‹ Histoire du piano et de ses origines, influence de la facture sur le style des compositeurs et des virtuosesChapitre 11 sur 26 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Influence de la facture sur le style des maîtres.

Les œuvres spécialement composées pour le piano par Beethoven, à partir de l'op. 27 jusqu'à 111, et que l'on désigne comme sa seconde et sa troisième manière, ont bien ccrlainement été écrites, en vue de pianos perfectionnés, possédant une sonorité malléable, se prêtant facilement à toutes les nuances et variétés d'accent, à tous les effets de douceur et de force^ pouvant même, dans une certaine mesure, donner l'illusion des timbres variés de l'orchestre. Les pianos allemands, et particulièrement ceuxde Yienne, étaient dès les premières années du xix" siècle assez perfectionnés pour se prêter à une bonne interprétation des œuvres puissantes de Beethoven, de ce géant musical qui, dans ses plus audacieuses créations ne s'est jamais affranchi des lois d'unité de style, et du beau, enfin qui n'a jamais confondu les audaces géniacs avec la fausse originalité. Les effets de sono-

rite voulus par Beethoven pour la bonne interprétation de SCS œuvres de piano, musique de chambre ou de concert, pièces concertantes, ou symphoniques supposent d'excellents instruments, possédant les qualités sonores, chantantes et brillantes qu'expriment les compositions instrumentales de ce grand maître, doublé d'un admirable improvisateur. Je ne pense pas que les facteurs français et anglais aient envahi l'Allemagne lors des guerres de la République et dupremierEmpire ; ilexistaitdonc à cette époque et en grand nombre à Vienne, Leipzick, Dresde, Berlin, Munich, etc., d'excellents pianos, dociles interprètes obéissant à des virtuoses de génie, à des pianistes compositeurs de premier ordre.

Hummelqui, dans notre intime conviction, est, après Clementi,le chef le plus illustre de l'école moderne du piano, a mis en œuvre dans les nombreuses et importantes compositions spéciales à cet instrument toutes les ressources de sonorités, tous les progrès de mécanisme réalisés par la facture dans la première moitié du xix" siècle. Les pianistes de ma génération, et plus particulièrement les maîtres qui nous ont précédé, Moschelès, Mendelssohn, II. Ilerz, Kalkbrenner, ont, suivant l'exemple donné par llummel, développé l'étendue, modifié la contexture des traits, donné ;i la phrase mélodique un contour plus vocal, plus chantant. L'harmonie a pris plus

de corps. J'ai entendu Hummel à ses concerts de la rue du Mail, et chez mon maître Zimmerman, et il m'est resté un souvenir ineffaçable de la belle sonorité que ce grand virtuose savait tirer du piano sans jamais faire appel à la violence ; aussi ne pouvait-on redouter avec lui dans les passages de puissance, le bris d'un marteau ou les cordes cassées sous l'action d'une force mal réglée, ou d'attaques trop brusques.

La pression des doigts, l'enfoncement complet des touches, un jeu lié et bien harmonisé dans les traits, une certaine pesanteur donnée à la main dans les accords soutenus, une vive et ferme articulation des doigts sans recourir jamais à la dureté, enfin l'emploi raisonné mais fort discret des pédales, étaient les causes dominantes de la parfaite exécution, le secret de la belle sonorité de Hummel. L'idée mélodique, la phrase chantante de Hummel est noble et distinguée, les artistes modernes l'accusent d'être démodée et de tourner au poncif; cette critique me semble un peu forcée; n'en est-ilpas demèmepour quelques grands littérateurs, Racine, Chateaubriand, Lamartine, etc., qu'on traite de rococos?

Hummel a inventé nombre de traits nouveaux, et sa méthode est un arsenal de formules brillantes, bien sous la main, qui fontvibrer dans d'excellentes conditions toute l'échelle sonore du piano, moins les quelques notes additionnelles ajoutées aux pianos à queue, grand

format. En étudiant attentivement l'œuvre instrumentale de Ilummel, en analysant avec soin le style et les procédés de ce maître, l'un des chefs les plus illustres de l'école moderne, il est facile de reconnaître l'influence décisive que les progrès de la facture et les perfectionnements apportés au mécanisme ont exercé sur la manière d'écrire et de traiter la sonorité naturelle et caractéristique du piano. Tout un modo d'orchestration et de disposition harmonieuse semble adopté par ce maître dans la généralité de ses compositions. Les basses graves et profondes attaquées par la main gauche sont bien en dehors et sonnent fortement sous des dessins harmonieux qui accompagnent d'une façon liée et soutenue soit des phrases expressives aux accents caractéristiques, soit des pensées mélodiques aux contours élégants, gracieux, sobrement ornées, soit enfin des traits brillants d'un tissu harmonique très serré, et parcourant toute l'étendue du piano. Il y a dans ce mode de procéder, qui se présente sous des formes variant à l'infini, une modification importante dans l'art d'écrire et de faire valou' les qualités sonores de l'instrument, un progrès immense qui n'aurait pu s'affirmer si la facture n'avait eu constamment pour objectif de perfectionner la voix chantante du piano, d'en accroître le volume et l'étendue, enfin de donner au clavier la sensibilité et la souplesse.

Au nombre des ardents propagateurs du clavier, orgues et pianos, il faut citer l'abbé Vogler ( George- Joseph ) , compositeur et théoricien très renommé de la fin du xviii" siècle , né à Wurzbourg en 1749. Vogler fut le disciple des pères Martini et Vallotti ; mais son humeur voyageuse et le manque de persévérance dans les études sérieuses que ces maîtres habiles imposaient à leurs élèves, ne lui permirent pas de posséder bien à fond les doctrines musicales de ces savants contrepointistes. Pourtant, par son constant amour des recherches, par son ardent désir de savoir et l'expérience considérable que la pratique assidue de son art lui firent acquérir, l'abbé Vogler conquit une réputation qui se soutint et grandit malgré les chutes nombreuses de ses opéras. Vogler fut maître de chapelle de plusieurs princes souverains ; il était très habile organiste, et a donné de nombreux concerts d'orgue à Londres, Paris, Stockholm^ et dans toutes les villes importantes d'Allemagne: Coblence, Francfort, Hambourg, Vienne, etc. Passionné pour l'enseignement de l'harmonie et de la composition, l'abbé Vogler ouvrit des écoles de théorie transcendante dans toutes les villes où les agitations de sa vie enfiévrée, un peu fantasque, le laissaient séjourner quelques années. Le grand titre de gloire de l'abbé Vogler est d'avoir dirigé les études, des deux grands maîtres dramatiques

allemands, C.-M, Webcr et Meyerbeer. Vogler est morl le 6 mars 18J4.

Par droit de filiation artistiqne et de mutuelle affection, il nous semble convenable de citer à côté du nom immortel de Beetboven celui de son disciple respectueux et dévoué jusqu'à l'abnégation la plus absolue, F. Ries, qui sut conserver à son illustre maître la plus tendre amitié, faisant large part aux brusqueries souvent injustes qu'il avait à subir de cet homme de génie, aux prises avec les douleurs morales et les souffrances physiques ; cette affreuse surdité qui le rendait défiant, mysanthrope. Tout à sa profonde admiration pour le maître qui l'honorait d'une estime particulière, Ferdinand Ries sut presque toujours se résigner à l'humeur fantasque, aux soupçons injustes qui hantaient l'esprit inquiet, l'âme tourmentée de Beethoven. Et pourtant la biographie universelle des musiciens reproche, non sans raison, à F, Ries de s'être malbeureusement départi de sa réserve respectueuse envers son maître, son ami, son protecteur, dans les notes biographiques publiées en collaboration avec M. Wogcler, ouvrage intéressant publié à Coblence en 1838, puis traduit en français par M. A. -F. Legcntil en 1862.

IJans cette étude faite sur le vif vX bien évidemment d'après les faits personnels bien connus des narrateurs, F. Ries oublie trop le conseiller alfectueux de sa jeunesse , le professeur

dévoué, pour relater les bizarreries regrettables de l'homme de génie. Dans celte œuvre littéraire et anecdoliquo, Ries a fait acte d'indépendance, de cœur, et s'est malheureusement montré disciple irrespectueux, ingrat.

Ferdinand Ries, né à Ronn, i784, fut un des pianistes les plus renommés du xix" siècle. Comme la plupart des artistes prédestinés à la célébrité, il manifesta dès sa plus tendre enfance les dispositions musicales les plus heureuses, et son père, musicien distingué, directeur de la musique de l'électeur de Cologne, cultiva sa précoce organisation en lui faisant étudier dès l'âge de cinq ans la lecture musicale, le violoncelle et le piano. Nous ne raconterons pas dans tous leurs détails les différentes vicissitudes et toutes les péripéties de cette éducation technique à une époque si agitée par les événements politiques et les guerres incessantes de l'Empire. Mais nous devons constater comme un fait très intéressantpour l'histoire spéciale du piano, que Ferdinand Ries fut l'élève très affectionné, le pensionnaire, le disciple favori, le confident intime des agitations morales du grand Reethoven qui, sur la recommandation de Ries père dont il était un des amis de jeunesse, avait accueilli son fils avec une cordialité toute particulière. C'est dans la fréquentation journalière de ce maître sublime qui voulut être son professeur de piano, que Ferdinand Ries acquit dans ses

compositions spéciales celle noblesse deslylect ce senliment expressif et idéal qui étaient le caractèfe distinctif des œuvres de son illustre maître. Ries avait, sur l'avis de Beethoven, pris des leçons de composition d'AlbrechIsberger.

Mais, avant de suivre les leçons de ce savant harmoniste et de travailler le piano sous la direction de Beethoven, Ries avait reçu quelques conseils d'un auteur dramatique qui eut son heure de célébrité, Winter; puis, suivant en cela les exemples donnés par plusieurs musiciens privés des conseils expérimentaux de maîtres habiles, le jeune compositeur avait étudié et analysé les procédés et le style do Haydn et de Mozart, en mettant en partition leurs trios, leurs quatuors, ou en réduisant au piano leurs œuvres symphoniques. Travailleur opiniâtre, esprit réfléchi, ambitieux de succès par amour de Fart et désir d'indépendance. Ries devint en quelques années assez sur de lui, assez possesseur des secrets de son art comme compositeur et virtuose pour se produire en public, dans les soirées et les concerts sous le patronnage, sous les auspices de son génial maître Beethoven, qu'il aimait alors en disciple soumis et respectueux. Mais bientôt la période des voyages et des pérégrinations lointaines commencèrent pour le pianiste compositeur, amoureux de gloire, ambitieux de succès.

Ries,(l(jnna de nomlireux concerts en Allema-

gne, en Russie, en Danemark, en Suède, séjourna plusieurs années à Paris ; puis, après une nombreuse série de concerts dans tous les grands centres artistiques de TEurope, il vint en 1813 à Londres, où l'accueil le plus chaleureux fut fait au compositeur et au virtuose. Les succès d'enthousiasme obtenus dans les sociétés aristocratiques et aux concerts des sociétés philarmoniques décidèrent Ries à se fixer en Angleterre, où, pendant plus de onze ans, il jouit d'une vogue immense comme professeur très à la mode et virtuose acclamé. Cette sympathie universelle, justifiée par le talent distingué de l'artiste, par son caractère très honorable, enfin par le mérite du compositeur, s'accrut encore à la suite du mariage de F. Ries avec une jeune dame anglaise d'une grande beauté, d'une exquise distinction, et appartenant au meilleur monde. J'ai eu l'honneur d'être présenté à M"^ Ries, loi-sque, beaucoup plus tard , et après la mort de son mari, elle est venue habiter Paris; j'ai gardé souvenir de sa bienveillante affabilité et de sa grâce charmante. En 1824, après onze anaées de succès soutenus par un travail incessant et une activité prodigieuse, Ries songea à retourner en Allemagne, près de sa ville natale, Bonn, pour y jouir d'une brillante fortune conquise par un labeur opiniâtre et un esprit d'ordre et d'économie qui ne se rencontrent pas toujours également unis au

talent. Pendant plusieurs années, ce vaillant et digne artiste consacra les loisirs qu'il s'était procurés à la composition d'œuvres dramatiques, symphoniques et religieuses, et aussi à la direction de l'orchestre et de l'académie de chant d'Aix-la-Chapelle, puis de la société de Sainte- Cécile à Francfort, de 1824 à 1838.

Ries vécut ainsi de cette existence intelligente, active et tout artistique, affirmant par ses œuvres originales et déliante valeur, son sentiment élevé du grand art et ses aspirations vers un idéal, dont les germes premiers étaient bien certainement dus aux exemples et aux conseils de son génial maître lîccthovcn.

Ries est mort à Francfort en janvier 1838, à cinquante et un an. Son œuvre de compositeur esttrès considérable et comprend tous les genres de musique instrumentale : pièces de concert, musique de chambre, œuvres dramatiques, symphoniques, ouvertures, concertos, sonates, trios quatuors, quintetti, sextuors, ottetto, oratorios, et aussi un grand nombre de rondos, fantaisies, thèmes variés. Dix sonates pour piano solo, une sonate à quatre mains, des sonates concertantes pour piano et cor, piano et violoncelle, piano et harpe ; vingt duos pour piano et violon, des trios et des quatuors pour instruments à cordes et aussi concertants avec le piano ; neuf concertos pour piano et orchestre. ÏMusieurs sont dcNcnus clas.siiiiics cl peuvent soutenir hi

( omparaisou avec ceux de Iliimmel et de Moschelès, les 3% 4' et 8' particulièrement. F. Ries a composé six symphonies a grand orchestre et six ouvertures caractéristiques aussi à grand orchestre.

L'opéra en trois actes, la Fiancée du hrirjand, représenté avec succès en Allemagne vers 1830, montre sous un jour nouveau le talent de compositeur de Ries, mais pourtant les qualités du symphoniste primaient celles de l'auteur dramatique. Liska, opéra-féerie, fut représenté avec succès à Londres, l'oratorio l' Adoration des Rois, fut exécuté en 1837 au festival d'Aixla-Chapelle. Cette œuvre fut très appréciée et jugée digne de la réputation de l'artiste par son grand style et la noblesse des inspirations, rsous avons insisté sur la haute valeur de compositeur de Ries, dont la réputation eût été beaucoup plus grande si, pour lui comme pour Hummel, l'immense rayonnement du colossal génie de Reethoven et la puissante originalité de Weber, n'eussent absorbé les individualités de second ordre qui gravitaient dans l'orbite de ces astres de première grandeur et d'une toutepuissance incomparable. Il nous reste pourtant à dire que Ries est un des maitres les plus distingués de son époque, et qu'au point de vue tout spécial du piano, il a beaucoup trouvé, beaucoup innové.

Sans être un virtuose extraordinaire, un exécu-

tant d'une bravoure transcendante, exceptionnelle, Ries était un pianiste de style et d'une correction irréprochable. Mais ce qu'il faut louer tout spécialement dans les œuvres écrites par ce maître pour le piano, c'est la grande ingéniosité des traits nouveaux, brillants et sonores qu'il a su trouver à côté des compositeurs illustres ses contemporains. La contexture des figures harmoniques employées par Ries offre des types variés , des formes caractéristiques qui sont bien à lui et nullement pastichées. Les critiques et les jaloux de la grande réputation de Ries lui ont souvent fait le reproche, à notre avis immérité , d'avoir souvent imité le style de son illustre maître Beethoven. La mémoire du disciple toute menblée des inspirations de son modèle, a pu quelquefois, mais très rarement, lui remémorer des idées musicales familières à sa pensée; mais jamais, je l'affirme preuves en mains, Ries n'a fait intentionnellement des pastiches. En admettant comme exact le reproche d'avoir procédé dans ses premières œuvres instrumentales et symphoniques du style de son maître dont il était le plus fervent admirateur, faut-il en conclure que Ries n'ait pas eu dans la maturité de son talent, les qualités individuelles et originales qui caractérisent les compositeurs de haute valeur et de puissance créatrice?

Pixis, Jean-lMcrrc^, cjuc, jai en riKniiiciir de

connaître pendant les années qu'il a passées à Paris, lorsqu'il a renoncé à la vie militante de virtuose pour se vouer au professorat du piano et aussi à l'éducation musicale de sa fille adoptive , Francilla Pixis , de son nom de famille Giiringer, a eu, comme virtuose et compositeur de musique instrumentale et dramatique, une réputation très justifiée par le mérite incontestable de ses œuvres concertantes pour piano et orchestre, concertos, rondos, fantaisies, variations, pièces à quatre mains, ou à deux mains, La nomenclature des compositions de Pixis, comprend près de deux cents numéros d'œuvre de styles, et de genres très divers, mais affirmant un musicien d'imagination et de savoir. A côté de grand nombre d'œuvres légères ou brillantes, fantaisies, arrangements, variations, on peut citer avec éloge une symphonie à grand orchestre, plusieurs trios, quatuors et quintetti pour instruments à cordes, des sonates concertantes pour piano et violon, piano et violoncelle, piano et ilùte. Pixis a fait représenter à Paris et à Berlin deux opéras qui ont obtenu un succès d'estime, mais non de popularité.

Pixis était né à Manheim en 1788. Il avait successivement habité Munich, Vienne, Paris, Londres, etvoyagé en Allemagne et en Italie pour y produire sa fille comme cantatrice dramatique. Après avoir dignement et courageusement rempli sa mission d'artiste et ses devoirs de père, il a

comme mon excellent ami J. Rosehaiu, cherché le repos, la vie douce et calme dans une délicieuse retraite à Baden-Baden, oii s'est achevée sa laborieuse existence, entourée de l'estime et de la considération de ses nombreux amis.

Weber, occupe une place à part dans l'histoire de Tart comme créateur du drame légendaire et fantastique dont Richard Wagner a prétendu faire Texprcssiou lyrique de la race allemande. La musique instrumentale de ^yeber est essentiellement passionnée, dramatique, pittoresque dans ses effets, et demande une interprétation colorée, chaleureuse et une grande virtuosité ; je parle de la musique de piano popularisée en France par le chef-d'œuvi-e de qcwvq, Y Invitation à la valse, par le rondo en mi bémol, par les deux polonaises, le concert Stuck, etc., etc.

Weber, l'illustre maître dramatique qui a doté l'art dramatique, symphonique et notre musique de chambre de pages si admirables d'inspiration , d'invention, possédait une très brillante exécution et a donné de très nombreux concerts où il faisait acte de virtuose comme Mozart et Beethoven. Son grand talent de pianiste s'est donc maintes fois affirmé dans ses admirables sonates et dans ses concertos devenus classiques, dans la musique concertante duos et trios. Ses mains, exceptionnellement grandes, lui permettaient facilement l'emploi d'accords <lo dixième; sa nalure nerveuse,

énergique, enthousiaste, s'abandonnait avec bonheur aux élans d'inspiration expressive, d'expansion chaleureuse qui abondent dans ses compositions instrumentales oii l'on retrouve dans le pianiste virtuose, l'accentuation dramatique et passionnée du compositeur lyrique. La sonorité des pianos allemands sous les doigts de Weber avait beaucoup d'ampleur, un charme expressif profond, un brio très accusé dans les traits harmonieux.

Moschelès, compositeur moins génial que Hummel, est pourtant, comme lui, un des maîtres les plus illustres de l'école moderne. Ainsi que son illustre contemporain, il a dotéla littérature spéciale du piano d'ouvrages du plus grand mérite. Ses trois importants recueils d'études, ses caprices, ses concertos, ses sonates, ses duos à quatre mains, etc., etc., sont des modèles de style et de goût, des œuvres classiques de premier ordre, dont plusieurs maîtres se sont largement inspirés. J'ai connu Moschelès pendant ses voyages et séjours à Paris, et j'ai pu apprécier sa grande valeur artistique comme aussi sa bienveillante bonté envers les jeunes artistes qui faisaient appel à son expérience, à son indiscutable savoir. J'ai eu occasion de faire étudier pour les concours du Conservatoire son concerto en sol mineur, et je puis affirmer que l'auteur se déclarait satisfait de l'interprétation aux endroits où l'infaillible M. Weber (le

critique) trouverait certainement fort à redire.

Moschelès a été un très iiabile virtuose, et a obtenu dans d'innombrables concerts de très grands succès. Son exécution colorée, brillante, très à effet, offrait aux pianistes (du temps), nous parlons de soixante-cinq ans, des formes nouvelles, des traits inconnus, une entente mieux raisonnée de la sonorité, des harmonies plus chaudes plus colorées que celles jusque-là usitées, et pourtant, nous ne craignons pas de l'affirmer, Moschelès n'avait pas l'autorité, la maestria de Hummel, et n'était pas virtuose au même titre que lui. Moschelès étonnait, intéressait, charmait môme, mais ne s'imposait pas. La sonorité obtenue par ce maître avait de la fermeté, de l'ampleur, mais surtout des qualités brillantes.

Sa manière de faire chanter le piano était simple, naturelle, sans aucune affectation. L'ornementation des phrases mélodiques est, chez Moschelès, sobre, discrète, moins agrémentée que dans les œuvres de piano de Hummel.

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