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Progrès des cantons

§ 61. Premières tentatives de révision. — Malgré la politique oppressive de la Restauration, qui semblait devoir étouffer toute liberté, Tesprit national ne se laissa pas longtemps -enchaîner ; il se fortifiait môme par la contrainte pour s'élever avec un nouvel essor. Le sentiment patriotique qui s'était déjà manifesté à Tépoque de la médiation, agit de nouveau sur l'art, qui choisit de préférence des sujets patriotiques (les peintres Vogel à Zurich, Disteli à Olten). Les poètes, de leur côté, enflammaient le peuple : Abraham-Emmanuel Frœhlich, d'Argovie, flétrit dans ses Fabfes les abus du temps, et le Bernois J.-Rodolphe Wyss, le jeune, donna à la Suisse le premier hymne national, dans un chant intitulé : Appel à la patrie. On cherchait de nouveau cette patrie bienaimée, tant de fois disputée à la tyrannie, et comme l'idée s'en était effacée, on vivait dans les beaux souve-

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njrs du passé et l'on élevait des moMUinents aux héros des légeades cousacrées par la foi nationale (robélisquo de Morat, le Wengistein, le monument de Saint-Jacques sur-la-Birse). De nouvelles aspirations animaient la jeune génération qui inscrivait sur ses drapeaux « le libre progrès » ; de nouvelles sociétés conlribuèrent à la naissance des temps modernes. Depuis 1815, la Société des sciences naturelles unissait les savants suisses; depuis 1819, celle de Zofingen était le lien de tous les étudiants sur le terrain de la science et de Tenthousiasme patriotique. Le sentiment national était fortifié par la Société de Sempach et les fêtes des archers qui se célébraient régulièrement depuis la réunion des archers à Aarau; 1824). Mais aucune de ces sociétés n'agit aussi vigoureusement que la Société helvétique. Au xviiio siècle, elle avait transformé l'esprit suisse, et au xix", elle n'avait d'autre but que de ranimer et de conserver ses traditions libérales. Quand tous les bruits de guerre se furent éteints, elle se réunit de nouveau à Schintznach en 1819, quittant la voie d'une timide opposition, se dépouillant de tout élément aristocratique, et se transforma en une société politique dont le but était de combattre les abus de la Restauration. En 1821, son président, le pasteur Thaddée Millier, s'éleva contre les intrigues hiérarchiques ; Troxler, contre la tutelle morale; en 1821, le philologue Gaspard Orelli, de Zurich, fit à ses amis assemblés un tableau émouvant de la honteuse politique de la Restauration, de l'ignorance, de la censure, du service étranger, des persécutions, etc., etc.; il les appela à travailler tous à la culture intellectuelle et consola les esprits éclairés en leur montrant que la vérité avait toujours triomphé malgré les railleries et les contradictions. En 1829, Zschokke publia une critique incisive du contrat d'alliance de 1815,

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louant Tunité nationale mieux garantie par l'acte de médiation, et proposa à la Société comme le but le plus noble le retour à cette unité. « Depuis quinze ans, on s'est efforcé en vain de revenir au vieux temps dont la conséquence a été la ruine de la confédération. Le bon sens a pris le dessus ; l'esprit du peuple est trop éc'airé par la lumière de l'expérience et du savoir. C'est en définitive rintelligence qui met les masses en mouvement. L'indissolubilité de la confédération demeure dans la nation alors même qu'elle disparaîtrait de la diète. » Enfin, en mai 1830, le magistrat Schinz, de Zurich, proclama la nécessité absolue d'une transformation générale, et il syouta que tous les gouvernements devaient reconnaître « qu'ils procèdent du peuple, qu'ils existent par et pour le peuple. » Ainsi fut exprimé le principe de la nouvelle réforme, du rétablissement de la démocratie représentative. Ce résultat fut dû en grande partie à la presse qui, depuis la Révolution française, était devenue une puissance considérable dans la vie publique. Les opinions libérales trouvèrent leur organe dans le BépubUcain d'Escher et Usteri, dans le Messager suisse de Zscbokko et dans le Journal (TAppenzell, publié à Trogen en 1828. Cette dernière feuille était le lien de tous les Suisses libéraux : « D'une frontière de la Suisse à l'autre, chacun la lisait avec empressement, et elle contribua puissamment à réveiller le sentiment de la fraternité nationale, en peignant, sous les plus vives couleurs, les malheurs communs. Les bons citoyens sentaient de plus en plus qu'aucun Suisse ne devait rester étranger à ce qui se passait dans les divers cantons (l). »

Ayant que la réforme eût été introduite dans la con-

(1) Feddersen^ p. 19.

EFFETS DB lA BÉVOLUTION DE JUILLET 2^3

fédération, quelques cantons avaient déjà procédé à des modifications cantonales, surtout Luceme, Appenzell» Vaud et Tessin.

A Luceme, en 1829, on en finit avec la nouvelle aristocratie, et Ton procéda à la séparation des pouvoirs : le petit conseil perdit le droit de se recruter lui-même, et les attributions du conseil général furent étendues. A Zurich, on abolit la censure ; dans le pays de Vaud, on réclamait de plus en plus la révision, surtout depuis que Laharpe Tavait proposée en mai 1829. Mais c'était surtout dans le canton du Tessin qu*il fallait des réformes radicales, car on y avait fait revivre les abus antérieurs à 1796 (la corruption, la dilapidation, le népotisme). Sous la direction de Fauteur et rédacteur Franscini, on fit un projet de révision complète dans le sens démocratique, et ce projet fut adopté par le peuple en juin 1830.

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