GUERRE DU SONDERBUND
le triomphe des libéraux. Alors on comprit que le mo* ment était venu de dissoudre le Sonderbund. Le 5 juil* let 1845, le président Ochsenbein prononça, à la diète de Berne, un discours éloquent dans lequel il démontrait que cette dissolution était indispensable au progrès et à la stabilité de la Suisse. L'assemblée la vota. Cette résolution fut accueillie avec des transports de joie par la masse du peuple réuni en foule devant Fédifice fédéral, et tous les libéraux de la Suisse s'associèrent à ces acclamations. Le sentiment national s'était réveillé dans la diète; elle ajouta à son premier acte un décret contrôles jésuites et, s'appuyant sur sa précédente décision de juillet 1832, institua une commission chargée d'examiner le projet de révision. Mais la ligue du Sonderbund continuait de la braver, et, confiante dans la sympathie des puissances étrangères, elle se préparait à la guerre. Après de vaines tentatives de conciliation, la diète se décida à procéder à l'exécution de son décret, avec l'aide de la force armée; puis elle s'ajourna pour quelque temps i^ifin de compléter ses instructions et, le 18 octobre , au bruit des armes, elle se réunit la dernière fols en assemblée générale. Les délégués du Sonderbund persistèrent à exiger le retrait des derniers décrets et le rétablisse^ ment des couvents » en invoquant leur bon droit et leur juste cause, et finirent par quitter la salle dans une violente agitation (29 octobre). La diète donna le commandement au général Dufoiu*, et, par une proclamation suprême, elle exhorta les confédérés à l'union dans la lutte qui allait s'engager contre le parti « qui déjà en 1813 avait ouvert les portes de la patrie aux armées étrangères, refusé la garantie aux constitutions libérales de 1831 , travaillé à la réaction par des intrigues incessantes , soulevé le Jura et d'autres parties de la Suiss?,
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exeité dans l*Argorie une iîisurrecUon ullrainontainej appelé tes jésuites dans le Valais, à Fribourg, Sèhwitz et Luceme, et par W triotaphe duquel la Suisse perdrait peu à peu toutes les institutions dont dépendent sa liberté, ses progrès intellectuels, sa force et soii honneur. »
Les alliés du Sonderbund mirent leur armée sûud le commandement deSalis-Soglio, des Grisons. Ce militaire était fort inférieur à Dufour, formé dans les guerres de TEmpire, à Técole de Napoléon. Il disposait aussi de forcer plus nombreuses que celles de ses adversaires (1) qui, de plus, manquaient d'unité. Il sut tirer parti de ces aTantagés et montra dans Taetion une prudence et une habileté merveilleuses. Aussi rapide qUe tii^éonspect, d'abord il soumit Fribourg qui, dès le 14 novembre, se sépara du Sonderbund. Il se prépara ensuite à l'attaque de Lucerûe. Les principales taupes des ligueurs l'attendaient près de Gftlilton où les confédérés remportèrent sur elles une victoire d'autant plus belle qu'elle ne coûta aucune effusion dé Sang, grâce à l'énergique manœuvre du commandant de division Ziegler, de Zurich, qui fit gràVir la montagne au pas de course par ses bataillons; en môme temps les rebelles étaient battus près de Meyerscâppel, et, le 26 novembre, Dufour faisait son entrée dans la ville dont les habitants le recevaient avec enthousiasme. Les autres cantons se rendirent sans résistance et se soumirent au:t exigences des vainqueurs. Les jésuites furent bannis ; on établit des gouVeifnements provisoires et Ton renouvela lés constitutions cantonales. Ainsi fut complètement atteint
(1) L*armée de Dufour, sans le landsturm, était de 98,000 hommes, celle du Sonderbund de 37,000, auxquels se réunirent 47,000 du landsturm.
NOUVELLE CONSTITUTION D'aLLIANCE 287
dans les cantoas l6 but qu'où avait poursuivi depuis 1890. § 68. Nouvelle constitution d'alliance. -^ Après la défaite du Sonderbund et la transformation des c&ntons intérieurs, il n'y avait plus d'autre obstacle à la révision que les dispositions hostiles delà plupart des puissances étrangères, sans rassentiment desquelles on ne pouvait changer le contrat de 1815. Déjà, pendant la guerre du Sonderbund, quelques-unes avaient essayé d'intervenir en faveur de celui-ci ; et les libéraux n'avaient reçu quelques encouragements que du e6té de TAngleterre ; même à la on de la guerre (janvier 1848), la France , la Prusse et l'Autriehe étaient intervenues pour la souveraineté cantonale en faveur des cantons vaincus. Mais il était trop tard; et de plus on allait manquer de la force néeesl^ire à l'exécution de ces desseins rétrogrades. La révolution qui éclata à Paris comme un coup de foudre, en février 1848, devait enflammer tous les pays voisins, renverser les gouvernements et fonder de nouvelles relations i)olitiques. Ce mouvement, en empêchant Tinter* vention de l'étranger, fut un appui considérable pour l'œuvre de la régénération de la Suisse et donna une puissante impulsion à la cause libérale. La commission instituée pour le projet de révision, y travailla avec d'autant plus de zèle. On ne doutait plus de la nécessité de représenter le peuple suisse dans la confédération, comme on l'avait réclamé depuis de longues années. Toutefois , les opinions différaient sur les avantages de l'unité de la représentation nationale , et sur le degré de possibilité de cette unité. On convint définitivement d'un terme moyen entre le principe national et le principe cantonal, ou entre le système de l'unité et celui de la confédération, comme il se trouvait déjà dans la médiation j et Ton prit pour modèle la constitution de l'Union
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de rAmérique du Nord avec son système de deux chambres ; déjà elle avait été recommandée par le docteur Troxler et défendue pa r James Fazy, ainsi que par le Soleurois Muozinger. Ce fut en se plaçant à ce point de vue que la commission acheva son œuvre en avril. Les principales dispositions étaient la garantie de la souveraineté cantonale, et sa restriction en faveur du pouvoir fédéral. L'alliance n'avait plus uniquement pour but de défendre Tindépendance de la patrie à Textérieur et de maintenir l'ordre et la paix à l'intérieur, mais encore de sauvegarder les libertés et les droits des confédérés et de travailler au bien commun. La confédération seule avait le droit de déclarer la guerre et de faire la paix, de conclure des alliances» de faire des contrats, des traités de commerce et de douanes avec l'étranger. On interdit les alliances particulières et les contrats politiques entre les cantons; on plaça sous la surveillance de la confédération les relations commerciales entre les cantons et avec l'étranger; la confédération devait intervenir en temps de troubles dans les cantons. Elle garantissait au peuple suisse les droits inaliénables d'égalité devant la loi , de libre domicile , la liberté de la presse, la liberté religieuse, le droit d'association et de pétitionnement. Elle réglait aussi les douanes, les monnaies, les postes, les poids et mesures, les contingents des cantons, lesquels formaient l'armée fédérale. Elle fut aussi autorisée à créer une université et une école polytechnique et d'autres institutions d'utilité nationale ; de plus, elle fut chargée de les soutenir. Ainsi l'on mit un frein aux tendances séparatistes et au particularisme , et l'on posa les fondements de la réunion nécessaire des forces. Le pouvoir législatif fut confié à deux conseils, le conseil national représentant le peuple suisse , et le conseil des