‹ Histoire du pontificat de Clement XIVChapitre 4 sur 28 · I:T EUKOl'E MÉnilJlONALi · texte numérisé non relu

I:T EUKOl'E MÉnilJlONALi

soumis, (!t \)i\v cello de sa miséricorde envers votre pè-rc. Soyez surtout pcrsuadô que nous avcnis reçu cette marque de votre atlaolieuient à notre personne a\ec, les sentiments les plus vifs que puisse éprouver notre cœur paternel. "

XIjV. — Ko 23 janvier 1771 il répondit, avec les sentiments de la piété la plus vive, aux félicitations qui lui avaient été adressées, à l'occasion de la nouvelle année, par les magistrats de la petite ville de Sant-Angelo in Vado, ([u'il considérait et aimait comme une seconde patrie, pour les détourner du projet (pi'ils avaient conçu de lui ériger une statue en marbre, et leur demander qu'ils se souvinssent de lui dans leurs prières (1) : « Quoique la tendresse paternelle que nous vous portons nous rende très-agréable, » leur dit-il , « ce nouveau témoignage de \otre amour respectueux envers notre ])crsonne, et dont vous nous donne/ de jour en jour de plus visibles marques, nous craignons cependant, mes chers fils, que, par ces honneurs dont vous nous comblez et dont nous sommes indigne , vous ne vous montriez dévoués avec excès et trop zélés envers nous.

« Ce ne sont pas les honneurs, ce n'est pas la renommée que nous désirons, ni dont le désir nous captive, exceplé toutefois lorsqu'ils peuvent nous être utiles et tourner à l'avantage de notre faiblesse pour l'extension de la gloire de Dieu et pour le bien de l'J^glise.

« Nous sommes plus heureux de nous savoir gravé dans vos cœurs, que de nous voir sculpté dans le marbre, et nous apprenons avec bonheur que, plutôt que de célébrer nos louanges , vous adressez pour nous des prières au ciel.

« Mais comme vous nous écrivez que vous vous êtes avec grand zèle, publiquement et pieusement acquittés de ce devoir, nous y trouvons la preuve de la grandeur de votre attachement à notre personne, et une puissante raison de plus pour que notre bienveillance envers vous se développe et s'augmente. Du reste, quant aux autres honneurs que vous avez voulu nous rendre avec tant d'effusion de cœur, croyez qu'ils ne nous seront agréables qu'autant qu'ils auront pour résultat, en frappant vos sens et en étant présents à vos yeux , de vous faire ressouvenir davantage de demander pour nous le secours d'en haut dans vos pieuses prières. »

(1) Theiner, démentis XIV Epist., elc, w 125, pag. 137.

XLVI. — Le chapitre de l'église cathédrale de Rimini, — ville qui lui était sous tant de rapports si chère, et à laquelle se rapportaient les plus doux souvenirs de la jeunesse, — reçut aussi des marques spéciales de sa bienveillance. Parmi d'autres précieux privilèges, il conféra aux chanoines le droit d'officier pontificalement dans certaines solennités, en leur défendant toutefois de donner au peuple, pendant la messe, la triple bénédiction, de porter la crosse, et de se servir de la formule pax vobis. Cette lettre (l) datée de Castel - Gandolfo , IG octobre, commence ainsi : •• Nous entourons, très-chers lils, l'église de Rimini d'une affection et d'un dévouement tout particuliers. C'est dans son sein que nous sommes né, et nous nous rappelons avec une immense consolation cette ville dans laquelle, comme dans une autre patrie, se sont écoulées nos premières années jusqu'au jour de notre entrée dans l'ordre séraphique de Saint-François d'Assise. Jamais nous ue pourrons oublier l'édification que le clergé y donnait au peuple par le spectacle de toutes les vertus, ni cette j)ortion la plus noble du corps ecclésiastique, nous voulons parler de votre chapitre, dont les membres par leur vie sainte et exemplaire étaient le modèle de tous, et se distinguaient principalement par la beauté, la majesté et la piété avec laquelle ils s'acquittaient du service divin. »

XLVU. — C'était dans des termes non moins bienveillants et aussi affectueux qu'il manifestait aux savants sa satisfaction au sujet des pénibles et laborieux travaux qu'ils entreprenaient pour la défense de l'Église. Il écrivit en ce sens, au père Jean ]\[artini, cordelier (2), et à Maur Fattorini (3) , camaldule, abbé du couvent de Bologne. Nous ne rapporterons que sa lettre écrite à ce dernier, le 18 mai 1771 :

« Nos prédécesseurs , Benoît XIV d'abord, et ensuite Clément XIII de sainte mémoire , avaient décrété que l'on s'occuperait d'écrire une notice sur les professeurs qui ont illustré l'archigjinnase de Bologne, et chargé de ce soin un homme trèssavant, Maur Sarti, abbé, appartenant à votre congrégation des Camaldules. Nous avons appris, avec une grande satisfaction, que le même Clément XllI vous avait, après la mort de ce der-

(1) Tlieiner, démentis XTV Epist.,etc., n° 103, pag. 185.

(2) Theiuer, loc. cit., u° 122, pag. 135.

(3) Theiuer, loc. cit., if 136, pag. 151.

KT KlUOl'K MI^;nil)IONALi:. î)7

nier, cohlir raclicviMueiiL du mrinc Iravail. Nom pensons, on (•iïcl, ((nil osl juste que des lionimcs qui nafçuère iloiissaicnt dans eelte ville savante et y professaient les l)elles-letlres, voient leur nom, par ees mêmes belles-lellres, rendu eélèbre et transmis à la postérité ; et nous ne doutons nullement que votre doctrine, votre mérite et vos travaux ne soient au niveau de cette grande lâche.

« INous accueillerons donc cet ouvrage avec bienveillance, (>t nous vous affirmons que les sentiments de ceux auxcpiels nous avons succédé dans la charge pontificale, nous animent nousmême envers les hommes érudits qui se livrent à de semblables travaux. C'est même pour satisfaire notre propre impulsion que nous aimons grandement à favoriser les belles-lettres, et que nous entourons d'une faveur spéciale tout ce qui peut en augmenter la splendeur.

« Nous avons , pour ce motif , toujours aimé notre ville de Bologne , qui s'est distinguée de tout temps par la culture de toutes les sciences, et j)0ur ce motif encore, nous désirons vivement aujourd'hui que chacun connaisse et admire sou antique gloire, et combien elle a brillé par son enseignement. Pensez donc que non-seulement nous approuvons et favorisons votre travail , mais que nous sommes prêt encore à en agréer, suivant votre expression, les prémices et la dédicace que vous nous offrez; prêt à les défendre et à les couvrir de notre protection. Nous vous encourageons encore à continuer et à terminer votre œuvre, en vous donnant, afin de vous y engager de plus en plus, l'assurance de notre bienveillance pontificale; et aussi parce que vous vous êtes acquis notre affection par votre soumission fdiale et votre respect envers nous. »

XLVIII. — Dans ces tristes jours où la pensée des hommes n'était dirigée que vers la terre et ses futiles plaisirs ; où la vie sublime des hommes consacrés à Dieu était incomprise, méprisée, outragée ; oii l'on déclarait la guerre la plus odieuse à ces saints asiles refuges de la piété, des lettres et des sciences, jusqu'au point de méditer leur ruine entière, l'Italie eut aussi ses Jiéroïnes chrétiennes qui surent fouler dédaigneusement aux pieds les fausses splendeurs du monde, et les échanger contre l'habit humble et obscur et la vie cachée des pauvres du Seigneur. Un tel exemple fut, à Rome, donné au monde surpris par Tillustre princesse Anne Colonna Barberini, veuve du duc Sforza Cesarini, la- II. 7

quelle, après la mort deson époux, entra à Corneto, dans l'ordrede la Très-Sainte-Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, fondé par le vénérable Paul de la Croix, qui alors vivait encore. Elle ne tarda pas à en devenir, par son zèle et par ses vertus , la plus ardente promotrice et le plus bel ornement.

Clément XIV lui adressa, le 25 mai 1771, une lettre (1) remplie de pieux sentiments et des plus touchants témoignages de paternelle affection, pour la féliciter de son triomphe sur le monde, et l'encourager à persévérer dans sa sainte et glorieuse carrière. Il avait déjà écrit, le 9 février, l'admirable lettre suivante (2), à cette illustre femme chrétienne :

« La demande que vous nous faites, très-chère et noble fille en Jésus-Christ, dans la supplique que vous nous avez adressée, nous a démontré plus forten^ent et plus agréablement encore que cette grâce de Dieu, qui vous a depuis longtemps engagée à vous séparer du commerce de ce siècle, continuait à porter en vous de nouveaux et plus abondants fruits de sainteté.

« Déjà, lorsque vous viviez dans l'état du juariage, vous vous faisiez remarquer parmi toutes les autres femmes, par l'exemple brillant des vertus chrétiennes. Conduite, dès lors, par l'Esprit- Saint, vous aviez su apprécier à leur valeur les vanités de ce monde, mépriser ses voluptés et ses pompes frivoles, et tourner votre cœur uniquement vers Dieu et vers les pensées divines. Mais lorsque la mort vous eut enlevé votre époux, plus libre alors , pendant votre veuvage , de vaquer à ces occupations saintes, l'ardeur divine qui vous embrasait et vous faisait éprouver ses transports, commença à grandir chaque jour davantage, dans l'accomplissement fidèle de tous les devoirs que l'humilité et la charité imposent. Et maintenant, la bonté et la miséricorde de Dieu vous comblent de grâces et de bienfaits plus grands encore, et vous montrent la voie par laquelle vous devez marcher à l'acquisition de la perfection et de toutes les vertus. C'est cette miséricorde, en effet, qui a allumé en vous le saint désir de ne plus vivre que pour Jésus-Christ et dans la contemplation assidue de sa passion et de sa mort; ou, pour mieux dire, d'être crucifiée et de mourir avec lui.

« Ayant entendu dire que notre cher fils Paul de la Croix,

(1) Theiner, démentis XIV Episl., elc, x\° 138, pag. 154.

(2) Theiner, loc. cit., n' 126, pag. 138.

i:t KuuurK mkhidionalk. 01)

venait (rinslitiu'r un*- coii^nTgatioii nouvelle , ai)|)roiiv(''e par noire aulorihî a|)osloli(|ue , sous le lilre de la Passion de ÎNolre- Seif;neur Jésus-Clluist, et que, dans notre ville de Conielo, s'était iondé pour les femmes un monastère où devaient s'observer les UK^mes rèyles, animée d'un saint zèle, vous désire/ aussitôt y entrer, y recevoir le saint iiabit et y cacher, en Jésus-Christ, votre vie. Vous nous demande/ donc, connue à votre père, que Jious vous conseillions sur ce point, et, si mms le ju^'cons op- })ortun dans le Seiyneur, que nous vous permettions d'embrasser ce nouveau genre de vie.

« Certes, nous vous l'élieitons, comme il convient de le faire, de cette généreuse détermination, et nous y reconnaissons avec évidence le souffle de l'Esprit-Saint qui vous a inspiré cette résolution et animée dune si grande ardeur. Bien loin donc de comprimer en vous, ou d'apporter le moindre retard à l'accomplissement de ce désir, que nous savons devoir contribuer à augmenter la sécurité et l'avancement spirituel de votre àme, affermir d'une manière merveilleuse les commencements de cet ordre naissant, édifier le prochain, et procurer sans nul doute la gloire de Dieu et l'utilité de son Église, nous nous croyons obligé, au contraire, de vous y encourager de tout notre pouvoir, et de coopérer à une œuvre aussi utile, en vous engageant par nos exhortations, nos conseils, notre protection, notre concours, notre autorité enfin, à accomplir ce dessein généreux que vous avez spontanément formé.

<; Suivez donc, ma chère et noble fille en Jésus-Christ, la voix du Dieu qui vous appelle ; hâtez- vous de voler à ces saintes noces de Jésus votre époux ; entrez dans ce port de sainteté d'où est si facile le passage à la gloire immortelle et céleste. Oui, nous accordons notre bénédiction apostolique au pieux désir qui vous presse de quitter au plus tôt le monde, et d'entrer en religion, et nous avons la ferme confiance que cette bénédiction vous sera un présage de celle que Dieu \ous réserve. Dans le lieu où vous allez être unie à la passion et à la mort de Jésus -Christ, vous vous nourrirez dans le luxe de ses divines richesses; et votre entrée dans cet ordre de religieuses, dont nous venons d'approuver et de sanctionner les règles, contribuera à le faire naitre sous d'heureux auspices.

« Convaincu que son origine doit être attribuée aux desseins de Dieu, nous pensons devoir profiter de la circonstance oppor-

tune qui s'offre à nous, en vous déclarant que notre volonté est non-seulement de vous établir une des premières sœurs de ce monastère, et une des fondatrices et des institutrices de cet ordre naissant, mais encore, en vertu de notre autorité pontificale, de vous en constituer la première supérieure, par ces lettres apostoliques en forme de bref que nous vous adressons ; et dès l'instant de votre entrée dans ce monastère, nous vous imposons ce titre, et vous en déclarons revêtue. Confiant en votre piété et en votre prudence, nous vous accordons et vous conférons la faculté d'accepter les fondations des nouveaux monastères, qui dans la suite seront offertes à votre ordre, et de les y agréger ; et nous croyons que ces concessions et ces faveurs qui vous sont accordées par le saint-siége, ne contribueront pas peu à le répandre et à en augmenter la splendeur.

« Nous ne doutons aucunement que les nouvelles règles sanctionnées, moins par une sévérité impérieuse que par la suavité de votre exemple, ne passent en usage et en coutume parmi vous, et que votre congrégation , semblable à une armée rangée en bataille, ne puisse facilement se maintenir et se conserver toujours dans la beauté de la sainte discipline et de toutes les vertus religieuses. Tel est l'objet de nos plus chers désirs; et par notre autorité et notre bienveillance envers vous, nous aurons soin que jamais notre secours ne fasse défaut à une entreprise et à des desseins si beaux, et dirigés vers la gloire de Dieu.

« A notre tour nous espérons, par les prières assidues de vous et de vos sœurs, et par les vœux que vous adresserez ensemble au Seigneur pour nous et pour toute l'Église, recevoir un secours continuel et puissant qui vienne en aide à notre faiblesse. C'est là, noble et très-chère fille eu Jésus-Christ, ce que nous vous recommandons le plus instamment de faire avec un cœur rempli de zèle et d'ardeur, pour celui qui vous le demande au nom de toute la grandeur et de toute l'étendue de l'amour paternel qu'il vous porte.

« Mais nous pensons ne pouvoir vous témoigner davantage cette immense charité que nous avons pour vous, qu'en vous engageant à ne jamais perdre de vue que toute vertu et toute sainteté, pour être agréables à Dieu, doivent toujours lui être rapportées ; que vous devez , dans la conscience de Finfirmité de la nature humaine, opérer votre salut avec crainte et tremblement, ne vous croire aucune vertu, ne vous décerner aucune louange, et

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(|Uolquc ])ropn'S i\uc vous paraissiez faire dans la voie du Seigneur, n'en rien attribuer à vos propres efforts ni à vos mérites, jiiais, au contraire, inellre en Dieu seul votre confiance, implorer son secours, vous appuyer sur sa lidélité et sa f^arde, et lui rapporter toute vertu, toute sainteté, toute action de grâces et toute louani^e.

« (les sentiments d'humilité chrétienne augnienteroiit d'une manière admirable la sécurité de votre Ame, et lui donneront, dès cette vie mortelle, une joie vraie et solide, dans l'espérance certaine de l'immortalité.

" Et si, quelquefois, ainsi qu'il arrive souvent par la volonté de Dieu, quand il veut éprouver ses serviteurs par les tribulations comme le feu éprouve l'or, si cette joie est enlevée à votre i\me, vous trouverez à cette aridité desprit, et à cette espèce de désolation intérieure, comme une sorte de soulagement dans riiumilité même, et par la force de la patience et l'énergie de votre àme, vous vous unirez h la volonté de Dieu, avec d'autant plus de constance que vous vous sentirez plus privée des consolations du ciel.

« Nous implorons enfin sur vous, ma fille, une augmentation toujours plus abondante et toujours nouvelle de la céleste grâce, et nous accordons dans la plénitude de notre tendresse paternelle notre bénédiction apostolique à vous et à toutes vos sœurs, nos chères filles eu Jésus-Christ, qui vous sont unies et qui, semblables aux vierges prudentes, s'achemineront avec vous, quand il viendra, à la rencontre de Jésus-Christ leur époux. »

XLIX. — Quelle haute et sublime idée Clément XIY se formait de la dignité et de la grandeur de la vie claustrale ! On pourra aisément s'en convaincre en lisant l'allocution suivante, prononcée par lui dans l'église des Saints-Apôtres à Rome , le 1 8 mai de cette année 1771, à l'occasion de l'élection d'un général de l'ordre des Cordeliers, pour exhorter les religieux à faire choix d'un sujet digne de cette charge importante. Puissent ces saints conseils rester à jamais gravés dans l'àme de tous les religieux ! Puissent-ils, dans de pareilles circonstances, les prendre toujours pour guides, se souvenant que, de semblables actes, dépend souvent le salut de leurs ordres, et toujours leur beauté, leur sainteté et leur gloire !

Voici ce document, précieux témoignage de sa vigilance, de sa piété et de sa sagesse :

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« Combien votre aspect nous comble de joie, mes très-chers fils ! Il excite dans notre àme un sentiment d'incroyable bonheur en rappelant à notre mémoire ces jours que, depuis notre jeunesse, suivant avec vous les traces de notre séraphique père, nous passions tranquillement ensemble dans la maison du Seigneur.

« Lorsque le souvenir de cette union qui existait entre nous naguère revient à notre pensée, nous sentons s'accroître encore envers vous les ardeurs de la charité que nous vous avons toujours portée. Notre plus grande consolation et notre plus grande joie est de nous trouver entouré par vous au milieu d'une réunion nombreuse, surtout lorsque, réunis dans l'Esprit-Saint, nous vous vo^-^ons traiter des affaires et vous occuper de soins qui sont d'une si haute importance pour notre ordre.

« Or, que peut -il y avoir de plus intéressant pour vous que la tàcbe si grave et si sérieuse que vous vous proposez d'accomplir dans cette assemblée, en cboisissant parmi vous un homme qui, par l'exemple qu'il devra donner de toutes les vertus, soit aux autres comme un modèle à imiter, et retienne soigneusement toute la congrégation dans la pratique de la vie parfaite suivant l'observance fidèle des règles qu'elle doit suivre.

« Nous savons l'importance suprême et les difficultés de l'acte que vous allez accomplir, et les soins, l'intégrité et l'intelligence que vous devez apporter à le bien faire ; mais nous savons aussi quels sont les sentiments qui vous animent pour les intérêts de votre ordre; et la manière dont vous vous êtes toujours acquittés de ce devoir par le passé, nous est un sûr garant de ce zèle et de cette attention que vous allez aujourd'hui y apporter encore. Nous en sommes d'autant plus convaincu que nous vous connaissons parfaitement et que nous n'ignorons pas quelle est la vertu de chacun d'entre vous.

« Rien, en effet, n'est préférable ni plus sûr que le jugement des bons pour discerner un homme entre plusieurs autres ; et ceux qui, réunis entre eux par les doux liens d'une charité mutuelle, ont une faible opinion d'eux-mêmes et ne s'arrogent rien avec orgueil, ceux-là mêmes sont les plus perspicaces dans l'appréciation de la vertu d'autrui. Voilà pourquoi ni les raisons tirées de l'intérêt privé, ni l'affection personnelle, ni aucun esprit de parti ne pourront vous induire à agir contre votre propre utilité et votre véritable gloire. Pensez que vous aurez parfaitement pourvu aux intérêts individuels, quand vous l'aurez bien fait pour ceux de

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loul le corjjs ; ol que, l()rs(|U(' votre institut sera remjili de doc- IriiK^ et (le la l'orce que donne lu sainteté, alors il deviendra llorissniil et prospère.

« Voilà le sort qui l'attend si vous avez soin de lui choisir j)()ur jfénéral et poui* supérieur un homme (jui soit orné de science, de j^ravilé, de sainteté et de justice ; car il sera facile de hien dirif^or les autres, à celui ([ui aura donné dt\jà le noble exemple de l'humilité et de l'obéissance qu'il leur demande, à celui qui unira la simplicité à la ])rudencc, la fermeté à la douceur, la piété et la religion à riiidulgencc et à une charité sans bornes envers ses frères; qui saura à propos prier et reprendre, exhorter et instruire; qui, enfin, pourra allumer les ardeurs de la Yie spirituelle et faire pénétrer dans tous les cœurs cette beauté de vertu qui brillait dans l'instituteur et premier père de leur congrégation.

« C'est une grande chose, une chose rare assurément, que de trouver réunies en un seultoutes les qualités que nous demandons pour rem])lir une si haute charge ; mais l'élu pourra s'appuyer sur les grands et magnifiques exemples donnés par ceux qui ont déjà brillé dans ces fonctions, et suivre les traces de celui-là même que nous avons aujourd'hui sons les yeux et que nous entourons de toute notre considération et de tout notre amour, à cause de la noble conduite qu'il a tenue pendant la durée de son ministère.

« Que le futur supérieur les imite donc, ses illustres devanciers, et qu'il rappelle par ses œuvres les œuvres de ceux qui l'ont précédé. Qu'il se propose surtout et qu'il contemple sans cesse, comme la lumière brillante qu'il doit suivre, tous les actes et les enseignements de notre séraphique père ; mais qu'il clierche plus encore, et qu'il invoque le secours du ciel , qu'il prenne pour son refuge Dieu lui-même, auteur de toute sainteté et de tous biens; car c'est lui seul qu'il doit servir, et c'est sa cause qu'il doit seule défendre. Qu'il se fortifie de la protection de celui qui donne largement la puissance d'accomplir ce qu'on lui demande, quand on se confie uniquement en son secours.

« Celui donc , mes chers fds , que vous croirez le plus apte à suivre cette voie, pensez que c'est celui-là même qui vous est indiqué par le Seigneur et celui que vous devez choisir. Faites que vos âmes soient excitées et embrasées par le souvenir divin dont nous célébrons aujourd'hui si à propos la mémoire, le souvenir du Saint-Esprit descendant des cieux et enflammant les cœurs des

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apôtres ; et ne prenez que lui pour conseil et pour guide en déposant vos suffrages.

« Accordez cette demande à nos prières ; augmentez, par ce témoignage actuel de votre vertu , la haute opinion que nous en avons déjà et la grande bienveillance que nous ressentons pour vous. Depuis longtemps nous la sentions augmenter et se fortifier de jour en jour davantage, et depuis que nous avons été, par la volonté de Dieu, élevé, quoique indigne, au pontificat suprême, il nous a semblé qu'elle se développait à proportion que notre pouvoir s'était accru, pour nous combler de grâces et de bienfaits. Faites donc en sorte que nous puissions reconnaître, par le choix que vous allez faire , que nous avons bien placé en vous ' notre bienveillance et la suprême charité de notre cœur paternel.

'< De notre côté, nous promettons de récompenser votre piété filiale, et nous vous affirmons à notre tour que votre nouveau général trouvera toute espèce de protection en nous et dans le saintsiége apostolique, et qu'il éprouvera, de notre bienveillance, tous les effets qui pourront servir à accroître la splendeur de votre ordre, et à développer en lui l'esprit de doctrine et de sainteté. »

Le digne et pieux père Louis-Marie Marzoni, Milanais, fut à la suite de cette allocution élu général de son ordre.

,L. — La réunion du patriarche des nestoriens, nommé Marc Siméou, à l'Église catholique fit éprouver au souverain pontife une grande consolation. Ce prélat renonça avec tout son clergé aux erreurs de Nestorius. Ses évèques suffragants, au nombre de six, abjurèrent la même erreur; ce furent ceux de Salamast, Gelvi, Gaver, Beroari, Costroava et Sciamestiu ; le clergé inférieur et les fidèles suivirent leur exemple.

Clément XIV annonça, dans le consistoire du 17 juin 177 1 (1), ce glorieux événement au sacré collège, et en exprima, dans des lettres particulières (2), sa joie au patriarche et aux évoques, les exhortant, en même temps, à demeurer fidèles à leur union aAcc la sainte Église romaine.

(1) Tlieiner, démentis XIV Epist., etc., n° 141, pag. 156.

(2) Tlieiner, loc. cit., n°' 131, 139, 154, IGO, pag. 145, 155, 175, 187.

jifrnii'f' «IcH JcHiiileN.

LT. — En France, les amis des jésuites attachaient les plus brillantes espérances à la chnte de Choiseul, et en auguraient pour la société nue prochaine victoire, A'ictoire à laquelle était attaché, prétendaient-ils, le salut de toute l'Europe.

Tls eurent même la simplicité d'entretenir le pape de semblables naïvetés ; mais l'esprit pénétrant et lucide de ce grand pontife ne s'en laissa nullement éblouir, et il sut apprécier à leur juste valeur ces vaines espérances. Une lettre qui lui fut écrite de Paris, le 7 janvier 1771, par un de leurs organes, le seigneur du Pinier, nous montre clairement combien ce parti manquait essentiellement de perspicacité , et même des premières notions du sens commun ; cette lettre servira d'introduction au présent article.

Dans le préambule, ce seigneur s'excuse d'annoncer au pape le glorieux changement opéré eu France par la chute de Choiseul, et qui allait rendre au monde non-seulement la paix religieuse, mais encore la tranquillité politique. 11 continue en ces termes : « Cet événement vient de prouver à Votre Sainteté que nous (les jésuites et lui) ne parlions pas en aventuriers. Après deux ans de résistance de la part du plus intrigant des hommes (Choiseul), il a subi le juste et très-modéré châtiment de ses forfaits. Le roi a dans les mains des preuves irréfragables qui démontrent, par écrit, que son ministre vouloit : 1° mettre l'Europe en feu, pour se rendre nécessaire, et conserver sa place aux dépends , s'il le falloit, de plusieurs millions d'hommes, et des nations ; 2° soute-

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noit, contre son maître et contre l'autorité monarchique, les magistrats iactieux et républicains ; 3° étoit le ressort général et le premier moteur de la pci'sécution antijésuitique. On travaillera efficacement à dévoiler de plus en plus ce mystère d'iniquité et à démasquer les correspondants qu'avoit notre boute-feu dans les diverses cours étrangères. Des pacquets sont en cliemin pour Vienne, ou il avoit redoublé ses efforts. Sous peu de jours on fera passer à Madrid des lumières. Le Portugal ouvre les yeux.

« C'est le moment, Très-Saint Père, de remercier très-humblement et de féliciter de tout le cœur Yotre Sainteté de ce quelle a déjà fait par ses sages et nécessaires délais. On la conjure de temporiser plus que jamais, et de résister à toute instance contraire au bien de la religion et du saint-siége. On croit pouvoir lui répondre de faire diminuer et ensuite cesser ces importunités. On répète que nous avons les plus justes et les plus solides desseins pour tout ramener au point désiré par le vicaire de Jésus-Christ. Au nom de ce Sauveur adorable , dounés-nous du temps et sojés convaincu, Très-Saint Père, que ce ne sont point ici des écrits fruits de l'intrigue , mais la voix des catholiques et des François les plus distingués par leur rang et les plus connus par leur dévouement inviolable pour la cliaire de Pierre , ainsi que par la vénération profonde dont ils sont pénétrés pour Votre Sainteté personnellement. »

Les protecteurs de la société à Rome partageaient ces frivoles espérances : « Depuis les changements que le roy a jugé à propos de faire à la cour , » mandait Bernis au duc de la Vrillière, le 16 janvier 1771, « les partisants des jésuites affectent de répandre que cette société n'a plus rien à craindre, et la ville de Rome presque entière s'attend à la restitution d'Avignon. »

LU. —Quel fut Fétonnement de ce cardinal, qui, pendant quelque temps, avait ajouté foi lui-même aux espérances exagérées des amis de la société , lorsque , dans la première dépêche que lui adressa le duc de la A'rillière, nouveau ministre intérimaire, dès le 25 décembre de l'année précédente , il reçut l'ordre exprès de pousser l'affaire de la suppression avec plus de vigueur que jamais, et d'appuyer sur ce point tous les efforts de la cour d'Espagne. Le même ordre lui fut encore donné le 15 janvier de cette année 1771.

L'ambassadeur se conforma donc à ses instructions, et continua ses démarches avec son habituelle modération et en excusant tou-

HKS jf;siiiTi:s. 107

jouis le papo des rclardH (pi'il npportiùL à satisfaire ces cours. Parloul il se montre judicieux observateur de la marche de cette <|ueslioii, i't (pioi(|u'il n'eût plus entre les mains tous les lils de celle nét^ociation ([uavait déjà assumée ri']s|)agne , il s'eflorça nol)Iement de se poser eu f^'éuéreux médiateur entre le saiutsi(''i;e et les cours, et sj)ccialement pour modérer l'ardeur de plus eu plus vive et toujours croissante du monarque espagnol.

« Le ministre de Portugal , » mandait-il, le "23 janvier 1771, au duc de la Vrillièrc, « continue à se lier aux. promesses du pape, l'archevêque de Valence a la même confiance; pour moy, qui n'entre plus dans l'alfaire des jésuites que pour appuyer les démarches des Espagnols , je pense que le pape a eu différents projets, qu'il ne s'est arrêté encore à aucun , et que, résolu de tenir sa parole (si on le veut absolument), il cherchera à éloigner autant qu'il pourra un dénoûment dont il craint les suites et les conséquences. Les personnes que Sa Sainteté a mises autour d'elle luy sont attachées à la vérité, mais elle ne trouvera, près de ces mêmes personnes, ni des ressources ni du courage. »

Et pour faire connaître la position du saint-père , il ajoutait :

« En général, le pape est aimé du peuple , et l'on soupçonne que bien de gens icy voudroient luy enlever cette affection. Les cardinaux sont mécontents , et la haute noblesse souffre d'estre sous les loix d'un simple religieux qui, eu montrant des égards extérieurs à tout le monde, fait sa volonté et ne met dans les places que ceux qu'il connoît et qu'il estime. La modération du saintpère et sa fermeté le feront dans la suite respecter universellement. Comme il s'occupe sans cesse du bonheur du peuple, il en sera toujours aimé ; il ne manquera plus au pape que de conserver l'amitié et la confiance des grandes couronnes : il est vraisemblable qu'il ne perdra jamais de vue un point si capital. Il en paroit toujours égallement occupé. »

Lin. — Le 26 février 1771, le cardinal-ambassadeur donna à sa cour des renseignements très-importants au sujet du retard apporté à la publication du célèbre molu proprio, au sujet de la société déjà supprimée dans les États bourbonniens, et sur le véritable auteur du mémoire que le roi d'Espagne avait, en cette occasion, envoyé au pape ; il démontra en même temps combien juste et prudente était la conduite jusqu'ici tenue par ce dernier. Il avait déjà communiqué ces renseignements au duc de Choiseul, mais jamais avec une telle précision.

« J'ai appris, » c'est ainsi qu'il s'exprime, « qu'il y a trèslongtemps que le bref motu proiwio , quand à l'Espagne , les Deux-Siciles et l'Estat de Parme, estoit en estât d'estre envoyé à ces différentes cours , mais qu'on avoit mis dans la tète de Sa Sainteté qu'en expédiant ce même bref il ne pouvoit se dispenser, deux mois après , de donner la bulle de la suppression totale de l'ordre des Jésuites ; que cette nécessité avoit allarmé le pape, n'estant point d'accord avec la cour de Vienne sur cet objet, non plus qu'avec le roy de Sardaigue, de Pologne, les princes d'Italie et d'Allemagne, et n'ayant pu prendre jusqu'à présent les précautions nécessaires pour que ce coup décisif n'excitât point de trouble et ne dérangeât pas l'ordre des études. La manutention des séminaires, de divers autres établissements, ainsi que des missions ; tous ces objets sont essentiels, et il faut avouer que le pape seroit bien imprudent s'il s'estoit exposé à mettre tout en confusion sans avoir préparé les moyens de rétablir l'ordre nécessaire.

" Je sais par le cardinal Marefoschi que Sa Majesté Catliolique a communiqué au pape les motifs sur lesquels elle demande en première instance l'envoy du bref ou motu proprio, et le plustôt possible l'extinction totale de l'ordre des Jésuites.

« Le premier motif est la sédition de Madrid, dont le roy d'Espagne est persuadé que les jésuites sont les auteurs.

« Le second, la mauvaise morale et doctrine qu'ils ont enseignée dans ses États.

« La troisième est la persécution qu'ils ont exercée dans tous les temps contre les plus saints évêques et personnages de la monarchie espagnole.

« Tous ces motifs sont appuyés par des lettres authentiques de quarante évêques qui concluent tous sur la nécessité de la suppression entière des jésuites. C'est-là une réclamation qui équivaut à celle qu'auroit pu faire un concile national assemblé en Espagne. Sa Majesté Catholique , au surplus, a mis sous les yeux du pape le tableau de l'application qui a esté faite dans sa monarchie des biens appartenant aux jésuites; en sorte qu'à tons égards le pape est en estât de prononcer selon les règles canoniques, tant sur la suppression des jésuites en Espagne que sur l'usage qui a esté fait de leurs biens.

« Il est certain que, d'après le droit commun, il ne devroit y avoir aucune exemption en faveur des religieux de la juridiction des évêques ordinaires, mais, depuis un grand nombre de siècles.

ni'S JÉSUITES. H)\)

le conscnlcMiiriil lacile do l'K^Misc universelle a laissé jouir les papes de eellc juridiction, l/opinion à Honii; est que \v, paj)e peut seul disposer des hieus des reli«;ieux. dette maxime jx-ut (Hre \raye (juaud aux listais du pa|)e, elle ne l'est pas pour les pays non soumis à sa domination temporelle (I); mais il est constant qu'en boiuu' rèi^le le |)ape doit être eonsulté sur l'employ des biens des religieux exempts, puisque, par la discipline universelle, le saint- père exerce sur eux une vraye juridiction. Il résulte de là (juc (élément Mil ayant pris des partis violents et injustes tant sur les jésuites ([u'en général sur les affaires qui ont des rapports avec celles de l'Église, on a esté forcé en France, en Espagne et ailleurs d'agir sans son concours ; mais il n'en est pas moins à désirer que tout ce qui s'est passé à cet égard puisse estre approuvé par le souverain pontife, et que , sans déroger à nos maximes et sans favoriser celles de la cour de Eome qui leur sont opposées , on parvienne à réunir le concours de l'autorité des deux puissances, aflin d'écarter toute ombre de scrupule et d'étouffer tous les germes d'aigreur , d'animosité et de ressentiment qui, dans un temps ou dans un antre, pourroient troubler la parfaite harmonie qui doit régner entre le sacerdoce et l'empire. C'est à ce but désiré réciproquement que le pape aspire, et auquel il ne me paroit pas impossible de i)arvenir , le saint-père estant aussi raisonnable qu'il est, et ayant de la confiance en moy . Le cardinal Marefoscbi, par ses ouvertures, m'a donné en dernier lieu plus de lumières que je n'en avois sur tous ces objets , et il m'a même dit que le pape espéroit que je voudrois bien le guider pour tout ce qui auroit rapport à la France, me croyant aussi incapable de sacrifier les droits de la couronne de mon maître que d'aviUr et compromettre la dignité pontificale ou de luy faire perdre ses droits légitimes. »

11 revient encore sur ce sujet le 6 mai 1771, et fait observer au ministre que l'Espagne et Kaples ue cessaient de pousser le pape à en venir enfin à la suppression désirée :

« Sa Sainteté, » dit-il , « m'a ajouté qu'elle n'avoit pas voulu opérer plustôt pour ne pas faire croire (ainsi qu'on l'avoit dit) que son élection avoit dépendu d'une promesse faite de supprimer

(1) Cet ouvrage «^tant purement historique, il ne pouvait entrer dans le plan de l'auteur de réfuter toutes les erreurs et idées fausses contenues dans les dépédies de gens imbus, pour la plupart, des maximes gallicanes, et peu versés, comme il parait que l'était le cardiual-ambassadeur lui-même, dans les connaissances canoriiqnes. — Noie du Traducteur.

les jésuites , ni qu'on put l'accuser ,• luy religieux , de détruire une société religieuse sans y avoir apporté le plus sérieux examen. Il sera très-aisé d'oster tout courage au pape si on le tourmente et si l'on se défie de luy. »

Cette sage réflexion du saint-père démontre une fois encore la sainteté de sou élection aussi clairement que la pureté de ses vues dans cette affaire délicate, et couvre d'une honte éternelle ses calomniateurs.

LIV.— Les amis des jésuites, infatigables comme eux, s'efforçaient d'accréditer à Paris, et surtout parmi les grandes dames, l'opinion de leur prochain rappel. Ils le firent même avec une telle et si pompeuse assurance, que le roi d'I'^spagne prit peur, et demanda gravement des éclaircissements sur ce point au cabinet de Versailles, faisant dire catégoriquement à Louis XV que, si jamais les jésuites étaient rétablis dans son royaume, il considérerait le pacte de famille comme rompu : « Par cette raison , » mandait le nonce apostolique , dans une dépèche secrète du 14 mai, adressée au cardinal secrétaire d'État, « j'ai dû moi-même réfuter ce bruit et en montrer le ridicule, ainsi qu'il le mérite et qu'il est traité par tout homme raisonnable. Jai voulu donner ce renseignement à Votre Éminence, afin de prévenir les bruits contraires qui pourraient arriver jusqu'à Rome. Je nai pas besoin d'ajouter que ces bruits sont dénués de toute vraisemblance et qu'ils n'ont pas le moindre fondement, quoiqu'on ait affirmé dans la haute société, surtout parmi les grandes dames, et même parié que le rappel des jésuites aurait prochainement lieu. »

Une succession de dépêches adressées par le cabinet de Versailles à l'ambassadeur de France à Rome , nous montre quelle était la grande maladresse politique de ce parti , qui se vantait d'être le seul possesseur des secrets de l'Europe et de gouverner les cabinets des princes, et combien peu il connaissait la marche des événements.

« Le changement qu'il a plù au roi de faire dans le département de ses affaires étrangères , » mande le duc de la A'^rillière à Remis, sous la date du 12 mars 1771 , « n'a apporté aucune variation dans ses sentiments et ses dispositions par rapport à l'affaire des jésuites, et Votre Éminence peut en donner les assurances les plus positives au pape , à M. le cardinal Orsini et à M. l'archevêque de Valence.

« L'édit du mois de novembre 1704, par lequel le roi a or-

Di:S JÉSIiTRS. 1 1 1

(lomic que la sock'tr do ces r('li<i;i('.ii.\ ii'oul plus lieu dans ses l'ilals, 11(1 coiilieut d'auli'cs disposilioiis (jiie la (XTinissiou (jue Sa Majesté ieui" aeeorde en nu^nie leuips de vÏMe eu particuliers dans sou ro^auuie, sous l'autorité spirituelle des ojdinaires des lieux, eu se eoniportaut eu toutes choses eomine ses bous et fidèles sujets. Telle est la loi que Sa Majesté a fait |)ublier et enregistrer dans ses parleiiieuts, et dans laquelle il n'est nullement question de nullité des vœux des jésuites, sur lesquelles le roi n'a jamais prétendu rien prononcer.

' Le roi dllspagne, après avoir chassé l;i société de tous les pays de sa domination , a cru devoir demander au pape son entière desti-uction, et Notre l^^miuence sait que le roi , par complaisance |)our les intentions du roi son cousin, autorisa Votre l:lminence à remettre un mémoire au souverain pontife pour lui faire la même réquisition. La négociation , sur cet objet , a été absolument abandonnée ensuite à la direction du roi d'Espagne, et le roi a prescrit à V^otre Éminence de se borner à appuyer de son concours l'exécution des ordres de la cour de IMadrid.

« Voilà à quoi se réduisent les instructions qui ont été adressées à Votre Éminence et dont elle ne doit pas se départir. »

Le 0 avril 1 77 1 , le même ministre écrivait encore de Versailles :

► La négociation concernant les jésuites est entre les mains de l'Espagne, et nous ne sommes pas plus instruits que Votre Émi- Jience de l'état actuel où elle se trouve. Le pape donne à ces religieux des mortilicdtions fréquentes, mais nous ne voyons encore rien qui annonce l'accomplissement des promesses de Sa Sainteté pour leur destruction. »

11 s'exprime encore plus clairement, le 30 du même mois, dans la dépêche suivante :

« On ne peut mieux saisir les intentions du roi et s'y conformer plus exactement que Votre Eminence le fait , par raport à l'affaire des jésuites. Votre Éminence doit continuer à se maintenir dans un juste milieu entre un silence absolu qui pouroit inspirer des soupçons et de la défiance à la cour de Madrid sur la sincérité de nos dispositions, et une sage circonspection qui ne puisse pas déplaire au pape et qui persuade à l'Espagne que nous agirons de concert avec elle, mais que nous n'irons, sur cet objet, ni plus loin ni plus vite qu'elle ne veut aller cllc-mèmc. ^ous pensons , comme Votre Eminence , qu'il est plus convenable à tous égards de s'en raporter aux promesses du pape que d'oc-

il2 (1771) AFFAIRE

casionner quelque éclat fâcheux en exigeant par des menaces leur accomplissement. »

LV. — La conduite lente mais méthodique du pape au sujet des jésuites aurait dû, à elle seule, suffire pour détromper leurs amis des extravagantes espérances qu'ils avaient conçues. Monseigneur Marefoschi, sur ces entrefaites, fut promu au cardinalat et investi de la dignité d'archiprêtre de la basilique de Saint- Jean de Latran, poste devenu vacant par la mort du cardinal de Neri Corsini ; le pape lui conféra en même temps le droit d'inspecter tous les séminaires qui, dans l'État pontifical, se trouvaient dirigés par les jésuites. Le saint-père forma, au mois d'avril, une congrégation de cardinaux alin , disait-on , d'examiner l'état financier du séminaire romain, qui, comme on le sait, était alors dirigé par les jésuites. Celte môme congrégation devait encore chercher les moyens de remédier à la décadence des études théologiques de cet institut, comme, en général, à plusieurs autres abus qui s'étaient glissés dans la direction des élèves. Les cardinaux d'York et Colonna furent adjoints à Marefoschi dans cette congrégation, dont monseigneur Carafa Colombiano était le secrétaire.

Bernis, au sujet du cardinal Colonna, écrivait à sa cour, le 21 avril : « Il aime les jésuites , mais c'est un homme vertueux qui ne se refusera jamais à ce qui sera de justice. »

Cette démarche du saint-père fit à Rome une sensation profonde; il alla cependant plus loin encore.

Les jésuites , dans les collèges anglais , irlandais et écossais , avaient ajouté d'autres obligations à celles déjà imposées en vertu du serment que les élèves de ces établissements étaient obligés de prêter, et par lequel ils s'engagaient à retourner dans les missions de leur patrie, à dépendre en tout du saint-siége, de la congrégation de la Propagande et de leurs évèques respectifs. Les jésuites avaient ajouté, disons-nous, à ces obligations celle de dépendre encore du général delà société de Jésus. Cette innovation, qui pouvait et devait nécessairement amener des collisions fâcheuses , était, eu outre, une violation flagrante de ce même serment imposé par Urbain YIII à tous les élèves des collèges pontificaux étrangers , et dont personne autre que le saint-père ne pouvait dispenser. Clément XIV défendit , avec raison , cette innovation illicite et rétablit l'ancien serment dans son intégrité première. Il ne faisait en cela que renouveler les dispositions antérieure-

DKS JKSUiTES. H 3

iiu'iit, prises |tar lU'iioil \IV au sujet (lu collcj,'c rulhcnicn de NN iliia, Idjucl était aussi dirigé par les jésuites.

Le saiiil-|)ère supprima un autre ahus (pii s'était encoro iulroduitdansees nu^iues colléiies, ahus (jui, tout iiinoeeut (pi'il lïit (^u soi, était de nature, eependant, à pouvoir tourmenler la conscienee des séminaristes. Une coutume étranf;e y avait prévalu : c'était (pie les élèves ue pussent se conlesser (ju'aux seuls membres de la soeiélé de Jésus. Le pape lenr rendit l'ancienne liberté de pouvoir choisir un conlesseur à leui" i;ré, pourvu (ju'il IVit approuvé, sans avoir égard s'il était jésuite , prêtre séculier, ou religieux dans (juel([ue congrégation que ce fût.

J.cs ambassadeurs des cours bourhonnicnnes ne manc[uèrcnt pas de communiquer à leurs souverains respectifs ces mesures du pape, et de les saluer avec transport comme de sûrs avantcoureurs de la prochaine suppression de la société. Personne n'en témoigna une joie plus vive que le cardinal de IJernis, lequel profita de cette occasion pour conjurer les cours, et la sienne en I)articulier, de donner au pape, à partir de ce moment , la plus entière confiance, et d'éviter toute occasion de l'afiliger par d'inopportunes instances, lesquelles, disait-il, pourraient facilement exercer sur la santé délicate de Sa Sainteté une pernicieuse inlluence : « Le pape, » mandait-il le 29 mai, « dit dimanche passé au cardinal Orsini. au sujet de la visite que Sa Sainteté a ordonnée pour le collège des Hibernois et pour le séminaire romain , qu'on lui donnât du temps et qu'on le laissât faire, cj^u'on verroit qu'il rempliroit exactement toutes ses promesses. Eu effet, il paroit (jue le souverain pontife veut procéder dans l'affaire des jésuites dans toutes les règles, ne décider que par ses propres lumières, et d'apprés des faits dont il se sera procuré juridiquement la connaissance; en cela, Uparoit vouloir éviter également le risque de faire quelque injustice et le reproche de s'estre déterminé dans une affaire de cette nalurc, ou par des sentiments de coinplaisance, ou par des vues purement politiques, »

Et le 12 juin il ajoute : « La santé du pape paroit bien rétablie. Tl est sujet aux vapeurs et à une humeur dartreuse qui se porte à la peau et qui menace l'intérieur, le régime qu'il observe, l'exercice qu'il fait, sa bonne constitution, peuvent le faire vivre longtemps; mais il ne faudroit pas (|u'il eut de violents chagrins, car il a les nerfs délicats et une bile qui s'enilamme aisément et dont il concentre autant c[u'il peut au dedans de luy-mcme l'efferves- IL 8

ccnce. Si la cour d'Espague venoit à le presser trop vivement sur l'affaire des jésuites, je ne répondrois pas de la santé du pape, né vif et trop sensible. »

Il s'exprime d'une manière plus significative encore le 26 du même mois de juin 1771, dans une dépêche adressée au duc d'Aiguillon au sujet des nobles sentiments qui, dans l'affaire des jésuites comme dans toutes les autres, étaient le mobile des actions de Clément XIV :

« Plus le pape, » dit-il, « me permet de lire dans son âme, plus la vénération que j'ay pour ses vertus augmente. Il déteste le fanatisme, il aime la paix , la justice et la modération ; personne n'est plus instruit que luy des intrigues pour et contre les jésuites, soit à Rome, soit en France, en I]spague , en Portugal, et dans toute l'Europe. Il blâme de part et d'autre les passions qui animent les deux partis. Il s'intéresse très-particulièrement au repos de l'Église de France, et il me disoit l'autre jour à ce sujet : que la fermeté avec laquelle le roij avoit soutenu son autorité ne luy faisoit pas craindre que Sa Majesté peut renoncer à la bienfaisance et à la modération qui luy sont naturelles; qu'il désiroit que le roy fut toujours l'idole de ses sujets, même en les faisant ressouvenir qu'il est leur maître, et que surtout il espéroit que Sa Majesté empêcheroit que les dispenses élevées au sujet de la bulle Unigenitus ne se rallumassent dans son royaume. Le pape est très-occupé de cet objet, parce qu'il pense que l'Église ni la religion n'ont rien à gagner aux disputes , dont le zèle trop ardent ou l'intrigue abusent toujours pour troubler la paix ou rompre l'union. »

LVI. — De son côté. Clément XIV cherchait à acquérir la confiance et l'affection des ambassadeurs des cours. 11 avait, avec raison, accordé la plus grande confiance à celui de la cour de Versailles, soit par un sentiment d'affection et pour le défendre contre ses ennemis qui cherchaient sans cesse à le renverser et le perdre, soit par reconnaissance , parce que ce cardinal , ainsi que nous l'avons déjà fait observer, et que nous ne cesserons de le redire à son honneur, se posait toujours comme médiateur conciliant entre le pape et les cours.

Ses conseils et son affection étaient pour l'àme affectueuse et sensilîle de Clément XIV un véritable besoin , et ce n'était, de la part de Bernis, ni vanité ni exagération de parler à sa cour de sa position vis-à-vis du pape de la manière suivante :

DES JltlSUlTKS. H5

'< 1i(?s nouvelles (|ui arriveiil de l'aris depuisquoNiue temps, .. dil-il, « loiil eroire dans ee pa)'s-ei (pie mon séjour à Honie ne sera pas lonj». Le pape m'a umulré à eet égard de l'inquiétude el la pins jurande hoiilé. Il est nécessaire (jue le roy soit instruit des sentiments de Sa Sainteté. Klie m'a assuré avant-liier qu'elle ne croyoit avoir de véritable appuy en ce monde (pie par l'amitié du roy et de Sa Majesté (iatholique; ([ue cette amitié dé- ])endoitl)eaucou[) de la sagesse, de la droicturc et des bonnes intentions des ministres de ces deux princes; qu'elle avoit pcmr moy la tendresse la plus sincère et la {)lus entière conlianee; que j'avois su i^agner les Cd'urs du sacré collège, de la prclature, de la noblesse, et en t^éiiéral du public ; que toutes les alTaires de la J*'rance et celles de la religion, prendroient, en toute occasion, une bonne tournure sous ma direction ; (jue quoiqu'elle ne doutât point que Sa Majesté ne tint toujours à envoyer un ministre sage et éclairé, elle ne pouvoit que craindre mon successeur, parce qu'il n'auroit jamais l'avantage que j'ay de la connoitre et d'opérer d'après le caractère et le génie des Romains. »

La cour de Versailles elle-même partageait entièrement la manière de voir du cardinal de Bernis : « 11 n'y a, » lui écrivait de Versailles, le 7 mai 177 1 , le duc de la Vrillère, « aucun fondement aux nouvelles qui annoncent le prochain retour de Votre Éminence en France, et elle peut tranquilliser entièrement le pape à eet égard. Le roi est trop satisfait des services qu'elle lui rend à Home, où elle jouit de la plus grande considération, et oii elle s'est concilié, aux titres les plus légitimes, l'estime, l'amitié et la confiance de Sa Sainteté, pour penser, dans les circonstances présentes, à employer ailleurs les talents supérieurs et le zèle de Votre Éminence. Elle doit, en conséquence, continuer dans une pleine sécurité à donner au roi de nouvelles preuves de son respect et de son attachement à sa personne , et travailler avec la même assiduité à entretenir la paix de l'Église et la plus parfaite intelligence entre Sa Majesté et le saint-siége. Le roi a vu avec beaucoup de plaisir les sentiments que le pape a si bien exprimés à Votre Éminence à cet égard , et Sa Majesté y répondra toujours par un retour inviolable de tous ceux qui l'attachent à l'Église et au digne chef qui la gouverne. »

LVIL — A peine eut-on appris ofiiciellement la nominalion du duc d'Aiguillon comme chef du cabinet, que les amis des jésuites conçurent des espérances plus brillantes t^ue jamais, et considé-

rèrent cet homme, qui ne devait, comme tout le moudc le sait, son élévation qu'à la Du Barry , — laquelle n'avait rien de bon que son attachement à la société de Jésus, — comme le réparateur depuis si longtemps attendu qui devait relever de ses ruines la compagnie expirante.

Le seigneur du Pinier, dont nous avons déjà parlé plus haut, organe du parti des jésuites, emboucha de nouveau la trompette pour sonner la victoire, et annonça au pape, en lui recommandant le plus profond secret , le 14 mai, cet heureux événement comme le terme infaillible et sûr de toutes les afflictions et douleurs du saint-siége, de FÉglise et du monde chrétien : « Je me hâte, Trés-Saint Père, » ainsi écrit-il dans une lettre remplie de la plus vive allégresse, et écrite en français douteux même pour ce temps-là , « je me hâte , Trés-Saint Père , d'informer Votre Sainteté, dans le plus grand secret, que mes amis et moy nous sommes occupés à la rédaction d'une déclaration du roy des plus favorables à la religion et à l'Eglise, Le projet est actuellement sous mes yeux. Sous ce nom d'amis, j'ose comprendre ce qu'il y a de plus éminent dans Vepiscopat, dans la robe, et même dans le ministère. Si la pièce passe au conseil, comme nous nous en flattons, Votre Sainteté aura tout lieu d'en être contente. Nous étendons, s'il se peut, le remède à touts les maux, sur lesquels gémissent les fidèles depuis si long tems. Je dois avoir accusé assez juste dans mes lettres précédentes sur des opérations aussi importantes qu'inattendues pour que Votre Sainteté donne une entière créance à ce que j'ay l'honneur de lui marquer aujourd'hui. Je n'ignore aucuns des assauts qu'on a livrés de toutes parts à A^otre Sainteté dans les commencemens orageux de son pontificat. Quoique le plus petit de vos enfans, je crois vous devoir un peu de consolation. Jamais le roy ne fut mieux intentionné ni mieux entouré. Son exemple influera dans toute l'Europe comme pour déjouer les menées de l'indigne ministre, dont il a enfin purge sa cour. »

Clément XIV ne put s'empêcher, sans doute, comme la première fois, de sourire de pitié en présence de l'aveuglement d'un parti qui, malgré ses défaites, trouvait encore de si hautaines paroles.

Les jésuites firent, même à Paris, auprès du roi, de semblables tentatives, espérant être appuyés par le duc d'Aiguillon : « Dans ce premier moment (delà chute de Choiseul), ^ ainsi s'exprime

T)F,s .n::suiTES. 1 17

le comlo ^]o Sainl-rriost (I ), (r.ipiTs un nii'iiioiic «les ji'suilcs conserva aux archives des alïairesélran^èiesde l'raiice, « rexallalioii de la société passa toul<^ mesure; clic rôva, non pas son rdtablisseinenl, mais son Iriomplie, el se prépara à la vengeance. Bien insIriiiLe de la liaiiie, du duc d'Aiguillon pour son prédécesseur, elle résolut de l'exploiter. Un mémoire fut inunédiatcmcnt présenté à Louis \V. Les jésuites s'y exprimaient en termes trèsrespectueux pour le roi; ils se prosleinaienl en esprit à ses pieds^ mais ils n'épargnaient ni le dernier ministère ni le pape lui-même ; ils peignaient Sa Sainteté entourée d'une cabale el entièrement suhj u(j lire par ses jrrestiges. Après avoir yanté leurs services et protesté contre l'iniquité de la persécution qu'ils enduraient, ils demandaient la mise en jugement d'un abbé Eéliardy et d'autres agents subalternes du duc de Choiseul ; ils chercliaient à arriver jusqu'à l'ancien ministre lui-même, dans l'espoir de lui faire in^ tenter un procès criminel. >

Tout porté que le duc d'Aiguillon eût été peut-être à entrer dans ces vues, il ne l'osa pas cependant par égard pour le roi d'Espagne, et il trouva plus opj)ortun de suivre, dans la question des jésuites, les mêmes errements que son prédécesseur, quoique cependant avec moins d'intelligence, et surtout avec moins de modération et de compassion pour cette société.

Dès le 18 juin 1771, il mandait au cardinal-ambassadeur, dans une dépêche datée de Marly : « Je suppose que le public est enfin desabusé à Rome de la fausse nouvelle qu'on a affecté d'y répandre, du prochain retour de Votre Éminence en ce pays-cy. Elle sert le roi avec trop de capacité et trop de zèle , et sa personne ainsi que son ministère sont trop agréables au saint- père, pour que Sa Majesté pense, dans les circonstances actuelles, à employer ses talents ailleurs.

Sa Sainteté ne varie point dans les assurances qu'elle a données par raport à l'affaire des jésuites ; les moyens qu'elle prend pour la terminer sont méthodiques, et entraînent nécessairement beaucoup de longueurs ; mais le roi d'Espagne paroit être parfaitement d'accord avec elle sur la conduite qu'elle continue d'observer sur cet sujet. Nous sommes, à cet égard, dans la même sécurité, et nous ne cherchons point à pénétrer les intentions secrètes du pape. Au reste, cette négociation étant soumise à la direction de

(1) Histoire de la chute des Jésuites,'pàg- 132.

H 8 (1771) AFFAIRR

Sa Majesté Catliolique, le roi persiste invariablement dans la résolution de borner les démarches de Votre Éminence à agir conformément aux ordres que M. l'archevêque de Valence recevra de sa cour. »

Le 25 du même mois, il lui écrivait encore dans le même sens, et manifesta aussi son opinion au sujet de la bienveillance dont le pape honorait les prélats amis des jésuites : « L'affaire des jésuites me paroit être toujours dans la même obscurité. Les procédés du pape, devenus plus aimables à l'égard des prélats qu'il sait leur être favorables, peuvent avoir pour motif, ou de les préparer à la résolution violente qu'il scroit disposé a prendre contre ces religieux, ou peut-être de les rassurer sur le sort de la société. Quoiqu'il en soit , l'événement nous apprendra à quoi nous en tenir sur cet objet. Votre Éminence sait que le roi ne prend directement aucun intérêt personel a la négociation. Ce n'est que par complaisance pour Sa Majesté Catholique qu'il a demandé au pape l'extinction des jésuites, et il a laissé à ce prince le soin de faire à Rome les démarches qu'il jugeroit les plus convenables à cet égard ; Votre Éminence est uniquement autorisée à appuyer la conduite que la cour de Madrid chargeroit son ministre de tenir, et l'intention du roi est que Votre Éminence continue à agir comme elle le fait. Cette circonspection est d'autant plus nécessaire, que Sa Majesté Catholique paroit se renfermer elle-même dans les bornes de la plus grande reserve , et que M. d'Ossun n'est absolument informé de rien à cet égard. »

Bernis commençait à respirer : il voyait déjouées les tentatives de ses ennemis, et il promit au duc ministre de continuer d'agir dans son poste si convoité avec le même zèle qu'autrefois, et l'assura de nouveau des sentiments bienveillants et affectueux du saint-père au sujet de la France. « Je justifieray en toute occasion, » lui écrivait-il le 3 juillet 177 1 , « l'opinion que vous voulés bien avoir de mon zèle pour le service du roy, de mon attachement personnel à ce qui vous regarde et du désir sincère que j'ay de contribuer à la gloire de votre ministère par l'exactitude avec laquelle je vous instruiray de tout ce qui pourra mériter votre attention; j'y joindray mes foibles reflexions, puisque vous le désirés ; c'est la seule preuve que je puisse vous donner de la sincérité de mes sentimens à votre égard.

« On est, en effet, desabusé ici de l'opinion de mon prochain rappel.

« .le lie vous (Icmando (nic voire confiance; elle seule ])eul assurer le eredil doul j'av hesoiu ici j)Our les sueeés des aiïaires. I,a i)laee (|ue j'oceupe esl souveul en ])ulle aux traeasseries, ma conduite est soumise au iuj;emeat d'écrivains de toute espeee. Je n'opposeray jamais ([ue l'exaelitude, le zèle et la fruncliisc aux petites man(euvres de rintrif;ue et de la jalousie.

« Je sors de l'audience du pape ; après ma dernière audience, Sa Sainteté m'entretint de son aUacliement pour le roy, et des vœux ardents qu'il lait pour la tranquillité intérieure du royaume, et surtout de l'Eglise de France.

« Le souverain pontife me dit à ce sujet : « J'espère que le roy « ne permettra |)as ([u'on agite de nouveau des disputes au sujet « de la constitution, que Sa Majesté réprimera le zèle inconsidéré « d'un parti et le fanatisme de l'autre. Croyés, mon cher cardinal, « ajouta le pape, que mes espérances à ce sujet sont encore moins « vives que mes désirs, et que j'ay de fortes raisons de souhaiter « que rj!lglise jouisse de la paix par la protection et la vigilance « de notre grand monarque. »

LVIir. — Il lui renouvela les mêmes assurances, le 31 du même mois, en exposant de plus la diflicile position dans laquelle il se trouvait ; ajoutant que les amis des jésuites exploitaient toutes les circonstances , même les plus innocentes , à l'aide des plus grossiers mensonges, en faveur de la société, et lui exposant les principes qui le guidaient dans cette négociation, et qui, vérital)lcment, ne pouvaient être ni plus élevés ni plus nobles. Le lecteur eji jugera : « Depuis que le roy, » écrit-il, « a fait revenir les prêtres fugitifs et que quelques jésuites sont employés aux missions en Lorraine et dans d'autres diocèses, plusieurs d'entre eux écrivent ici des lettres de triomphe ; ils annoncent qu'ils vont reprendre leur habit et qu'on leur restituera leurs maisons. Toutes ces exagérations déplacées sont mandées à Naples et en Espagne, elles y font croire au changement total de système, et comme les ministres de Naples et de Madrid ne veulent pas sur de pareils fondemens se plaindre de notre cour, il leur sera toujours plus commode de s'en prendre à moy et de me taxer de partialité en faveur des jésuites , d'autant plus qu'il est certain que ces religieux aident beaucoup eux-mêmes à me faire soupçonner de leur estre livré, en disant et en écrivant par tout, que j'ay toujours esté leur protecteur. 3Iais il n'est pas moins certain que je n'ay jamais connu V esprit de parti, que je suis très-soumis

•i20 (1774) AFFAIRE

aux décisiom de V Eglise catholique, que je n'/'pouse point les querelles ni les intrigues des différents ordres religieux, et qu'en général je suis fort opposé à tout ce qui est violent et injuste. Mais la modération dans les affaires de la nature de celle des jésuites ne contente jamais les amis ni les ennemis. Il me suffit qu'elle seule soit capable de diriger sagement la marche d'une negotiation si épineuse. Ma position ici a toujours esté délicate, elle l'est bien encore, mais j'espère que si je ne puis éviter les soupçons hasardés, du moins je ne meriteray jamais de justes reproches. »

Le duc d'Aiguillon le tira bientôt de cette incertitude en lui mandant de Compiègne, le 19 août 1771 : « Tl est vrai que depuis que le roi a rappelle les prêtres fugitifs , cet acte de bonté et de clémence a paru faire impression sur quelques esprits qui ont crû de bonne foi ou affecté d'annoncer le rappel des jésuites en France ; mais cet objet est totalement indépendant de l'autre , et il n'en est absolument pas question. Tout ce qu'on a dit et écrit à , cet égard est entièrement faux ou malignement exagéré. »

Le ministre s'exprime d'une manière plus positive encore le 2G du même mois : « Le roi , » dit-il , « n'a point changé de principes par raport à l'affaire des jésuites. Il n'y a eu nulle variation à cet égard dans les instructions qui ont été adressées à Votre Éminence , et qui font constament sa règle relativement à cette négociation. Elle n'a certainement rien de mieux à faire que de s'y conformer. On ne peut lui reprocher ni de l'indifférence sur cet objet , ni de se refuser à aucun des ordres que le roi catholique juge à propos de donner à son ministère. Enfin, on ne peut que faire de justes éloges de la sagesse et des lumières qui dirigent toutes les démarches de Votre Éminence , qui doit être bien persuadée du vif intérêt que je prends à ses succès et du zèle avec lequel je ferai toujours valoir auprès du roi le zèle qui l'anime pour le bien de son service. ■>

Une autre circonstance dont nous allons parler, démontre trèsclairement, quoiqu'elle soit de peu d'importance par elle-même, combien peu le duc d'Aiguillon pensait à changer, au sujet des jésuites, la marche suivie par son prédécesseur, et combien étaient folles les espérances que les amis de ceux-là avaient placées en lui.

L'archevêque de Paris voulait faire prêcher à Notre-Dame le célèbre père Lenfant , ex-jésuite. L'ambassadeur d'Espagne protesta immédiatement près du ministre secrétaire d'État contre ce

T)FS jf;SUITF,S. 121

projet; nt colni-ri pria lo noiiri^ apostolique do consoillrr à l'arcliCNnpic (le retirer rinvilalion (pii avait été l'aile à ce père, et à ee (l(>rnier, d'y renoncer. Sa prédication, disait en plaisantant le ministre au nonce, pourrait rappeler l'idée de la résurrection des niorls et ti'ouhler le rei)os des vivants.

MX. — Le bannissement qui eut lieu cette année du chevalier de Veriiey, secrétaire de l'ambassade portup^aise à Home, fit la plus grande sensation, et consterna surtout les jésuites et leurs amis.

Comme le chevalier revenait d'une soirée, le 0 juin, vers les onze heures, il fut, à rentrée du palais de l'ambassade, arrêté par des ai2,'ents de ])olice armés, qui lui présentèrent une lettre autographe du roi de Portugal, dans laquelle il était accusé du crime de lèsemajesté, à cause de certaines correspondances secrètes qu'il aurait entretenues , et condamné à la peine capitale, l^ar des égards particuliers pour la personne du saint-père, cette peine avait été commuée en celle du bannissement perpétuel. Le pape le fit immédiatement, sous escorte militaire , conduire vers les frontières de Toscane , avec prohibition de remettre les pieds dans l'État pontifical. C'était le saint-père qui avait obtenu pour ce misérable l'adoucissement à la dure peine qui lui avait été infligée.

Le chevalier de Verney avait communiqué toutes les dépèclies de la cour de Lisbonne avec le saint-siége au sujet des jésuites , et, outre qu'il avait de fréquentes et secrètes entrevues à Rome avec le général de ces religieux , il avait encore écrit un grand nombre de lettres aux amis de lu société en Portugal, lettres dans lesquelles il traitait le saint-père de la manière la plus indigne , et en parlait dans les termes les plus injurieux. Quelques-unes de ces lettres , malheureusement pour lui , étaient tombées aux mains du gouvernement, et furent cause de sa perte. Cet énergique procédé du saint-père causa un étonnement général, et surprit Bernis lui-même : « L'aventure de M. Verney , » c'est ainsi qu'il parle de cet événement dans une dépèche du 19 juin 1771, « secrétaire de légation de la cour de Lisbonne , continue à faire beaucoup de bruit. Bien des gens et même des cardinaux blâment le pape d'avoir procédé avec tant de rigueur et d'éclat. Pour moy , je dis qu'il faut que le roy de Portugal et le souverain pontife ayent eu des motifs bien forts pour en agir ainsi. «

LX. — A voir dans la question des jésuites le pape, rempli d'incertitudes, montrer tantôt de l'énergie et tantôt de la faiblesse, ne prendre que de petits et de demi-moyens , laisser sans leur

donner satisfaction plusieurs demandes des cours , tout cela devait naturellement occasionner une grande surprise et une dtrangc méfiance à ceux qui n'appréciaient ni la gravité de cette affaire ni l'habileté de la marche circonspecte, consciencieuse et secrète des négociations de la cour romaine.

Le duc d'Aiguillon, malgré son flegme et son apathie naturelle, commença, lui aussi, à douter de la sincérité et de la bonne foi du saint-père.

11 était confirmé dans cette opinion par les retards apportés par celui-ci à accorder les honneurs, — plusieurs fois promis, — de la pourpre au nonce apostolique de Paris et à l'archevêque de Reims. Clément XIV n'avait la meilleure opinion du mérite ni de l'un ni de l'autre : l'archevêque de Reims, surtout comme président de la commission ecclésiastique pour la réforme des réguliers, n'avait pas donné grande satisfaction au saint-siége, et néanmoins Louis XV désirait vivement voir ces deux prélats arriver au cardinalat. Il leur avait même donné sur ce point sa parole royale. Le pape voulait réserver in petlo monseigneur Giraud, et à son retour de France le faire archevêque de f errarc, légat de cette province, et le revêtir ensuite de la pourpre. La France voyait presque un outrage dans cette mesure ; et le nonce craignait, disait-on, qu'une fois sorti de son poste sans avoir le chapeau, il ne pût le recevoir ensuite. Le duc d'Aiguillon s'efforça de le justifier de ce soupçon fâcheux dans une dépêche très-exigeante, du 20 octobre 1771, adressée au cardinal de Bernis. « Il n'y a que les ennemis de ce prélat, « écrivait-il de Fontainebleau, « qui puissent chercher à accréditer les projets d'ambition et les vues qu'on lui suppose ; et Sa Sainteté est trop juste et trop éclairée pour se laisser séduire par de fausses imputations artifjcieusement répandues dans Rome. M. Giraud n'ignore point les services que Votre Éminence lui a constamment rendus, et espère qu'elle continuera à lui donner des marques de bonté et d'intérêt.

« L'objet de M. le Nonce est de ne retourner à Rome qu'au printemps prochain, parce que sa santé ne lui permet absolument pas d'entreprendre avant ce tems-là un si long voyage ; mais il y a une reflexion essentielle à faire sur ce sujet. Il faut absolument que sa promotion au cardinalat soit publique avant son départ de France. Le roi regarde comme un droit attaché à sa couronne que le nonce qui réside auprès de lui ne quitte point son

DES jfiSlTITFfi. 123

rovauiHC sans avoir reçu ccllo di^Mulc'. Tii cliajuMU qui ne lui scroil r«''S('rvo (|u"/// ijcIIo ne pciil p.is.suHirc, cl il laul uiu- déclaralioii aullicnliciuc qui nejjuissc laisser aucun doute à ci'Léfi;ard. L'expcdicnl (|uc VoLrc Kniiiicncc propose pour ne lui délivrer qu'à sou retour le billet de sa iioiiiinalion au cardinalat me paroit satisfaire à tout, et je suis [jersuadé que M. le cardinal Pallavieini se prêtera volontiers à tout arranj;er avec le pape sur ce sujet, de manière à ue [)orter aucune atteinte aux droits et aux usages établis. »

l.e due d'Aiguillon se montra bien plus mécontent encore du retard aj>porté à la projuotion de l'archevêque de Keims. Le roi et madame Du Jîan\y excitaient sans cesse sur ce point le ministre. L'intérêt ])assionné que la favorite prenait à l'élévation de ce prélat , sans parler de ])lusieurs autres motifs encore, déplaisait souverainement au consciencieux Clément XIV, qui ne voulait conférer la dignité de cardinal que spontanément, et à ceux eu qui il reconnaissait le mérite nécessaire. L'archevêque avait, il est vrai, changé en partie sa conduite ultra-réformatrice depuis que le souverain pontife s'en était si activement occupé lui-même, et exécuté avec zèle sur ce point les ordres du saint-siége ; mais le pape nourrissait toujours envers lui quelque méfiance, et cherchait à retarder sa promotion tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, quoique toujours appuyé sur de véritables raisons. Il voulait le faire cardinal ensemble avec monseigneur Azpuru; mais Charles III montrait pour la promotion de ce dernier une grande indifférence , et il déclara même qu'il ne désirait le voir revêtu de la pourpre qu'après l'entière abolition de la société de Jésus, afin de le récompenser du zèle qu'il aurait déployé dans cette affaire.

Clément XIA'^, lorsqu'il fut question de la promotion de l'archevêque de Reims, prit l'avis de la cour de Vienne, laquelle n'en manifesta aucun mécontentement ; mais elle demanda expressément que, dans ce cas, le digne évêque de Passau et le nonce apostolique de Vienne fussent aussi créés cardinaux. Le saint-père se trouvait dans un grand embarras à ce sujet, ne sachant comment remplacer dignement monseigneur Visconti, qui s'était grandement distingué dans sa nonciature, et désirait pour cette raison le conserver quelque temps encore dans son poste, où il rendait des services importants. Il pouvait donc répondre avec toute vérité, au cardinal ambassadeur de France, que la promotion de l'ar-

i2/i. (1771) AFFAIRE

chevêque de Reims lui occasionnerait dans les circonstances présentes l)icn des oml)arras à Vienne.

Le cardinal de Bernis comprenait parfaitement la position de'licate du saint-père ; mais il n'en était pas ainsi du duc d'Aiguillon, lequel plusieurs fois s'exprima sur ce point en termes durs et peu mesurés : « Je n'ay plus, » écrivait-il, par exemple, de Fontainebleau, le 18 novembre 1771, à l'ambassadeur, « le courage de parler à Votre Eminence de la promotion de M. l'archevêque de Rlieims. J'ai épuisé à peu près dans mes précédentes dépêches tout ce qu'il y avoit à dire sur ce sujet, et ce que je pourrois y ajouter ne seroit qu'une repétition inutile de ce qu'elle aura vu dans ma lettre du 1 1 de ce mois. Votre Eminence m'a mandé, le 9 octobre, que l'état incertain de la santé de M. l'archevêque de Valence pouvoit bien avoir retardé la promotion ; qu'elle croyoit que le pape étoit décidé à le nommer en même tems au cardinalat; que Sa Sainteté s'étant expliquée cependant bien clairement avec Votre Eminence sur ce sujet, lui avoit demandé le secret.

« Elle a depuis été autorisée à informer le roi de la prochaine nomination de M. l'archevêque de Rheims, qui devoit avoir lieu au retour de Castel-Gandolphe, et Sa Majesté en avoit en conséquence parlé à ce prélat. Les lettres de M. le nonce Visconti sont venues, et ont servi de prétexte pour différer encore la promotion, quoique la cour de Vienne ne se soit jamais opposée à l'élévation de M. de Rheims. M. le comte de Mercy m'en a donné encore ces jours-ci les assurances les plus précises, et m'a témoigné sa surprise du retardement qu'elle éprouvoit de la part du pape. Personne n'est plus éloigné que moy de penser que Sa Sainteté soit capable de manquer de fidélité à tenir sa parole ; mais je ne puis dissimuler qu'elle gâte un peu le fonds par la forme, et que celle qu'elle employé en cette occasion ne peut qu'affoiblir le prix de la grâce et en diminuer la reconnoissance.

« Votre Eminence assure d'après M. le cardinal Pallavicini que, dès les premiers moments où cette affaire s'est traitée, 3L le nonce Visconti avoit écrit que Leurs iMajestés Impériales y consentiroient volontiers. Les dernières lettres de ce prélat confirment ce consentement au lieu de l'infirmer, et disent seulement que le pape devroit donner aussi des chapeaux à la réquisition de l'empereur et de l'impératrice. Sa Sainteté pouvoit donc et devoit même procéder en conséquence à la promotion de M. l'archevêque

KKS JKSUITKS. 1 2Î)

de Ulicims. Illlc aime iiiieuv comproiiiellro le roi et (loiiner à ce priUaL un (l('{:,()iit dont son As;e, ses \ertus et son zèle pour la reli{j;i()ii aiiroicnl dn le i^araiitir.

« \ olro l'juincnee est persuadée (jue, sans le prétendu euibaii'as occasionné par la cour de Vienne, il auroit été nommé cardinal le 1 1 de ce mois ou le lundi suivant. ïMais j'avoue qu(! j(^ ne suis pas dans la même opinion. Le profond mislére dans lequel le pape enveloppe toutes les opérations de sou gouvernement, même visà-vis de ceux qu'il paroit honorer d'une confiance particulière, me laisse à cet égard dans une obscurité entière. 11 est dangereux de se croire plus lin que les autres, et c'est quelquefois le moyen le plus sur d'être trompé. »

LXI. — Le cardinal de lîernis ne fut pas peu affligé de ces sentiments du ministre, et il y trouva en quelque sorte une incrimination de sa conduite et une certaine méfiance contre son administration. 11 résolut en conséquence d'éclairer le duc sur la difficile position dans laquelle il se trouvait à Rome, et crut ne pouvoir mieux y réussir qu'en lui faisant une exacte peinture de l'état présent des choses.

Avec une noble franchise, mais avec vérité, il commença par faire un tableau du caractère du pape comme homme, comme prince et comme chef de l'Église, sans toutefois dissimuler les petites faiblesses dont il trouve la raison dans son antérieure éducation claustrale. 11 le justifie pleinement du reproche odieux de dissimulation on de manque de franchise. L'ignorance de la position difficile où se trouvait le pape dans ces temps orageux, vis-à-vis de gouvernements ombrageux, comme l'étaient ceux d'Espagne, de Portugal et de Kaples, pouvait seule, disait-il, avoir donné lieu à ce reproche immérité de fourberie et de ruse. Il profite encore de cette occasion pour rassurer le duc au sujet de l'inclination non équivoque du souverain pontife pour la France.

Le cardinal parle ensuite de sa propre position, soit vis-à-vis du pape, soit dans sa propre administration, et expose combien douce et facile était la première, et combien la dernière était pénible et dure, surtout dans l'affaire des jésuites, au sujet de laquelle il nous donne quelques renseignements nouveaux et d'une haute importance. 11 prie, en terminant, le duc de tenir cette dépêche le plus secrète possible, parce qu'il y avait, disait-il, uniquement exprimé ses vues personnelles sans déguisement et sans retenue.

et dans la crainte qu'elle ne fût mal comprise i^ar les uns et mal interprétée par les autres.

Mais le tribunal de l'histoire est trop saint pour que nous puissions lui soustraire les graves révélations que contient cette dépèche, quoiqu'elle ne soit pas exempte d'ailleurs de bien des illusions que l'esprit judicieux et impartial du lecteur n'aura pas de peine à reconnaître, ne s'arrètant qu'à l'essence des laits; cette précaution est d'autant plus nécessaire que le cardinal-ambassadeur joignait à sa prolixité une bonne foi extrême, et ne tarda pas à rétracter lui-même les jugements peu exacts qu'il avait portés sur l'entourage du saint-père. Cette dépèche est d'autant plus importante, qu'elle fut écrite avec une pleine indépendance de jugement, et n'était nullement destinée à la publicité. Elle est datée du 9 novembre 1771 :

« Je crois, monsieur le Duc, devoir vous faire part dans une dépèche séparée, des notions intéressantes que j ay rassemblées depuis le retour du pape. 11 est nécessaire que le roy ait sous les yeux le véritable estât des choses et une idée complette de la manière dont les affaires sont et peuvent estre dirigées sous ce pontilicat.

« Le pape a pour système fondamental d'entretenir une parfaite union avec toutes les cours catholiques, et principalement avec la France, l'Espagne, la cour de Vienne, le Portugal et la cour de Turin, et de montrer des égards pour les grandes cours protestantes.

« Sa Sainteté a des ménagements particuliers pour l'Espagne et le Portugal à cause de l'affaire des jésuites, et parce qu'elle sait, par expérience , que ces deux cours sont plus délicates et ombrageuses que les autres; d'ailleurs comme elle negotie directement avec le confesseur de Sa Majesté Catholique et avec le marquis de Pombal, qu'elle a rétabli par ses propres négociations la correspondance entre le saint-siège et Lisbonne, et qu'elle est parvenue, si non à éteindre la chaleur du ministère espagnol à l'égard de la suppression des jésuites, du moins à en modérer et suspendre jusqu'à un certain point l'activité, elle s'affectionne à son ouvrage, mais, dans le fond, son inclination la porte vers la France, dont la manière de traiter est plus franche et moins soupçonneuse.

" Sa Sainteté a travaillé jusques ici à se rendre maîtresse de l'affaire des jésuites. Elle a cru pour cela devoir donner dès les premiers temps de son pontificat des assurances positives et par

DKH JKSUITF-S.

ccril au rt))' ilKspai'HL' , lant sur un bref approbiitif de toul ce qui s'e.sloit passé à l'égard des jésuites eu Irance, eu lispagne, à INaples, à Parme et eu Porlii^^l, (|iu', sur un |)lan de suppression de la société. La cour de Lislxmue n'a pas voulu de e(! bref, la France n'a jjas cru en avoir besoin, l'I'lspague y a insisté longtemps, le bref a esté sur le point d'estrc envoyé à Madrid, mais Sa Sainteté a trouvé jusques ici le moyen d'en suspendre l'expédition en flattant l'Kspagne sur la béatiiiealion de Palal'ox, qu'elle a présentée comme le [)réliminaire nécessaire de l'ouvrage plus inqiortant de la suppression des jésuites. Cette béatilication à laquelle il paroit que le pape travaille de bonne foy, ne touelic pas encore à sa lin ; il se passera peut-être des années avant qu'elle puisse être terminée, et, en attendant, par les attentions les plus délicates à l'égard de Sa Majesté Catholique et de ses ministres il entretient leur confiance ; et quand ou s'impatiente des longueurs et ([u'on montre des soupçons sur sa bonne foy, Sa Sainteté rappelle le ministère de Madrid aux parolles qu'elle a données par écrit au roy d'Espagne, parolles inviolables, mais dont l'exécution n'est fixée a aucune époque déterminée. Sa Sainteté a esté très bien secondée dans cette pénible négociation par l'arche^'cque de Valence et par le confesseur du roy d'Espagne, qui ont jusques icy dissippé les soupçons et les défiances et conjuré beaucoup d'orages. Les gens malins, qui ne croyent jamais à la vertu, ont prétendu que l'espoir d'un chapeau rouge animait le zèle de ces deux personnages.

« Le père Eontempi , cordelier, d'abord disciple, puis compagnon, ensuite secrétaire du pape, lorsqu'il éstoit consulteur du saint-office et cardinal, aujourd'hui sou confesseur, et l'homme en qui Sa Sainteté paroit avoir le plus de confiance, est le négociateur que le pape employé avec succès auprès de l'archevêque de Valence ; il est quelque fois secondé par le prélat Macedonio, Napolitain, que le pape employé plus efficacement encore auprès du commandeur Almada, ministre de Portugal, parent du marquis de Pombal. Le frère François, autre rehgieux cordelier, auquel le pape a remis le soin de ses affaires domestiques, de sa cuisine et de ses finances, est aussi un canal dont le pape se sert avec le ministre de Portugal. Le frère François ne joue pas le rôle principal, mais il plaist au pape, sans déplaire au père Bontempi ni à personne de cet intérieur, où les jalousies, les soupçons et les petites intrigues de cloitre et de communauté régnent de plus

en plus, à ce que m'ont rapporté des prélats en qui le pape a, par intervalle, beaucoup de confiance. Il est clair que le père Bontempi aspire au premier crédit , et que tous ceux en qui le pape pourroit prendre de la confiance doivent nécessairement donner de l'inquiétude à ce religieux, qui paroit avoir d'ailleurs de la prudence, de l'adresse et une grande connoissance du caractère de Sa Sainteté; mais comme ce moine n'a aucune vrave notion des cours ni de la manière de conduire les grandes affaires, il n'est pas possible que le pape, avec les lumières qu'il a, ne sente que ce seul instrument ne peut luy suffire, et je crois effectivement que le saint-pére s'en sert plustot pour nourrir la confiance de l'arcbevèque de Yalence et pour l'informer de tout ce qui se passe à Rome, que pour tout autre chose.

« Le sieur Bischi, que le pape a mis à la teste de la manutention des grains, et qui a épousé une parente de Sa Sainteté, est l'ami intime du père Bontempi. Cet homme actif et intelligent voit le pape deux fois par jour et luy promet la faveur du peuple en prévenant la disette par des approvisiounenients considérables, qu'il fait faire tous les ans. Les bléds qui ont été achetés pour la Trance l'esté dernier m'ont mis en relation avec le sieur Bischi, et je le ménage pour tous les cas où nous aurions besoin de tirer des grains de l'Estat ecclésiastique. Il sera possible, par ce canal, au sieur Pascaud, que j'ay déterminé à traicter avec le sieur Bischi, de trouver encore l'année prochaine des ressources dans les États du pape, et cette négociation pourra me servir pour Monte Cavallo, car il faut nécessairement s'assurer de l'amitié du père Bontempi, ou du moins de sa neutralité si l'on veut avoir un crédit constant sous ce pontificat. Jusques ici les obligations que le pape m'a eues dans quelques circonstances critiques, la dépense que je fais à Rome, le bon ordre qui régne dans ma maison, et l'attenlion que j'ay de deffendre Sa Sainteté et de la disculper, lorsqu'on l'attaque, dans les sociétés de Rome m'ont soutenu auprès d'elle, malgré la jalousie de ses ministres et de ses agents, et malgré les ombrages qu'on n'a jamais cessé de semer contre moy en Portugal, en Espagne, à ]Vaples, sur ma prétendue partialité en faveur des jésuites.

« J'ay éclairci qu'en dernier lieu, le courrier extraordinaire arri\é de Lisbonne a apporté des lettres au saint-père du marquis de Pombal, par lesquelles on cherche à inspirer à Sa Sainteté la plus grande défiance de moy sur l'affaire delà suppression.

DKS JÉSUITES. 1^'J

Il y a l()!i^ Icmps (jue l'Kspa^nc ne dit plus rien sur cet oljjcl ; il n'en est pas de incarne du inar([uis Tanucci, qui fait scmhlaiit de croire (|ue je suis jésiiile pndes. Toutes ces im[)utalions dénuées de fondement ne nieriteroient que le mépris, si elles n'avoient aucune influence sur les affaires, ni sur la conduite du pape; mais le souverain [)ontife, par ménagement pour les antres cours, autant que par un esprit de reserve qui luy est naturel, ne me dit pas tonjours tout ce qu'il faudroit dire, ou ne le dit qu'après coup, et lorsque les embarras sont ai'rivés; il traite les autres ministres encore plus misterieusement que moy, cela est vray, mais comme on cherche à diminuer sa confiance et à la détourner, il est nécessaire de prendre des moyens à l'égard du père Bontempi, qui ne quitte pas le pape. Je suis comme assuré que les autres cours en ont déjà pris d'efficaces.

« Un des plus grands sacrifices que je puisse faire auroy, c'est de résider dans une cour où le secrétaire d'Estat, quoique honnête homme, n'a pas su se rendre maitre de la confiance du souverain, où le pape, environné de gens qui briguent sa confiance, n'ose l'accorder entièrement à personne , où tout est mistères , secrets, manèges, jalousies et soupçons, comme dans les cloitres et les séminaires. 11 est vray que Sa Sainteté a de l'esprit, est aimable et pleine de prudence, de bons sentiments et de bonnes vues, mais elle se prépare bien des chagrins, si elle ne se fait pas des amis éclairés et instruits de la manière de traiter les affaires avec les cours, lesquelles s'apperçoivent delà foiblesse et de l'incertitude de son gouvernement , et ce sera par magnanimité si elles n'en abusent pas. Les difficultés survenues dans la promotion de M. de Reims et le refus du siège de Ferrare par M. le nonce appuyé des bons offices du roy, ont mis de la confusion dans l'esprit du pape au sujet des promotions. Je sçais que Sa Sainteté a du chagrin, et qu'elle a dit que j'aurois bien dû empêcher que notre cour ne la gênât au sujet de ce nonce.

<■ J'étois assuré du déplaisir du pape à cet égard, il s'en estoit clairement expliqué avec moy avant son départ pour la campagne; je ne vous ai rien caché à ce sujet : ma sincérité a fait croire à M. le nonce que je ne luy estois pas favorable , et d'un autre costé le pape me sçait mauvais gré de n'avoir pas empêché le roy d'employer ses bons offices. Cela n'est pas heureux, mais comme je n'ay rien à me reprocher, je m'en console aisément. D'un autre costé, les cours espagnoles et portugoises n'ont cessé de m'atta- II. 9

d30 (1771) AFFAIRE

quer sur mon prétendu attachement pour les jésuites, tandis que le parti de ces religieux me considère avec crainte et défiance. Un prélat espagnol, qui a de l'esprit, me disoit l'autre jour à ce sujet, qu'à moins de poignarder le général des jésuites en plein midy dans la place d'Espagne , on ne pourroit guérir les soupçons de certains Espagnols et Portugais. J'avoue que je ne suis pas disposé d'acquérir leur confiance à ce prix-la.

« Yoilà dans la vérité Testât des choses -, il m'alflige pour le pape (que j'aime et révère) beaucoup plus que pour moy-mème; il me suffit que le roy soit content de ma conduite. Je suis assuré que le pape aura pour moy toujours les plus grands égards, et que malgré les intrigues et les jalousies, il m'accordera autant de confiance qu'il est dans son caractère d'en accorder à qui que ce soit.

« J'ay su que le pape, depuis longtemps avoit envie de donner des chapeaux extraordinaires à la cour de Vienne, à la France et à l'Espagne, mais il comptoit estre déharassé du Portugal , ayant créé cardinaux successivement deux sujets portugais. Il est vray que le premier estoit mort avant que de recevoir la nouvelle de sa promotion , dont la déclaration fut faite dans un consistoire tenu après son enterrement ; mais ce cardinal n'estoit pas moins créé in petto. Cette prétention de la cour de Lisbonne et de celle de Vienne pour deux chapeaux dérangent tous les anciens projets du pape.

« Si Sa Sainteté avoit communiqué franchement ses idées, on se seroit concerté avec les cours , et M. l'archevêque de Reims ne seroit pas compromis. Je n'ay esté instruit que par vous, monsieur le Duc, et assés tard du chapeau destiné au grand aumônier. Le pape avoit compté sur le consentement pur et simple de la cour de Vienne , mais en même temps il attendoit la naissance du dernier infant pour donner un chapeau extraordinaire à l'archevêque de Valence, si cet archevêque vivoit encore, ou au confesseur du roy d'Espagne. Les demi-confidences, les petits mistères embrouillent les affaires ; mais quand on est accoutumé de longue main à cette manière d'opérer, on a peine à s'en deffaire. Si le pape s'estoit ouvert entièrement à moy et sur l'affaire de M. de Reims et sur celle de Ferrare, j'aurois évité au grand aumônier, au nonce et au pape les désagréments qu'ils essuyent. Le cardinal Pallavicini voudroit opérer par luy même ; le pape y consent quelquefois , et puis ne le veut plus. Cette Émincnce est bien embarassée; elle pourroit ne pas l'estre en connoissant

DKS JKSLI'IKS. 131

Jiiidu.v l(' caractiTC du poiilife , cl en le coiiduisunl cm coiisc-

(|UCIICC.

" l.a noblesse romaine se plaint dn peu dé^ard que le pape a pour elle, Jes cardinaux se plaij^ncnt encore d'avantaj^^e, les prélats s'inipalientent et cahallctit les uns contrôles autres : toutes ces plaintes et ces mouvenients ne sont pas à craindre pour le pape, mais il en résulte des intrij^ues et de la contusion.

« Le cardinal Marcloschi, que le pape estime, parce que (pour qu'en disent les partisans des jésuites) il n'a jamais proposé à Sa Sainteté (|ue des mo>ens modérés et canoniques, ne possède qu'en partie la conlience du pontife. Le père Bontempi craint, dit-on, que cette Kmincnce ne prenne de l'ascendant, et on croit (juil le traverse sous main, ainsi que tous ceux pour lesquels Sa Sainteté montre du penchant et de l'ouverture. Tel est, dans la plus exacte vérité, le tableau actuel de ce pays-ci ; il pourra changer pour quelques formes, mais non dans le fond.

« Le résultat de ce tableau est qu'on ne pouvoit avoir un pape plus dévoué à entretenir la paix et l'union dans l'Église et dans les États catholiques ; qu'il a des lumières, du savoir, de l'addresse et de la prudence ; qu'il n'a ni ambition ni prétention, et qu'il ne lui manque que la conuoissance des cours et de la manière de tracter avec elles ; qu'élevé à la défiance dans le cloître, il croit estre mieux servi par des religieux de son ordre et par des subalternes que par des gens du monde instruits des affaires générales. Comment se conduire avec un pareil souverain? Toujours avec droicture, prudence et noblesse ; mais, pour avoir jusqu'à un certain point sa confiance , il faut trouver le moyen de gagner le cercle intérieur qui l'environne.

« P. S. — Il n'est pas nécessaire d'observer que le contenu de cette dépèche exige par lui-même le plus grand sécrét pour tous ceux qui ont des relations avec la cour romaine. Les Italiens, avec l'air de bonhomie, sont les plus fins observateurs, et ils ont mille ressources pour faire parvenir leurs notions par des canaux qu'on ne sçauroit soupçonner. »

LXII. — U est difUcile de comprendre comment le ministre auquel était adressée cette relation ait pu en méconnaître le véritable sens, et y trouver même le contraire de ce qu'elle contenait. Elle ne fit que le confirmer de plus en plus dans l'opinion défavorable qu'il avait du souverain pontife, opinion qu'il avait déjà antérieurement conçue et manifestée , et dont la véritable cause

était le retard apporté à la promotion de l'archevêque de Reims, ainsi que nous le montre clairement la réponse suivante qu'il adressait, le 3 décembre 1771, au cardinal-ambassadeur. Nous voulons encore faire connaître ce document pour montrer à quel degré d'injustice et d'aberration peuvent descendre les jugements des hommes, lorsque viennent à échouer leurs désirs favoris , et surtout lorsque ces désirs sont fondés sur des intérêts privés.

C'était un intérêt de cette sorte, à coup sur, qui, cette fois, animait le duc-ministre, malgré son bon sens pratique. Il avait pour but principal de complaire à madame du Barry, qui désirait avec tant d'ardeur la pourpre pour l'archevêque de Eeims, lequel d'ailleurs, pour en être digne, n'avait de trop que la protection d'une pareille femme.

Mais laissons parler la dépêche elle-même. « J'ai reçu les lettres que Votre Éminence m'a fait l'honneur de ra'écrire le 9, 13 et 19 du mois dernier.

« J'ai lu au roi dans son conseil le tableau que Votre Eminence a tracé de l'état actuel du gouvernement à Rome et l'idée qu'elle se forme de la manière dont les choses peuvent être dirigées sous ce pontificat.

« Je ne dois pas dissimuler à A^otre Éminence que tout ce qu'elle a exposé à ce sujet n'est pas bien propre à donner une bonne opinion ni du système que le pape paroit vouloir suivre, ni des agens subalternes qui ont une part principale à sa confiance.

«Il est certain que le pape est fort dissimulé, et il faut un grand art pour l'être long-tems avec succès. La nature des affaires exige quelque fois qu'un souverain déguise ses sentimens et ses intentions, mais il est fort à craindre que le goût du manège qui détermine cette façon de se conduire, ne dégénère bientôt en une finesse artificieuse où l'esprit a encore moins de part que le caractère. J'avoue à Votre Éminence que tous les procédés de Sa Sainteté depuis qu'elle est assise sur le trône pontifical ne nous présentent jusqu'à ce moment que des raisons de soupçonner leur droiture.

« Les ménagemens particuliers que le pape se croit obligé d'avoir pour les cours d'Espagne et de Portugal ayant pour motif leur délicatesse et leur facilité à prendre ombrage de tout, Sa Sainteté nous indique elle-même les moyens que nous avons de nous attirer de sa part les mêmes égards et les mêmes attentions. « Elle entretient sans cesse Votre Éminence de son respect pour

DFS Jl^lSniTF.S. 133

le roi cl <1(^ son inclinntioii iKirticulicrc pour la Franco, mais ces Hcnlinicns ni; se niaiùleslenl encore (juc par des pandes, ([ue les effets dcineulent presque toujours. Je ne vous citerai, pour exemple, que la promotion de M. l'archevôque de Reims , que tout nous eiigagcoit à reg;arder comme très-prochaine, et qui, sous les prétextes les plus frivoles , est encore différée. INous sommes d'autant plus surpris des difficultés qui la retardent, qu'elles paroisscnl ne venir que de la mauvaise volonté du pape. En effet, il n'avoit besoin du consentement d'aucune puissance pour donner, de son propre mouvement, un chapeau à M. l'archevêque de Reims; cependant il a désiré qu'on en parlât aux principales cours. La pluspart d'entre elles ont paru applaudir à ce choix. Celle de Vienne ne s'y est jamais opposée ; qui peut donc suspendre l'exécution du projet de Sa Sainteté et l'engager à compromettre mal à propos le prélat dont il s'agit, et le roi lui-même, qui avoit annoncé cette promotion sur les assurances que Sa Sainteté avoit autorisé Votre Éminence à donner à Sa Majesté ?

<> D'ailleurs le pape étoit déterminé depuis plus d'un an à donner un chapeau à monseigneur de Valence ; mais avoit-il préalablement exigé l'agrément du roi et des autres souverains? Pourquoi cette distinction peu obligeante par raport à M. l'archevêque de Reims ?

« Quoiqu'il en soit, il y a dans toute cette affaire une obscurité affectée que nous ne chercherons point à éclaircir, mais qui se dévelopera infailliblement, tôt ou tard, et nous fixerons en conséquence notre opinion sur les intentions et la conduite du souverain pontife.

« La noblesse romaine est déjà fort indisposée contre lui, les cardinaux se plaignent du peu d'égard qu'il leur témoigne, et il fomente les cabales entre les prélats de sa cour. Il refuse également sa confiance à ceux qui par leurs places devroient se flatter d'y participer, et le père Buoutempi paroit être son confident de prédilection. Je ne sais quels sont les talens et les qualités personnelles de ce moine, mais s'il faut en juger par toutes les opérations du pape, le gouvernement de Sa Sainteté ressemble beaucoup aux principes qu'il a puisés dans le cloitre, et on ne doit en attendre que du manège, et des intrigues monachales. Le roi ne croit pas qu'il soit de sa dignité de travailler à gagner ces prétendus dépositaires des secrets du Vatican. Sa Majesté ne fait à Rome que des demandes justes, et n'en exige que des procédés

134 ll77i) AFFAIRE

lionnêtes, et convenables à la prééminence de sa couronne. Elle saura, quand les circonstances l'exigeront, prendre les mesures nécessaires pour se procurer la justice et les égards qui lui sont dûs.

« Les médailles que le roi destine au pape ont demandé du tems pour les fraper, et pour faire la boëte qui doit les renfermer. Sa Majesté vient de renouvcUer ses ordres à ce sujet, et le médailler dont il s'agit ne tardera pas à parvenir à sa destination. Elle a voulu que le présent fut digne de lui et de Sa Sainteté. »

LXIII. — Le cardinal de Bernis s'efforça de détromper le duc au sujet de l'opinion erronée que ce dernier s'était formée de Clément XIV, et lui traça de nouveau en paroles simples, mais nobles, le caractère de ce pieux pontife, qu'il nomme, avec autant de justesse que d'esprit, le Fabius Cunctator des papes , attribuant la profonde discrétion du saint-père aux habitudes de sa vie claustrale.

Il répondait donc, le 14 décembre 1771, au duc d'Aiguillon : « J'ay cru devoir vous envoyer le mois passé le tableau de Testât actuel du gouvernement de Rome. Le pape est convenu vingt fois avec moy des inconvénients de son éducation et de la méthode qu'il a adoptée en conduisant mistérieusement les affaires , mais il en connoit aussi les avantages et même la nécessité dans les circonstances présentes. Il m'a expliqué très au long, et avec une véritable franchise , ses motifs. Clément XIV est le Fabius des papes ; mais je crois pouvoir vous assurer, que s'il manque d'usage du monde, il a beaucoup d'esprit, de prudence et de bonne foi ; il peut souvent donner une idée contraire par des finesses qui se ressentent de la vie du cloitre, mais soyés sûr que quand il ne s'explique pas entièrement, il a des raisons dictées par une prudence peut-être trop subtile et ombrageuse, mais qui ne participe en rien de l'artifice ni de la fausseté.

« Il y a long temps que j'étudie le pape, et si je pouvois révéler les secrets de son intérieur, qu'il me communique très souvent, vous auriés de luy la même opinion que j'en ay moi même. Si j'étois à la place du saint père, je me conduirois souvent d'une autre manière, parce que j'ay eu une éducation différente et que je counois mieux que luy la méthode pour traiter avec les cours et les justes mesures de la circonspection ; mais avec tout cela, le pape est bien supérieur à tous les cardinaux qu'on pouvoit choi-

sir (Inns le sacré collépo pour ponvcrnor l'Kglisc. Voyés av(;c (|iH'll(' prudoïKT cl liahilcté il siiil l'alTaire des jésuites, avec quelle uiodératiou il supporte la privation des Ktats d'Avignon et de Heiieveut! Toutes les cours catholiques lu\ demandent des jïrAees, il les accorde presque toutes ; il y met du temps et des formes, ((ui souvent ne plaisent pas, mais il linit par consentir à ce que l'on veut de raisonnable : induits, unions, suppressions, dispenses extraordinaires gratis, et diminution sur les bulles, jusqu'ici il ne m'a rien refusé, tandis qu'on continue à garder une portion de ses Etats, quoiqu'il n'ait participé en rien aux fautes du gouvernement de son prédécesseur. »

liXlV. — Le caractère propre de l'Église catholique, c'est d'unir la mansuétude à la fermeté. Elle est mère, et, comme telle, toujours disposée à condescendre aux légitimes désirs de ses enfants; elle ne les repousse jamais, et leur pardonne avec joie, dès qu'une larme de repentir vient mouiller leur paupière, sans môme leur adresser un reproche sur leurs fautes passées , sans envenimer la douceur de la réconciliation par une seule parole amère. Elle ne hait que le mal et l'injustice; elle veut la paix avec tous , parce qu'elle veut être aimée de tous ; et pour avoir cette paix , elle est prête à sacrifier tout , excepté la vérité, la liberté sainte qu'elle a reçue de Dieu, et les intérêts de ses enfants. Elle est mère, mais mère prudente et sage, et sa condescendance ne va jamais jusqu'à la faiblesse ; et quand ces mêmes fils , si haut placés qu'ils soient aux yeux du monde, lui demandent quelque faveur dangereuse ou quelque concession funeste , elle sait trouver dans son cœur la force de résister à leurs caprices insensés ; d'arracher avec un maternel effroi une arme dangereuse à leurs mains, et de repousser avec une sainte énergie de la route de l'abùne les pas des imprudents.

Jamais pape ne comprit, peut-être, mieux que Clément XIT, et ne reproduisit plus complètement en lui ce double caractère de l'Église. Jamais pape n'eut un cœur plus aimant, plus désireux de la paix ; mais nul aussi n'eut une conscience plus droite, plus délicate, plus scrupuleuse, ni plus ferme à résister au mal.

C'est donc avec raison que Bernis fait observer, à sa louange, que, s'il ne refusait aucune demande raisonnable , il savait aussi se montrer inébranlable jusqu'à l'inflexibilité quand il s'agissait de demandes peu sensées ou au détriment de l'Église. Nous en avons déjà donné mille preuves; en voici encore une nouvelle :

136 (177d) AFFAIRE DES JÉSUITES.

Louis XV, ainsi que le duc d'Aiguillon, avait plusieurs fois, et très-instamment demandé en faveur du duc de Rohan, archevêque de Bordeaux , un bref d'éligibilité pour un second siège épiscopal dans le cas d'une vacance, afin d'augmenter les revenus de ce prélat ; mais Clément XIV s'y refusa constamment : « J'ai employé, » écrivait le cardinal de Bernis au duc-ministre, le 14 novembre 1771, « tous les moyens possibles pour faire changer au pape sa resolution, mais il est resté inébranlable, en m'assurant qu'il n'auroit certainement pas manqué cette occasion de faire une chose vraiment agréable au roi, s'il n'avoit établi et publié il y a deux ans un sistême contraire, qu'il a suivi exactement et auquel il s'étoit conformé dans la suite. »

Les coadjutoreries demandées et refusées pour Spire, Cologne, Ratisbonne et Trêves démontrent suffisamment la vérité de cette dernière assertion.

Enfin, pour satisfaire l'impatience de Louis XV et de son ministre, Clément XIV donna le chapeau de cardinal à l'archevêque de Reims en même temps qu'à l'évêque de Passau, dans le consistoire extraordinaire du 16 décembre 1771.

Allemagne et Europe septentrionale.

I. — La prétendue réforme, ou, pour mieux dire, la destruction graduelle des ordres monastiques, était, en ce temps, le but secret vers lequel tendaient les hommes qui se trouvaient à la tète du gouvernement dans presque tous les États catholiques,

£n Autriche , on marchait dans cette détestable voie avec une énergie d'autant plus grande, que l'on voyait la même marche suivie en France , moins encore par le gouvernement que par l'épiscopat lui-même; fait honteux et à jamais déplorable, et qui exerça une si perfide et si terrible influence sur tous les autres États.

L'âge requis pour faire la profession religieuse était la question qui préoccupait principalement les tètes des diplomates en Autriche , et ils y portaient un intérêt aussi vif qu'ils l'eussent pu faire pour une affaire politique de leur compétence. On voulait , ainsi que nous l'avons déjà vu , fixer cet âge à vingt-quatre ans. Toutes les représentations du pape à ce sujet étaient demeurées sans effet. Sans se laisser décourager pourtant, il chercha de nouveau à toucher le cœur de l'impératrice, et l'engagea à se désister de cette démarclie , à laquelle l'avaient poussée ses ministres , démarche

si dangereuse el si attentatoire aux droits de l'Église ; et à maintenir l'càge requis et déterminé par les Pères du saint concile de Trente.

Non content d'avoir déjà exhorté cette souveraine par une lettre vraiment touchante, il chargea le nonce apostolique de Vienne de lui adresser des représentations de vive voix plus précises encore. La même recommandation fut faite à l'illustre comte Joseph Garampi, archevêque de Béryte, nonce nommé de Pologne , qui devait sous peu passer par Vienne pour se rendre à sa destination.

a Si Votre Majesté, » écrivait le saint-père (1) à l'impératrice le 4 mars 1772, « pouvait comprendre dans quelles angoisses d'esprit nous a jeté et nous retient encore le désir incessant que nous avons de pouvoir coopérer d'une manière convenable à ses augustes démarches , relativement à l'âge de la profession religieuse , nous sommes assuré que son cœur y serait souverainement sensible. Nous prenons à témoin le Dieu tout-puissant que rien d'humain n'a part à ce combat intérieur , et que son honneur et sa gloire , notre salut éternel , celui de Votre Majesté et de ses sujets, nous ont seuls empêché d'obtempérer à vos désirs, comme nous avons eu l'habitude de le faire jusqu'ici, et comme nous souhaitons le pouvoir faire constamment désormais.

« Nous comprenons d'une part quel bien peut attendre l'Église d'une souveraine si puissante et si pieuse , si nous condescendons à sa demande ; mais aussi, d'un autre côté, nous ne pouvons nous empêcher de voir les maux et les dangers que renferment les innovations proposées, et que nous, vicaire de Jésus-Christ , nous nous rendrions indigne de ce caractère auguste, et coupable envers Votre Majesté elle-même , si nous ne lui disions pas franchement qu'après le plus mûr examen , nous trouvons notre jugement opposé au sien , au sujet des mesures qu'elle a cru pouvoir prendre , et si nous lui cachions les lumières que Dieu a promises au glorieux apôtre saint Pierre et à ses successeurs. Dans cette conjoncture , nous n'avons point omis de prier souvent et avec ferveur , et c'est là précisément ce qui motive notre trouble et notre crainte.

« Nous voudrions pourtant la faire partager , cette crainte , à Votre Majesté ; et si nous pouvions en conférer avec elle de vive

(1) Theiner, démentis XIV Epistolx et breviatW i88,\iaig. 211.

|;T laiHOI'E SEI'TENTlUONALi;. I 11

voix, el os ad os loqui, nous espérerions réussir ; mais (•oinnie il serait trop loup: et tro|) fatigant pour elle de traiter cette matière par écrit , nous nous réservons , si Votre Majesté le trouve bon, (l'en conférer avec rarchevé(jue de IJéryle, le(|uel, devant bient(H nous quitter et passer par votre cour, aura l'honneur de saluci" en notn^ nom notre très-chère lille, et pourra, avec moins de fatigue pour elle, lui re|)résenler de vive voix nos craintes. ].e même prélat dira à Votre Alajesté que, si elle se contentait de s'éloigner de Tàge requis par leconcile pour commencer parfaire un premier essai discret et temporaire, nous pourrions ainsi , l'un et l'autre, échapper aux remords de notre conscience, et après avoir examiné quelle est l'utilité ou le désavantage qui peut en résulter pour l'Église, décider s'il convient de continuer dans la voie que l'on aurait suivie, ou même de l'élargir encore.

« Pour nous concerter ensemble sur le mode à employer dans cette circonstance, le même archevêque recevra des instructions spéciales. Nous supplions en attendant Votre Majesté, par les entrailles de Jésus-Clhrist, dont nous traitons en ce moment la cause, de daigner avoir pour agréables nos salutaires mesures et nos précautions, plutôt que de les considérer comme superflues et ino[)portunes. En conséquence , nous confiant en la religieuse circonspection de Notre Majesté Apostolique, nous avons la confiance que nous ne lui semblerons ni trop zélé , ni indiscret , ni trop peu soucieux des marques de sa royale bienveillance ; car, grâce à Dieu, cela ne fut et ne sera jamais, »

Si cette lettre admirable nous montre clairement Fàme et les intentions du souverain pontife , une instruction détaillée qu'il rédigea lui-même , et qu'il lit transmettre par le cardinal secrétaire d'État au nonce apostolique, ensemble avec la lettre précitée, nous les dépeint plus clairement encore. Le saint-père, dans cette pièce, dicte pour ainsi dire les propres expressions dont monseigneur Visconti devait se servir près de l'impératrice ; nous ne pouvons nous dispenser de donner au moins quelques extraits de ce magnifique et précieux document.

Il commence en ces termes :

« Sa Sainteté aurait vivement désiré condescendre aux désirs de Sa Majesté Impériale Apostolique, au sujet des professions religieuses -, et c'est pour ce motif qu'elle a si longtemps tardé à répondre à la lettre qu'elle en a reçue, espérant toujours que de nouvelles considérations ultérieures et le temps pourraient

diminuer l'effroi que le premier coup d'œil jeté sur cette matière lui avait fait éprouver dès l'abord.

<' Le saint-père a fait appel à toute la tendresse qu'il éprouve pour une si digne et si religieuse souveraine dont il connaît la piété filiale ; mais les affections de son cœur n'ont pas obscurci les lumières de son intelligence, lumières qu'il n'a cessé de demander au Très-Haut. De sorte que, se trouvant obligé de donner une réponse catégorique à Sa Majesté, il a dû la faire dans les termes que lira Votre Excellence dans la lettre qu'elle recevra en même temps que la présente dépèche.

« Sa Sainteté aurait dû, soit pour justifier sa propre conduite, soit pour éclairer Sa Majesté sur un point si délicat et de tant d'importance, lui exposer en détail tous les motifs de son refus ; mais la juste considération de ne pas fatiguer, par une exposition diffusément écrite, une souveraine d'ailleurs si occupée de l'administration d'une vaste monarchie, l'a fait s'en abstenir, et l'a engagée à ouvrir son cœur sur ce sujet à monseigneur l'archevêque de Béryte, afin que Sa Majesté, secondant l'impulsion de sa délicate et religieuse conscience, puisse, si elle le veut, peser, elle aussi, en les entendant de la bouche de ce prélat, bien mieux qu'elle ne le pourrait faire au moyeu de prolixes instructions écrites, les puissantes raisons qui nous empêchent de nous écarter des prescriptions de l'Église, à laquelle seule appartient le droit de déterminer l'âge , la forme et le mode des vœux solennels , ou qui obligent du moins à ne s'en éloigner d'abord que pas à pas.

« C'est là ce que demande la prudence, lorsqu'il s'agit d'abroger d'anciennes lois et coutumes. Car s'il y a, d'une part, quelque utilité à ces changements, d'autre part, ils donnent toujours lieu de craindre des troubles et des mécomptes. »

Le saint-père fait ensuite entrevoir au nonce que, quoique le saint concile de Trente ait fixé l'âge de l'entrée en religion de quatorze à seize ans, il ne serait pas éloigné de le transporter jusqu'à la dix-huitième année, si toutefois l'impératrice et sou ministère le désiraient absolument, mais qu'il ne ferait cette concession qu'à la dernière extrémité : encore le nonce devait-il seulement faire espérer la possibilité de cette modification, et la présenter comme une opinion qui lui fût toute personnelle.

« Sa Sainteté, » continuait-il, « s'est néanmoins abstenue d'en parler à Sa Majesté, dans la crainte de blesser son ministère, qui, d'après ce que l'on dit, croirait faire une grande faveur à l'Église,

F.r KUROI'IÎ SEP'iKNTRIONALK. 4-43

si de la vin^l-([uulri('mc aniiér elle avançait ]'ép()i|ue dt^ la profession jus(|irà la vin^l et nniènie. Mais Sa Sainteté meliora spcrat (le la |)iélé de l'impéialricc-reine; et pour cette jaison, si, dans l'audieuec qu'elle donnera à Votre Jixcellence, vous pou^ie/ rengager et disposer son esprit à des mesures plus discrètes et temporaires, sovez assuré ([ue vous l'erie/ une chose qui n'est pas moins ardeinment désirée de Sa IJéalitude que souverainement utile à l'Jiglise, autant que l'état présent de cette affaire le comporte.

« Votre Excellence comprend certainement l'injure que l'on ferait au saint concile de Trente, vénéré comme il doit l'être de toute la cln^étienté, ainsi que de Sa Majesté elle-même, en agissant ainsi contre ses prescriptions. Ce fut ce saint concile, en effet, qui, après avoir nu'irement discuté l'âge qu'il conviendrait de déterminer pour rémission des vœux solennels de ceux qui voulaient se consacrer à Dieu, fixa pour l'ordre clérical l'âge de vingt et un ans ; mais pour les ordres monastiques, il ne lit autre chose que retarder l'âge de quatorze ans, auquel il était permis alors de faire profession, jusqu'à la seizième année.

« Ces Pères, si bien méritants de la religion et de la disciplijie ecclésiastique, admirent donc qu'il devait y avoir une différence entre l'état clérical et l'état religieux, et vouloir les mettre maintenant sur la même ligne, serait absolument la même chose qu'infliger un blâme à ce vénérable concile, comme encore à toute l'Église , au sujet des divers établissements qu'elle a respectivement fondés.

« Chacun sait que, dans les Etats de Prusse, l'époque de la profession religieuse fut fixée par la puissance séculière à la vingt et unième année ; mais tout le monde ne sait pas toutes les démarches que fit le souverain de ce royaume auprès de Benoît XIV, de sainte mémoire, pour obtenir l'approbation de cette innovation religieuse ; combien il employa de prières et fit de tentatives auprès de ce pontife, pour obtenir la confirmation de cette ordonnance ; combien le pape fit d'efforts pour éloigner cette disposition, et combien il s'en plaignit dans ses épanchements avec monseigneur l'archevêque de Breslau. Toutes ces tentatives demeurèrent sans effet ; mais cependant un pape qui ne mérita jamais d'être taxé de dur, d'indiscret et d'inflexible, ne consentit jamais à autoriser ni à reconnaître comme légitimes les nouvelles dispositions, et s'il cessa de parler sur ce sujet , le motif de son silence

est tel, que l'on rougirait d'en faire une autre application à quelque État catholique que ce puisse être.

« Votre Excellence \oit par là combien il serait inconvenant que le souverain pontife prît sur lui d'introduire lui-même cette innovation, que Benoît XIV refusa constamment d'approuver, quoiqu'il s'agit alors de royaumes acatholiques , dans lesquels l'Église est contrainte de tolérer hien plus de choses que dans ceux qui reposent heureusement sur son sein, et qui écoutent sa voix maternelle.

« Il y a plus : ce qui augmente encore les répugnances du saint-père, c'est le souvenir toujours présent à sa pensée des funestes résultats qui ont eu lieu par suite de semblables essais tentés, il y a peu de temps encore, dans quelques royaumes des États catholiques, et les maux que ces mêmes tentatives ont produits en peu d'années. Sa Sainteté a entendu les réclamations qui lui ont été adressées, non-seulement par les religieux, mais encore par les évêques et les personnes les plus éminentes, qui voient de leurs propres yeux combien, pour cette raison, le culte divin va se négligeant de jour en jour, ainsi que le service de l'Église et le bien des âmes. Ceux qui avaient au commencement approuvé et vanté l'innovation, maintenant avec un zèle plus éclairé commencent à s'en repentir, et nous avons l'espoir fondé, malgré cette manie qui règne aujourd'hui dans le monde d'innover, ou, pour mieux dire, de ravager toutes les institutions de l'Église; de voir, dis-je, dans quelqu'un de ces pays, rétablir l'âge des professions religieuses à l'époque accoutumée. »

Enfin, il charge le nonce de faire tous ses efforts pour persuader à l'impératrice de retarder toute décision dans cette affaire jusqu'à ce que le nonce de Pologne lui ait communiqué les véritables sentiments de Sa Sainteté.

« Le but principal, que vous devez vous proposer dans les circonstances présentes , » c'est ainsi que se termine cette instruction, n doit être de faire connaître à Sa Majesté que non-seulement elle ne doit pas se plaindre, mais qu'elle doit même savoir bon gré au saint-père si, dans une matière si délicate, il ne marche que pas à pas , et de la supplier de suspendre au moins toute démarche ultérieure jusqu'à l'arrivée de monseigneur l'archevêque de Béryte (auquel a déjà été expédié le billet de sa future destination en Pologne et l'ordre de se préparer au départ) ; et nous avons l'espérance que Sa Majesté saura apprécier les raisons qui ont

KT Kl IlOl'K SKI'TliNTUKJMALK, | i.S

molivé, soil, le jui^ciiioiiL du saiiil-.siége sur cette mal Krc, soit les limites de In coudeseeudaiice jusqu'où il croit pouvoir s'avancer pour complaire aux di'siis de Sa Majcstj^

« Ceci nest pas un relaid ([iic Ton puisse reprocher à Su Sainteté comme une faute ni comme un parti pris de rejeter les demandes — toujours respeclal)l('s — (pii lui oiitélé adressées par cette souveraine. Lliglise, dans le cas présent, est la uctimc ; c'est elle ([ui est dépossédée de ce qui lui ap[)artient. Il nous convient donc naturellement d'user de toutes nos sollicitudes pour la faire réintégrer dans ses droits : c'est à tums, c'est-à-dire a J'Kglise, et non à rini|)ératrice, que nuisent les retards, puisque, en attendant, l'innovation introduite se continue, et notre dilatiou ne fait que ralTermir et renraciuer de ])lus en plus. De telle sorte (pie, si ce n'étaient des motifs tirés de la conscience, et si Sa Sainteté se laissait guider par des égards humains, et par ce qui, dans la langue des cours, s'appelle l'honneur et la dignité, elle aurait dû, en saine politique, se prêter aussitôt à quelque accommodement, pour avoir la gloire de ramener ensuite Sa Majesté à des eutieprises plus modérées, et à des arrangements auxquels ellemême inclinait.

n Mais, lorsqu'il s'agit de courir le risque de contrevenir auv devoirs de son apostolat suprême, Sa Sainteté se réputerait indigne de l'autorité dont elle jouit, et qu'elle a reçue du Très- Haut, si, par des raisons secondaires, contre les lumières de sa propre conscience et contre celles qu'elle n'a pas manqué, surtout en cette occasion, de demander à Dieu, elle agissait avec une précipitation coupable. »

Le nonce présenta à l'impératrice la lettre pontificale le 21 du mois de mars 1772. La princesse n'en fut pas peu surprise, parce que, disait-elle, elle désirait bien, à la vérité, une modification au sujet de 1 âge, mais elle n'avait jamais pensé à demander, pourtant, qu'il fût reculé jusqu'à la vingt-quatrième année; et elle promit à monseigneur Visconti d'accueillir favorablement les paternelles exhortations de Sa Sainteté : « Mais que diront , » demandait l'impératrice au nonce, qui rapporte cet entretien, dans une dépêche du 23 mars, adressée au cardinal secrétaire d'État; « que diront Kaunitz et les autres? (Il me semble qu'elle entendait parler de l'empereur.) Véritablement, je ne demandais pas que le pape, dans sa réponse, adhéiàt aux mesures qu'ils ont proposées, et y donnât son plein et entier assentiment et une ap- II. 10

probation positive. J'espérais seulement, et cela m'eût suffi, que Sa Sainteté eût déclaré qu'elle les tolérait provisoirement. Je répète que je m'attends à des bavardages fatigants et sans fm , et je ne sais comment les prévenir. « Elle promit ensuite de retarder toute décision jusqu'à l'arrivée de monseigneur Garampi : « Je plains le saint-père, » ajouta-t-elle, « et je comprends parfaitement quelle impression ont dû lui faire les prescriptions du concile de Trente, lequel a fixé l'âge requis pour l'émission solennelle des vœux religieux. Je compatis de tout mon cœur au saint-père, je le répète; et je vois bien qu'il s'est élevé une tempête furieuse contre les ecclésiastiques lesquels, à vrai dire, me semblent, cependant, avoir moins besoin de réforme dans mes États que dans ceux des autres. »

L'impératrice envoya vers ce même temps, par monseigneur de Herzan à Clément XIV, comme un témoignage de sa vénération et de son respect, quatre-vingt-cinq grandes médailles d'or , représentant les plus importants événements de son règne.

II. — Le pape avait à dessein rédigé la lettre à l'impératrice dans les termes les plus énergiques, afin de détruire la fâcheuse impression produite par une lettre qui lui avait été faussement attribuée. Les ennemis du pape, — et bien entendu, ceux qui, parmi les catholiques se disaient les plus zélés, et dont quelques-uns étaient revêtus de la dignité sacerdotale, — avaient eu la malice de publier une lettre du pape à l'impératrice, dans laquelle celui-ci était censé faire, de la manière la plus légère, toutes les concessions possibles au gouvernement d'Autriche, au sujet de l'âge requis pour la profession religieuse. Par ce manège abominable, on cherchait à ravir l'honneur du saint-père, à lui enlever toute la confiance du clergé et des fidèles, et à le bafouer aux yeux du monde entier. Cette lettre stupide et odieuse apparut, pour la j)remière fois, dans les journaux d'Italie, comme cela avait toujours lieu en pareil cas.

Feller, ex-jésuite français, homme d'ailleurs , en d'autres circonstances, bien méritant de l'Éghse, s'était fait l'organe de ce parti qui cherchait à rendre Clément XIV abominable aux yeux du monde, et avait répandu en Allemagne une traduction latine de cette lettre, qui fut ensuite tirée à une infinité d'exemplaires et insérée même dans la gazette française de Cologne.

Le contenu de cette lettre étonna jusqu'à l'astucieux Kaunitz lui-même, grand chancelier de l'empire; et, lorsque le nonce sor-

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laiil (le raudicnco (le l'impdialricc, se rendait chez ec miiiislre pour lui niauifesler les siiilinieuls du saint père sur ce nirinc point, il dit à ee prélat : « lin vérité, je ne saurais croire nioi-inèine que cette lettre |)uisse venir du pape; mais, néanmoins , je suis pleinement satisfait des assurances (jue vous m'a\c/ données, et des eommunieations dont vous m'avez honoré. »

III. — Clément \IV, par une dépêche secrète écrite en chilïres sous la date du 17 mars 1772, chargea le nonce apostolique de démentir olliciellemcnt cette lettre malheureuse et déshonorante, et de tâcher d'en découvrir l'auteur. 3ïais Teller ne renonça pas pour cela à son triste métier , et ne cessa de représenter sous le jour le plus odieux tous les actes pontificaux qui avaient rapport à ralïaire des jésuites. Clément XIV se vit, par conséquent, dans la nécessité d'en avertir itérativement le nonce apostolique de Cologne, et de l'obliger à protester hautement contre ces relations odieuses. Voici ce que lui écrivait, par ordre du saint-père, le cardinal Pallavicini, dans une dépèche en chiffres, du 7 novembre 1772 :

n Dans le supplément à la Gazette de Cologne, numéro 83, sous la date du l'"'" octobre : De VÊtat ecclésiastique, on lit, au sujet de l'état des jésuites en cette cour, un article aussi inexact quant aux faits qu'indécent dans sa forme envers l'honneur et la dignité du saint-siége. Quoique l'erreur et la fraude soient ici parfaitement évidentes, comme il n'en est pas de même ailleurs, il nous semble qu'où ne doit pas négliger d'empêcher le mal qu'il peut produire.

«Afin pourtant, de prévenir les intentions perfides de ceux qui s'efforceraient de troubler Teaitpar de semblables et malencontreuses nouvelles, tâchez d'empêcher qu'à l'avenir on n'insère dans ces journaux rien concernant la situation présente de l'affaire des jésuites. Je ne dois pas cependant vous laisser ignorer que les moyens et les démarches ayant pour but d'arriver à ce résultat doivent être toujours employés par vous avec une prudence extrême, pour ne pas exciter de rumeurs sans nécessité.

« Que si vous croyez pouvoir découvrir de quelle source proviennent ces fausses nouvelles, et par quelles mains elles sont parvenues à l'imprimeur, faites les recherches nécessaires pour vous en assurer. J'attendrai votre réponse en son temps. »

Et le 29 du même mois, l'illustre monseigneur Caprara répondait à la dépêche précédente par une autre, également en chiffres :

« Le rédacteur de cette gazette française, » disait-il, « est un ex-jésuite français, nommé Feller, et très-attaché à la compagnie. Il jouit de la plus grande influence dans la maison du libraire qui possède, par privilège impérial, le monopole de cette gazette. De mon côté, je lui ai manifesté le désir — et même depuis longtemps— qu'il ne donnât jamais aucune nouvelle de suppression des communautés religieuses et semblables nouveautés contre l'Église, spécialement de celles opérées en Italie et dans certains autres pays , pour ne pas encourager plus qu'elles ne le sont déjà de telles entreprises dans le ressort de cette nonciature, et sur ce point, il m'a, je dois le dire, entièrement complu. »

« Lorsque commença l'affaire du collège romain , j'envoyai au gérant du journal un homme de confiance, pour lui faire comprendre, dans le courant d'une conversation, que je désirais qu'il ne fit aucune réflexion sur cette affaire. La Gazette de Cologne dans son numéro 83 , dont Votre Éminence daigne me parler , me fit connaître que les insinuations n'avaient produit aucun résultat. Je crus alors devoir l'entretenir moi-même. Nonobstant toutes ces démarches, cet homme est encore retombé dans son imprudence ; et, l'ayant fait mander sous prétexte d'affaires, il a tardé de se rendre à mon invitation. Hier, cependant, je l'ai vu; je lui ai parlé de nouveau et avec plus de fermeté que la première fois. 11 m'a promis de faire son devoir sur ce point, et je crois qu'il n'y manquera pas, bien que ma confiance ne soit pas encore entière, à cause des sentiments exagérés qu'il éprouve pour le corps dont il est sorti, et de sa vivacité extrême.

« Ordinairement, il copie, pour les nouvelles d'Italie, la Gazette de Florence. Cependant, la nouvelle qu'il a donnée dans la feuille en question est une pure invention de sa part, fondée sur ses désirs qu'il en fût ainsi. En outre de ce que j'ai eu déjà l'honneur de soumettre à Votre Éminence en pareille matière , elle pourra juger où il peut puiser ses renseignements, soit ici, soit ailleurs, à savoir, chez ses anciens confrères. »

IV. — Le même nonce avait encore été chargé par le saintpère, le •22 août 1772, de surveiller les intrigues de l'arcbevêqueélecteur de Mayence et des autres prélats qui faisaient avec lui cause commune. Dans cette même dépêche, Sa Sainteté flétrissait du nom de complot électoral et de conspiration contre l'Église ces menées qui commençaient à inspirer du dégoût aux protestants eux-mêmes.

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Le nonro dcvail, de plus, s'cIïoitcp de dtUounicr cos mallicnrcu\ pirlals, cl surloiil leurs iiiiiiisUrs séculiers, de ce complot, (|ui ne tendait (}u'à de l'anlasliciucs innovations, aussi nuisibles à leur j)ropi(' autorité et à leur dignité qu'à l'K^lise clle-nièinc. « Tous les papes, » écrit en celte circonstance Je cardinal secrétaire d'Ktat, « et surtout le pape présent, non-seulement sont disposés à remédier aux a])us , mais encore très-em|)ressés de les l'aire cesser quand ceux-ci ne sont pas imagin.iires, mais réels, et quand on n'abuse pas de la parole, abus elle-même , pour remployer contre les légitimes prérogatives du saint siège. » Parole profondément vraie et que les novateurs de tous les siècles ne sauraient assez méditer î

V. — Le chapitre de Saltzbourg était très-embarrassé ])our trouver dans son sein un sujet digne qu'il put élever sur ce vénéi-able siège primatial.

Les quatre évèques suffragants, d'après une ancienne coutume, ne pouvaient être élus , quoiqu'ils fussent eux-mêmes membres de ce chapitre. Les chanoines prièrent, en conséquence , le pape de les dispenser de cette règle et de les autoriser à ciioisir, en cas d'une élection prochaine, l'un de ces quatre évèques , ou même à élire quelqu'un hors du sein du chapitre. Le 15 janvier 1772 (1) , le pape condescendit a leur demande, en les exhortant néanmoins à élire un i)rélat qui fût, par ses vertus et par son zèle, l'émule de l'archevêque défunt. Ils élurent monseigneur Jérôme de Colloredo, comte-évèque, sulïragant de Gurk. Le pape conlirma l'élection le 28 mars suivant (2) , et donna à l'élu , en touchantes paroles, pour règle de conduite, la vie et les vertus de son prédécesseur.

Le gouvernement de ce primat s'annonçait pour l'Église sous les plus brillants auspices. Par une lettre du 10 août, il remercia le pape des témoignages de sa bienveillance, et s'engageait à se soumettre en tout à ses exhortations paternelles et à faire tous ses efforts pour éteindre le complot électoral.

Mais avec quelle indignité ce prélat , aussi distingué jusqu'alors par ses vertus que par ses talents, ne viola-t-il pas la foi qu'il avait jurée à l'Église ! Dix ans s'étaient écoulés à peine, et il devenait le chef et l'appui le plus fort de ce même complot dans le fameux congrès ecclésiastique appelé par mépris PonctationdEms.

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