CHAPITRE III
§ 69. Introduction de la constitution fédérale et NOUVELLE position DES PARTIS. — L'Europc admirait cette transformation. La Suisse n'avait pas souffert des troubles sanglants et des terribles secousses des autres États ; grâce à intelligente direction militaire de Dufour et à la dissolution du Sonderbund, elle avait rapidement traversé la crise et s]était donné une constitution nationale, sans l'intervention des étrangers, ou plutôt malgré cette intervention. L'introduction de la nouvelle constitution fut aussi rapide. La diète se démit pour toujours le 22 septembre 1848, et fit place à l'assemblée fédérale; celle-ci désigna la ville de Berne comme la médiatrice entre la Suisse française et la Suisse allemande, et le principal canton de la confédération; Zurich n'avait été désignée que par la Suisse du Nord et de l'Est. Le pouvoir suprême fut confié à des hommes qui avaient
2d2 ACHÈVEMENT DU SYSTÈME POLITIQUE (1843-1874)
contribué à la dissolution du Sonierbund et à rétablissement de la constitution ; on élut président de la Confédération Jonas Furrer, de Winterthur, dont l'image perpétue encore aujourd'hui, dans mainte chaumière, le souvenir de Theureuse transformation de la patrie ; on nomma conseillers fédéraux, ïe Vaudois Druey, le Soleurois Munzinger, le Tessinois Franscini, le Bernois Ochsenbein, TArgovien Frei-Herose et le Saint-Gallois Naef. Il fallait ensuite trouver la forme convenable pour les dispositions particulières de la constitution, et surtout pour les diverses parties de l'administration confiées à la confédération. Le système des postes fut aussi simple que possible. La Suisse fut divisée en cercles, les taxes et les tarifs furent équitablement fixées. « Les lettres étaient ornées de timbres de diverses couleurs; les belles voitures de poste roulaient sur toutes les routes et franchissaient les sommets glacés des Alpes (1). )> Le nouveau système télégraphique, introduit en 1851, fut aussi placé sous la direction de la confédération, et de Berne partirent les fils électriques aboutissant à toutes les parties de la Suisse. La surveillance des chemins de fer fut laissée aux gouvernements cantonaux qui accordaient des monopoles à diverses compagnies ; ce ne fut qu'en 1873" que la confédération se réserva la création et la surveillance des voies ferrées. On procéda assez rapidement à l'abolition des entraves du commerce intérieur; on n'en laissa subsister dans les divers «antons que les droits d'entrée (pour le vin, Teau-de-vie, etc.). La fixation des monnaies présentait de plus grandes difficultés. Il fallait faire rentrer et échanger la multitude de monnaies suisses, les doublons, les shillings.
(1) Hennç-Amrhyn, HT, 503.