‹ Histoire du peuple suisseChapitre 87 sur 125 · RÉACTION, LIGUE SÉPARÉE · texte numérisé non relu

RÉACTION, LIGUE SÉPARÉE

Mais il fut bientôt démontré que l'agitation contre Strauss n'était qu'un prétexte et que d'autres motifs entraînaient les classes élevées, qui ne rêvaient rien moins que la chute de tout le système libéral. Les directeurs du comité religieux Hûrlimann-Landis, docteur Rahn-Escher, docteur Bluntschli, etc., etc., par une levée en masse, le 9 septembre, à la réunion du conseil, voulaient contraindre le gouvernement à se démettre et dissoudre le grand conseil. Us augmentèrent encore le désordre en répandant avec malignité le bruit calomnieux d'un appel fait par le gouvernement aux troupes étrangères. Dans la nuit du 5 au 6 septembre, le pasteur Bernard Hirzel, de Pfaefûkon, homme violent et ambitieux, fit sonner le tocsin ; il en fut de même dans les communes voisines et avant la pointe du jour, d'innombrables troupes armées se précipitaient de l'Oberland vers la ville, pendant que les autres parties du canton se mettaient aussi en mouvement. Le coup fut décisif ; le gouvernement, divisé et timoré, donna sa démission, laissant la place à un gouvernement aristocratique dont le docteur Bluntschli devint le chef ; un nouveau conseil d'instruction fut établi; Scherr fut forcé de quitter le séminaire ; Vintolérance et la persécution étaient à Vordre du jowi}.). Même Zurich,comme pour renier sa belle conduite dans l'œuvre de la régénération, se retira du concordat des Sept. C'est ainsi que finit honteusement un des plus sombres épisodes de l'histoire de Zurich. Il est vrai que la faute principale en fut à l'aristocratie qui avait pris le masque pharisaïque de la piété, et aux ecclésiastiques aveugles qui étaient appelés à. instruire le peuple ; mais quelques hommes d'État influents avaient contribué, par

Vl) Feddersen, p. 305.

280 RÉGÉNÉKATION DES CANTONS (1830-1848)

leur vie dissolue et scandaleuse, à discréditer leur œuvre inspirée par de nobles intentions ; et à Theure du danger, ils perdirent tout courage. La conduite de Zurich qui, d'abord, avait marché à la tête du mouvement libéral, donna lieu à une réaction générale. Le gouvernement du Haut-Valais espérait de nouveau assujettir le Bas-Valais , en cherchant avec l'appui de Zurich à changer la décision de la diète. Dans le Tessin, le gouvernement opprimait le parti radical; dans le canton de Soleure il y eut un soulèvement des ultramontains du Jura. Mais toutes ces tentatives réactionnaires échouèrent. Le Bas-Valais demeura complètement victorieux, et les deux parties s'unirent sous la bannière d'une constitution progressive ; dans le Tessin, le parti radical, en la personne de Franscini, parvint à la tète du pouvoir ; à Soleure, le gouvernement étouffa l'insurrection. Le triomphe de la réaction fut d'autant plus grand à Lucerne. Deux hommes y ouvraient le combat à la tète des ultramontains ; Leu d'Ebersol, paysan riche, robuste, mais grossier et ignorant, et Constantin Siegwart Millier, secrétaire d'État. Il avait été précédemment un des plus zélés radicaux dans les affaires politiques et religieuses; mais il avait tourné subitement après le succès des réactionnaires de Zurich. Tous deux attaquèrent le système libéral comme funeste à la foi catholique, demandèrent le retrait des résolutions de Baden, le rappel des jésuites et une nouvelle constitution démocratique. Ils réussirent en grande partie (janvier 1841), et Ton adopta une nouvelle constitution favorable au clergé, et par laquelle Lucerne se séparait du concordat de Baden et du concordat des Sept , pour subir la domination d'un sombre fanatisme. Dans l'Argovie, le parti réactionnaire commençait aussi à s'agiter*

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