‹ Histoire du peuple suisseChapitre 81 sur 125 · EFFETS DE LA RÉVOLUTION DE JUILLET. ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA RÉVOLUTION DE JUILLET. ASSEMBLÉE

d'Ustbr. — Les grands événements qui bientôt éclatèrent en France et sont connus dans Thistoire sous le nom de Révolution de Juillet, donnèrent en Suisse, comme dans toute l'Europe, une nouvelle et plus forte impulsion aux mouvements libéraux. Cette révolution fut saluée avec transport par tout le parti de la réforme, et son ébranlement s.e communiqua rapidement à toutes les couches de la population. Les demandes de révision devenaient de jour en jour plus nombreuses ; la presse prenait un nouvel essor et répandait partout les mots de ralliement : « Souveraineté du peuple, égalité de droits, séparation des pouvoirs, publicité des délibérations, liberté de la pensée et de sa publication. » Des mouvements tumultueux se produisirent coup sur coup dans les cantons les plus tranquilles jusquer-là. En Argovie, une assemblée de libéraux, à Lenzbourg, adressa au gouvernement une

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pétition demandant la révision (12 septembre 1830}, et le gouvernement ayant hésité, une assemblée populaire, à Wohlenswii (7 novembre), demanda énergiquement un changement complet de constitution. Le conseil de Burgdorf, guidé par deux frères, Louis Schncll, secrétaire de la ville, et Charles Schnell, avoué, présenta au gouvernement bernois une pressante requête en faveui* d'ime réforme de la constitution (octobre); à Porrentruy, un commencement de sédition fut fomenté par les citoyens au nom de la séparation d'avec Berne. A Bàlc aussi, les campagnards, dont les chefs étaient les habitants de Liestal, réclamaient Tégalité des droits entre la ville et la campagne, et une assemblée de délégués à Bubendorf, une autre à Ollen et Soleure, exigeaient la révision de la constitution (18 novembre). En Thurgovie, le pasteur Bornhauser, de Matzingen, faisait entendre le même vœu, annonçant dans un discours enthousiaste Taube d'un nouveau jour, et appelant ses compatriotes à travailler sans relâche à son avènement. Une première assemblée nationale à Weinfelden (octobre) décida la révision totale, et une seconde assemblée décida des élections immédiates pour les nouveaux pouvoirs et la publicité des délibérations (18 novembre). A Lucerne, le professeur Troxler, exilé, attisa le feu par une brochure répandue dans tout le pays et par laquelle il concluait au rétablissement des droits du peuple. A Sursee, une assemblée le vota à l'unanimité (21 novembre).

Mais ces7)remiers élans ne furent pas toujours accompagnés de succès; ils étaient paralysés par Tégoïsme et Taveuglement des aristocraties. Les gouvernements de Lucerne et de Thurgovie hésitaient, les conseils de Soleure et de Bâle résistaient; encouragée par cette attitude, Berne prit des mesures pour tout étouffer par

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répée, et somma les confédérés de marcher en commun contre les agitateurs. Dans ce danger, Zurich se mit à la tête du libéralisme suisse, écarta les prétentions de Berne et assura le triomphe de la liberté. Ce n'était pas en vain que, vers 1820, Paul Usteri, Escher de la Linth, le magistrat Hirzel , Hottinger et Orelli avaient préparé des réformes libérales. S'ils avaient travaillé en vain au perfectionnement du système des écoles, ils avaient obtenu Tabolition de la censure et réveillé la vie politique. D'ailleurs on ne voyait pas encore clairement les rapports à établir entre la ville et la campagne , et rassemblée des grands conseils généraux, convoquée à Usler (octobre) se montrait fort modérée dans ses exigences de révision de la constitution , reconnaissant à la ville la prééminence dans la représentation. Ce fut un étranger, fugitif de Nassau, qui grandit et précisa le mouvement, le D"^ Louis Snell (i). Snell avait puisé sa force morale dans le bonheur austère et pur de la vie de famille, et l'enthousiasme pour la liberté républicaine dans Tétude àe Thistoirc ancienne et des classiques. Professeur en Allemagne, il avait pris part aux mouve- • ments patriotiques de 1817-1820 , ce qui lui avait valu les persécutions de ses adversaires victorieux ; réfugié en Suisse, il s'unit aux plus zélés réformateurs, combattit pour la liberté de la presse, et s'efforça d'agir sur Zurich, que ses lumières plaçaient à la tète de la confédération. A l'époque de la révolution de Paris, il essaya de se concerter avec des chefs du pouvoir de Zurich : leurs idées étroites sur les réformes à réaliser le décidèrent à s'adresser directement à Zurich et à la gagner aux principes d'égalité , de souveraineté et d'éducation

(1) Vie et travaux du D' Louis Snell% Zurich, chez Meyer,

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populaires. Il demanda la formation de « conseils constituants )> ce fut son expression. Ses conférences avec les Zurichois Téclairèrent sur Fétat général des affaires du canton. Sou ami, le docteur Streuli, de Kûsônacht, lui révéla le mécontentement et les plaintes des gens du lac de Zurich et le pressa de formuler leurs vœux; il écrivit résolument le « Mémorial de Kûssuacht », programme de la transformation , lequel eut un immense succès. Les campagnes , selon le droit de suffrage , devaient élire deux tiers des représentants du peuple souverain ; de plus, on réclamait la séparation des pouvoirs, la publicité de l'administration, les comptes rendus au peuple , la liberté de la presse et la réforme radicale du système scolaire. La commune de Stœfa convoqua une assemblée du peuple pour agir sur le gouvernement par une déclaration publique. Cette assemblée eut lieu le 22 novembre 1830 à Uster où se rencontraient 12,000 citoyens. Guyer de Bauma ouvrit la délibération dont le but, selon lui, devait être de modifier la constitution qui ne suffisait plus aux besoins du peuple et à Tesprit du temps (1). Hegetschweiler, de Staefa , se servant de paroles inspirées, compara le peuple à l'esclave qui rompt sa chaîne. L'assemblée fut grave et digne ; elle déclara à l'unanimité adopter le mémorial de Kûssnacht d après lequel on élabora un nouveau document , le «Mémorial d'Uster », qui fut ensuite présenté au grand conseil. L'impression produite par cette solennelle «journée d'Uster » fut décisive. Le gouvernement n'osa pas braver la puissance de l'opinion publique et , sur la demande de l'assemblée d'Uster, il ordonna l'élection d'un nouveau grand conseil dont la campagne devait

fl) Leuthy, Histoire du canton de Zurich, de itH k IS30, 11,87.

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nommer les deux tiers et la ville le troisième. On prit pour base des délibérations sur la nouvelle constitution le projet de Snell, et celte régénération fut une nouvelle ère de Thistoire de Zurieb. Les événements qui s'étaient passés dans cette ville eurent en Suisse un profond retentissement, et décidèrent du sort de la cause libérale. Le mouvement se propagea dans les autres cantons. D'abord , dans le canton de Fribourg, puis dans la ville intelligente et protestante de Morat, qui éleva la voix contre la constitution existante (25 novembre) ; le grand conseil ayant bésité , le peuple exaspéré se précipita en armes sur la capitale et la contraignit àaccepter la révision. Dans les cantons d'Àrgovie et de Vaud, les villes furent également forcées de céder (décembre). Les gouvernements de Saint-Gall et de Lucerne, émus de l'excitation des partis, répondirent de plein gré à la demande de conseils constituants (décembre). Dans le canton de Soleure, une assemblée tenue à Balstbal se prononça pour la révision (22 décembre), et le grand conseil s'y soumit pour éviter une défaite.

§ 63. Efforts contraires, événements. ^ Les aspirations libérales rencontraient la plus forte opposition à Berne, qui leva des troupes contre son propre peuple et; continua d'exborter les autres villes à résister aux constitutionnels. Le gouvernement bernois désirait une diète extraordinaire qui se réunit le 23 décembre pQur prendre les mesures nécessaires dans le danger d'une guerre en France et en Allemagne ; il espérait gagner la diète à ses projets de réaction et la faire agir en faveur du retour à l'ancien régime. Mais Zurieb, la tète du libéralisme, protesta énergiquement, disant qu'il n'était pas permis de combattre les efforts des cantons qui voulaient réformer leurs constitutions, et que le libre achèvement de cette

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œuvre pouvait seul garantir la paix intérieure, ajoutant que les mesures militaires ne devaient être prises que contre les attaques extérieures. Les cantons qui avaient commencé à se laisser ébranler par ces opinions les adoptèrent pleinement ; ainsi la diète, au grand déplaisir de la Sainte- Alliance , prit la résolution de garder la neutralité, même au prix des trésors et du sang de la Suisse, mais de ne se mêler d'aucune manière des réformes constitutionnelles des divers cantons. Ce fut là un avertissement significatif pour Berne, dont le gouvernement sentait le pouvoir lui échapper, par les encouragements donnés au mouvement révolutionnaire. Une assemblée populaire dirigée à Mùnsingen par les frères Snell (10 janvier 1831) menaça d'en venir aux voies de fait si Ton ne formait pas un conseil constituant et si Ton ne reconnaissait pas la souveraineté du peuple; ainsi, le grand conseil se soumit. On espérait partout réaliser pacifiquement le changement de constitution ; à Bâle seul on n'y réussit pas. Le grand conseil tenait opiniâtrement à la prééminence de la ville, mais les habitants des campagnes étaient tout aussi fermes dans leurs réclamations; une assemblée du peuple, àLiestal, (4 janvier 1831) protesta et résolut d'établir un gouvernement particulier, ce qui fut fait. Il y eut un combat dans lequel les bourgeois de la ville ayant prévenu leurs adversaires remportèrent la victoire, dispersèrent les insurgés, occupèrent militairement Liestal et assujettirent complètement les campagnes (13-15 janvier 1831). Une délégation fédérale rétablit un semblant de paix qui favorisait la ville, dont la représentation devait presque égaler celle des campagnes. Cette défaite du peuple des campagnes bâloises fut le signal de la lutte pour tous les libéraux suisses. « De l'analogie des convictions et

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des intérêts politiques naquit une fraternité qui s'étOEdait au delà des limites des cantons et poussait à une action commune (1). » Ainsi Ton projeta une grande expédition du peuple ou des archers contre Bâle, tandis que de son côté la presse s'efforçait d'obtenir ime réconciliation avec le gouvernement de Bâle. Mais celui-ci prit tranquillement le temps de la réflexion pendant lequel les autres cantons travaillaient activement à leur transformation. En janvier 1831 se formèrent des conseils constituants, et dans la première moitié de l'année les nouvelles constitutions de Soleure, d'Argovie, de Zurich, de Saint-Gall, de Thurgovie, de Vaud, de Schaflhouse et de Berne furent adoptées à une éclatante majorité. Le peuple de Bâle s'agitait d'autant plus ; les campagnes songeaient à se séparer complètement de la ville. Celle-ci ne voulant pas même accorder une amnistie générale, le guerre civile se ralluma, et les deux partis se rencontrèrent comme deux États dirigés par des gouvernements particuliers. La ville de Bâle ayant refusé toute concession, la diète décida enfin (14 septembre 1832) la séparation du canton qui forma celui de la ville avec 21 communes, et celui de la campagne avec 46 communes. A Schwitz, il y eut aussi une séparation, bien qu'elle ne fût que passagère. Les « districts extérieurs » , c'est-à-dire les pays achetés ou conquis qui à l'égard de la commune primitive de Schwitz avaient été très-défavorablement traités, se séparèrent (comme pays extérieur, comprenant les districts de la Marche, d'Einsiedeln, de Pfœffikon et de Kilssnacht sous la direction de Lachen) en avril 1832, avec l'approbation de la diète. jLe Haut et le Bas-Valais étaient aussi sur le '

(1) Feddersen, p. 68.

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point de se séparer comme Schwitz et Bàle-Ville et Bâle- Gampagne, parce que le premier ne voulait pas renoncer à la prédominance sur le second. If ais les troupes confédérées empêchèrent le succès de la tentative du Bas- Valais. Le monarchique Neufchâtel fut aussi le théâtre de violentes agitations à l'occasion de la révision de la constitution. Le parti républicain eut le dessous et ne put ainsi obtenir ni son affranchissement de la Prusse ni sa complète annexion à la Suisse. Le mouvement ne semblait pas atteindre les cantons de Glaris, de Genève, des Grisons, d'Unterwalden, d'Uri et de Zug, qui ne modifièrent pas leurs constitutions , les uns parce que les circonstances ne Texigeaient pas (comme Genève et les Grisons), les autres, parce qu'un parti prépondérant, ordinairement clérical, étouffait à l'avance toute innovation. Partout où de nouvelles constitutions furent introduites, on reconnut les principes de la souveraineté nationale et de Tégalité des droits. Le principe de l'État fut la représentation du peuple, dégagée de toute dépendance envers le gouvernement sur lequel, au contraire, il devait exercer un libre contrôle. Toutes les institutions établissaient la publicité de l'administration, celle des délibérations du grand conseil et de la procédure, ainsi qu'une égale répartition des charges publiques ; et elles avaient en vue une plus libre organisation municipale. La liberté de la presse et des associations, le droit de pétitionnement, la liberté des communes et celle du domicile furent garantis. On. ne négligea pas non plus la réforme radicale du système scolaire. Mais toutes les constitutions cantonales n'appliquèrent pas également ces principes. Plusieurs villes , telles que Lucerne, Zurich, Schafiliouse, Soleureet Sain t-Gall, conservèrent encore quelques privilèges de représentation ;

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et dans la plupart des cantons on n'introduisit pas aussitôt l'élection directe, on s'arrêta à un système mixte ; dans les cantons de Fribourg et de Berne, le sulFrage était indirect. Les trois pouvoirs n'étaient pas aussi nettement séparés dans tous les cantons, et la liberté de conscience n'était pas partout reconnue ; à Lucerne, les catholiques seuls avaient le droit de suffrage ; à Fribourg, on en privait ceux qui avaient subi des peines ecclésiastiques. Tandis qu'à Saint-Gall on avait adopté le renouvellement intégral des fonctionnaires, d'autres constitutions ne contenaient que le renouvellement partiel. Dans la plupart des cantons, on vota une constitution transitoire dans laquelle on résolut de faire pénétrer les réformes commandées par Texpérience. Toutes les constitutions, en efl'et contenaient une clause de révision, plusieurs môme à bref délai. Pour maintenir ce nouvel ordre de choses , malgré la réaction des cantons irrégénérés, les sept cantons de Zurich, Berne, Lucerne, Soleure, Saint-Gall, Argovie et Thur^ govie s'unirent le 17 mars 1832 (concordat des Sept).

§ 64. Question de révision de la confédération et LIGUE de Sarnen. — Après avoir accompli ces transformations dans les cantons, on songea aussi à réorganiser la confédération. Le beau rêve des patriotes suisses du précédent siècle subjugua de nouveau toutes les âmes d'élite. Ce que l'Helvétique avait exagéré, ce que la Restauration avait négligé, semblait devenir réalisable, savoir : l'unité nationale et, par elle, la création d'un état politique durable. Sous la Restauration , Zschokke surtout avait démontré la nécessité de fortifier le pouvoir de la confédération. A la diète de janvier 1831, à Lucerne, le docteur Casimir PfyfFer fit entendre d'éloquentes paroles par lesquelles il exhortait sa ville natale à pro-

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