‹ Histoire du pontificat de Clement XIVChapitre 18 sur 28 · ET RESTITUTION DES ÉT\TS PONTIFICAUX · texte numérisé non relu

ET RESTITUTION DES ÉT\TS PONTIFICAUX

apprés s'estre accordée sur cette démarche avec le ministre d'Espagne et moy. M de Tanuucci envoyé de plus au cardinal Orsini la copie d'une lettre secrète que le roy de Naples avoit écrite au pape immédiatement apprés la suppression des jésuites : cette lettre contient des remerciments très-expressifs sur la destruction de la société et l'offre de restituer sur-le-champ Bénévent et Ponte- Corvo, au gré du saint-père. En conséquence, M. Tanucci observe que Sa Majesté Sicilienne estoit déjà résolue d'elle-même de faire cette restitution , et que le pape n'ayant pas voulu qu'elle s'exécutât que de concert avec la France et l'Espagne, le roy des Deux- Siciles offre de nouveau le duché de Bénévent au pape, en conséquence d'une lettre qu'il a reçue sur cet objet de Sa Majesté Catholique et de la prière que luy en a faite l'infant duc de Parme.

« J'ay calculé que je ne pourrois recevoir les ordres du roy en conséquence de la lettre que luy a écrit l'infant, son petit-fils, qu'au commencement du mois prochain, M. le cardinal Orsini attendra que j'aye reçu ces mêmes ordres avant que d'offrir de nouveau au pape le duché de Bénévent et de Ponte -Corvo; cette offre ne sera accompagnée d'aucune des réserves que le cardinal Orsini avait eu ordre de faire. »

La France ne tarda pas à suivre l'exemple de Naples, et le 7 décembre, le duc d'Aiguillon donna au cardinal de Bernis l'ordre de traiter avec le pape, d'intelligence avec l'ambassadeur d'Espagne, l'affaire de la restitution des États d'Avignon.

Bernis fut très-satisfait de la tournure que prenait cette affaire, et se concerta aussitôt avec les ministres d'Espagne et de Naples pour savoir en quelle forme cette proposition devrait être faite au saint-père, si ce serait de bouche ou par écrit. Les ministres convinrent que cela devait avoir lieu oralement et dans les ternies suivants : « Le cardinal de Bernis déclare de vive voix au pape, au nom du roy, que, tant par attachement et respect filial pour Sa Sainteté et pour le saint-siége que par égard pour la médiation de l'infant duc de Parme, Sa Majesté Très-Cliréticnne est déterminée à remettre, dès à présent, Avignon et le comtat Veiiaissin à tel des délégués du pape qui sera nommé par le saint-père, pour prendre possession de cet Estai au nom de Sa Sainteté, laquelle en jouira à l'avenir comme en ont joui ses prédécesseurs par le passé, .sans préjudice des droits de la couronne de France. »

i20 (1773) AFFAlllE DE l'AKME

LXXXA'U. — Malheureusement, pendant le temps de l'occupation française, il s'était formé à Avignon un parti qui vo}'ait avec déplaisir le retour de cette province sous l'autorité du saintsiége, et qui se plaignait, sous mille prétextes, des abus de l'ancien gouvernement. A ce parti appartenaiejit surtout les employés, tous français, et envoyés là de toutes les parties de la France. Le gouvernement avait introduit quelques réformes, peut-être louables, dans l'administration du pays, et désirait qu'elles fussent maintenues avec le retour du gouvernement pontifical. Ce parti, secrètement soutenu par le ministère français, demanda à ce même ministère d'exiger expressément du pape le maintien de ces améliorations. La noblesse et le clergé étaient , au contraire , favorables au retour de l'ancien ordre de choses.

Clément XIV était pleinement informé, et quelque peu blessé, des vues et des désirs du parti des réformateurs, et il le fit sentir vivement, et avec dignité, au cardinal de Bernis, lorsque celui-ci lui fit, le 20 décembre 1773, la déclaration verbale dont nous avons parlé, au sujet de la restitution de ses États, L'ambassadeur, dès le jour suivant, rend compte de son audience en ces termes : < Je fis hier au soir cette déclaration au pape, qui sentit vivement les égards que Sa Majesté avoit pour le saint-siége et pour luy, en voulant que cette déclaration fut concertée avec lui-même, mais il ajouta qu'il ne falloit pas donner plus long-temps à cet acte de pure (jênèrositè et même de devoir de la part du roy un air de néfjociation , et qu'ainsi il regardoit le projet que je lui avois communiqué comme une déclaration déjà faite. »

Le pape, dans une autre audience, parla plus fortement encore au cardinal-ambassadeur sur le même sujet, en lui faisant observer que son intention était non-seulement de maintenir autant que possible toutes les réformes utiles qui auraient été introduites dans l'État d'Avignon pendant l'usurpation, mais encore d'assigner des pensions aux employés qui , par suite du retour du gouvernement pontifical , seraient obligés de renoncer à leurs fonctions. Il lui déclara aussi qu'il désirait entretenir toujours les meilleures relations avec la cour de Versailles , au sujet du gouvernement de cette province ; mais que, quant à des conditions qui lui seraient imposées, il n'en voulait rien entendre; qu'il considérait d'ailleurs cette affaire comme terminée, et qu'en conséquence il annoncerait prochainement au sacré collège cet heureux événement.

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