‹ Histoire du plébisciteChapitre 17 sur 21 · VU, 6, H · texte numérisé non relu

VU, 6, H

'i Non pas Lucrèce, mais Stace (^Theb. III, (i41). La mémo pensée ent exprimée, sons la même forme, dans un frag-

C'est la crainte qui la première a fait les dieux de Rome. G*e8t aussi la crainte religieuse qui fit respecter si religieusement le droit qu'ils avaient donné aux hommes.

La religion prête sa force à la loi consulaire ou prétorienne, faite sous les auspices du ciel.

La lance égale le plébiscite à la loi.

On a vu, dans le fait que, jusqu'aux Qracques, malgré la lutte des classes, le sang n'a pas coulé dans le Forum, la preuve, chez les RomainSi d'un sentiment profond de la légalité.

Les plébéiens ont combattu, il est vrai, sans proprement en appeler aux armes; mais est-il bien sûr que l'effusion du sang leur ait jamais paru nécessaire pour obtenir ce qu'ils demandaient ? Et puis, et c'est peut-être là la véritable raison, n'est-il pas possible que la religion les en ait détournés?

Les patriciens étaient les seuls dépositaires de la tradition religieuse. De même que le brigand des Abruzzes n'a jamais, dit-on, porté la main sur ses prêtres, le Romain, son ancêtre, dont la superstition est proverbiale, n'eût jamais osé, dans les temps anciens, toucher à ceux que le ciel avait choisi pour ses ministres.

ment attribué par Fulgence à Pétrone (éd. Bûcheler. Berlin , 1871, fr. xxvu). V. également Servius, ad Verg. Aen- II, 715. On trouve dans Lucain : « Quae Hment adorant • {Pharsale, I, 86.)

Tile Live, parlant des violents débats rela rogatiOQ Siemia, sur l'émigration à Veles, & dire :

f Une seule chose empêchait le peuple i glaoter la querelle, c'est qu'aussitôt qu'un vait précurseur du comhat, les principaux si se Jetaient au devant de la multitude, s'of fer, aux coups, à la mort. Leur âge, leurs leurs honneurs, faisaient qu'on n'osait p main sur eux et, dans toutes les tentatives d genre, un saint respect {eerecundia) désarmi reur. » *)

Lorsque la religion est tombée de son p lorsque tes patriciens n'ont plus été les lé* crès des dieux, on sait comment le peuple s'est dédommagé de sa longue abstinence.

Notre manière de voir sur ce point ne s'é l'enseignement du professeur d'ihering que différence de date. Mais cette différence est

Pour le savant auteur de TEsprit du droit

') V, 2&. — On trouve dana le même chapitre :

• Incitattir multitudo in omnes principes

/eroeiter increpant: praesentium, quumte uUro ir. rent, verecundiam hahent. •

Les Romains éprouvaient la mâme crainte supi devant les prêtres de leurs ennemis. En 356, les Fa les Tarquiniens mirent en ftiite une armée romalni Bnnt avancer sur elle leurs prâtres qui agitaient d€ et des serpents. (iJi'd. VII, 17.)

c'est d'emblée, c'est aussitôt que Thistoire proprement dite commence, que le dogme religieux passe au second plan. Et il voit, dans cette évolution hâtive, un des caractères fondamentaux du système juridique qu'il étudie.

Après avoir parlé de l'idée profondément religieuse qui avait présidé à la naissance des institutions primitives, il s'exprime de la sorte :

€ L'époque de la royauté n'est déjà plus inspirée par le sentiment qui donna naissance à ces institutions; le commencement et les premiers siècles de la république prouvent même un abandon décidé des traditions religieuses, motivé, il est vrai, par des circonstances impérieuses, mais impossible à comprendre si l'esprit religieux fût resté le môme qu'auparavant. Ces circonstances impérieuses furent: l'orgueil du dernier roi, la puissance et l'opposition croissante des plébéiens. La première de ces circonstances amena Tabolition de la royauté. C'était une violation flagrante de la constitution établie, à peine voilée sous la continuation apparente de la royauté dans la personne du rex sacrificuîus. C'était surtout un précédent dangereux que désormais les plébéiens pouvaient invoquer en toute circonstance. La seconde amena une foule de concessions, qui furent autant de transgressions du fas. Un peuple animé de sentiments vraiment religieux eût préféré voir les plébéiens s'éloigner de la ville, ou leur eût résisté jusqu'à la dernière extrémité, plutôt que de

leur accorder, par exemple, le connubium, ou de contracter des mariages avec eux, même après le leur avoir accordé, ou de les admettre au consulat. Un peuple pareil n'eût jamais radicalement aboli la royauté^ il serait resté dans les voies légales et aurait choisi un autre roi à la place de Tarquin, le roi expulsé » *).

 Tappui de son dire, Ihering cite Âmbrosch, lequel insiste, dans ses Etudes, sur cet état d*irréligion et d'inquiétude qui, déjà sous Tullus Hostilius marque le passage d'une royauté tbéocratique à une royauté séculière.

En admettant qu'Âmbrosch n'ait pas lui-même légèrement chargé le tableau que certains traits de la légende l'autorisaient à tracer, il faut reconnaître qu'Ihering a certainement dépassé de beaucoup son auteur. Si celui ci croyait devoir signaler, chez les derniers rois, une tendance très-réelle à s'affranchir des liens de la tradition religieuse, il n'allait certainement pas jusqu'à méconnaître que cette tendance était ouvertement désapprouvée par le Sénat, que, selon la légende, Tullus, dénoncé comme ennemi des dieux, fut foudroyé par Jupiter, que Tarquin l'Ancien vit avorter, devaut l'opposition du sacerdoce et le prodige de l'augure Naevius, son projet de changer de sa propre autorité la constitution antique, que Servius, monté sur le trône sans Vauctoritiis des pères.

*) L. c. Trad . I, 3:^7 s. - § 25.

fut assassiné sur les marches de la Curie, sans qu*un bras patricien se levât pour le défendre, que le Superbe, qui s^était emparé du pouvoir par un coup de force et prétendait y avoir des droits héréditaires, fut chassé de Rome avec toute sa race, qu'enfin la royauté à vie fut abolie, justement parce qu'elle portait la main sur les bases constitutionnelles de TEtat, telles que les dieux les avaient posées, parce qu'elle dégénérait en tyrannie séculière.

Quant au commencement et aux premiers siècles de la république, Ambrosch est bien loin de penser qu'ils marquent un abandon décidé des traditions religieuses, t Rome, dit-il, fût entrée deux siècles plus tôt au rang des peuples de l'antiquité qui ont joui d'une civilisation supérieure, si la catastrophe, par laquelle ont été brisées à la fois la royauté et la grandeur du royaume, n'avait tellement contribué à détourner les Romains de la culture étrangère; tandis qu'elle assurait, d'autre part, le maintien des vieilles croyances, de la vieille discipline nationale et qu'elle favorisait, dans la lente reconstruction de la puissance romaine, le développement le plus individuel, le plus libre de toute influence du dehors.

Les anciennes familles patriciennes, qui, sous les derniers rois, avaient vu leur haute situation diminuée, sans toutefois la perdre tout à fait, gagnèrent doublement à la chute de la royauté. Après avoir, pendant un temps, sous la pression des circons-

tances, témoigné de leur bonne volonté et de leur déférence pour le peuple, dont on pouvait craindre le retour aux Tarquins, elles acquirent une prépotence politique à laquelle elles eussent difficilement pu prétendre aux derniers temps de la monarchie. Â cela s'ajoutait leur antique prérogative de voir les dignités sacerdotales exclusivement occupées par les leurs, privU^e nullement usurpé, mais qui reposait sur une conviction religieuse profondément enracinée dans l'esprit des peuples italiques. L'intérêt de la foi, comme celui de leur puissance, faisait à ces familles un devoir de maintenir une prépondérance née de la pénétration la plus intime des deux domaines spirituel et temporel. La soumission sans bornes aux préceptes de la religion, soumission qui, pendant des siècles, fut celle de toutes les classes de la population romaine, sans que la moindre velléité de libre pensée vint diminuer son empire, leur facilita ce maintien de leur autorité autant qu'elle le commandait. Cet immense pouvoir de la classe dirigeante reposait essentiellement en effet sur le respect infini qu'on avait pour la constitution religieuse traditionnelle, sur la conviction intime que la naissance seule peut donner le droit de médiation entre la divinité et les hommes. Toute la puissance politique de l'aristocratie n'était qu'une suite de son importance religieuse, etc. » ^).

>) Studien und Andetttungen im Gehiet des altrômisehen Boden» und Quitus, Braslau 1839, p. 58 s.

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Ânibrosch, et il raisonne sur des faits, place le commencement de la décadence du principe religieux après la seconde guerre punique. Ihering, qui doit le reconnaître, lui demande quelle aurait pu être la cause de cette décadence, et se prévaut contre lui de ce que les Eludes signalent déjà < des preuves du respect décroissant envers la religion », dès avant la première campagne contre Carthage ^).

Il est difficile, en cet ordre dMdées, de fixer des dates bien précises. Nous remonterons, si Ton veut, un peu plus haut que Fauteur des Eltides, pour embrasser le temps où se prépare le résultat qu'il signale, et nous dirons que Tépoque où les dieux de Rome s'en vont est le siècle de la guerre contre Pyrrhus (280-275) et des guerres puniques (264-201) *).

La cause morale, l'influence des idées et de la culture grecques, est exposée tout au long par Âmbrosch. Qu'on nous permette de lui emprunter encore le passage suivant, qui est caractéristique et nous dispensera de revenir sur ce point :

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