‹ Histoire du pontificat de Clement XIVChapitre 5 sur 28 · VI. — Le zèle et les efforts de l'évêque de PaderLorn causè · texte numérisé non relu

VI. — Le zèle et les efforts de l'évêque de PaderLorn causè

(1) Tlieiner, démentis P. XIV Épist., etc., ii" 177, pag. 202.

(2) Tlieiner, loc. cit., n"» 192 et 206, pag. 215 et 229.

ISO (1772) ALLEMAGNE

rent au pape une grande joie. Il avait formé le dessein d'ériger dans son diocèse un séminaire pour les hautes études ecclésiastiques. Le saint-père l'exhorta, par une lettre du 26 février 1772 (1), à accélérer l'exécution de ce projet avec toute l'activité possible.

Le souverain pontife n'éprouva pas une moindre joie en apprenant que le roi Frédéric de Prusse était dans la disposition de favoriser un projet semblable de l'archevêque de Cologne. Ce prélat voulait affecter à la fondation de cette œuvre le superflu des revenus de plusieurs couvents de son diocèse, dont les possessions étaient situées sur le territoire prussien, dans le duché de Juliers, Clèves et Berg, et en demanda l'autorisation au roi : « Je puis assurer Votre Altesse Éminentissime, ' lui écrivit Frédéric, le 17 avril, « qu'elle ne rencontrera de ma part aucun obstacle dans une entreprise si louable, et que je désire même la voir couronnée du plus heureux succès. »

YII. — F^rédéric II ne se montra pas moins généreux envers les catholiques de Berlin, à l'occasion de la construction de leur église. Il désirait qu'elle fût, surtout sous la coupole, ornée de riches peintures à fresque, et recommanda, à cette fin, aux fabriciens de cette église l'habile peintre italien Galliari, qui depuis quelque temps se trouvait à sa cour. Le premier ministre, le baron deZedlitz, favorisait cette belle œuvre de tout son pouvoir et cherchait à accélérer autant que possible la construction de cet édifice.

YIIl. — Clément XIV, en toute circonstance, se montrait rempli de tendresse paternelle et de mansuétude, et excitait ses enfants à marcher avec persévérance dans le sentier de la religion et de la vertu. Ce fut ainsi, et dans ce but, qu'il encouragea, le 1 1 janvier 1772 (2), le duc de Wurtemberg à marcher d'un pas ferme dans la voie du salut, pour la consolation de l'Église. « Le lourd fardeau du pontificat suprême qui nous a été conféré , » lui écrivait-il, '< nous impose, Q est vrai, chaque jour les plus graves occupations et tient notre âme dans de continuelles sollicitudes ; mais cependant vos lettres, cher et noble fils , bien loin de pouvoir jamais nous occasionner aucun ennui, soulagent au contraire notre esprit et le distraient de ses préoccupations en inondant notre cœur paternel d'une joie toute particulière.

« Que pouvait-il, en effet , nous arriver de plus agréable que de voir celui que nous aimons du fond de notre cœur, celui dont

(1) Tlieinor, Clem. P. XIV Épi.tt., etc., n" 187, pag. ;?10.

(2) Tlieinor, loc cit., n" 17G, pag. 200.

KT F.IIROIMÎ SEPTENTRIONALE. I.'il

lions (leinnndons à Diou le salut avec les vd'ux les plus ardents, tiianilii' on \crtus de jour en jour, et s'embraser de plus en plus de l'esprit de religion et de piété !

" Nous nous eirorcoiis donc d'en rendre de suprt^mes et d'imjnoitclles actions de j^ràees au Dieu tout-jiuissant , auquel nous reconnaissons devoir ces l)ieni'aits admirables etiiimuMises dont il \ous a comblé. Pour vous, clier et noble lils, continuez toujours à cioitre autant dans la défiance de vos propres forces que dans l'esprit de conliancc avec lequel vous devez vous appuyer sur la lionté divine, et déposer toutes vos pensées et toutes vos espérances en Jésus-Clirist, notre rédempteur et notre médiateur. Vax lui doivent être placés vos efforts et les œuvres avec lesquelles vous espérez opérer par lui votre salut pour la gloire éternelle du Père ; c'est lui qui est la voie, la vérité et la vie ; lui par qui nous sommes transportés des épaisses ténèbres d'ici-bas à l'inextinguible lumière et à la vie bienbeureuse de l'immortalité. Car dans ce siècle nous devons combattre sans cesse et être assiégés de toutes parts par la violence et la perfidie de nos adversaires ; mais par la mort de Jésus-Christ nous avons reçu la vie , par son sang la force et la victoire, et le triomphe par sa puissance.

« Mais comme cette conliance en lui seul accompagne vos craintes et le sentiment de votre misère, et comme, par la miséricorde de Dieu, vous vous affermissez en elle chaque jour, ainsi que vos lettres nous le font comprendre, nous avons prié et remercié le Seigneur pour vous avec une ferveur plus grande encore, et nous ne laissons passer aucun jour sans nous souvenir de vous au sacrilice de l'autel, et sans vous recommander, ainsi que nos nobles et chères filles en Jésus-Christ , votre épouse et vos filles, avec toute votre famille, au Père éternel, au nom de cette hostie sainte immolée pour nous.

« Animé de ces sentiments envers vous, nous éprouvons la plus grande consolation au sujet de la piété fdiale que vous et les vôtres nous témoignez, et nous avons confiance que les plus grands avantages devront résulter pour l'Église et pour le saint-siége de ces prières que vous adressez à Dieu avec tant de saints désirs, tant d'assiduité et de zèle pour obtenir que les jours de notre pontificat soient heureux.

'- Quant à nous, toutes nos pensées, nos soins et nos labeurs tendent, non à notre gloire, mais vers celle de Dieu — pour laquelle nous sommes prêt à offrir et à sacrifier jusqu'à notre vie. —

Cette gloire de Dieu consiste principalement à procurer l'utilité de l'Eglise, à dilater le règne de la religion, à travailler au salut des ùmes ; et , comme toutes ces sollicitudes nous incombent et sont confiées à nos soins, vous comprenez quel poids immense est imposé à notre faiblesse, et par conséquent combien nous avons besoin d'être soutenu et fortifié par les prières ardentes et les vœux de tous les fidèles.

« Vous agirez donc d'une manière digne de votre dévouement envers notre personne, si vous appuyez notre faiblesse par le secours non interrompu de vos prières , et si vous êtes persuadé que nulle autre marque de votre piété liliale ne peut nous être ni plus agréable ni plus précieuse, »

Une autre fois , il consolait en termes également paternels le prince Frédéric, landgrave de Hesse, de la perte de son épouse, et l'exhortait à élever ses enfants dans la crainte du Seigneur et l'atlachemeiit à l'Église. Il lui écrivait, le 15 février 1772 (l), en ces termes : « Par une lettre en forme de bref nous avons, suivant l'usage, répondu à celle par laquelle vous nous annonciez la grandeur de votre affliction. ]Vous vous écrivons celle-ci en particulier, très-cher et noble fils, pour vous montrer les plus intimes pensées de notre àme , et vous manifester la grandeur de notre dévouement et de nos sentiments paternels.

« INous croyons que Dieu lui-même vous a donné ce temps et fait naître ces circonstances, afin que vous prissiez de vos fils, qui vous sont si chers , le soin que le bien de leur àme et leur salut éternel réclament ; que vous leur montriez cette route de la vérité dans laquelle , par la grâce de Dieu , vous les avez précédés , et que vous les rappeliez de leurs erreurs au bercail de Jésus- Christ, c'est-à-dire au sein de l'Église leur mère , qui les attend avec impatience pour leur donuer le lait salutaire de la doctrine catholique, et les désaltérer dans l'onde de cette limpide fontaine quijaillit jusqu'à la vie éternelle.

« Nous connaissons la bonté de leur caractère , et nous sommes, pour cette raison, remplis d'espoir qu'ils se rendront sans peine aux inspirations de la divine grâce, lorsque vos paroles la feront descendre dans leur cœur. Courage donc, appliquez à ces soins toute votre religion, toutes les saintes industries de l'amour paternel que vous leur portez. Obtenez par votre prudence, par

(1) Theiner, Clcmeniis P. XIV Épis t., etc., n° 185, pag. 208.

ET EUROPE SEPTENTRtONALE. 153

votre persévérance, par votre douce autorité , que vous voyiez ceux que vous ave/ une première fois heureusement engendrés au monde, Tètre par vous une seconde fois plus heureusement encore à Dieu , afin d'acquérir ainsi un éternel bonheur et une impérissable gloire.

« Quant à nous , les paroles humaines ne sauraient exprimer avec quels ardents désirs nous brûlons de pouvoir un jour entourer vos fils, devenus les nôtres, de la même grandeur de notre amour paternel que nous ressentons pour vous.

« Puissent cette exhortation et les prières incessantes que nous adressons pour eux à Jésus-Christ, notre rédempteur, faire descendre le Saint-Esprit dans leurs âmes ; puisse notre bénédiction apostolique, que nous vous donnons dans la plénitude de notre tendresse, les enflammer du désir de connaître et de pratiquer la véritable foi. »

Combien touchante est encore la lettre qu'il écrit à la princesse Marie, veuve de l'électeur de Saxe, à l'occasion de sa venue à Kome pour y visiter la ville sainte ! Elle y arriva le 15 avril , et en repartit le 18 du même mois pour se rendre à Xaples. Cette princesse était, comme on le sait, aussi célèbre par sa piété que par sa brillante éducation, même scientifique; pendant sou court séjour à Rome, elle obtint plusieurs audiences du saint-père, et s'y entretint avec lui des choses saintes. Elle ne tarda pas à devenir l'objet de l'admiration de la haute noblesse romaine, qui rivalisa de zèle pour lui rendre agréable, par les plus brillantes fêtes, son séjour dans la capitale du monde chrétien. Clément XIV lui écrivait en ces termes, le 21 avril 1771 (1), trois jours après son départ : « Le voyage en Italie , que vous avez entrepris surtout pour parcourir et voir de vos propres yeux cette ville sainte, consacrée par le sang des glorieux apôtres Pierre et Paul, et satisfaire votre haute piété par la visite des autres monuments sacrés qu'elle renferme ; ce voyage, disons-nous, nous a été on ne peut plus agréable ; et la grande estime que nous avions déjà conçue de votre vertu et de vos royales qualités, s'est augmentée et développée merveilleusement encore, en vous voyant chercher et parcourir publiquement ces saints lieux avec tant de marques de respect.

'■ Depuis longtemps, en effet, l'éclat de vos mérites était par- Ci) Tliciner, Clément. P. XIV Épisl., etc., iv 201, pag. 225.

Tenu jusqu'à nous, et la voix publique nous avait appris quelle était la grandeur de votre intelligence et de votre sagesse ; nous savions que vous possédiez, outre une connaissance approfondie des belles-lettres, dont vous vous montriez la zélée protectrice, une religion vraie, l'amour de la piété, un dévouement et un respect sincères pour nous et pour le saint-siége apostolique. Vous comprendrez facilement, très-chère fille en Jésus- Christ, combien cette conviction anticipée, confirmée par le spectacle de vos vertus, nous inclina à vous accueillir tendrement, et quelle doit être la vivacité des désirs que nous ressentons encore de vous donner, de notre profonde charité paternelle , toutes les marques qui seront en notre pouvoir et de vous en combler.

« Nous ne pouvons vous le démontrer mieux, ni d'une manière qui vous soit plus agréable, qu'en y ajoutant un témoignage puisé dans la religion elle-même, pour exprimer dignement la grandeur de notre affection pour vous. Recevez donc, ma fille, cet liumble don que nous vous faisons d'une image sacrée, en or, de Kotre-Seigneur Jésus-Christ ; don auquel, pour vous le rendre plus précieux, nous avons voulu ajouter notre bénédiction apostolique. Afin qu'il vous soit encore plus agréable, et plus adapté au pieux usage que votre piété en voudra faire, nous avons ouvert les trésors de l'Église qui ont été confiés à notre garde, et nous vous accordons, en vertu de notre autorité apostolique, une indulgence plénière chaque fois qu'après avoir reçu les sacrements de pénitence et d'eucharistie vous prierez Dieu devant cette pieuse image.

« Nous avons choisi ce genre de présent pour vous l'offrir, très-chère fille en Jésus-Christ , encouragé par la pensée de votre rare piété , et dans la persuasion qu'il ne sera pas utile à vous seule, mais encore qu'il portera des fruits pour nous-mème, certain que nous sommes que lorsque vous adresserez à Dieu, pour son Église, vos ferventes prières, vous ne nous oublierez pas non plus, nous qui avons reçu la lourde charge de la diriger tout entière, et qui, à raison de notre faiblesse extrême, avons un immense besoin du secours du Seigneur. Nous ne doutons pas non plus que ce don, tout minime qu'il soit , ne développe et n'augmente votre piété elle-même, et nous serons heureux si vous voulez bien le garder près de vous comme un éclatant et perpétuel témoignage, et comme un gage certain de notre charité pontificale, un gage qui enflamme de plus en plus votre cœur, envers

F.T FllROPE SEPTENTRIONALE.

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1«^ s;iinl-su^}j;o aposldliinic , df ce (h-voiicmcnl qui s'allio o\ s'unit 8i l)ii'n avec, voire dévolioii envers Dieu et voire lespeel (ilial pour nous, »

IX. — l/arrivée à Tlomo du duc de Ciloceslcr, frère du roi d'Angleterre, y excita un grand émoi et mit eu mouvement toutes les langues.

11 avait entrepris ce voyage en Italie pour le rétablissement de sa santé, (llément \1V, lorsque ce prince partit de Florence pour se rendre à Home, le combla de marques de prévenance et de distinction. 11 l'avait menu; déjà fait inviter par le nonce apostoli(iue de riorence , monseigneur Mancinforte , archevêque de Théodosia, le 14 décembre de l'année précédente, à venir visiter la ville des apôtres. ].e noble duc se vit obligé de faire son voyage par mer, et de s'arrêter quekiues jours à Livourne. Le saint-père lit demander, le 11 janvier 1772, au nonce de Florence , des renseignements sur les cérémonies de réception qui avaient eu lieu lorsque le duc était entré en Toscane, afin qu'il ne fût pas traité moins honorablement à son arrivée à Civita-Vecchia : «Nous désirons, » écrivait-il, « avoir des renseignements précis et exacts sur le cérémonial qui a eu lieu dans le port de Livourne lorsqu'y arriva le navire qui portait le duc de Glocester, et, en particulier, savoir s'il fut le premier à saluer la forteresse, ou si, au contraire, la forteresse salua la première l'étendard d'Angleterre, et, dans ce dernier cas, si ce salut fut fait avec plus de distinction et par le tir d'un plus grand nombre de coups de canon. Ce que nous désirons savoir à l'occasion de l'arrivée, nous désirons le savoir aussi quant au cérémonial du départ. Je m'adresse en conséquence à Votre Excellence pour recevoir des renseignements prompts et exacts. »

Le 25 février, le duc fit son entrée à Rome. Le cardinal de Bernis , dans une dépêche du lendemain adressée au duc d'Aiguillon, en rend compte en ces termes : « M. le duc de Glocester arriva hier en cette ville ; il est très-sensible aux attentions dont le pape l'a comblé à son entrée dans l'Etat ecclésiastique ; ces mêmes attentions continuent ici. Il y a apparence que ce prince verra le pape, qui, pour ménager une plus grande tolérance aux catholiques, s'est fait un système de bien recevoir les princes protestants. M. le duc de Glocester me fera l'honneur de diner chés moy dimanche prochain. »

La mort de la princesse de Galles , qui survint sur ces entre-

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