‹ Histoire du pontificat de Clement XIVChapitre 6 sur 28 · IS · texte numérisé non relu

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faites, priva le cardinal de cet honneur, et empêcha le duc de Gloeester, ainsi que les étran|;ers de distinction, amis de l'Angleterre, qui se trouvaient avec lui à Eome, de prendre part aux réjouissances et aux fêtes qu'on lui avait préparées, conformément au désir du saint-père : « Samedi, à midi, » écrit encore Bernis le 4 mars, a M. le duc de (Uocester m'envoya un gentilhomme pour m'annoncer la mort de madame la princesse de Galles, et qu'en conséquence il ne viendroit pas diner chés moy le lendemain, comme il me l'avoit promis. Le prince de Saxe-Gotha eut la même attention. Le diner de cérémonie, que j'avois ord<mné à l'occasion de l'arrivée de ces princes, a eu lieu pour les cardinaux, pour les ministres étrangers et la principale noblesse de Rome.

« Le pape devoit recevoir dimanche, dans un pavillon du jardin de Monte-Cavallo, M. le duc de Gloeester. Cette entrevue n'est que différée. J'ay à me louer des politesses de M. le duc de Gloeester, et il paroit content de mes attentions. »

" Le général Orloff, « mande-t-il encore, « celui qui commande l'escadre russe dans le Levant, est ici depuis quelques jours pour faire sa cour au duc de Gloeester. Il n'a rendu de visites à personne ; mais il désire ardemment d'être présenté à Sa Sainteté, »

Ce fut le cardinal de Bernis qui eut l'honneur de faire cette présentation. Le pape reçut le prince avec beaucoup de distinction, s'entretint avec lui des affaires de la Turquie, parla des victoires que les princes cbrétiens avaient plusieurs fois remportées sur l'empire ottoman, dans des guerres entreprises à l'exhortation des souverains pontifes : « Orloff aussi, » mande Bernis à sa cour, le 1 1 avril, « est enchanté du pape, et quitte Rome avec beaucoup de regret. »

Le duc de Gloeester reçut, le 9 mars 1772, sa première audience du pape, et eut avec lui une longue et secrète conféi'enee. " M. le duc de Gloeester, » écrivait toujours Bernis, le 1 1 mars, « paroit se plaire à Rome, où le pape l'a si bien traité. Sa Sainteté m"a raconté la manière dont elle avoit reçu ce prince. Elle l'a fait asseoir dans le pavillon de son jardin, vis-à-vis d'elle, sur un siège à bras, mais inférieur à celuy qu'elle occupait.

« Elle n'a pas voulu que les maitres de cérémonie se mêlassent de cette audience, ni que personne fut témoin de ce qui s'y passeroit, les portes étoient fermées et les rideaux des fenêtres tirés. »

Le duc de Gloeester reçut plusieurs audiences du saint- père, et le quittait chaque fois avec une admiration toujours croissante.

KT KlIKOlMi SKrrENTniONALK. 1o7

i.a iihysioiiomic ur.ivc, imijcslnciisc, ivIijiicMisc de la ville. ('1(M'iicllc laisail oui- iiiipicssioii proluiuie sur \'à\nr <\v ce priiico si ami (le l'art chrétien ; ce fut avec peine qu'il put se décider à pailir. « l.e duo de (Uocester, » écrivait Hernis le 2'2 avril, « est parti hier; il a beaucoup lré{|ueulc les églises, il paroit très curi(îux de nos cérémonies, et a assisté avec beaucoup de sérieux cl de décence aux eérénioiiies de la semaine sainte. »

X. — (iC prince se serait [x-ul-ètre arrêté à Home plus lonjçtemps encore, s'il n'eût voulu éviter de s'y rencontrer avec le prince Kdouard, prétendant d'Angleterre, le dernier des Stuarts et (ils du célèbre chevalier de Saint (ieorges , qui était attendu à Home pour la semaine de P;\([ues. Ce dernier prince , qui avait ])ris le noni de baronnet de KiniVon, était frère cadet du cardinal d'York; par un pur caprice familier aux Anglais, ou par superstition, il épousa le vendredi saint , avec la dispense papale , la princesse de Stolberg, sœur de l'écrivain de ce nom , et entreprit immédiatement après ses noces le voyage de Rome , où il prétendait être reçu avec toutes les marques d'honneur qui anciennement étaient accordées aux souverains d'Angleterre.

Cette folle prétention lui avait été suggérée par les ennemis du pape, afin de brouiller ce dernier avec le gouvernement anglais , et de rompre les négociations qu'il avait entamées avec le duc , frère du roi régnant , en faveur des catholiques des trois royaumes ; mais l'esprit pénétrant du saint-père découvrit leur odieux artifice. Le cardinal d'York, d'ailleurs connu par sa vanité, et si lier de ses légitimes prétentions à la couronne d'Angleterre, convint lui-même de T absurdité des prétentions de son frère, lequel, tout misérable qu'il fût , puisqu'il ne vivait en définitive que des aumônes de celui-ci , n'eût jamais conçu un dessein si audacieux , si les ennemis du saint-père , en leur qualité de grands protecteurs de l'Église, ne le lui eussent suggéré à l'occasion de la présence du duc de Glocester à Rome.

On essaya même de faire tomber dans le piège le cardinal de lîernis ; mais on échoua complètement , ainsi qu'il le raconte luimême au duc d'Aiguillon, dans une dépêche du 31 mars 1772 : « M. le prince Edouard, » dit-il , « auroit désiré que j'eusse fait des démarches auprès du pape pour luy obtenir le même traitement qu'au chevalier de Saint-Georges son père. Je sçais positivement que le pape ne s'y prestera pas ; ainsi je me suis refusé à cette insinuation, n'y estant nullement authorisé par les ordres

du roy. On m'a demandé mes conseils, j ay répondu que je n'en pouvois donner ni comme cardinal ni comme ministre , ignorant la façon de penser du pape à cet égard , et manquant d'instructions de ma cour. Qu'au reste , comme homme de bon sens , je croyois que l'incognito estoit le parti le plus convenable à ce prince, à sa fortune, et même à ses prétentions. La majesté royale s'avilit quand elle ne peut être soutenue avec éclat. D'ailleurs, pourquoi chagriner le pape , le mettre dans l'embarras , par une reconnaissance inutile et qui ne cljange rien à Testât des choses?

n Le mariage n'assure aucun nouveau droit au prince Edouard ; il ne peut donc augmenter ses prétentions. Ce prince s'est contenté depuis que le pape règne de Testât où il se trouve ici , et il est raisonnable qu'il s'en contente encore. »

Ce prince arriva à Rome avec son épouse deux jours après le départ du duc de Glocester, et s'annonça en effet , par une lettre officielle au cardinal secrétaire d'État , sous le titre de roi d'Angleterre , en priant Son Émiuence de lui obtenir une audience avec les marques de distinction dues à son rang. Clément XIV lui fit répondre, d'une manière fort prudente, qu'il se réjouissait de l'heureuse arrivée à Rome du sir baronnet de Rinfron et de son estimable épouse , et qu'il lui ferait savoir quand il pourrait lui donner audience.

Cette sage conduite du pape excita parmi la haule noblesse de Rome, qui se trouvait entre les mains du parti des jésuites , un mécontentement général. Presque tous les princes romains firent à cet aventurier un accueil royal et des visites officielles, le traitant en toute occasion comme le souverain légitime d'Angleterre.

C'était de cette manière indigne que le saint-père était traité dans sa propre maison ! C'était ainsi que la noblesse romaine , d'ailleurs si judicieuse, si délicate, si intelligente de tout ce qui est grand , mais trompée cette fois par une poignée de gens que les passions aveuglaient, comprenait les intérêts sacrés de la religion , la vénération due au vicaire de Jésus -Christ et l'attachement au saint-siége !

On ne s'en tint pas contre le pape à ces démonstrations ridicules ; on insulta dans des libelles clandestins le successeur des apôtres , le représentant comme un transfuge des principes de la légitimité, qui donnait la préférence aux souverains protestants sur les princes catholiques , et réservait pour ceux-là les plus grands honneurs. Ces mêmes écrivains s'attaquèrent également à

i:T KllKM'l': Slil'TENTlUONALli. | fiî)

Hernis, parée qu'il nvail l'ail dire au prétendant d'An^Icleric , l()rs(|ue ee dernier lui lit aunoneer sa visite, (|u'il tiendrait à ^'rand hoinieui" de revoir son bon et. aneien aniiU^ haronneLdi; ninfron, mais <|ue sa |)osition lui interdisait de reeevoir le roi d'Angleterre.

Kl pourtant, ee nii^nie parti (lui jouait alors cette absurde comédie à l'occasion du ])iinec Edouard, avait naguère élevé (Uémeut XUI aux nues, lorsque celui-ci dépouUla le clievalicr de Saint-(ieorges de sa dernière prérogative royale , en lui eidcNant poiu* toujours le droit de nomination aux sièges épisco- |)aux d 'Irlande, et le conférant à la sainte couy légation de la Propagande. Mais les temps étaient changés; alors il s'agissait de Clément XIIT, et de Clément MY aujourd'hui.

XI. — Ce dernier déplorait Faveuglement , ou, si Ton aime mieux, la méchanceté de ces étranges défenseurs de l'Église , et n'ayant les yeux fixés que sur celui qui l'avait placé sur le siège de la vérité éternelle, il poursuivit sou œuvre sainte, malgré la scandaleuse opposition de ses propres enfants.

A la suite de ses conférences avec le duc de Glocester, le saintpère envoya à Londres, sous le plus strict incognito et sans aucun caractère officiel, le nonce de Cologne, monseigneur Caprara, qui fut si célèbre depuis, comme cardinal, sous les pontificats de Pic VI et Pie YIÏ, afin d'entamer avec le cabinet britannique des négociations au sujet de l'émancipation des catholiques des trois royaumes. Cette démarche du pape , à peine eut-elle été connue, causa un étonnement universel.

Le nonce se mit en route vers la fin de mai , et Bernis mande le 18 juin à cette occasion : « Le voyage de monseigneur Caprara en Angleterre ne fait sensation ici que depuis deux ou trois jours. Le pape m'a dit sérieusement qu'il n'y avoit aucun mistére dans ce voïage, et ensuite, en riant, qu'il n'en estoit pas au point d'envoyer un nonce à Londres. »

Les amis et ennemis des jésuites firent chacun un commentaire différent sur cet événement : « Le voyage de monseigneur Caprara, nonce à Cologne, » écrit Bernis le 24 juin 1772 à sa cour, « commence à faire beaucoup de bruit ici. On prétend que le cardinal secrétaire d'Estat n'en a esté instruit qu'après coup. Le pape depuis quelque temps me disoit du bien de ce nonce. Je savois qu'il l'avoit employé dans quelques négociations en Allemagne.

" Je ne sçaurois douter que le souverain pontife ne soit fortement occupé de procurer dans les îles Britanniques, et en général

ibO (1772) ALLEMAGNE

dans tous les pays protestans, de l'appuy ou, du moins, une plus grande tolérance aux catholiques. Je sçais même que le grand désir de Sa Sainleté serait de parvenir ou d'essaijer de faire parvenir un jour ses successeurs à la réunion des prolestans à la foy catholique. Ce projet , tout chimérique qu'il puisse estre actuellement, estoit autre fois dans la teste de Benoit XIV. Le pape actuel s'en occupe et y employé des moyens qui sont relatifs à son caractère et à son éducation.

« On assure que la manière dont il a traité ici les Anglois , en particulier M. le duc de Glocester, et, en général, tous les protestans d'un certain mérite, luy a concilié leur estime, et a même produit parmi les entousiastes d'Angleterre une espèce de prévention en faveur de Clément XIV. Cet entousiasme se montre dans les lettres qui arrivent icy et qui sont divulguées aussitosl. On m'a assuré qu'on estoit sur le point d'accorder aux catholiques dans les royaumes britanniques des grâces très-particulières.

« Le voyage de monseigneur Caprara a donné de la consistance à tous les bruits ; il y a des gens icy qui vont plus loin , et qui , sans doute pour faire attribuer au pape le caractère de l'intrigue, supposent que les jésuites, protégés par la Russie et par l'Angleterre , ont fait entendre au saint-père qu'il devoit se ménager l'appuy de rAnglelerre pour en imposer aux cours de Naples et d'Espagne. Je sçais que ce système est celui de plusieurs personnes de ce pays, qui occupent de grandes places et de grandes dignités ; je sais de plus, et par le pape luy-même, qu'on luy a donné souvent le conseil d'opposer des forces à la violence; mais je suis bien éloigné de croire qu'un homme d'esprit comme Cléjnent XIV, prudent et circonspect, sans parler de ses principes religieux , voulut chercher des appuys si dangereux et si peu honorables.

« Les choses extraordinaires qui se passent aujourd'hui dans le JNord peuvent rendre presque vraisemblable tout ce qui est possible ; mais il faut avoir de véritables preuves pour soupçonner le chef de l'Éghsc de mandier des protecteurs parmi les ennemis déclarés et naturels du saint-siége.

.. Les testes échauffées pour et contre les jésuites enfantent souvent, ou supposent des projets insensés que l'imprudence et la fausse politique répandent, il est assés naturel de les mépriser, et encore plus raisonnable de les suivre et de les examiner avec une certaine attention ; le fanatisme et l'intrigue pensent et agissent toujours contre les règles , il est sage d'éclairer leur marche.

ET ElIltOPK SEPTENTHIONALE. 161

" Au rcsio, j'iiy eu occasion de in'cxpliqucr a\cc le saint-])cre sur les iDolils ([ue Ton doinie au vovaj'e de inonsei^Mienr Capraïa. Sa Sainteté s'est moc(|uée de ces supposilions eyallcnienl faussas et injurieuses. Taime à estre aimé, lu'a-t-elle dit ; je ne veus pas metlre de tmirs de sèparalion entre les personnes proleslanles el ealhoUques^ la doctrine seule les sépare. » — « Il est bien simple, » a-t-elle adjouslé , - que je cherche à délivrer les catholiques de « l'oppression où ils (jemissenl en Anqleterre. La cour britannique « a déjà fait beaucoup en leur faveur. J'espère encore davantage « dans la suite ; plusieurs Anglais se sont convertis. J'ay la même V consolation en Allemagne; mais on ne doit pas prendre om- « brage de ce qui nest que f effet de la charité et d'une politique « vrayment chrétienne. Je ne suis pasassés insensé pour me livrer n à de faux systèmes ni aux ennemis d'une Église dont je suis « le chef. »

Xlï. — Caprara passa par la Hollande en se rendant à Londres; et bientôt après son retour à Cologne , c'est-à-dire le 12 juillet 1772, il informa le saint-père du résultat de sa mission. Nous donnerons ici la relation même qu'il envoya à Rome , et qui, mieux que toute autre explication, fera comprendre quel était le but de son voyage. 11 regrette d'avoir été obligé de passer sî peu de temps en Angleterre, et de ne pouvoir donner sur ce royaume que des renseignements incomplets. Quant à la Hollande qu'il avait traversée , il s'exprime en ces termes : « Je puis dire avec assurance que les catholiques de la Hollande sont un sujet de consolation pour un ministre du saint-siége, à cause de la piété avec laquelle ils vivent , et de leur attachement particulier à l'Église. Dans la campagne, la plus grande partie des habitants est catholique. Les missionnaires y mènent une vie exemplaire ; on ne leur reproche que d'être un peu intéressés.

« Dans la Hollande du Nord , les catholiques sont soumis à de mauvais traitements. Les prédicants protestants excitent régulièrement les femmes de leur religion à faire eu sorte que les catholiques, qui n'y sont pas en grand nombre, soient opprimés. Beaucoup ont déjà quitté le pays.

« Le stathouder, prince d'Orange, ne leur est pas hostile, non plus que le vieux greffier Fagel. Ce dernier a un emploi peu important en apparence ; mais, eu réalité, il remplit cependant les fonctions d'unique secrétaire d'Etat, et dirige le ministère du gouvernement intérieur, des hautes puissances et de leurs relations II. 11

avec le stathouder , ainsi que des intérêts de l'un et de l'autre avec les princes étrangers.

« Cet honnête vieillard , qui m'a rendu beaucoup de bons offices en Hollande et donné d'utiles lettres de recommandation pour l'Angleterre, me disait, entre autres choses, que le gouvernement regardait avec bienveillance les catholiques , parce qu'ils étaient restés paisibles à l'occasion des troubles de l'État, et qu'ils avaient de plus travaillé en faveur du gouvernement.

(f Les jansénistes, et spécialement à Utrecht, ont trouvé protection à cause du malheureux principe de tolérance envers toutes sortes de religions , et aussi parce qu'au commencement les Hollandais espéraient que l'affaire de ces derniers pourrait , avec le temps, avoir en France une issue semblable à celle des huguenots à la suite de Tédit de Nantes. La province d'Utrecht soutient encore aujourd'hui les jansénistes d'une manière spéciale. On croit que les écrits en faveur de l'ancien parlement de France sont sortis de cette ville.

« Un jour Fagel , me parlant des jansénistes , me disait : Le principe de tolérance envers toutes les religions , principe que nous regardions comme si avantageux pour l'Etat , nous a déterminés par le passé à accorder protection aux jansénistes à Utrecht, et nous ne sommes plus en état de leur faire opposition. H conviendrait cependant de trouver une occasion de gagner les chefs en donnant quelque dédommagement à l'archevêque et aux deux évêques, et la question des jansénistes tomberait d'elle-même. Le secrétaire intime du stathouder s'en exprima dans les mêmes termes , et me laissa entendre qu'il n'ignorait pas que ces derniers eussent de puissants protecteurs hors de la Hollande.

« Les jansénistes d'aujourd'hui ne passent pas pour être aussi fanatiques ni si attaciiés à leurs maximes que leurs devanciers ; mais ce sont des gens de peu de crédit , qui ont embrassé en apparence ces principes pour s'assurer des moyens d'existence, et une espérance éloignée de se réunir à l'Église avec honneur et profit. Ils pensaient, il y a quelque temps, à consacrer trois évêques, de peur qu'un accident imprévu n'éteignit parmi eux l'ordre épiseopal. Je ne saurais dire si l'on pourrait gagner les chefs des jansénistes au moyen de quelque dédommagement. Outre que cette affaire est très-délicate par elle-même , je suis resté trop peu de temps en Hollande pour avoir sur ce point une opinion arrêtée. »

KT EUnOI'K SKI-I'ENTIUONALK. 163

Caprara, au sujet des alïairi's politiques, s'étend peu, mais eu parle avec une grande péuclratiou.

" Le roi de Prusse, •> dit-il à ce sujet, « a cherehc à donner au stalbouder un certain esprit militaire. On désire pourtant que ce ])riiice en ail seiilcineut l'apparence , et nullement la réalité. La nation, humiliée de voir (jue ses forces sur terre et sur mer n'étaient j)as suflisantes, s'est adonnée au commerce. Les gens éclairés conq)rennent ([uellcs sont , pour une aussi riche nation de marchands, les conséquences de ne pas avoir de forces correspondantes et proportionnées à celles de la majeure partie des princes de l'Lurope. Mais bien qu'ils reconnaissent la nécessitéde former une armée plus nombreuse, ils ne savent pas s'y résoudre, parce qu'ils craignent que les officiers de ces mêmes troupes, qui reçoivent leurs grades du stalbouder, ne lui donnent trop d'autorité; ce qui , durant la vie d'un prince entreprenant , pourrait avoir de dangereuses conséquences. »

L'apparition de monseigneur Caprara à Londres fit une grande sensation , principalement dans le monde diplomatique , qui ne pouvait sexpli([uer comment un nonce apostolique osait venir dans la capitale de l'Angleterre, où les souvenirs haineux contre la papauté étaient traditionnels, et, pour ainsi dire, enracinés dans l'esprit du peuple ; mais ils se calmèrent bientôt, et se confirmèrent dans la pensée que , par un trait tout spécial de sa bienveillance, le pape avait voulu satisfaire au désir qu'éprouvait ce prélat d'étudier les mœurs de cette grande nation. Le résident de Venise, seul, avait quelque difficulté à adopter cette opinion, s'imaginant toujours que Caprara devait avoir reçu on ne savait quelle commission secrète , pour la conclusion d'un traité de commerce sans doute , et fit tous les efforts imaginables pour le sonder sur ce point.

Le comte de Belgiojoso , ambassadeur d'Autriche, pour lequel le comte avait reçu à la Haye beaucoup de lettres de recommandation , présenta , en sa qualité de chef du corps diplomatique , ce prélat à la cour.

« J'ai été reçu par les souverains , » ajoute le nonce , « avec la plus grande distinction. Un jour le roi , me parlant des églises d'Allemagne , me disait qu'il préférait toujours les prinees-évêques choisis ex gremio, et qu'il les regardait comme plus aptes à rendre leurs troupeaux heureux. Bien qu'il ne soit pas de rigueur que les éti'augers qui viennent ici pour leur propre commodité se

présentent toujours à la cour les jours de réception , j'ai cru devoir y aller les deux fois qu'elle a lieu par semaine, démarche que je sais par expérience avoir été bien accueillie.

« Le souverain a non-seulement grande opinion du saint-père, mais de plus il lui est très-attaché et très-reconnaissant , à cause des égards dont il a usé envers le duc de Glocester. Ce dernier en parle souvent avec attendrissement.

« Le roi et la reine ont de très-bonnes mœurs; les Anglais disent qu'ils sont les plus honnêtes gens de leur royaume. Les personnes de haut rang ont la plus grande opinion du saint-père ; beaucoup d'hommes, des plus considérés au parlement, m'ont dit plusieurs fois que je devais être persuadé qu'ils étaient de vrais papistes, et qu'ils désiraient que les catholiques vécussent tranquilles et en paix eu Angleterre. S'ils font une espèce de guerre aux Irlandais, cela semble venir du caractère inquiet de ceux-ci. Eu Irlande, les catholiques sont, de beaucoup, les plus nombreux ; il y en a en effet une grande quantité parmi les cultivateurs ; quant aux nobles, ils le sont aussi pour la plupart. Les nôtres se plaignent de la dureté avec laquelle on perçoit les impôts ; ils doivent en effet payer le double des protestants, et ce double même est exigé avec une rigueur excessive.

« Les missionnaires irlandais sont les plus recommandables par leur doctrine et par leurs bonnes mœurs; on ne trouve pas parmi eux, comme à Londres, des prêtres et des religieux de mauvais exemple. — En Ecosse, le nombre des catholiques a beaucoup diminué. Les protestants y prennent pied de plus en plus. La cour a tiré parti de ces fiers montagnards qui suscitèrent les dernières révolutions en faveur de la maison des Stuarts, et a levé dans les montagnes plusieurs régiments , afin d'attacher le peuple aux inféré l s du souverain.

« En Angleterre, et surtout à Londres, je dois le dire avec peine, il parait que les idées religieuses et la foi d'une vie future sont, pour ainsi dire, éteintes ; les personnes de quelque instruction pensent là comme malheureusement elles ne le pensent que trop ailleurs, et n'ont pas aussi facilement occasion de se détromper. Les gens riches et aisés donnent à leurs enfants, dans leur éducation, des habitudes de liberté presque sans limites, prétendant qu'ainsi la nature se développe mieux , et que les distractions et les plaisirs, dont la ville de Londres est pleine , ne leur donnent, pour ainsi dire, pas le temps d'y penser. Ils sont élevés

FT KIIROPR SF.PTKNTRIONALF. ICK

h considrrcr la mort avor lajif dr stctïcisrno, qu'il ne so passe presi|iK' pas do jour ([u'oii u'culcudi" parler de quckjui' suicide. 11 faut dire que le climat indue beaucoup sur ce désordre. Parmi le peuple, et surtout dans la classe des charbonniers, des charretiers et des malins , dont le nombre est excessif, il s'en trouve beaucoup (|ui n'ont aucune espèce de religion, et qui , [)our la moindre dilliculté, ne font miMiKî pas ba[)liser leurs enfants.

« Dans la campagne, le peuple a une religion : ils sont protestants. Malheureusement, il n'y a pas un assez grand nombre de missionnaires pour faire des prosélytes, à cause de la rigueur des lois, bien ([u'actuellemcnt on ne les mette pas entièrement à exécution. Lecoadjuteur du vieil évèque de Londres est un excellent ecclésiastique.

« 11 y a à Londres environ vingt mille catholiques. On peut en dire qu'ils diminuent moins de nombre que de qualité. Beaucoup de personnes de condition et appartenant à d'anciennes familles catholiques vont abandonnant leur foi pour entrer au parlement et obtenir des charges. D'autres sont devenus, en matière de religion, extrêmement indifférents. Ils disent qu'il n'est pas honorable de changer de religion , et passent leur vie dans la plus grande indolence à ce sujet. A nos bons catholiques d'autrefois ont succédé quantité de gens, comme porteurs, femmes du peuple, et autres personnes de basse condition, qui se font un devoir d'entendre la messe les jours de fêtes; mais on ne peut leur persuader d'approcher des sacrements.

« La haine contre le saint-siége parmi les personnes bien élevées est tout à fait éteinte. On a la plus haute opinion de la personne du saint-père. L'aversion du peuple envers nous diminue aussi tous les jours. Quoique je sois très-connu ici, j'ai beaucoup circulé à pied, et plusieurs fois des Anglais m'ont fait remarquer qu'une personne de mon caractère n'aurait pas pu circuler de même par les temps passés sans être insultée. En général, on n'a pas considéré la présence d'un ministre du saint-père dans ce pays comme étant seulement l'effet du désir que j'avais d'étudier une si grande nation ; on a cru que c'était un effet de la large manière de penser du saint-père ; sa conduite envers le duc de Glocester a beaucoup contribué à leur donner cette idée , ainsi que la manière dont il a reçu plusieurs Anglais auxquels il a daigné parler.

« Les Anglais, en ce temps de leur plus grande prospérité,

ont le préjugé de faire dater l'époque de leur agrandissement du moment où malheureusement ils se sont éloignés du saint-siége, et ne savent pas se persuader qu'ils pourraient se réunir de nouveau au catholicisme sans perdre les biens de l'Église dont ils jouissent, et qui ont tant agrandi leurs familles.

« Humainement parlant, en un mot, comme cette nation n'est réellement attachée à aucun principe fixe de religion, il ne serait certainement pas nécessaire, pour faire des proséljles, qu'il y eût un si grand nombre de miracles que ceux qui ont été nécessaires pour converlir Eome païenne. Des ecclésiastiques instruits et de bon exemple, s'ils se conservaient tels à Londres, pourraient facilement, même aujourd'hui, trouver un champ fertile pour procurer la gloire de Dieu , pourvu qu'ils n'allassent pas diamétralement et avec ostentation contre les lois, qui ne sont pas mises en exécution , mais que l'on ne veut pas abroger.

« Le luxe de cette nation n'est pas restreint à leurs maisons de campagne, mais se développe chaque jour à Londres dans l'ameublement, la manière de se vêtir et le grand nombre de serviteurs. On voit jusqu'à des marchands, en carrosse à six chevaux, se rendre à leurs maisons de campagne, qui sont devenues si communes, que les artisans même en ont aujourd'hui. On n'invite plus, comme autrefois, les étrangers à aller à la taverne; ou mange chez soi, et sur les tables il règne un tel luxe, qu'on voit, pour ainsi dire, plus de porcelaine de Sèvres à Londres qu'on n'en trouverait en France. Dans le moment actuel , ce luxe est au moins utile, et peut-être nécessaire. La dernière guerre a coûté au gouvernement soixante millions de livres sterling, c'est-àdire plus de 1,500,000,000 de francs. Ce* argent s'est répandu en grande partie parmi la nation, qui a gagné en outre énormément , comme cela devait être , dans une guerre aussi avantageuse que celle-ci; par conséquent, la nation, ou bien, si l'on aime mieux, les particuliers, sont riches ; mais le trésor, à cause de la dette , est pauvre ; et afin que les impositions puissent produire une somme suffisante pour payer les intérêts et maintenir une marine respectable, il est nécessaire que les consommations en tous genres soient multipliées à l'extrême.

« Pour rendre ce luxe moins préjudiciable, les Anglais cherchent à se passer autant que possible des produits étrangers, auxquels non-seulement ils refusent l'entrée dans leurs colonies, mais dont ils sont encore très-jaloux chez eux. Ils font mainte-

tenant, de tivs-prrnndcs plantai ions d(î vifînoK dans leurs possessions du nonveau monde, afin de pouvoir, avec le temps, se dispenser de lirei- leurs vins du INu'tuj;al el, de la l'ranee. Aujourd'Iiui, ces dernières denrées étant lVap|)ées d'impôts exlrèineuKiiit forts, il leur est utile d'en permettre l'entrée pour le payement de la dette de l'État. Ils s'adonnent é{;alemcnt avec grand soin aux plantations d(> mûriers ; et sur ce point ils sont plus avancés que sur l'autre, l/llalie en doit déjà éprouver les cflels. Ils ont fait venir des ouvriers italiens pour leur enseigner la manière de travailler la soie, et il ne leur manque que de savoir former les organsins pour couvrir leurs étoffes.

« Nonobstant l'uSage général des princes de clierclier à entraver la vente des produits des manufactures étrangères, les Anglais ont des relations commerciales assez vastes en Portugal, en Espagne, dans l'Empire et en Italie , spécialement pour tous les ouvrages de coutellerie. Les choses qu'ils vendent dans ces pays sont à un prix assez raisonnable. Quant aux objets qu'ils débitent dans leurs colonies, et que celles-ci ne peuvent absolument pas se procurer ailleurs, ils les tiennent à un prix très-élevé, quoiqu'ils ne soient pas de la meilleure qualité, parce que la consommation en est fort grande : telle est, par exemple, l'industrie des draps.

« A'oilà déjà plusieurs années qu'ils cherchent à améliorer l'agriculture : ils donnent des récompenses aux hommes habiles qui s'en occupent. Les paysans adoptent sans peine les nouvelles méthodes de culture qui leur sont proposées. Ils ont néanmoins, dans les trois royaumes, une quantité immense de terrain qui reste inculte, faute d'ouvriers. Ces derniers préfèrent le travail des manufactures , duquel ils retirent plus de profit, et qui leur permet de vivre dans les centres de population et avec moins de fatigue. Au surplus, l'état actuel des autres paj s leur fournit une quantité d'hommes attirés par l'idée de vivre plus libres et l'appât d'un salaire plus considérable qu'on leur donne, quoique ce salaire, une fois employé aux différents besoins de la vie, ne soit pas en réalité aussi avantageux qu'il le paraît. Et enfin ils préfèrent les populations de leurs colonies aux populations de l'Angleterre même.

<- Pour donner une idée de l'état financier de cette nation, il suffit de dire qu'après les derniers bruits de guerre entre l'Espagne et l'Angleterre, le premier ministre, lord North, a fait une opération de finance au moyen de laquelle il a trouvé l'argent nécessaire

pour armer sept flottes, payer les intérêts courants et former un fonds d'amortissement pour éteindre cette dette , s'élevant à un capital de 900,000 livres sterling.

(c Quel est l'objet de tant de forces maritimes? C'est le désir d'une paix stable, ou celui d'empêcher qu'aucune autre puissance ne puisse, de plus en plus, garantir et consolider ses possessions aux Indes et se délivrer de la contrebande anglaise.

« La constitution et les lois de cette nation semblent devoir lui promettre une liberté durable, et mettre son agrandissement territorial à l'abri des malheurs qui ont perdu la république romaine. Ils ont pour principe de se contenter d'une armée de terre peu considérable afin que le souverain, ni qui que ce soit ne puissent s'appuyer sur elle, s'ils venaient à la gagner.

« La grandeur de leurs possessions coloniales est soutenue par leurs forces maritimes, avec lesquelles ils empêchent également le débarquement ennemi sur leur propre territoire. Comme ces possessions ne sont pas unies entre elles, et encore moins avec la mère patrie, et comme elles ne forment pas une espèce de corps, elles ont besoin de plus grandes forces pour se soutenir et peuvent se regarder comme plus sujettes à être envahies. Ce que les Anglais craignent le plus , c'est que leurs colonies et leurs possessions du nouveau monde, devenant plus puissantes qu'à l'époque où elles furent conquises, n'en viennent, avec le temps, à se révolter et à se vouloir gouverner seules ; éventualité dont ils cherchent dès à présent à se garantir , et en vue de laquelle ils ont soin de ne pas laisser se former dans ces pays de troupes nationales. En outre , les Anglais s'imaginent que leurs possessions du nouveau monde doivent être persuadées qu'elles ne sont pas en état de se soutenir sans forces maritimes , forces qu'elles ne possèdent pas , et qui , assurément , ne peuvent s'établir tout d'un coup. »

XIII. — A son retour d'Angleterre, le même nonce fit encore un autre voyage d'observation au milieu de l'Allemagne méridionale, afin de prémunir les évêques contre le complot des trois électeurs ecclésiastiques, mais surtout pour les exhorter à s'opposer à la suppression de plusieurs couvents, suppression que l 'archevêque-électeur méditait par avance. Ses efforts ne furent pas stériles, quoiqu'il se plaigne, dans son rapport du 6 septembre, que les Allemands soient, en général, froids et difficiles à mettre en mouvement. Il visita Coblentz et Trêves, et trouva

rrlcclour i)riH n renoncer aux innovations ecclésiastiques qu'il a vil il U'iilccs.

Caprara eut plusieurs conférences avec les princes-abbés de Saint-!Ma\injin de Trêves , Corbie , Steblo, Kemplen et Fulda, les(iuels lui promirent unanimement d'adresser à la cour impériale une énergique représentation contre les innovations arbitraires de l'arehevéque-électeur de Mayence. Les évêques de Spire et de \\ omis lui donnèrent les mêmes assurances.

ftlais le résultat le plus grand et le plus beureux de ce Yoyage du nonce lut de détourner entièrement le comte-électeur palatin du Rhin du complot des électeurs ecclésiastiques, et de rétablir entre lui et le saint-siége l'ancienne et cordiale barmonie.

Cet électeur annonça son retour au pape dans une lettre remplie de soumission et de tendresse filiale, et lui envoya, en même temps, comme témoignage de sa vénération, une précieuse collection de médailles d'or, représentant les portraits et les principales actions de tous les électeurs de sa maison. Le pape lui en témoigna toute sa reconnaissance, et surtout la joie qu'il éprouvait en le voyant détrompé au sujet des pernicieux desseins de l'arcbevèque de 3ïayence, et revenu à son ancien dévouement envers le saint-siége. 11 lui lit exprimer encore les mêmes sentiments par l'organe du nonce apostolique de Cologne.

L'électeur, rempli de joie, écrivait de Manheim au nonce, en date du 17 décembre 1772 : « J'ai déjà répondu au bref plein de tendresse de Sa Sainteté, et je lui ai représenté combien j'appréciais le gracieux accueil qu'elle a bien voulu faire aux témoignages de mon zèle envers sa personne sacrée et envers le saint-siége ; je lui ai dit que je me trouvais rempli de la satisfaction la plus vive et d'une égale reconnaissance. Je ne puis donc faire autre cbose que de prier Votre Excellence qu'elle veuille se rendre elle-même garant de ces sentiments de mon cœur. »

XTV. — Le voyage de M^"" Caprara porta des fruits abondants , non-seulement en Angleterre, mais aussi en Allemagne. Tous admirèrent la pensée du pape qui avait fait entreprendre ce voyage au prélat dans de si saintes vues ; et cependant, qui le croirait? ses ennemis, même à Rome (nous savons quels ils étaient), en prirent encore occasion de taxer le saint-père d'bérésie, et poussèrent l'audace jusqu'à le représenter dans des feuilles clandestines publiées à Rome même comme un demi-protestant. C'est ainsi qu'on lui reprochait et que l'on suspectait toutes les démarches

qu'il faisait pour le bien de l'Église. Les hommes raisonnables s'en indignèrent; mais Clément XIV, déjà habitué à ces sortes de témoignages de vénération, souffrit en silence, et se tut. « Le pape, » mandait à cette occasion le cardinal de Bernis au duc d'Aiguillon, le 24 juillet, « méprise tous ces écrits ; ils sont à la vérité méprisables ; mais ils courent le monde, et font de vives impressions sur les esprits; il seroit juste d'en démasquer les auteurs. »

Si ces gens faisaient à Rome môme de si honteuses manœuvres, quoi d'étonnant qu'ils cherchassent, à l'étranger, par le ministère de leurs agents, à déshonorer, aux yeux du monde entier, le nom et le caractère de ce grand pape? Dans ce but, ils ne se servaient pas seulement de l'organe des gazettes catholiques, mais pour mieux réussir dans une cause si belle , ils ne dédaignèrent pas le concours des journaux protestants. C'est ainsi que dans le numéro du 23 septembre, n*" 153 de la gazette ultra-protestante de Hambourg, ils insérèrent l'article suivant, faussement daté de Londres, le 1 5 du même mois : « Rien de plus commun chez nous que les bruits les plus étranges. Avant- hier, il doit être arrivé, dit-on, un courrier venant de Rome et porteur d'importantes dépèches. Depuis ce temps, l'on assure que le pape s'est fait protestant. Quelque ridicule que soit ce bruit, il est pourtant certain que dimanche dernier quelques ministres ont, du haut de la cliaire, notifié cette nouvelle à leurs auditeurs, et qu'ils ont recommandé Sa Sainteté aux prières de l'assemblée. »

Cette accusation, après avoir été une fois insérée dans les gazettes protestantes, fut insidieusement reproduite dans certains journaux catholiques, mais commentée de la manière la plus perfide. On répandait sous main cette nouvelle, parmi les frères et amis, comme une certitude malheureuse, et dans les articles des gazettes on se contentait de l'insinuer sous la forme d'une inattaquable raillerie. C'est ainsi qu'on lit dans le n" 78 de la Gazette de Cologne, sous la date d'Erlaugen, 2 octobre : « A propos des choses ecclésiastiques : à la barbe du grand prophète ! les Anglais sont uniques avec leur système d'inventer les choses les plus singulières, et leur facilité à les croire. Il y a peu de temps, il arriva à Weden un courrier avec des dépèches importantes de Rome, et immédiatement on fit courir le bruit que le pape... (devinez).... s'était fait protestant! Qui diable eût jamais pu penser cela de Clément XIV ? Aussitôt il s'est fait pour et contre un pari de 1000 livres sterling ; et le dimanche suivant, quelques minis-

KT RIIROPR SEPTENTRIONALE. 1 7<

très l'ont nniioïKT i)iil)liqncment du haut do la chaire h leur Iroiijx'aii, cl oui iiisi'ié pour la |)iTiui(r(' lois le nom du souverain ponlile dans les prières de leur» églises, comme étant un de leurs livres dans la foi. «

Les nonces apostoliques de Cologne, Vienne et Varsovie inlormrrenl le cardinal secrétaire d'Iltat de ce desordre avec une indijïnation véritable, en le priant de faire auprès des cours les démarches nécessaires, afin que les rédacteurs de ces journaux lussent obligés de découvrir la source d'où ils puisaient de semblables mensonges, et rendus responsables de leur publication.

Le nonce de Pologne, monseigneur Garampi, s'adressa en outre au baron de Cressener, son ami, secrétaire particulier de l'électeur de Cologne, qui avait été naguère chargé d'affaires à Londres de l'électeur palatin, et le pria de s'intéresser près du gouvernement anglais pour s'opposer à un pareil désordre dans les feuilles de ce pays.

XV. — Les articles précités des gazettes de Cologne et de Hambourg reposent sur le fait suivant :

Clément XIV avait réellement, après le retour d'Angleterre de monseigneur Caprara, en\oyé un courrier secret à Londres, pour offrir au roi d'Angleterre une cassette contenant de cette même eau vulnéraire que lui avait déjà demandée, l'année précédente, l'empereur Joseph H. Le roi avait manifesté ce désir au nonce; et le duc de Clocester, pendant son séjour à Rome, avait laissé entendre au pape que l'envoi de ce précieux médicament causerait à son frère une agréable surprise, et que ce devrait être une favorable occasion au moyen de laquelle Sa Sainteté pourrait entrer en communication avec lui pour l'avantage des catholiques anglais. Mais ce sage et circonspect pontife ajourna cette démarche jusqu'à ce qu'il eût reçu des nouvelles satisfaisantes au sujet de la réception de monseigneur Caprara à Londres.

Le baron de Cressener, qui avait eu connaissance de l'envoi de cette eau vulnéraire , puisque le courrier qui la portait à Londres avait, en môme temps, à son passage à Cologne, remis des dépèches au nonce, son intime ami, profita de cette circonstance pour s'informer à Londres si cette cassette avait été véritablement remise, et se plaignit en même temps des articles outrageants qui avaient été publiés dans les journaux anglais contre l'honneur du pape. Le résultat fut que milord Suffolk avait réellement présenté à Georges IIl le cadeau du saint-père, et qu'il ré-

pondit au baron , sur ce double objet , la lettre suivante , datée du 10 décembre 1772 :

« Sa Majesté m'ordonne de prier A'^otre Excellence de témoigner à Sa Sainteté combien Sa Majesté a été sensible à cette marque d'amitié que le pape a bien voulu lui donner, et de rendre ses remercîments à Sa Sainteté.

« A l'égard de ce qui fut publié dans nos gazettes, j'ose assurer Votre Excellence qu'il n'y a pas un seul bomme en Angleterre qui ait donné crédit à ce ridicule mensonge, et que ce serait nous exposer au ridicule que de le traiter sérieusement. Une fausseté pareille saute trop aux yeux du public pour mériter la moindre réponse. Votre Excellence doit savoir que dans nos gazettes on parle souvent mal du bon Dieu, du roi et de tous les ministres; mais ils ne se mettent pas en peine d'y répondre. IN'otre liberté est dégénérée en licence, mais je puis assurer Votre Excellence que le ministère a été d'autant plus fâché, qu'il était impossible d'y porter remède. Dans les dernières gazettes de Londres la reine de Danemarck est traitée de ; je n'y vois pas de remède pendant que la liberté de la presse durera. »

XV f. — Mais nous demandons si de pareils procédés n'étaient pas de nature à éloigner encore davantage du saint -père les souverains protestants eux-mêmes, qui, tout hétérodoxes qu'ils fussent, devaient avoir néanmoins égard à la manière de voir de leurs sujets catholiques, relativement au saint-père. Ne devaientils pas craindre que leurs négociations avec le chef de l'Église ne fussent, sinon contrariées, du moins vues avec beaucoup de répugnance de la part de leurs sujets catholiques?

Ce malheur arriva en vérité non-seulement à Clément XIV, si saintement zélé pour la propagation de la foi catholique, mais encore et surtout à l'Église catholique d'Angleterre elle-même. Le roi se contenta de cette première démonstration affectueuse envers le pape, et rompit toute espèce de communication directe avec le saint-siége. Ainsi échouèrent, par l'aveuglement, le fanatisme et la malice des propres enfants de l'Église , les glorieux commencements d'une négociation qui promettait tant et de si heureuses conséquences pour le bien-être religieux et social des catholiques d'Angleterre.

Ce résultat était d'autant plus déplorable , que l'ambassadeur d'Angleterre à Paris lui-même avait déjà reçu de son gouvernement ordre d'entrer en négociation avecle nonce apostolique au

KT KlIROPE SErrENTHIONALK. M'A

sujet dfs pauvres ealli()li(iueH d'Ecosse. Le pape exliurla ce dernier, le 24 juin, à pousser cette affaire avec le plus grand zi'le, et ù travailler de tous ses eflorls poiir que les avantaj^es (jue l'on faisait espérer aux eatli<)li([ues d'Iicosse fussent, avec le temps, étendus a ceux d'Angleterre et d'Irlande.

XVII. — Clément XIV projetait déjà d'augmenter le nombre des élèves du collège anglais de Douai, aliii dv former un nombre plus considérable de missioiuiaires pour l'Angleterre. 11 avait, dans cette intention, demandé, ])ar l'organe du nonce apostolique, le concours du gouvernement français. Les cardinaux de IJernis et de la Roclie-Aymon , dont le dernier était protecteur de ce collège, appuyèrent de la manière la plus pressante les efforts du pape auprès de leur gouvernement, et celui-ci donna, de son bienveillant concours, les assurances les plus positives.

Clément \1V se bâta, par l'entremise du nonce, d'informer le cardinal de la Uoehe-A vmon de la triste position des catholiques d'Kcosse, afin d'endammer de plus en plus son zèle en leur faveur. Voici en quels termes il s'exprhne, dans une dépêche du cardinal secrétaire d'État, adressée, le P*" avril 1772, au nonce apostolique de Paris : « Les vexations que les catholiques d'Ecosse ont à souffrir de la part des propriétaires de fiefs et des seigneurs de ce royaume sont plus nombreuses et plus dures encore que de coutume. Les habitants de l'ile de Soutli-Vist, l'une des plus grandes et des plus importantes des lies occidentales de l'Ecosse, sont dans une position plus cruelle encore que les autres. Cette île appartient à deux seuls seigneurs, unis parles liens du sang; l'un desquels, mylord Maedonald of Boyedale, est seigneur d'environ deux cents familles catholiques appliquées à la culture de ses terres. Les vexations qu'il a fait subir et qu'il fait subir encore à ces pauvres gens, pour les contraindre d'abandonner leur propre religion et les forcer d'embrasser le presbytérianisme, sont incroyables. Pour atteindre ce but, tantôt il leur arrache V iolemment l'éducation de leurs enfants , et tantôt il les épouvante par des menaces terribles et sauvages, et leur fait subir les traitements les plus stupidement odieux ; de telle sorte que ces malheureuses familles, plongées ainsi dans un abîme d'angoisses et de misère , se voient à la veille d'une désolation et d'une destruction entières.

« Sa Sainteté, à laquelle on a fait ce lamentable récit, remplie de compassion pour l'état de ces infortunés fidèles, soumis depuis

174 (1772j ALLEMAGNE

si longtemps à toute espèce de mauvais traitements, vous charge d'en parler directement, et en paroles également fortes et douces, à l'ambassadeur de la Grande-Bretagne à Paris, afin qu'il prenne les mesures qu'il jugera les plus convenables et les plus opportunes pour porter remède à un si grand mal, et qu'il fasse comprendre, de la manière qui lui semblera la plus efficace, au susdit lord Macdonald que sa conduite envers ses sujets catholiques est entièrement opposée à la clémence et à la tolérance que le gouvernement de son pays se fait tant honneur de mettre en pratique.

« Votre Excellence est douée de toute l'habileté et de toute la douceur convenables pour que nous puissions espérer une heureuse réussite de ses représentations sur un si important sujet. »

XVIII. — Tous ces efforts paternels de Clément XIV n'empêchaient pas le parti des jésuites de chercher, par mille artifices, à accréditer quelques-uns des bruits dont nous avons parlé. On disait, entre autres choses, que le pape s'était adressé à l'Angleterre afin d'implorer sa protection pour le maintien de la société de Jésus contre les cours bourbonniennes : invention qui avait pour but de rendre le saint-siége suspect à ces puissances , ainsi qu'à l'Angleterre elle-même, et de lui préparer des difficultés sérieuses.

Le duc d'Aiguillon, au mois de novembre de cette année, était encore si fermement convaincu de la consistance de ces rumeurs, que, dans une conférence secrète qu'il eut, à cette époque, avec le nonce .ipostolique, il s'exprima au sujet du pape dans les termes les plus amers : « Le duc, « écrivait en chiifres le nonce, le 2 novembre 1772, au cardinal Pallavicini, « m'a dit, de plus, qu'il avait en main les preuves certaines que monseigneur Caprara était allé en Angleterre avec des instructions secrètes du pape , pour obtenir que cette nation s'opposât à l'abolition des jésuites, et que le même nonce avait encore récemment, quoique sans pouvoir y réussir, travaillé sous main auprès des petites cours d'Allemagne, afin que celles-ci parussent au moins s'opposer à cette suppression ; que les cours qu'il avait sollicitées l'avaient déclaré elles-mêmes, et qu'une manière d'agir si irrégulière ne pouvait qu'indisposer l'esprit du roi et mettre le roi d'Espagne en fureur. Il a terminé par ces paroles : « C'est mal, très-mal ! »

« Je lui ai répondu avec douceur que je ne pouvais croire à cette nouvelle, mais que, dans tous les cas, il pouvait être assuré que A'otre Éminence ne savait rien de tout ce qui concerne les

i;t kuropb sei'tentiuonalk. 175

jésuites , et que votre loyale manière de penser et d'agir ne se serait jainais pi'iMôo à de |);»reill('s fourberies. »

\l\. —La p(>iiti(iue lapace cl é^^oiste des puissances européennes avait euiiu décidé du sort de la Poio^nie infortunée et s'allait révélant de sesdé[)ouill('s. Dès (pie le souverain pontife eut été informé avec certitude de ce douloureux événement, il en ressentit une tristesse piofonde, et lit, pour détourner ce malheur, de nobles mais inutiles efforts. Il le lit, j)arce que, non-seulement il avait en horreur l'injustice d'une telle action, mais encore parce qu'il prévoyait les maux qui, à la suite de ce démembrement odieux, allaient fondre en Pologne sur la religion et ri> glise à la fois.

Des le 30 mars 1772, il eliargea le nonce apostoli((ue de Vienne d'adresser à l'empereur et à l'impératrice les plus vives remontrances, au sujet du partage de la Pologne, et de s'efforcer de leur persuader, par tous les motifs déjà allégués plus haut, de ne pas participer à cette injustice immense. Le nonce nommé de Pologne, monseigneur (uirampi, reçut la même injonction, et fut autorisé , à cette fin, à s'arrêter à Vienne plus longtemps que ne l'eût exigé une visite de convenance et d'étiquette. Le saint-père exprima, quoique d'une manière moins directe, le même désir à Leurs î\Iajestés Impériales elles-mêmes dans deux lettres touchantes qu'il leur écrivait le 15 avril 1772 (1), en recommandant à leur bienveillance le nouveau nonce de Pologne.

Voici en quels termes il s'exprime dans sa lettre à l'empereur Joseph : « Quant à l'autre affaire que notre même vénérable frère aura à traiter avec vous en notre nom , elle est de nature à vous faire facilement comprendre qu'elle est basée sur la haute opinion que nous avons conçue de vos vertus , et spécialement de votre grandeur d'àme et de votre religion.

« Vous connaissez parfaitement combien l'Eglise de Pologne et la foi catholique de ce même royaume sont maintenant affligées et combien elles courent de dangers. Elles ont besoin de votre aide, elles imploreront votre secours. Clément XIII, de sainte mémoire, notre prédécesseur, vous avait déjà, par lettres, entretenu de ces intérêts, et avait placé dans votre piété, pour l'aider en cette occasion, la plus grande partie de ses espérances. Maintenant que cette grave sollicitude est retombée sur nous, nous

(I) Theiner, Clément. XIV Epist., etc., n"' 199, 200, pag. 222, 224.

avons place en vous, en votre vertu, en votre autorité une confiance égale à la sienne. Nous vous conjurons donc, le plus instamment possible, très-cher fils en Jésus-Christ, d'avoir, pour ces prières pontificales que nous vous adressons par l'organe de notre vénérable frère, en faveur de la sainte cause de Dieu, les égards et la déférence qui conviennent à votre dignité et à votre charge.

« Car dans les fonctions impériales suprêmes dont vous êtes revêtu , vous n'oubliez pas les obligations que vous imposent votre nom auguste de premier défenseur de l'Église. Vous devez en soutenir la grandeur, la protéger et l'appuyer, si elle en a besoin, de toute la puissance que vous avez reçue, afin que vos actions et vos projets soient à la hauteur de ce môme nom que vous portez. Pensez donc que la gloire qui rejaillira sur vous par suite du zèle que vous aurez déployé pour la défense de la religion catholique, est préférable à toutes les autres gloires immortelles, quelque brillantes qu'elles soient, dont vous êtes revêtu , et que plus sera vaste le théâtre où se manifestera votre zèle, plus votre gloire aussi deviendra grande etspleudide.

« Mais, notre vénérable frère, suivant la mission qu'il a reçue de nous, vous en parlera plus au long, et c'est pourquoi nous vous supplions instamment de vouloir bien l'accueillir avec bonté et avec bienveillance. En condescendant à notre désir, vous le mettrez à même de manifester quel est son respect et son dévouement envers Votre Majesté et toute votre auguste famille, et combien il mérite votre bienveillant accueil. La splendeur de son origine est illustrée et augmentée par les plus précieuses et les plus grandes vertus et par un grand savoir. Nos prédécesseurs, Benoit XIV et Clémeut Xlll ne l'ignoraient pas , et ont eu de lui la plus grande estime : et nous, l'entourant d'une bienveillance plus grande encore, après avoir expérimenté sa vertu, son habileté et sa fidélité, nous n'avons pas craint de lui confier, dans ces temps difficiles, la mission la plus importaute, afin que vous vouliez l'accueillir plus favorablement à cause de nous et à cause de luimême. Ayez confiance en lui comme vous l'auriez en notre propre personne, si nous étions présent à vos yeux ; et ne craignez pas de lui dire avec sincérité toute votre pensée , tout ce que vous pouvez désirer de nous, et ce en quoi le ministère apostolique dont nous sommes revêtus nous permet de vous servir. »

Le saint-père adressa, le même jour, des lettres dans le même sens au roi de Pologne, au primat de l'Église latine et de l'Église

ET EUROPE SEPTENTUIONALE. 177

grecque unie , aux evèqucs et aux grands dignitaires de la république, pour les exhorter à travailler au maintien de l'union et de la paix, à avoir toujours devant les yeux le salut de leur patrie, et surtout à sauvegarder , dans les malheurs qui allaient bientôt, peut-être, fondre sur elle, les intérêts sacrés de la religion et de l'Église.

XX. — L'impératrice, touchée de la paternelle exhortation du saint-père, lui donna les plus solennelles assurances que, quoique du fond de son cœur, et par des motifs aussi bien politiques que religieux, elle eût en horreur le malheureux démembrement de la Pologne, elle ne pouvait cependant se dispenser de faire valoir ses prétentions, quoique prescrites, sur quelques provinces de ce rovaume , prétentions qu'elle était obligée de soutenir pour sa sûreté personnelle et par des motifs de haute politique, afin de ne pas laisser la Russie et la Prusse s'agrandir démesurément au détriment de ses propres États. Ces deux puissances, répondait-elle au nonce, ne se désisteront jamais, ni à aucune condition , du démembrement projeté ; s'il s'agissait du plus ou du moins de justice des prétentions , celles de la couronne de Hongrie seraient beaucoup mieux fondées que celles que pourraient jamais produire ces deux autres puissances, lesquelles n'avaient, — et surtout la Prusse, — que de purs et frivoles prétextes. Mais, ajoutait-elle encore, à moins de s'engager dans une guerre désastreuse et incertaine , elle était impuissante à empêcher l'œuvre de ce démembrement, d'autant plus que toutes les puissances européennes, et même la Suède, le Danemark, l'Angleterre et la France assistaient, spectatrices tranquilles, à ce drame scandaleux et déshonorant.

XXI. — Clément XIV vit donc l'état de la Pologne désespéré ; toutes ses exhortations aux puissances cathohques demeurèrent impuissantes, même celles qu'il adressa à la France et à l'Espagne, lesquelles déclarèrent ne pouvoir s'opposer au démembrement de ce royaume, soit à cause de leur trop grand éloignemcnt, soit à cause de l'épuisement de leurs finances, soit à cause des désordres de leurs propres royaumes, soit enfin parce qu'elles ne voulaient pas allumer une guerre européenne, d'autant plus qu'elles avaient vu la Sublime Porte, qui avait été toujours si intimement unie d'intérêts et d'affection à la république de Pologne, se retirer elle-même et refuser sou secours et son appui à son ancienne alliée.

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