisait partie du Tessin. Ce canton menaçait de se séparer; les Grisons cherchaient à recouvrer leurs possessions d'autrefois, laValteline, Glèves et Worms; Bienne et Tarchevôché de Bâle aspiraient à se réunir à la Suisse ainsi que Neufchâtel, le Valais et Genève. La diète, s'eflForçant d'apaiser ces dissensions, ne pouvait parvenir à rédiger la nouvelle constitution; et les agents de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie la pressaient de conclure. Enfin le congrès de Vienne intervint pour régler les principaux points en litige. La Suisse avait envoyé à Vienne ses délégués qui, au lieu de s'entendre, travaillèrent les uns contre les autres. Il ne fallut rien moins que le retour de Napoléon pour précipiter une solution. Le congrès, voulant faire de la Suisse im boulevard contre la France ajouta les trois cantons du Valais, de Neufchâtel et de Genève aux dix-neuf déjà existants; ainsi la confédération en comprenait vingt-deux. Mais la Valteline, Ghiavenna et Worms furent cédés à TAutriche et les Grisons durent se contenter de la souveraineté de Rsezûn. Quant

à rétat intérieur, le congrès regarda comme nulles les prétentions sur les pays soumis. Berne fut dédommagée par la plus grande partie de Tévôché de Bâle et Bienne; Tautre partie de Tévôché fut donnée à Bâle. Les autres cantons reçurent des indemnités en argent. En définitive la Suisse retira de ces combinaisons Tavantage considérable de voir sa neutralité reconnue et confirmée à toujours; on comptait dans cette neutralité les deux provinces savoyardes de Faucigny et du Cbablais, que Berne avait conquises au xvr» siècle. Cependant « la longue diète » de Zurich travaillait à une nouvelle constitution dite Contrat d'alliance, qui, approuvée par le congrès de Vienne, fut jurée et adoptée en 1815. Pendant les délibérations, bien des voix réclamaient le maintien d'une grande puissance centrale; mais la plupart des membres de la diète rêvaient le fractionnement antérieur à 1798; les cantons voulaient recouvrer leurs anciens droits de souveraineté, et les aristocrates leurs privilèges. Ainsi les larges bases de la confédération furent entièrement sacrifiées et la Suisse fut transformée en une alliance de 22 États, jouissant de la plénitude de leur indépendance et n'agissant en commun que dans leurs relations extérieures et pour le maintien de la paix et de Tordre intérieurs. La diète n'abolit pas les privilèges de cantons et. de naissance; elle ne rendit pas aux citoyens la faculté de choisir librement le lieu de leur demeure et de commercer sans entraves, non plus que le droit de bourgeoisie. Mais elle rétablit l'ancien système d'instruction et les privilèges commerciaux des principaux cantons (l). L'existence des couvents fut

(1) L'enseigné qu'on adopta alors {la croix blanche sur un fond rouge)^ et les formes de langages des gouvernements cantonaux subsistent encore.

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garantie, en tant qu'elle dépendait des gouvernements cantonaux; le service étranger fut pratiqué sur une plus large échelle, puisqu'on laissa à Tarbi traire des cantons la conclusion des capitulations militaires. Les constitutions des divers cantons étaient laissées également à leur bon plaisir, et le droit des faibles n'y était pas suffisamment reconnu. Dans les cantons des villes, les bourgeois obtinrent de nouveau la prépondérance (à Soleure, la ville avait 44 représentants et la campagne seulement 22 ; la ville de Zurich en avait 130, la campagne 82; la ville de Fribourg 108, la campagne 36; la ville de Berne 200, la campagne 99). Le droit électoral fut subordonné à un cens élevé : ainsi refleurirent de nouveau la domination des aristocrates et des riches, le gouvernement des souverains. Les concessions qu'on avait été forcé de faire aux campagnes furent restreintes, et le peuple rentra de nouveau en tutelle; les contraintes de métier reparurent; le droit de pétitionnement, la liberté de la presse et de la parole ne furent pas reconnus. Le professeur Troxler, de Lucerne, qui, dans son livre Prince et Peuple, avait publié des opinions démocratiques, fut destitué (1821). Cette réaction s'exerça surtout sous la direction de la « Sainte-Alliance », à laquelle la Suisse s'était jointe aussi et qui avait fait édicter des ordonnances sévères contre la presse et le droit d'asile (1822). La réaction se servit aussi de la religion. Gomme autrefois, dans le Valais, les jésuites slntroduisirent à Fribourg en 1817 et commencèrent leurs intrigues. Le digne franciscain, le père Girard, ami de Pestalozzi, qui avait transformé les écoles de Fribourg, fut persécuté par les réactionnaires et chassé de son institution (1823). A Lucerne, le nonce du pape fit diriger des atlaqueis semblables contre le baron de Wessemberg,

philanthrope, vicaire général de Tévèque de Constance, qui avait travaillé à Tinstruction du clergé et à rétablissement d*un culte populaire (prédication et messe dans la langue du pays, chants d'église, explication des évangiles}; pour soustraire la Suisse à son influence, un ordre du pape en 1815 la sépara de Tévêché de Constance et la soumit à un vicaire apostolique, au prévôt Gœldlin de Beromiinster. Après la mort de Gœldlin (1819) les catholiques de la Suisse orientale furent placés sous la direction de révoque de Coire; un certain nombre de cantons (Berne, Soleure, Lucerne, Zug, Argovie, Thurgovle et Bâle) rétablirent Tévôché de Bâle dont le siège fut à Soleure. Depuis ce moment le système pontifical s'en, racina de plus en plus profondément en Suisse, et Fuitramontanisme (1) y prédomina, à peine les protestants étaient-ils tolérés dans les cantons catholiques; à Lucerne même, siège du nonce, ils étaient persécutés.

(1) De ultra montes , au delà des montagnes, désignation du siège pontifical, au sud des Alpes.

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