‹ Histoire du piano et de ses origines, influence de la facture sur le style des compositeurs et des virtuosesChapitre 22 sur 26 · CHAPITRE XVIII Du puritanisme · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII Du puritanisme

Quelques artistes d'un puritanisme vraiment trop exagéré, et ne tenant aucun compte des merveilleux progrès de facture réalisés pendant une période de cent vingt ans, affirment dans leur rigorisme que les pièces de clavecin des xvi% xvu" et xvni* siècles devraient être exécutées suivant les indications précises du temps, avec toutes les fioritures indiquées, pour suppléer au manque de tenue du son, et nullement, la plupart du moins, par amour excessif de l'ornementation. Les tremblements, trilles plus ou moins prolongés avec leurs différentes préparations et terminaisons, les brisés, les pinces, les flattés, les aspirations, etc., etc., ont cessé d'être employés par les compositeurs, du jour où les premiers pianos, même avec leur sonorité grêlé et timide, leur ont donné la possibilité d'exprimer une phrase chaulante sans l'agrémenter de grupetti donnant un semblant d'illusion sur la prolongation du son, par des répercussions rapides se jouant autour

-^ Gori —

du son principal. A ces respectueux mais trop rigoureux observateurs de la note écrite, on peut appliquer la phrase de l'évangile : la lettre tue, mais l'esprit vivifie. Il faut, lorsqu'on étudie ces vieux maîtres dont les inspirations sont si heureures dans leur grâce naïve, avoir assez de goût et de savoir musical pour débarrasser l'idée mélodique d'ornements parasites, de fioritures surannées n'ayant plus aucune utilité, grâce à la perfection des instruments modernes. Agir de la sorte, avec discrétion et réserve, ce n'est pas manquer de respect à la pensée primitive des compositeurs, mais la faire revivre suivant l'expression de noble simplicité qui les a inspirés, ce n'est pas altérer le texte, mais exprimer avec vérité et dans le sentiment voulu l'idée telle que l'avaient conçue et l'auraient exprimée les maîtres da temps, s'ils avaient eu sous la main des instruments à vibrations prolongées.

Les ultra-puritains, soit par respect pour les maîtres du temps passé, soit par conviction, pensent que c'est faire injure à l'intelligence des grands clavecinistes et de nos premiers pianistes que d'indiquer des accents rythmiques , des nuances expressives et de sonorité là où ils n'en ont pas indiqué, et pour cause. Le son aigrelet et criard des instruments, leur manque absolu de souffle s'y opposaient de la façon la plus absolue. Un chan-

leur dont la voix n'aura ni timbre, ni charme, ni puissance devra bien certainement s'abstenir de nuances et d'accents ; il devra chanter toujours mezza voce.

Quel étrange raisonnement et quel outrage fait au bon sens que de conclure ainsi, pour observer le style et traduire, suivant son vrai caractère, la pensée incomplètement exprimée, faute d'instruments assez parfaits. On devrait renoncer à toute interprétation expressive , sensible, délicate, colorée, fortifiant la pensée des maîtres par le motif vraiment étrange que les instruments du temps, par l'essence de leur facture, ne se prêtaient pas à une interprétation plus parfaite. Il faudrait rigoureusement s'en tenir au texte primitif et s'abstenir de toute nuance, pour rester strictement dans le vrai, respecter la note écrite, les traditions authentiques. On ne devrait jamais exécuter les œuvres d'Emmanuel Bach, les fugues de Frescobaldi, Ilaendel, Bach et certaines sonates de Haydn et de Mozart que sur des clavecins ou sur de petits pianos à cinq octaves. Enfin, pour compléter ce respectueux hommage au temps passé, nos virtuoses et nos instrumentistes d'orchestre devraient se munir de clarinettes et de flûtes à une ou deux clefs, suivant la facture usitée au temps de Wanlial, Catel, Haydn et Mozart.

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