‹ Histoire du pontificat de Clement XIVChapitre 12 sur 28 · Quant aux missions, que nous voulons être également · texte numérisé non relu

Quant aux missions, que nous voulons être également

comprises dans tout ce que nous avons statué touchant la suppression de la société , nous nous réservons de prendre, à cet égard, les mesures propres à procurer le plus facilement et le plus sûrement la conversion des infidèles et la cessation de toute dispute.

33. Or, après avoir cassé et abrogé entièrement, comme ci-dessus, tous les privilèges et statuts de cet ordre , nous déclarons tous ses membres , dès qu'ils seront sortis des maisons et collèges, et qu'ils auront embrassé l'état de clercs séculiers, propres et habiles à obtenir, conformément aux décrets des saints canons et constitutions apostoliques, toutes sortes de bénéfices ou simples ou à charge d'àmes, offices, dignités, personnats (1) et autres dont ils étaient absolument exclus tandis qu'ils étaient dans la société, par le bref de Grégoire XIII du 10 septembre 1584 , qui commence par ces mots : Satis, superque. Nous leur permettons encore de recevoir la rétribution pour célébrer la messe, ce qui leur était aussi défendu, et de jouir de toutes les grâces et faveurs dont ils auraient été privés, comme clercs réguliers delà société de Jésus. Nous abrogeons pareillement toutes les permissions qu'ils avaient obtenues du général et des autres supérieurs, en vertu des privilèges accordés par les souverains pontifes, comme celle de lire les livres des hérétiques et autres prohibés et condamnés par le saint-siège; de ne point observer les jours de jeûne, ou de ne point user des aliments d'abstinence en ces mêmes jours ; d'avancer ou de retarder les heures prescrites pour réciter le bréviaire , et toute autre de cette nature, dont nous leur défendons de faire usage dans la suite, sous les peines les plus sévères, notre intention étant qu'à l'exemple des prêtres séculiers, leur manière de vivre soit conforme aux règles du droit commun.

34. Nous défendons qu'après la publication de ce bref, qui que ce soit ose en suspendre l'exécution, même sous couleur, titre ou prétexte de quelque demande, appel, recours, déclaration ou consultation de doutes qui pourraient s'élever, ou sous quelque autre prétexte prévu ou imprévu ; car nous voulons que la suppression et la cassation de toute la société , ainsi que de tous ses officiers, aient , dès ce moment et immédiatement, leur plein et

(1) Bénéfices dans une église soit cathédrale, soit collégiale, et qui conférait le droit de préséance sur les autres chanoines. , (Note du traducteur.)

entier effet, dans la forme et de la manière que nous avons prescrites ci-dessous, sous peine d'excommunication majeure encourue par le seul fait, et réservée à nous et aux papes, nos successeurs, contre quiconque oserait apporter le moindre obstacle, empêchement ou délai à l'exécution du présent bref.

35. Nous mandons, en outre, et nous défendons, en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chacun des ecclésiastiques réguliers et séculiers, quels que soient leur grade, dignité, qualité et condition, et notamment à ceux qui ont été jusqu'à présent attachés à la société et qui eu faisaient partie , de s'opposer à cette suppression , de l'attaquer, d'écrire contre elle , et même d'en parler, ainsi que de ses causes et motifs, de l'institut, des règles, des constitutions, de la discipline de la société détruite , ou de toute autre chose relative ù cette affaire, sans une permission expresse du souverain pontife. Nous défendons à tous et à chacun, également sous peine d'excommunication réservée à nous et à nos successeurs, d'oser attaquer et insulter, à l'occasion de cette suppression, soit en secret, soit en public, de vive voix ou par écrit, par des disputes, injures, affronts, et par toute autre espèce de mépris, qui que ce soit, et encore moins ceux qui étaient membres dudit ordre.

36. Nous exhortons tous les princes chrétiens, dont nous connaissons l'attachement et le respect pour le saint-siége, à employer pour la pleine et entière exécution de ce bref, leur zèle et leurs soins, la force, l'autorité et la puissance qu'ils ont reçues de Dieu afin de défendre et de protéger la sainte Église romaine , à adhérer à tous les articles qu'il contient ; à lancer et publier de semblables décrets, par lesquels ils veillent sûrement à ce que l'exécution de notre présente volonté n'excite, parmi les fidèles, ni querelles, ni contestations, ni divisions.

.37. Nous exhortons enfin tous les chrétiens, et nous les conjurons par les entrailles de Jésus-Christ Notre-Seigneur, de se souvenir qu'ils ont tous le même maître qui est dans les cieux, le même Sauveur qui les a tous rachetés au prix de son sang , qu'ils ont tous été régénérés par la grâce du baptême, qu'ils sont tous établis fils de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ et nourris du même pain de la parole divine et de la doctrine catholique ; qu'ils ne forment tous qu'un même corps en Jésus-Christ et sont les membres les uns des autres; que, par conséquent, il est nécessaire qu'étant tous unis par le lien de la charité, ils vivent en

paix avec tous les liommcs; et que leur unique devoir est de s'aimer réciproquement (car celui qui aime son prochain a accompli la loi), et d'avoir en horreur les offenses, les haines, les disputes, les pièges et les autres maux que le vieil ennemi du genre humain a inventés , imaginés et suscités pour troubler l'Église de Dieu , et mettre des obstacles au bonheur éternel des fidèles, sous le faux prétexte des opinions de l'école, souvent même sous l'apparence d'une plus grande perfection chrétienne; que tous enfin s'efforcent d'acquérir la véritable sagesse dont saint Jacques a parlé (chap. III, Ep. can. V, 13) : « Y a-t-il ici « parmi vous quelque homme sage et docte? Que, par sa sainte « conversation, il montre ses bonnes œuvres avec une sagesse « pleine de douceur. Si vous êtes animés d'un zèle amer, et si « l'esprit de discorde règne en vos cœurs , ne vous enorgueillis- « sez pas par une gloire contraire à la vérité. Car ce n'est point « là la sagesse qui descend du ciel ; mais c'est une sagesse ter- « restre, sensuelle et diabolique. En effet, où se trouvent l'envie « et l'animosité, là sont aussi le trouble et toutes sortes de mau- « vaises actions. Au lieu que la sagesse qui vient d'en haut est « d'abord chaste , ensuite paisible , modeste , détachée de son « propre sens, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de « bonnes œuvres. Elle n'est ni dissimulée ni envieuse. Or, ceux « qui aiment la paix sèment dans la paix les fruits de la justice. » 38. Quand même les supérieurs et autres religieux de cet ordre, ainsi que tous ceux qui auraient intérêt ou qui prétendraient en avoir de quelque manière que ce fût dans ce qui a été statué ci-dessus, ne consentiraient point au présent bref, et n'auraient été appelés ni entendus , nous voulons qu'il ne puisse jamais être attaqué, infirmé et invalidé pour cause de subreption, obreption, nullité ou invalidité, défaut d'intention de notre part, ou tout autre motif, quelque grand qu'il puisse être, non prévu et essentiel, ni pour avoir omis des formalités et autres choses qui auraient dû être observées dans les dispositions précédentes ou dans quelques-unes d'icclles, ni pour tout autre point capital résultant du droit ou de quelque coutume, même contenu dans le Corpus Jaris^, sous le prétexte d'une énorme, très-énorme et entière lésion, ni enfui pour tous autres prétextes, raisons ou causes, quelque justes, raisonnables et privilégiés qu'ils puissent être; même tels qu'ils auraient dû être nécessairement exprimés pour la validité des règlements ci-dessus. INous défendons qu'il

soit jamais rétracté, discuté ou porté en justice, ou qu'on se pourvoie contre lui par voie de restitution en entier, de discussion, de réduction par les voies et termes de droit, ou par quelque autre moyeu à obtenir de droit, de fait, de grâce ou de justice, de quelque manière qu'il eût été accordé et obtenu pour s'en servir, tant en justice qu'autrement. Mais nous voulons expressément que la présente constitution soit dès ce moment et à perpétuité valide, stable et efficace, qu'elle ait son plein et entier effet, et qu'elle soit inviolablement observée par tous et chacun de ceux à qui il appartient et appartiendra dans la suite, de quelque manière que ce soit.

39. Nous voulons donc ainsi, et non autrement, qu'aucun juge ordinaire ou délégué, même les auditeurs des causes du palais apostolique, que ni les cardinaux de la sainte Eglise romaine, les légats a latere, les nonces du saint-siége, ni tous autres, quels que soient actuellement ou à l'avenir leur pouvoir et autorité, ne puissent, dans quelque cause et instance que ce soit, juger et interpréter le présent bref, leur en ôtant tout pouvoir et toute faculté ; et nous déclarons, s'il leur arrivait d'y porter la moindre atteinte, sciemment ou par ignorance, ou par une autorité quelconque, leur jugement nul et de nul effet.

40. Tout ce que nous venons de régler aura lieu, nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques, même faites dans les conciles généraux; nonobstant aussi, en tant que de besoin, notre maxime de ne priver personne d'un droit acquis ; nonobstant tous les statuts et usages de ladite société, de ses maisons, collèges et églises, appuyés du serment et approbation du saintsiége, ou de quelque autre manière que ce soit ; nonobstant encore les privilèges, lettres apostoliques et induits accordés à cet ordre, à ses supérieurs, religieux et autres personnes, ou confirmés et renouvelés sous toutes sortes de formes, de teneurs, même avec des clauses dérogatoires, et autres décrets même de cassation, même portés par un motif semblable, en consistoire ou autrement; quand même il eut été nécessaire, pour tous et chacun des règlements faits ci-dessus, même pour rendre une dérogation suffisante, de faire une mention expresse et formelle de tout leur contenu , mot à mot, et non de les renfermer dans des clauses générales qui en rendent le sens , quand même on eût dû se servir de quelque autre expression ou forme particulière ; regardant toutes ces formules comme si elles étaient réeUemenl exprimées et insé-

rées mol à mot dans ce bref, sans en avoir rien omis, et comme si ou y avait observé l'ordre prescrit; les tenant pour telles, et voulant qu'elles aient toute leur force pour l'exécution des règlements établis ci-dessus; dérogeant spécialement et expressément à toutes ces clioses et à toutes autres à ce contraires.

4t. Enfin, nous voulons qu'on ajoute, tant en justice qu'au dehors aux copies de ce bref, même imprimées pourvu qu'elles soient souscrites par quelque notaire public, et munies du sceau de quelque personne revêtue d'une dignité ecclésiastique, la même foi qu'on y ajouterait s'il était exhibé et notifié en original.

Donné à Rome, à Sainte-Marie 3Iajeure, sous l'anneau du pêcheur, le 2 ! juillet 1773 et la cinquième année de notre pontificat.

A., card. Negrowi.

Iflij9e à e^éciitSon «l«i bref Dominus ' ac Bedenipfor , et opposition!^ f|u'eilc rencontra.

LUI. — L'exposé qui va suivre nous donnera une idée de la juste valeur du Compulsus feci et de la prétendue folie du pape.

Dans la quantité innombrable de faits que nous pouri'ions rapporter ici , nous nous contenterons d'en relater quelquesuns des plus saillants. Nous esquisserons aussi à grands traits les événements qui eurent quelque rapport avec la suppression de la société de Jésus , tels que la réconciliation entière avec Parme , et la restitution des Etats d'Avignon et du comtat Yenaissin, de Bénévent et Ponte-Corvo.

De même que Clément XIV avait agi librement, avec indépendance et par conviction surtout dans les derniers et solennels moments de la solution de l'affaire des jésuites, de même librement, avec indépendance, et par pure conviction, il agit dans la mise à exécution de son bref. Il y procéda avec une fermeté qu'il poussait presque jusqu'au scrupule, quoique toujours avec une cliarité et des ménagements d'autant plus admirables que l'animosité de ses adversaires était plus grande. Ce n'était pas sans raison que Clément XIV disait au cardinal de Bernis avec un pressentiment profond de l'avenir : « Les événements qui suivront l'exécution du bref, le justifieront! de même que tout ce que j'y avance. »

Le souverain pontife agissait comme un père envers les membres infortunés de la société supprimée. Ceux-ci furent victimes d'un événement qu'ils n'envisageaient, malheureusement, qu'avec des yeux prévenus, sans y reconnaître le doigt de Dieu. Ils

Page 1