LXXXI. — Le nonce apostolique de Varsovie ne laissait passer
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aucune occasion de faire sentir aux ex-jésuites prussiens et russes l'inconvenance et même l'indignité d'une conduite qui leur faisait préférer les désirs de souverains hétérodoxes aux décisions du saint-siége. « J'ai pourtant, » écrivait dans une dépèche en chiffres monseigneur Garampi, le 29 septembre 1773, « j'ai fait observer aux jésuites de ce pays-ci , afin qu'ils le transmissent à ceux de Prusse, quelle honte ce serait pour la société éteinte, et combien ils aggraveraient les accusations qui pèsent déjà sur eux, si, maintenant, ils ne se voulaient pas soumettre aux ordonnances du chef de l'Église, et s'ils suivaient séditieusement les traces d'un prince protestant. Je leur ai fait dire qu'ils devraient plutôt supplier ce prince qu'il leur permît d'obéir librement à l'Église , et faire au souverain des offres de tous les services qu'ils pouvaient lui rendre dans la condition de prêtres séculiers. »
Mais il ne semble pas que les jésuites prussiens et russes aient prêté l'oreille à ces remontrances. Ils voulaient servir l'Église , mais comme membres de la société de Jésus. Pour calmer leur conscience au sujet d'une si audacieuse entreprise, ils se rassurèrent sur ce principe, d'ailleurs juste, que les lois des souverains n'obligent que lorsqu'elles ont été promulguées ; mais ici ils oubliaient que ce n'était pas des souverains, mais du pape lui-même qu'était émané le bref de suppression, et qu'ils rendaient ainsi la validité des décisions du saint-sîége subordonnée à l'acceptation des princes protestants et schismatiques , et qu'ils constituaient ces princes, sinon en législateurs, du moins en confirmateurs nécessaires des lois de l'Église catholique. Dans tous les entretiens que monseigneur Garampi eut avec ces religieux , il leur exposa ces raisons avec toute la puissance de la plus saine logique et la douceur des plus paternels avertissements ; mais ceux-ci se cachèrent toujours, sous le prétexte du prétendu intérêt de l'Église, derrière les ordres de leurs princes temporels , et ils poussèrent l'effronterie jusqu'à protester qu'ils étaient de tout leur cœur disposés à sacrifier tout ce qu'ils possédaient , et jusqu'à la vie môme , pour obéir en cette circonstance au saint-siége , pourvu que ces princes le leur permissent. Ce fut avec une grande sagesse et un grand à-propos que le cardinal secrétaire d'État répondait à ce sujet, en chiffres , au nonce apostolique de Varsovie , le .'iO octobre 1773, et lui disait au nom du saint-père : « Votre Excellence ne pouvait assurément employer , afin d'éclairer les ex-jésuites, des arguments plus solides pour leur démontrer l'efficacité
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intime et immédiate du bref de suppression, et obtenir que ceux d'entre eux que la passion ne rend pas aveugles au point de ne pouvoir plus discerner la vérité, comprissent qu'ils ne pouvaient déshonorer leur corporation éteinte d'une manière plus honteuse qu'en s'opposant et résistant à ce que le chef de l'Église a décidé à leur sujet , à l'aide de son autorité incontestable et suprême.
« Sa Sainteté est satisfcùte de vos sages et prudentes mesures , et laisse à votre grande liabileté, ainsi que je vous l'ai déjà dit, le choix des moments et des moyens que vous devrez prendre , afin de faire mettre à exécution , pour la plus grande paix et le plus grand avantage de l'Église, les ordres qui vous ont été déjà donnés par la congrégation. »
LXXXII. — La position de monseigneur Garampi et du saintsiége lui-même , dans cette affaire, était assurément on ne peut plus difficile et délicate. Le nonce l'apprécie avec une grande modération dans une dépèche secrète du 3 novembre 1773, adressée au saint-père et au cardinal secrétaire d'État , en les informant de nouveau que le bref d'abolition avait été déjà , exactement et immédiatement, mis à exécution dans tous les diocèses du royaume de Pologne : « Je pense, >> écrit-il , « que ma dernière dépêche , non moins que la précédente, aura fait connaître à Votre Émineuce les difficultés que la suppression des jésuites rencontre de la part du roi de Prusse et , à son instigation , de la part de la czarine. Votre Éminence n'ignore pas quel est le caractère de ces deux grands potentats , et elle comprend , par conséquent, combien de désagréables conséquences on peut en redouter pour l'Église et pour la personne du saint-père. Dans une alfaire si grave et si délicate , je ne me permettrai pas d'émettre mon opinion au saint-père ou à la sainte congrégation , d'autant plus que je suis dans l'ignorance la plus complète au sujet des démarches qui peuvent avoir été faites jusqu'ici ; mais , quoi qu'il en soit, j'exposerai à Votre Éminence, avec ouverture de cœur , mes réflexions, dont elle fera l'usage qui lui plaira dans sa sagesse, sa prudence et sa bienveillance.
« Quanta moi, donc, je crois que, dans les circonstances présentes, quelque démarche que tentât de faire le saint-siége ou son ministère près de ces souverains ne serait pas sans danger, surtout auprès du roi de Prusse, parce qu'il voudra de deux choses l'une : ou se prêter à nos instances et mettre des conditions trèsdures à son consentement, ou les rejeter, et alors nous ne pour-
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rons éviter quelque réponse désagréable et mortifiante, ou d'autres actes publics au détriment de l'autorité et de la juridiction pontificales.
« Je crois qu'il serait plus dangereux encore de contraindre ces religieux ou par des menaces, ou par des peines canoniques, ou par quelque déclaration qui les caractérise de rebelles aux dispositions pontificales, parce qu'il ne manque pas parmi eux de terxieaux brouillons et adulateurs des princes qui, peu soucieux des justes principes du droit canonique, pourraient, par des écrits, et même par la voie de la presse , ressusciter de vieilles querelles , et soutenir des thèses pernicieuses à la paix de l'Église , soit en élevant l'autorité épiscopale au niveau de celle du souverain pontife, soit en prétendant que les lois ecclésiastiques n'obligent point sans la sanction de l'autorité civile. De là naîtront de téméraires doctrines , par lesquelles on soutiendra ensuite que Sa Sainteté ne peut restreindre la juridiction épiscopale. Il n'y a pas d'erreur contre la saine doctrine que l'on ne puisse redouter de voir professée par des gens irrités, licencieux, irréligieux et adulateurs du pouvoir.
« Quelques évèques aussi pourraient peut-être rester éblouis eux-mêmes , soit par quelque raisonnement spécieux , soit par une prétendue nécessité de ne pouvoir autrement procurer la paix et la sécurité , soit de leur troupeau , soit de leur propre personne, s'ils n'admettent des théories plus commodes , bien que moins probables, et que, dans toute autre circonstance, ils n'auraient regardées qu'avec mépris.
« Et lorsque de semblables controverses auront été soulevées , ou, pour mieux dire, ressuscitées dans un coin de la chrétienté, bientôt elles se répandront rapidement en d'autres lieux, et je ne sais combien de princes catholiques pourraient en être tellement ébranlés eux-mêmes, que nous ne pussions plus en attendre aucun secours , mais au contraire que nous dussions rencontrer de leur part de nouvelles entraves.
« Pourtant, dans des conjonctures si critiques et si périlleuses, si je puis émettre mon humble opinion, il me semblerait que , de notre côté, nous devons éviter avant tout de donner la moindre occasion qui puisse augmenter le feu qui commence à s'allumer déjà. C'est pourquoi, tant que nous ne verrons pas naître quelque favorable occasion d'agir, ce qui me semble le plus opportun est de temporiser et de dissimuler, comme si le saint-père laissait
les jésuites aux seuls remords de leur conscience, et les abandonnait à leur existence illégitime.
« .le suis persuadé que les plus consciencieux et les plus timorés ne pourront tenir longtemps contre un semblable remords , et que, d'eux-mêmes, ou bien ils recourront au souverain, pour être mis en liberté de rentrer dans la classe des prêtres séculiers, ou bien ils chercheront à sortir de ces royaumes. Le souverain, de son côté, voyant le saint-père indifférent sur cet article , ne montrera pas tant d'obstination à le contredire , et , peut-être se pliera plus facilement aux instances que les évêques et les plus sages parmi ces religieux lui feront, lorsque les premiers moments de sa ferveur pour eux seront passés.
« Ce que je dis des jésuites du royaume de Prusse, je le pense aussi pour ceux de Russie , parce que ces deux cours ont pris à leur sujet les mêmes mesures. «
LXXXIII, — Autant Clément XIV avait été consolé de la mise à exécution de son bref en Pologne, autant il fut contristélde la résistance opposée à la volonté du saint-siége par les jésuites prussiens et russes. Jl loua grandement la sage conduite du nonce : « Votre Excellence, >- ainsi lui répondait, le 4 décembre 1773, le cardinal Corsini, préfet de la congrégation Pro rehus exlincUe, « en continuant à nous donner de bonnes nouvelles au sujet de l'exécution du bref pontifical suppressif de la compagnie de Jésus dans les diocèses du ressort de sa nonciature, continue également à mériter les éloges de la sainte congrégation et de Sa Sainteté, à cause de la rare prudence, de l'habileté et de la sollicitude avec lesquelles elle traite et dirige cette affaire si grave en elle-même et dans ses conséquences, sans omettre aucun des soins nécessaires pour la conduire , autant que possible , à un heureux terme.
« La lettre du 3 novembre passé , dans laquelle Votre Excellence nous annonce que le bref a été mis à exécution dans cette ville de Varsovie et dans d'autres diocèses , en Posnanie et à Cracovie, a rempli de consolation, quand je l'ai aunoncé au saintpère et à la congrégation. Sa Sainteté et Leurs Éminences. Cet heureux succès a été attribué à votre haute sagesse, et j'ai été chargé de vous en remercier très-affectueusement de la part de tous, chacun se reposant de plus en plus sur votre personne pour pousser cette affaire.
« Quant aux jésuites qui vivent dans le royaume de Prusse ,
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comme il n'est pas à espérer que Sa Majesté veuille permettre la mise à exécution du bref dans ses États, il ne reste à Sa Béatitude d'autre espérance que do voir Votre Excellence continuer, avec ses manières douces et gracieuses , ce qu'elle a commencé déjà, c'est-à-dire faire représenter à ces individus la très-stricte obligation qu'ils ont d'obéir spontanément au souverain pontife; leur faire comprendre qu'en agissant différemment, ils se rendent rebelles au saint-siège et encourent V excommunication ; et leur dire, enfin, tout ce qui j)ourra contribuer à les détacher volontairement du pouvoir séculier qui les protège.
« Je vous bénis tendrement au nom de Sa Sainteté. »
LXXXIY. — Le nonce apostolique de Varsovie, uni à l'épiscopat de Pologne, montrait un zèle infatigable pour pourvoir à l'éducation de la jeunesse ecclésiastique et séculière de ce royaume, éducation qui jusqu'alors avait été en grande partie dirigée par les jésuites. On créa un ministère de l'instruction publique sous le nom de Commission de l'éducation nationale. Cette commission était sous l'immédiate protection du roi, et comptait parmi ses membres les princes-évèques de Vilna et de Plock, les princes ZulkoAVski, palatin de Gnesne, Lutavor-Chreptowicz, chancelier de Lithuanie, et les comtes Potocki, Zamoyski et Poninski.
Les lettres que le pape adressa, dans cette importante circonstance, le 18 décembre 1773, au roi et au prince-évèque de Yilna, sont admirables de sagesse et de prévoyance. Voici en quels termes il s'exprime en écrivant à ce dernier ( 1 ) : « Nous avons été grandement heureux d'apprendre, Vénérable Frère, que vous étiez du nombre de ceux auxquels a été confié dernièrement, dans le royaume de Pologne, le soin si grave d'organiser l'enseignement de la jeunesse. Car comme les règles qui devront être établies en cette circonstance regarderont sans doute eu grande partie les mœurs, la piété et l'intégrité de la religion, il nous a été très-agréable de savoir que vous, dont nous connaissons parfaitement et dont nous avons approuvé souvent la vigilance pastorale dans ces sortes de choses , ayez été choisi , non-seulement pour assister, mais pour présider même à leur organisation.
« Néanmoins , comme il s'agit d'une affaire d'un si puissant intérêt pour la foi et qui doit si vivement exciter la diligence des évêques , la sollicitude pastorale à laquelle nous sommes obligé
(1) Theiner, démentis XIV Epist., etc., n' 244, pag. 276.
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envers toutes les églises nous fait un devoir de stimuler votre activité par notre zèle et nos exhortations. Nous vous prions donc, Vénérable Frère, et nous vous demandons dans le Seigneur, avec les plu.s vives instances, d'employer, en cette occasion, toute votre prudence, afin que rien ne soit statué dans vos décrets et vos ordonnances au préjudice du droit de surveillance des évêques, auxquels tout le soin des choses qui concernent la religion doit être entièrement attribué. C'est pourquoi vous devez agir fortement pour que ceux qui sont établis instituteurs de la jeunesse soient soumis à la surveillance et à l'autorité des évêques, surtout dans les choses et les pratiques qui sont le plus étroitement liées et unies avec les principes de la religion et de la foi.
« De là, pour leur rappeler efficacement leurs devoirs religieux , on ne doit pas négliger de faire faire profession de foi catholique devant les évêques , ainsi que cela se pratique dans les autres lycées , à tous les professeurs et maitres , au commencement de leur professorat , et ensuite de la faire renouveler chaque année.
« Quant aux écoles destinées aux séminaires diocésains, comme les dispositions disciplinaires du saint concile de Trente les placent sous la juridiction épiscopale, vous aurez le plus grand soin qu'il ne soit nullement dérogé à cette loi constante de l'Église.
« Pour nous, excité par la gravité de cet objet, nous avons voulu écrire au roi illustre, notre cher fils en Jésus-Christ, Stanislas-Auguste, roi de Pologne, pour lui recommander fortement les intérêts de la religion dans l'établissement des lois qui vont être faites en matière d'enseignement, et le prier de défendre, sur ce point, l'intérêt des évêques. Mais nous avons confiance que votre recommandation sera d'un grand poids auprès du monarque, à cause des sentiments de bienveillance qu'il vous porte ; nous espérons que votre zèle et la haute intelligence dont vous êtes doué, venant seconder nos désirs, conduiront l'œuvre à une heureuse issue. C'est ainsi que vous vous acquitterez dignement de votre charge épiscopale, que vous pourvoirez à la bonne éducation de la jeunesse et que vous augmenterez envers vous notre tendresse pontificale. »
La lettre du pape à Stanislas-Auguste (1) était ainsi conçue : « Il nous a été très-agréable , mon très-cher fils en Jésuç-Cfirist ,
(1) Theiner, démentis XIV Epist., etc., n" 243, pag. 275.
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d'apprendre que dans votre royaume , ainsi que dans plusieurs autres provinces du monde chrétien, on se soit occupé, après l'extinction de la société de Jésus, du soin de suppléer à l'enseignement public et d'établir des institutions pour l'éducation de la jeunesse de Pologne. Nous avons appris aussi avec consolation que vous aviez choisi neuf personnages élevés en dignité, parmi lesquels sont nos vénérables frères les évèques de Vilna et de Plock, pour leur confier ces graves fonctions.
« Comme c'est vous, très-cher fils en Jésus-Christ, qui, par votre royale autorité, avez pris la plus large part à cet établissement, nous avons résolu de vous adresser cette lettre pour vous dire combien nous avons confiance en votre haute prudence, votre sagesse et votre vigilance pour fonder cette institution qui naît sous vos auspices. La grande opinion que nous avons de votre vertu nous encourage et nous fait croire que vous ne perdrez jamais de vue tout ce que peuvent gagner à cette œuvre que vous avez entreprise la religion et la patrie; l'une, eu s'enrichissant d'un grand nombre de ministres instruits dans les ordres ecclésiastiques; 1 autre, en se formant ainsi des citoyens illustres.
« C'est de la bonne éducation, et de la bonne éducation seule de ceux qui nous succèdent dans la vie, que nous pouvons espérer et attendre pour l'avenir des fruits abondants et précieux dans la société civile et dans la milice sacrée. Votre prudence vous le fera admirablement comprendre, et vous veillerez avec le plus grand soin à ce que l'éducation de la jeunesse soit établie sur des bases durables et parfaitement pures, soit quant aux professeurs, soit quant aux doctrines; c'est pourquoi soyez surtout attentif à ce que les facultés qui ont rapport aux dogmes religieux ou à la discipline, c'est-à-dire la théologie et le droit canonique , soient soumises à l'autorité ecclésiastique. Et souvenez-vous que votre dignité ro)' aie vous impose l'obligation de maintenir dans l'Etat cette même autorité de l'Eglise , et de la délèndre de tous vos efforts, de tous vos soins, de toute votre puissance.
« Outre les deux facultés précitées, toutes les autres branches de l'enseignement, soit dans les écoles publiques, soit dans les institutions privées, doivent être soumises aux évêques dans tout ce qui a rapport à la religion ou aux mœurs; et il ne devra être permis à aucun maître d'enseigner avant qu'il ait fait entre les mains de l'ordinaire une profession de foi qui devra être renouvelée tous les ans, comme les saints canons de l'Eglise le prescrivent, ainsi
m (1773) MISE A EXÉCUTION DU BREF, ETC.
que la coutume généralement admise dans tous les royaumes chrétiens.
« Mais il n'est pas nécessaire de vous entretenir plus longuement d'une matière que vous connaissez parfaitement. Nous désirons seulement que Votre Majesté demeure de plus en plus persuadée que nous avons été rempli de joie lorsque nous avons appris que le soin de diriger l'enseignement avait été pris par un roi non moins remarquable par sa prudence que par sa piété, et qui profitera de cette occasion pour bien mériter de la religion et de la patrie , pour immortaliser sa gloire parmi les siens et la transmettre à la postérité.
« Il n'est personne, en effet , qui ne comprenne qu'une louange suprême est due à ceux qui emploient leurs soins , leurs peines et leur puissance à donner une bonne éducation à la jeunesse, et à jeter dans les jeunes cœurs des fondements durables et solides de religion, de bonnes mœurs, de zèle pour la tranquillité publique, d'amour pour la patrie et de soumissions envers les princes.
« Nous prions ardemment le Dieu tout -puissant de daigner soutenir par sa grâce céleste et aider Votre Majesté dans cette route de la véritable gloire qui s'ouvre devant elle, et accomplir nos vœux en accordant une vraie félicité à elle et à tout son royaume. »
AlTaii'e de Piirane, et refititiition des États iioiitificaux,
Avignon et le conilat Yenaissin, Bcuévent
et Ponte-Corvo.
LXXXV. — A peine Charles ITI eut-il reçu par son ambassadeur, au mois de novembre 1772, l'assurance positive de la prochaine abolition des jésuites, qu'il s'occupa aussitôt du dessein d'entamer d'une manière habile l'affaire de la restitution des États usurpés du saint-siége. Cette négociation n'était pas facile à entreprendre et à conduire d'une manière qui fiit assez délicate pour ne blesser ni la dignité du saint-siége ni la susceptibilité des cours de la maison de France.
Rappelons brièvement les faits.
Clément XIV avait, dès les premiers temps de son pontificat, presque entièrement arrangé, par sa sagesse, l'affaire de Parme, et il était du devoir des princes de lui restituer ces États (qu'il eût été déjà de leur devoir de ne pas prendre) ; mais ils retardèrent cette restitution , et déclarèrent ensuite ne pas vouloir la faire avant que le pape n'eût entièrement supprimé les jésuites.
Le pape, comme nous l'avons vu , supprima la société sans aucune arrière- pensée temporelle , mais purement dans l'intérêt de l'Église, et demanda expressément aux princes que cette abolition fût uniquement considéi'ée sous ce point de vue.
Il manifesta, en cette circonstance, une si admirable délicatesse de conscience, que , malgré les instances réitérées des ambassadeurs, il ne répondit à aucune des lettres de félicitation que lui écrivirent les souverains de la maison de Bourbon au sujet de la suppression des jésuites. Et, en effet, le 21 décembre de cette