‹ Histoire du pontificat de Clement XIVChapitre 9 sur 28 · ALLEM.U · texte numérisé non relu

ALLEM.U

ainsi qu'à tous messieurs les ministres étrangers. Son Excellence m'a protesté que si elle uvoit pu prévoir qu elle auroit autant de désagrément qu'elle en a eu pour faire achever le vaisseau de cette église, elle ne l'auroit jamais entrepris. Je l'ai suppliée d'oublier tout cela à présent qu'elle voyoit qu'elle s'en étoit tirée si glorieusement, et de vouloir bien avoir la bonté d'en faire de même avec ce qui restoit encore à faire pour que cette église et ses dépendances fussent complettement achevées durant l'été prochain. Le roy, qu'on dit être fort charmé de la perfection de ce temple, a gracieusement promis que, cela étant, il feroit encore donner hors de la ville une place pour un cimetière, dans lequel on n'enterreroit désormais que des catholiques romains.

« On a remarque hier comme quelque chose de bien particulier, que la consécration de notre église soit justement arrivée à pareil jour que l'exercice de la religion protestante y avoit été introduit et celui de la catholique aboli, sous Joachim second, précisément le jour de la Toussaint de l'année 1539.

« Son Excellence M. le ministre de Zedlitz, auquel on a obligation de la perfection actuelle de notre église et à M. Galliari celle de sa belle décoration, m'a bien recommandé de faire tout mon possible auprès de Votre Éminence pour que la cour de Rome diffère le moins possible de l'aider à venir maintenant à bout de pouvoir en payer les frais.

« L'intérieur en étoit hier orné de deux lustres de cristal , sur chacun desquels il y avoit six belles grandes bougies, autre effet du zèle de mon très honoré M. Galliari. Le maître-autel Tétoit de douze beaux grands chandelliers dorés tout à neuf, et sculptés d'après le modèle qu'eu avoit donné cet habile et vertueux artiste : celuy de (autel) Saiute-HedAvige, patroue de cette église, l'étoit de quattre autres de même espèce, et celui de la ÏXativité de jXotre Seigneur de six anciens. Tout le monde a été frappé de la noble simplicité qui règne dans cette église, et il n'y a personne qui n'ait dit qu'elle avoit un air de majesté et d'innocence qui attendrissoit les cœurs de quiconque alloit la voir. »

Cette lettre est datée de Berlin, 2 novembre 1773, c'est-à-dire le lendemain de cette pieuse cérémonie.

Clément XîV fit aussitôt exprimer, par Torgane du cardinal Tisconti, au ministre secrétaire d'Etat de Sa Majesté, le célèbre baron de Zedlitz, toute sa reconnaissance au sujet du noble intérêt qu'il avait pris à la consiruction de l'église catholique de

Berlin. Le baron répondit au cardinal, de la manière la plus polie, par la lettre suivante :

K Berlin, 30 novembre 1773.

« Monseigneur,

« Rien ne pouvoit me flatter autant que l'approbation dont Votre Éminence vient d'honorer les soins que je me suis donnés pour la construction de l'église catholique de Berlin ; et je sens également tout le prix de la satisfaction que le souverain pontife a daigné en ressentir, et dont il a bien voulu charger Votre Eminence de me faire part. Qu'il me soit permis, en remerciant Votre Éminence, de déposer entre ses mains le respectueux témoignage des sentimens de reconnoissance que je dois à Sa Sainteté et que je ne pourrois lui adresser directement sans m'exposer au risque d'être importun. Si Votre Éminence veut bien en mettre l'Jiommage aux pieds de Sa Sainteté, elle leur donnera par là un nouveau prix et ajoutera infiniment aux obligations que je lui ai.

« Quoique j'aie fait tout ce qui a dépendu de moi pour l'église catholique de Berlin, je dois cependant avouer que je n'ay agi que conformément aux vues du roy mon maître, qui m'a confié le département des affaires catholiques de ses Etats.

« Je serai toujours charmé de pouvoir rendre des services aux catholiques et leur conserver leurs droits ecclésiastiques, et je le ferai, non-seulement parce que cela est conforme aux devoirs de ma charge, mais aussi parce que cette conduite tient au principe de tollérance universelle qui fait partie de notre doctrine. Heureux si je puis de la sorte mériter l'approbation de Votre Eminence et vous prouver les sentimens de respect avec lequel je suis,

'. Monseigneur,

'< de Votre Éminence

« le très humble Serviteur, « Zedlitz. »

X . — Le duché de Hanovre ne donnait pas à Sa Sainteté autant de consolation que le royaume de Prusse : on y suscitait mille ])ersécutions contre le vicaire apostolique, monseigneur de Samos, dans l'exercice de son ministère. Le saint-père chargea, en conséquence, le 10 juin, le nonce apostolique de Vienne d'implorer l'intercession de l'empereur en faveur des catholiques de Ha-

novre et de leur pasteur. Il l'engagea aussi à adresser directement les plus vives représenlatious au ministre de Hanovre à Vienne, et de lui faire observer « combien il était injuste que, pendant que dans les États catboli(]ues d'Allemagne on accordait aux protestants libre exercice de leur religion, on refusât, au contraire, dans les Etats protestants, une liberté semblable aux catboliques, et surtout en ce qui concernait l'exercice du ministère pastoral, sans lequel le troupeau lidèle ne se peut diriger avec Tattention et la vigilance requises. »

XI. — Ce fut en cette anne'e 1773 que s'ouvrit en Pologne la diète fameuse qui devait consommer sa ruine et la sanctionner, en mettant, par un traité abominable, le comble à toutes les humiliations de cette nation infortunée.

Cette diète commença sous les plus tristes auspices. A la pensée des maux imminents dont était menacée sa patrie, je ne sais quel sentiment de honte et de douleur sembla descendre sur le cœur du roi ; et , dans des lettres touchantes du 1 7 février, il sembla tendre aux puissances jadis amies, comme l'Angleterre, la France, la Suède et l'Espagne, des mains suppliantes pour leur demander de tenter un effort suprême en faveur de sou peuple expirant.

Stanislas, au mois de février, convoqua les diétines, et les exhorta dans un éloquent manifeste à envoyer de dignes nonces à la diète de Varsovie, afin qu'elles eussent à délibérer sur le sort de la Pologne.

A peine la diète eut-elle commencé ses séances, que Catherine II fit aussitôt entrer dans la ville un corps de quatre mille soldats russes pour surveiller ses délibérations. Les deux premières séances furent des plus orageuses. Le noble évèque de Cracovie, immortel dans l'histoire de sa patrie, quitta aussitôt la diète, et annonça sa sortie, le 6 avril, à l'ambassadeur de Russie, le comte de Stackelberg, par un billet conçu dans les termes sui^ ants : « Je préférerais passer, » disait-il, « le reste de mes jours dans un obscur cachot, me voir couper les mains, et même perdre la vie, plutôt que de souscrire au décret odieux du démembrement de ma patrie.

« Comme, d'un côté, je ne vois que la violence et le seul droit du canon des trois cours, et, de l'autre, des lâchetés de toute espèce, et que je ne puis plus être utile à mon pays, je ne veux pas, du moins, devenir son bourreau.

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« Un Polonais qui consentirait au démembrement de sa patrie pécherait envers Dieu ; et nous, sénateurs, en l'approuvant, nous serions des parjures. »

Ces nobles et énergiques paroles demeurèrent sans effet. La terreur et la vénalité avaient rendu les Polonais incapables de toute action généreuse et magnanime. Stackelberg respirait la vengeance contre cet héroïque prélat , et l'eût indubitablement exilé de nouveau , s'il ne se fût, par la fuite, soustrait à ses violences en se rendant dans ses possessions, où il fut reçu, par les fidèles, comme un ti'iomphateur. Pour amortir 1 impression que sa sortie de la diète avait faite sur les esprits en Pologne, on recourut au plus vil artifice, et l'on répandit le bruit que ce prélat avait soudainement perdu l'usage de la raison, et que, pour ce motif, il s'était vu contraint de quitter Varsovie.

Le comte de Lentulus, commissaire prussien près la diète, eut l'impudence de soutenir cette audacieuse calomnie, et répandit, à cette occasion et dans ce but , un petit pamphlet qui fut distribué à tout le clergé de Pologne.

Xn. — Le génie inventif du comte de Stackelberg trouva bientôt un moven certain de s'assurer la majorité des voix dans la diète, et de comprimer, en même temps, l'élan des patriotes : il j)rojeta, en effet, une nouvelle confédération générale à l'instar de celle de Bar, sur le même modèle , mais dans un but diamétralement opposé, disant insolemment que la réalisation de ce projet ne lui coûterait que le faible sacrifice de 30,000 roubles d'argent, cette somme suffisant surabondamment, selon lui, pour tenir en échec le roi , le ministère et les patriotes eux-mêmes. Et, en vérité, il se trouva des âmes assez viles pour vendre leur patrie au prix de l'or russe ou de l'espérance séduisante de lucratifs emplois.

A la tète de ces indignes se trouvaient le comte Poninski et le prince Radzivil. Le premier fut nommé, par l'ambassadeur, maréchal de la nouvelle confédération de Pologne, et le second reçut le même grade dans celle de Lithuanie. Stackelberg rédigea luimême le manifeste de cette confédération, qui prit aussi pour devise ces belles paroles tant de fois profanées : « Pour la religion, pour la dignité royale, pour la liberté, » et le soumit, le 14 avril, à la signature des membres de la diète, réunis dans son palais. A cet acte ignominieux prirent part aussi les ambassadeurs d'Autriche et de Prusse, les évêques de Posen, C.ujavie et Vilna,

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Iwardowski, palatin de Kalisch, et Théodore Wessel, tre'sorier du roi.

f.e 15 avril commencèrent les conférences dans le palais du grand chancelier; et, dès le 17, plusieurs nonces et sénateurs souscrivirent l'acte préparatoire du démembrement de la Pologne. Le lundi 10, on célébra dans l'église de Saint-Jean, selon l'usage, une messe solennelle, à laquelle assistèrent le roi, la noblesse, les ministres et les principaux fonctionnaires publics. L'évèque de Cujavie ofliciait; le chanoine AlexandroAvicz, de Lemberg, fit le sermon ; après l'office, le roi et les sénateurs se rendirent dans la salle du sénat, et les nonces dans leur stube (chambre) ; on passa à l'élection du maréchal, et, par ordre exprès de l'ambassadeur de lîussie, fut choisi pour cette charge, le vil comte de Poninski, lequel reçut aussitôt les insignes de sa dignité.

A ce moment , le courageux Reitan , nonce de Novogrodeck, se lève impétueusement , et , soutenu de plusieurs de ses collègues, proteste solennellement contre la nomination d'un tel traître. Aussitôt , il s'élance comme un lion au milieu des sénateurs, arrache des mains de Poninski le bâton de maréchal, prend son siège, et s'adressant à l'assemblée s'écrie : « Voici votre maréchal ! » La conférence dut être dissoute au milieu d'un indicible tumulte, et renvoyée au jour suivant; Poninski ne se tint pas pour vaincu, et, sous la protection de l'ambassadeur russe, dans la matinée du 20 avril, se fit, dans Varsovie, publiquement proclamer maréchal de la confédération nouvelle.

11 n'osa pas cependant rentrer dans la chambre des nonces, mais il fut assez audacieux pour se présenter à la porte et ajourner de nouveau la séance. L'indignation de ceux-ci monta à son comble. A Reitan s'unirent Korsack, Dunin , Kossaco^vski et Zaremba , qui, tous, protestèrent de nouveau contre Poninski et les membres de la confédération, en les qualifiant de traîtres à la patrie et de vils mercenaires à la solde des puissances étrangères.

Poninski, fort de l'appui des baïonnettes russes, fit enregistrer aussitôt au grod (greffe) de Varsovie l'acte de confédération, auquel avaient déjà souscrit soixante-dix nonces. Par ce coup hardi il devint dictateur de Pologne et se vit investi de pleins pouvoirs. Tous les tribunaux et les magistrats du royaume devaient lui obéir. On lui donna même dans son palais une garde, dite d'honneur, composée de soldats prussiens et russes, en partie comme marque de distinction, en partie pour sa sûreté person-

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nelle. Le prince Jkdzivil, de son côté, se maintenait dans sa position à l'aide de pareilles violences et s'unit à Poninski. Entre les mains impures de ces deux hommes furent dorénavant remises les destinées de la Pologne.

On somma aussi le grand maréchal du royaume et le roi luimême d'accéder à la confédération.

Eeitan et les nonces de son parti reçurent l'ordre de se présenter le jour suivant à la chambre, pour y rendre compte de leur résistance. Ils vinrent, mais pour protester de nouveau contre l'élection des deux marécliaux, et furent menacés d'exil, de la confiscation de leurs biens et de la perte de tous leurs honneurs et emplois s'ils persistaient dans leur protestation. Poninski et Radzivil se saisirent de la personne de Reitan, lui arraclièrcnt avec violence la clef de la chambre qu'il avait emportée avec lui, et en devinrent ainsi les inaîtres plus pleinement encore. Tous, excepté quelques Lithuaniens, quittèrent l'assemblée. Les ministres des trois puissances remirent sur-le-champ au grand général de Pologne, le prince Lubomirski, une représentation menaçante en se plaignant de ce que la confédération actuelle était encore troublée par des cabales et des intrigues, quoiqu'elle fût sous la protection immédiate de leurs cours, et demandèrent que la chambre des nonces fût sur-le-champ évacuée, afin de pouvoir, de cette sorte, rétablir l'ordre et mettre en sûreté la personne sacrée du roi. Ils lui faisaient observer de plus que, dans le cas où il manquerait de forces suffisantes, on mettrait à sa disposition toutes les troupes qu'il croirait nécessaires.

Le roi fut aussi sérieusement exhorté à faire chasser les nonces qui étaiejit restés dans la salle; et comme ceux-ci s'y refusaient, l'ambassadeur russe leur intima de nouveau, vers minuit, l'ordre de quitter immédiatenient la chambre.

Deux seuls obéirent. Poninski, suivi de soldats russes, entre alors dans la chambre, et les chasse tous avec les plus brutales violences. Le roi accourut, et, à la vue de cette scène scandaleuse, voulut interposer son autorité et renvoya la séance au matin du jour suivant. Cette résolution fut saluée avec enthousiasme. Les nonces s'unirent au roi et attendirent avec impatience le moment de l'ouverture des portes; jnais Poninski parvint à les fermer de nouveau. Les ministres des trois cours firent déclarer aussitôt au roi, par le grand chancelier, que si, dans l'espace de cinq heures, il n'adhérait pas à la confédération, cinquante mille Russes

entreraient à l'instant dans Varsovie et y mettraient tout à feu et à sang. Stanislas tint conseil sur cette menace avec les quelques sénateurs qui étaient restés à la cour, et tous furent d'avis qu'il fallait courber la tète devant la dure nécessité !

Les ambassadeurs sommèrent alors les nonces de Lithuanie ([ui, jusqu'alors, avaient fait une héroïque résistance, et leur commandèrent de se soumettre à leurs vainqueurs. Eux aussi furent contraints de céder à la violence. Ils s'étaient maintenus dans la chambre pendant deux jours et demi, avec une intrépidité sans exemple, qui fut également admirée de leurs partisans et de leurs ennemis.

l^e 23 avril, on fit l'appel nominal des députés présents, qui étaient au nombre de cent onze, et, le jour suivant, ils s'assemblèrent avec le roi et les ministres dans le salon du sénat. Tous furent exhortés à adhérer à la confédération. Le noble évèque de Luck se leva seul pour défendre l'iionneur de la patrie outragée, et démontra dans un éloquent discours que le sénat ne pouvait donner cette adhésion , avant qu'on ne décidât que les intérêts ecclésiastiques resteraient sauvegardés et les affaires politiques réglées, non pas par la majorité, mais par l'unanimité des suffrages.

L'cvèque de Smoleusk appuya ce noble orateur, et, comme lui, déclara la confédération illégitime.

Poniuski ôta la parole aux deux prélats, en faisant observer quil avait reçu l'ordre de refuser voix dans la diète à tous ceux qui n'auraient pas souscrit la confédération. Une indignation générale s'empara de tous les membres de l'assemblée , et, pour la calmer, le roi leva la séance.

Le 25, tous les sénateurs adhérèrent à la confédération, le noble évèque de Smolensk excepté, et il fut, pour cette raison, obligé de quitter la diète. L'évèque de Kiew, pour s'épargner une semblable honte et échapper à la persécution russe, se rendit dans ses possessions.

Le 26 eut lieu une nouvelle séance, dans laquelle Poniuski donna lecture de la loi en vertu de laquelle ceux-là seuls qui avaient souscrit la délibération pouvaient avoir voix dans l'assemblée. On lut ensuite les noms de tous ceux qui l'avaient souscrite. L'évè([ue de Yilna, quoiqu'il en fût partisan zélé, avait, par mégarde, omis cette formalité, et lorsqu'on l'invita à la remplir, il refusa, croyant voir comme une offense dans cette proposition, et quitta immédiatement la diète.

On fit enfin, selon la coutume, la lecture d'un projet de constitution. Il avait pour but de sanctionner rétablissement de la confédération. Les opinions étaient grandement divisées. Plusieurs dtMnandèrent qu'on ne fit traiter aucune affaire par une commission ou délégation spéciale qui eût de pleins pouvoirs. C'était là pourtant ce que voulaient absolument les trois ambassadeurs, afin de faire plus facilement triompher leur système de corruption.

D'autres désiraient que la confédération ne se prolongeât pas au delà du temps de la diète. Les esprits s'échauffèrent , et la séance fut de nouveau levée au milieu de l'agitation et du désordre.

Les ambassadeurs des trois cours furent indignés ; et, craignant pour la réussite de leurs projets, ils crurent, cette fois encore, devoir en appeler au droit du plus fort. Stackelberg, le soir du même jour, adressa au grand chancelier la note suivante : « Puisqu'il paraît qu'on emploie toutes sortes de moyens pour soumettre la confédération générale à l'arbitraire et aux éventualités présentes , et qu'il semble qu'on veuille la faire dépendre de la diète, le soussigné, ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies , se voit obligé de déclarer qu'il ne pourra permettre en aucune manière de semblables entraves , et que la confédération ne cessera d'exister que lorsque les circonstances n'exigeront plus sa durée , quand les traités de cession seront conclus avec les trois cours , et quand les dispositions au sujet du gouvernement du pays seront réglées d'intelligence parfaite entre les puissances ci-dessus mentionnées. »

Enfin, le 28 de ce mois, le roi adhéra publiquement à la confédération. Stackelberg le força , au moyen des menaces les plus terribles, de donner son assentiment à tous les désirs de la diète et des délégations particulières tyrainiisécs par lui. Ce fut par de tels moyens que ce ministre parvint à devenir l'arbitre suprême du sort de la Pologne ; roi, ministres, diète, conférences et délégations se trouvaient entre ses mains. Lorsque quelques sénateurs, indignés de cette conduite brutale, voulurent donner encore quelque signe de vie et d"indé[)endanee , les ministres des trois puissances copartageantes firent entrer dans Varsovie quinze mille hommes de leurs troupes, et menacèrent, au moindre mouvement qui se manifesterait parmi la population, d'en envoyer un plus grand nonibic encore. Frédéric 11 était celui qui se montrait le plus actif et le plus décidé à agir ; il tenait pour ce seul but, prêt

à partir au premier signal, un corps de vingt-cinq mille hommes.

L'évèque de Luck osa une fois encore élever sa voix vénérable en faveur de la religion et de la patrie , et protester hautement contre ces violences sans nom. Le roi, plusieurs sénateurs et nonces se rangèrent de son parti. Le lendemain (mercredi 12 mai), dès la pointe du jour, onze soldats prussiens pénétrèrent dans son palais pour s'emparer de sa personne et le conduire en prison. Il ne put leur échapper qu'en sortant inopinément de la ville et retournant dans son diocèse.

Telle était la diète qui décida du démembrement de la Pologne.

Si ce démembrement, considéré comme nu acte de violence, est déjà un opprobre pour ceux qui l'accomplirent, la manière dont on contraignit cette nation infortunée de le sanctionner est bien plus infâme encore; mais les hommes qui, à commencer par le roi , se prêtèrent à l'accomplissement de cet acte abominable , étaient assurément non moins méprisables et non moins infâmes.

jNous interrompons ici le fil de la narration des événements politiques, que nous n'avons voulu effleurer qu'autant que cela était nécessaire à l'intelligence des affaires ecclésiastiques , ces dernières étant les seules dont nous nous occupions.

Que pouvait donc faire le saint-siège pour sauver l'existence politique de la Pologne, puisque ceux-là même entre les mains desquels se trouvaient les destinées de ce pays , non-seulement regardaient avec une indifférence glacée sa ruine s'accomplir, mais y prenaient encore une part si active?

Clément \1V, impuissant à sauver la liberté politique des Polonais , fit les plus nobles efforts pour garantir au moins leur liberté religieuse.

XllI. — Les persécutions que le clergé, et surtout celui de l'Lglise grecque -unie, subissait dans les provinces nouAcUement conquises par la Russie , étaient vraiment inhumaines au delà de toute expression. Dans les deux palatinats de Kiew et de Brachnv, on avait, dans le court espace de cinq mois, arraché violemment aux prêtres grecs-catholiques plus de deux cents églises paroissiales ; l'évèque schismalique Pereslaw avait adressé , le 27 janvier, un manifeste au clergé et aux fidèles de son diocèse pour les exhorter , et non pas assurément à liusu de son gouvernement , à employer tous les moyens possibles pour conduire au schisme le peuple et le clergé catholique. Ce manifeste portait le titre suivant : Pro rcconciliaiionc facieuda mm OrientaJi Ecclesia

ET EUftOPE SEPTENTRIONALE. 289

Grwco non imita. Les prêtres orthodoxes qui refusèrent de passer au scliisme furent cruellement maltraités et jetés dans des cachots. On leur arrachait même leurs enfants, et on les livrait à des popes russes pour les faire élever dans le schisme.

Clément XIV exhorta , par l'organe du nonce de Vienne , et dans des termes vraiment attendrissants , l'empereur et l'impératrice à s'interposer près du gouvernement russe pour obtenir qu'il mît un terme à des persécutions aussi contraires au sentiment d'humanité qu'à la promesse solennelle et sacrée faite de maintenir l'Église catholique dans le plein exercice de ses droits. u La nouvelle de ces persécutions, » écrivait le cardinal Pallavicini au nonce apostolique, le 20 janvier 177:î, « ainsi que vous le comprendrez sans peine, a mis le comble à l'affliction du saintpère , rempli déjà d'angoisse et de sollicitude au sujet de l'issue des affaires de la religion en Pologne. La dispersion des ministres du sanctuaire privés de moyens suffisants d'existence, les dangers que courent tant de fidèles dépourvus de secours spirituels, la désolation extrême de notre sainte religion catholique, toutes les conséquences inévitables qui résulteraient d'une mesure si funeste , sont les objets affreux qui , au milieu du gouvernement général de l'Église, qu'il dirige par la disposition de la divine Providence , occupent instamment sa pensée.

« Pour détourner un lléau si terrible , Sa Sainteté n'a point négligé d'adresser d'abord de ferventes prières au Seigneur, sans le fort appui et la protection duquel Sa Sainteté sait que tous les calculs de la prudence humaine sont inutiles. S'étant ensuite mise à examiner quels seraient les moyens les plus efficaces et les plus expéditifs pour subvenir aux urgents besoins de l'Église, Sa Sainteté n'en voit pas d'autre que celui dont elle a déjà fait utilement l'épreuve, c'est-à-dire d'implorer le zèle et la magnanimité de ces pieux et augustes souverains qui, selon leur équité naturelle et leur droiture, ayant plusieurs fois manifesté les sentiments favorables qui les animent j)our ce qui concerne l'état temporel de la. Pologne, ne peuvent assurément, soit à cause de la foi qu'ils professent , soit à raison de la puissance qu'ils ont reçue do Dieu , soit en vertu des prières qui leur sont adressées par le vicaire de Jésus-Christ sur la terre , ne peuvent, dis-je, se soustraire à l'étroite obligation qui leur incombe d'employer ton le leur puissance pour empêcher la perte qui menace aujourd'hui la religion II. 10

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et l'Église , la perte de tant d'àines baptisées , catholiques , prix inestijiiablc de la vie et du sang de Jésus Christ.

'< Quoique le saint-père se souvienne d'avoir , non une fois , mais plusieurs fois, prévenu à temps Leurs Majestés des calamités qu'il prévoyait devoir fondre sur le catholicisme en Pologne, et de les avoir , en vertu de son ministère apostolique, incessamment excitées à servir de bouclier et de défense à la religion vacillante surtout dans les provinces qui sont passées sous la domination des puissances séparées de la communion romaine ; cependant , pour éviter le remords et la honte d'avoir gardé le silence lorsqu'il était le plus nécessaire de parler, Sa Sainteté veut que vous renouveliez à Leurs Majestés ses instances pontificales avec d'autant plus de chaleur, que le péril est plus proche et le besoin de s'y opposer plus urgent , à cause des persécutions qui se sont élevées et qui sévissent encore contre les catholiques de l'Ukraine et de la Volhynie ; comme à cause des menaces d'invasion et d'occupation des biens ecclésiastiques dans ces pays nouvellement conquis par la Russie.

» Arrêter le cours de telles hostilités et innovations sera plus facile à Leurs Majestés , quand elles sauront qu'il s'agit de s'opposer à des tentatives et des projets de ministres subalternes, et aux excès de quelques inférieurs , plutôt qu'à des intentions positives de la cour de Saint-Pétersbourg ; et en effet, l'impératrice de Russie ayant , il y a quelques années , promis , dans un édit public, à ses nouveaux sujets catholiques, de leur laisser le libre exercice de leur religion et l'intégrité de leurs biens et de leurs possessions , il n'est pas vraisemblable qu'elle ait connaissance des violences et du préjudice que souffrent tant de sujets innocents , ni que , oublieuse de la promesse solennelle qu'elle a faite, elle veuille autoriser ces attentats par une injustice publique.

« Sa Sainteté espère trouver un appui dans la piété et le zèle de ces augustes souverains , et pour l'honneur de Dieu et de son Église, elle les prie instamment et les conjure de ne pas borner leurs soins à faire cesser les présentes calamités , mais de vouloir encore, dans la prochaine dicte, prendre en jnain la cause de la religion , et s'intéresser d'une manière efficace à trouver des moyens et à prendre des mesures telles qu'elles garantissent d'une manière stable aux catholiques l'entière et pacifique conservation des prérogatives, droits et possessions dont ils ont joui jusqu'au temps de leur passage sous de nouveaux maîtres. Il appartient à

ET EUROPE SEl'TENTRiOiNALE. 291

LL. MM., cumnie aux premiers défenseurs et protecteurs de l'Église, d'éloigner d'elle tout ce qui tend à l'abaisser et à l'avilir.

« Le saint-père ne peut coopérer à cette œuvre si sainte et si importante qu'en faisant retentir sa voix apostolique , ses exhortations et ses réclamations réitérées; et il craint moins de déplaire ainsi et de sembler importun à Leurs Majestés Apostoliques, qu'il ne redouterait , en les omettant , de paraître coupable devant l'inexorable tribunal de Dieu. ■>

Monseigneur Garampi, à la vue de toutes ces horreurs, s'était déjà adressé à la cour impériale de Vienne, et, dès le 3 juars 1773, avait envoyé à cet effet un mémoire à l'empereur, pour implorer sa protection puissante en faveur des catholiques polonais des provinces envahies, si indignement maltraités par les lîusses.

XIV. — Clément XIV , semblable à un des prophètes inspirés de l'antique alliance, exhorta par des lettres particulières, le 0 mars 1773 , la nation, le roi, l'épiscopat, le sénat, l'ordre équestre , à défendre dans la diète les droits de l'Église , non-seulement en Pologne , mais aussi dans les provinces que le glaive des puissances non catholiques avait démembrées du corps de cette nation malheureuse , et à se rendre dignes de leurs nobles ancêtres , auxquels la sainte foi catholique était chère au-dessus de tous les biens , et encore plus précieuse que la liberté.

« De même, » écrivait-il au roi (1), " que nous avons toujours imploré pour la tranquillité de votre royaume et pour Votre Majesté le Père des miséricordes, le Dieu donateur de la paix et de tous les biens; de même, ti'ès-cher lils en Jésus-CJirist, à l'approche de la diète qui va s'ouvrir, nous demandons avec instance au Seigneur que tout réussisse et se passe pour votre bonheur, pour celui de votre royaume, et pour le bien de votre peuple.

" C'est, en effet, de ce suprême auteur et seigneur de toutes les choses humaines que dépendent le bien universel du monde et l'heureuse et avantageuse issue des événements. Si, donc, vous voulez mériter sa protection et sou amour, appliquez-y tous vos soins et toute votre sollicitude. 3Iais la voie la plus sûre pour arriver à vous en rendre digne, et le plus facile moyen d'obtenir ses bienfaits, c'est de vous montrer zélé pour la défense de son culte, et de faire voir publiquement que vous préférez sa gloire à tous les autres intérêts. INous savons que, pour donner des

(I) Tliciner, démentis XIV Episf., etc., u" 212, paj;. 239.

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preuves de votre bonne volonté à ce sujet, les occasions pendant la durée de la diète ne vous manqueront point, et comme nous tremblons qu'on ne tente d'y faire des actes contre la religion, nous avons aussi la confiance que vous les repousserez, autant qu'il vous sera possible, de toute votre autorité.

« jNous vous prions, très-cher fils en Jésus-Christ, et vous conjurons, dans cette défense de la foi catholique que vous aurez à entreprendre dans votre antique Eglise, et dans les démarclies que vous accomplirez, conformément aux devoirs de votre charge, de protéger et de soutenir les efforts de notre vénérable frère Joseph, archevêque de Béryte, notre nonce ordinaire auprès de Votre Majesté. IXous désirons que vous employiez à l'accomplissement d'une entreprise qui intéresse à un si haut point le bien de l'Église et le salut des âmes, autant de soins, de dihgence et de zèle que vous souhaitez voir le Dieu trois fois saint mettre de soins à pourvoir à ce qui vous concerne , à protéger votre personne , à défendre vos intérêts.

« Quant à nous, nous ne cesserons de prier la divine clémence, pour qu'elle protège par sa grâce Votre Majesté, et qu'elle la fortifie dans l'exécution de ses nobles desseins, afin que ses efforts et ses peines aient la plus heureuse issue. »

A l'archevêque de Gnesne , primat de Pologne , ainsi qu'aux antres évèques du royaume, il écrivait (l) : « Nous avons été saisi d'une inexprimable douleur. Vénérable Frère, et d'une grande tristesse, à la nouvelle qui nous a été annoncée de la prochaine ouverture de la diète de votre royaume, et par suite de l'appréhension et de la crainte qu'on nous a communiquée au sujet des efforts que l'on doit y tenter contre l'intégrité du culte divin, et de l'opposition qui doit s'y former pour travailler à persécuter et détruire en Pologne celte sainte religion catholique que vous ont léguée vos pères.

« Vivement touché par l'importance de cet événement et la grandeur du danger qui vous menace, nous avons dirigé toutes nos pensées et tous nos soins à implorer immédiatement le secours du Dieu tout-puissant. iSous l'avons donc prié avec la ferveur la plus vive, que, comme jusqu'à ce jour il n'a cessé de maintenir dans votre patrie l'intégrité et la sainteté de la religion, et de diriger d'une manière admirable les efforts des évèques qui

(1) Tlieiner, Clemcnl'is XIV Epis!., elc-, n" 213. pag. 240,

travaillent énergiquement à sa défense; de même, maintenant, il suscite en vous et dans nos autres vénérables frères, qui ont été constitués chefs et gardiens du troupeau du Seigneur, une force et une vertu égales, afin que, par un bienfait de sa divine grâce , il fasse que la défense et la conservation de la foi en Pologne soient dues à vos nobles efforts.

« Quoique, dans les angoisses où ces préoccupations nous jettent, nous soyons soulagé par noire confiance en ce divin secours , (fuoique nous soyons assuré que vous ne faillirez pas , appuyé sur cette même grâce, dans la défense de la maison d'Israël, et que vous prêterez tous les secours nécessaires à notre vénérable frère .loseph, archevêque de Béryte, notre nonce ordinaire en Pologne, qui travaille de concert avec vous ; cependant, nous croirions manquer à notre devoir et à notre sollicitude paternelle envers vous et envers votre troupeau, si nous ne venions secourir le zèle de chacun de vous par notre propre zèle et par nos exhortations. Nous vous conjurons donc, Vénérable Frère, par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, de faire éclater et de montrer aux yeux de tous la grandeur de votre ardeur pour la conservation et le maintien de la religion, l'amour que vous portez à votre troupeau, et votre sollicitude empressée à éloigner de lui toute espèce de contagion. Quand vous réfléchirez aux graves et sérieux devoirs qr.i vous ont été imposés avec la charge épiscopale, et aux liens étroits qui vous unissent à votre peuple et à toute l'Église catholique, par la volonté de Jésus-Christ Notre-Seigneur, son auteur et son fondateur, alors tous les combats et toutes les peines que vous aurez à subir pour elle vous sembleront légers. Vous sentirez encore redoubler et s'enllammer votre zèle à la pensée de l'immense et éternelle récompense qui vous est réservée pour vous être dignement acquitté de ces imprescriptibles devoirs.

« Courage donc, Vénérable Frère, et travaillez sans relâche à défendre la foi et le culte divin, autant qu'il vous sera possible; pensez à votre propre utilité, à votre salut et à celui de votre peuple. Vous ne pouvez rien faire qui soit plus utile et plus avantageux à vos concitoyens, ni qui puisse davantage accroître la gloire et la dignité de votre noble patrie, qu'en marchant comme un chef, et en combattant à sa tête pour lui conserver la religion de ses pères, l'ensez qu'en agissant ainsi, vous mériterez^ ponr vous et pour toute la Pologne, la protection et la clémence

du prince des pasteurs, en montrant que vous êtes décidé à suivre courageusement ses commandements et ses lois. Et soyez certain qu'en chercliant de cette sorte, avant tout, le royaume de Dieu et sa gloire, vous en obtiendrez ensuite toutes les autres grâces ; vous augmenterez, par cet important service rendu à l'EgJise, et vos mérites envers nous, et la bienveillance que nous vous portons, non moins que celle du saint-sicge apostolique; et vous pouvez être certain que nous serons toujours heureux de trouver une occasion d'être agréable ou utile à vous et à votre peuple. » Et aux sénateurs (1) : « Plus la dignité dont vous êtes revêtus est grande et élevée, nobles et très-chers fils en Jésus-Christ, » leur disait Clément XIV, « plus nous pensons trouver en vous et dans votre haute vertu nn appui solide et certain pour la défense de cette religion sainte, dont le maintien et la protection constante ont été pour vos illustres ancêtres et pour ce royaume les plus beaux titres de gloire.

« Cette espérance de notre cœur et cette confiance que nous avons placée en vous, dans la générosité de votre âme et dans le zèle sincère que vous avez pour l'intégrité du culte divin, nous enlève en grande ])artie la tristesse et les sollicitudes qui nous oppriment à l'occasion de la prochaine ouverture de la diète, et les craintes que nous avions conçues au sujet des atteintes qui pourraient y être portées à votre foi antique, Nous avons la ferme confiance que vous êtes prêts à repousser , selon la vivacité de cette même foi, toutes les attaques et toutes les tentatives qui pourraient avoir lieu contre elle, et à prêter tous les secours et toute l'assistance qui seront en votre pouvoir, à notre vénérable frère Joseph, archevêque de Béryte, notre nonce ordinaire en Pologne. " Quoique la grandeur de votre charge vous impose l'obligation de soutenir la plus grande gloire de Dieu et de garantir le salut des âmes, et quoique nous ne doutions nullement que vous n'y soyez déjà disposés et résolus, pour soutenir l'honneur antique et la gloire de votre patrie, nous voulons cependant encourager votre zèle par nos exhortations et y faire appel avec les plus vives instances. Vous savez qu'en agissant ainsi , vous vous rendrez dignes de voir descendre sur vous les marques éclatantes de la divine miséricorde, et que vous attirerez sa protection sur vous et sur toute votre république. Vous mériterez aussi merveil-

(I) Tlieinpr, Clniipiifis XfV Ephl., etc., 11° '^14. pag t?41. '

ET EUROPE SEPTENTUIONALE. 295

leusement de nous et du saint-siége apostolique , par le bien que vous aurez fait à l'Église catholique , et nous aurons toujours pour agréable de trouver des occasions qui nous permettent de vous prouver combien est grande la charité pontificale que nous éprouvons pour vous. I)

Enfin, à l'ordre équestre de Pologne et de Lithuanie ce grand pontife adressait aussi la parole, et leur disait ( 1 ) : « Nous savons, mes très-chers fils, que vos nobles et vaillants ancêtres n'ont jamais cessé de protéger avec un zèle ;idmirable et de maintenir la foi catholique, et qu'ils ont pensé que sa défense était pour votre illustre nation le plus beau titre de gloire ; mais nous savons aussi que vous êtes animés d'un dévouement et d'un amour semblables pour cette foi sainte que vous ont transmise vos pères. C'est pourquoi, bien que l'état présent de vos affaires nous tienne quelquefois dans l'anxiété et dans l'incertitude, et (ju'il puisse en résulter un grand préjudice pour les intérêts du service de Dieu, rassuré, néanmoins, par la confiance que nous mettons en votre vertu héréditaire, sur elle nous nous reposons eu paix.

" Cette espérance ferme, et le souvenir de votre grand amour X30ur l'Église, nous enlèvent cette grave sollicitude, qui, dans ce temps surtout , pressait, à cause de vous, notre cœur. Car, craignant, comme nous le faisons, qu'il n'y ait des soulèvements dans la diète prochaine de votre royaume, ou quelques tentatives contraires au bien de l'antique Eglise de votre patrie, nous sommes lieureux de penser que vous êtes là pour la défendre, appliquer vos soins à repousser toute entreprise eimemie, et prêter votre secours et votre assistance à noti*e vénérable frère Joseph, archevêque de Béryte, notre nonce ordinaire en Pologne.

" Nous espérons que vous vous acquittere/ avec zèle de ces obligations, soit à cause du devoir que votre charge vous impose de défendre la religion catholique, soit à cause de l'ardeur dont vous êtes embrasés pour le service de Dieu. Cependant, afin que ce zèle s'augmente encore autant que possible à la suite de notre exhortation pontificale, nous avons voulu par cette lettre, avec les plus vives instances, vous en demander des marques, et vous adresser à ce sujet nos prières.

« Croyez que vous ne pouvez rien faire qui procure à votre patrie une plus grande gloire et un plus grand honneur, et que

(1) Tlieiner, démentis XIV Epist , etc., n" 215, pag. 9,42.

VOUS ue pouvez travailler d'une manière plus efficace à votre utilité et à votre salut qu'en vous opposant à ce que rien ne vienne altérer la sainteté et l'intégrité de votre foi. C'est en protégeant la gloire et le culte de Dieu que vous attirerez sur vous la protection et la miséricorde divines, d'où découlent, comme de leur source unique, la félicité des royaumes et des peuples. Vous augmenterez tellement, de cette manière, vos mérites envers nous et envers le saint-siége apostolique, ainsi que notre bienveillance à votre égard, qu'il n'y aura aucune des marques d'amour qu'un tendre père puisse donner à de nobles enfants que nous ne soyons lieurcux de vous accorder à l'instant même. »

Le même jour, il voulut aussi adresser une exliortation semblable à l'évêque de Cracovie et au comte Rzewuski, palatin de cette province, de même qu'à Zaluski , évêque de Ivievv, hommes les plus illustres de leur nation, qui avaient, pour la liberté et la religion de la patrie, sacrifié leurs biens et offert leur vie avec une grandeur d'àme dont on ne trouverait pas d'exemples dans les jours d'énergie et de dévouement sublime de l'ancienne Rome. Le saint-père les consolait en même temps de leur longue et dure captivité, cl de l'exil dont ils avaient été délivrés par ses soins et ses efforts paternels : « Ce que nous appelions de tous nos vœux, » ainsi écrivait-il (A) à l'évêque de Cracovie, « et ce que notre prédécîesseiir Clément XIII de sainte mémoire avait, ainsi que nous, cherché à obtenir par les efforts de son zèle, par toute son habileté et ses soins, s'est donc enlin réalisé, Vénérable Frère, et vous voilà rendu à la liberté et à la patrie.

« Nous avons appris cette nouvelle avec une incroyable joie et un bonheur immense, par une lettre de notre vénérable frère Josepli , archevêque de Béryte, notre nonce ordinaire en Pologne. Nous avons rendu au Seigneur notre Dieu les plus sincères actions de grâces de ce qu'il vous avait , par son puissant secours , donné la patience dans la tribulation et la force de la supporter avec confiance, et enfin pour vous avoir rendu sain et sauf à vos concitoyens et à votre troupeau. Nous nous réjouissons donc avec vous de votre délivrance, et nous nous en félicitons nous-mêmc ainsi que l'Église de votre patrie d'une manière d'autant plus vive , que nous avons placé un espoir plus grand en vous et dans votre zèle ardent pour la défense de cette même

(1) Tlieiner, Clementia XIV Epist., etc., n" 216, pag. 245.

Église. Confiant en votre liante vertu et dans la noblesse de votre âme, dont nons avons su apprécier la grandeur par tant de preuves éclatantes que vous nous en avez données , nous sommes assuré que, dans la défense de la religion, vous serez toujours semblable à vous-même.

" Nous nous y attendons surtout maintenant, et nous vous le demandons principalement dans ce temps auquel va s'ouvrir la diète du royaume , dans la crainte qui nous agite , que quelques efforts ne soient faits , quelques entreprises tentées au détriment de lu gloire de Dieu et de l'intégrité de l'antique foi de la Pologne. Plus nous sommes dans l'anxiété au sujet des ébranlements et des périls que les intérêts de l'Église peuvent avoir à courir , et plus nous espérons que vous appliquerez vos soins et votre activité à la garde de la maison du Seigneur , et que vous prêterez votre assistance et votre aide à notre nonce autant qu'il sera en votre pouvoir.

« Vous savez quelle récompense vous réserve le souverain pasteur pour ces actions qui sont si conformes aux obligations de votre charge. Quant à nous , qui avons reçu , malgré notre indignité, la fonction de le représenter sur la terre, nous nous sentons tellement attaché à. vous à cause de vos mérites envers l'Église, que nons sommes disposé à vous accorder avec empressement tout ce que vous pourrez demander , soit à nous , soit au saint-siége apostolique, pour vous, pour votre famille, pour votre troupeau ou pour toute l'Église de Pologne. »

Le saint-père termine sa lettre par la concession de précieuses indulgences accordées au vénérable prélat, en récompense de son zèle et en dédommagement des maux qu'il avait soufferts.

La lettre (1) du souverain pontife au comte palatin Rzewuski n'est pas moins touchante. « La nouvelle de votre mise en liberté, » lui disait-il , « que nous avons apprise par une lettre de notre vénérable frère Joseph, archevêque de Béryte, notre nonce ordinaire en Pologne, noble et cher fils, nous a fait éprouver une joie d'autant plus vive , que la douleur que nous et notre prédécesseur Clément XIII, de sainte mémoire , avions ressentie à l'annonce de votre disgrâce avait été plus profonde, et nos démarches plus actives pour vous faire rendre la liberté.

" Pour cette raison , nous adressons au Dieu tout-puissant

(1) Tlieiner, Clemeniis P. XIV Epist. et Jirev., n" 217, pag, 24;>.

d'immeuses actions de grAces de ce qu'il vous a rendu sain et sauf à vos amis et à votre patrie, et nous nous félicitons et nous nous réjouissons nous- même, attendant de votre noble zèle pour la défense de la religion catholique de nouveaux et précieux fruits en faveur de l'Église. Les secours et l'appui que peut lui prêter maintenant votre vertu seront d'autant plus opportuns , que notre crainte est plus vive de voir, dans la diète qui va s'ouvrir, des efforts et des démarches tentés contre la gloire de Dieu et la paix de votre antique Église. Nous avons donc la ferme confiance que vous serez prêt , autant qu'il vous sera possible , à combattre et à repousser ces attentats, et à prêter avec empressement à notre nonce tous les secours qui seront en votre pouvoir. Animés par votre illustre exemple , vos concitoyens seront encouragés à marcher sur vos traces pour la défense de leur foi, et à remplir leurs saints devoirs envers la religion et la patrie.

« Croyez que tel est le])lus sur moyen de vous concilier et de mériter la protection divine. Vous augmenterez ainsi d'une manière assurée la bienveillance du saint-siége et notre charité pontificale envers vous, et ce grand service que vous nous aurez rendu inclinera tellement vers vous notre cœur, que rien ne nous pourra paraître plus agréable que de rendre service à vous et à votre maison.

(< Pour vous donner, par anticipation, quelque marque de notre bienveillance paternelle, nous accordons à vous et à votre fils, qui fut votre compagnon de captivité et votre consolateur dans vos peines, — et que pour cette raison nous entourons d'une affection spéciale, — la faveur de pouvoir tous les jours , chaque fois que vous visiterez une église quelle qu'elle soit, et que vous y prierez Dieu, gagner les mêmes indulgences que vous pourriez acquérir en visitant la basilique du Vatican , dédiée au prince des apôtres. »

XV. — Le pape fit accompagner ces lettres d'une exhortation adressée au nonce de Pologne , monument que nous ne pouvons omettre de rapporter ici, et qui nous montre avec quelle hauteur d'intelligence ce grand pontife appréciait la position de la Pologne daiLS ces jours malheureux. Par son ordre spécial, le cardinal secrétaire d'État écrivait donc en chiffres, le 12 mars 1773, la dépêche secrète suivante : « Votre dépêche en chiffres, du 10 du mois dernier, a appris à Sa Sainteté que l'état de la religion et de l'Église dans ce malheureux royaume était de plus en plus

ET EUHOPE SEPTENTRIONALE. 299

déploral)le. Mais ce qui afflige le plus son cœur , ce n'est pas de savoir que des plans divers sont for mes par les différents ministres des puissances hétérodoxes ; c'est de voir l'inertie , l'insouciance, l'avilissement des catholiques, et surtout des évoques. Et en effet, si, lorsque la diète était plus libre, le royaume plus uni et les dissidents moins forts ; si , dis-je, alors la ferveur et le zèle des ecclésiastiques et l'accord de tous les gens honnêtes n'ont pas suffi à préserver le catholicisme des plus grands malheurs ; maintenant que la plupart de ces appuis viennent à lui manquer, et que l'animosité des dissidents ne trouvera qu'une opposition déhile. Sa Sainteté voit avec épouvante quels abîmes et quels malheurs menacent l'Eglise de Pologne dans la diète prochaiiîc , où les intérêts temporels et politiques se donneront la main pour rendre notre défense plus faible encore.

« Mais, quelle que soit la disposition des esprits de ces catholiques, lesaint-père ne veut, ni devant les hommes ni devantDieu, avoir la honte et le remords d'abandonner une si juste cause, et, de même qu'il est résolu à faire tous ses efforts , soit par ses prières auprès de Dieu, soit par ses brefs et ses démarches auprès des souverains catholiques, pour travailler à conserver et à maintenir l'intégrité de la foi de ce pauvre peuple , de même aussi il veut que vous, à mesure que vous verrez que le besoin s'en augmente, vous excitiez et redoubliez votre zèle pour ranimer les faibles, fortifier ceux qui sont bien intentionnés , et prédire aux lâches et aux indifférents que, s'ils ne se réveillent pas de leur torpeur, s'ils négligent de travailler et d'agir conformément à leurs obligations ou au caractère dont ils sont revêtus , non-seulement ils se rendront coupables au tribunal de Dieu d'avoir trahi la loi, la religion et ri']glise , mais ils seront les premières victimes de l'asservissement de celle-ci; ils sentiront avant les autres les effets de la négligence qu'ils auront apportée à défendre les prérogatives et les droits des catholiques , et seront bientôt réduits à porter le joug qu'il plaira à leurs adversaires de leur imposer.

« Que les catholiques zélés suppléent à leur petit nombre par leur unanimité et leur concorde, et qu'ils s'efforcent de faire comprendre aux ambassadeurs des puissances hétérodoxes que s'ils veulent fonder solidement une paix durable en Pologne , le plus sûr moyen est de ne pas y altérer ni y bouleverser les principes de la religion qui s'y professe. »

300 (i773) ALLEMAGNE

XVI. — Clément XIV recommanda encore une fois celte affaire à la cour de Vienne, dans des termes non moins vifs et également touc'liants (1) :

« Vous avez pu comprendre, très-chère lille en Jésus-Christ, » écrivait-il, le 20 mars 1773, à Marie-Thérèse, « par les lettres que nous vous avons déjà écrites au sujet de la défense de la religion catholique en Pologne , quels étaient à ce sujet les sentiments et l'affliction de notre cœur, et combien étaient grandes l'espérance et la confiance que nous avions placée en voire haute piété et en votre dévouement à l'Eglise. Mais aujourd'hui que voici le temps arrivé auquel il devient absolument nécessaire, d'une part, de remédier aux maux qui ont été faits jusqu'à ce jour à la foi et au culte divin , et, d'autre part, de s'opposer avec fermeté aux dangers bien plus graves encore qui les menacent, et de leur fermer l'entrée ; nous sommes agité d'une indicible crainte à l'aspect et à l'approche de ce péril, et tious venons implorer votre secours et votre appui avec d'autant plus d'instance que nous .«entons en avoir un plus vif besoin.

« On nous a exposé, en effet, quels assauts et quels combats doit avoir à soutenir la religion dans la diète qui va bientôt s'ouvrir dans ce royaume, ainsi que les projets qui se trament contre l'Éghse catholique, et nous avons senti, à cette nouvelle, de grandes craintes et de grandes terreurs dans l'attente des efforts qui vont être tentés pour affaiblir l'autorité de ces lois ellesmêmes, établies dans le but de protéger la foi , et pour séparer ainsi de nous et de l'unité de l'Église cette nation qui fut toujours si étroitement unie au saint-siége.

« Mais , comprenant quel doit être le poids de votre autorité et de votre volonté dans cette diète , nous nous sentons merveilleusement rassuré, nous reposantdaus l'espoir de votre appui. C'est de vous, en effet, et de votre zèle pour la religion , que nous attendons tout secours et toute consolation pour cette Église désolée. Nous savons que votre zèle à procurer le salut éternel des peuples et la gloire de Dieu ne vous permettra pas de rien laisser arracher à la religion de Pologne, à l'Église et à ses droits, et que vous ne souffrirez jamais que la volonté ou l'autorité de qui que ce soit ait plus de force à attaquer l'Église que vous n'en aurez à la défendre. C'est pourquoi nous vous supplions avec la confiance la

(I) Tlieinor, démentis XTV Epist., etc., n°* 219-520, pag. 246 sqq.

plus grande que vous vouliez prendre plus immédiatement encore sous votre protection, ainsi que vous l'avez fait avec tant de bienveillance jusqu'ici, notre vénérable frère Joseph, archevêque de liéryte, nonce ordinaire du saint-siége en Pologne , qui traite les graves intérêts de l'Église en notre nom. Nous vous demandons que vous l'aidiez et que vous preniez entre les mains la cause de la religion , maintenant surtout qu'elle semble le plus gravement compromise. Voilà ce que demandent de vous votre haute piété , votre zèle pour la gloire de Dieu , la dignité de l'empire, et le nom que vous portez.

« Vous ne pouvez travailler d'une manière plus efficace au bonheur et à la prospérité de votre auguste famille. Si, en effet, c'est la Providence de Dieu et sa volonté sainte qui dirigent et qui changent à son gré les destinées des royaumes etdes rois, quel plus puissant moyen peut-il y avoir de vous concilier les secours du Très-Haut, sinon d'employer à défendre sa gloire les secours et la puissance qu'il vous a confiés pour le servir , et de mettre celte même gloire au-dessus de tous vos intérêts personnels? Votre zèle à vous occuper de cette œuvre sainte s'augmentera encore par la pensée des maux immenses et presque infinis qui pourraient facilement résulter de votre refus ou de la négligence que vous apporteriez à vous en acquitter; car le mal qui augmente de jour en jour fait craindre avec raison, non-seulement une diminution et un affaiblissement de la foi dans cette Eglise naguère si ilorissante , mais encore sa destruction absolue , et , par suite, la perte et la damnation éternelle d'une quantité innombrable d'âmes î

« Vous méditerez sérieusement sur les angoisses d'esprit et le remords de conscience qui vous assailliraient si vous pouviez, plus tard, conserverie moindre doute (jue h\s calamités qui vont peut-être affliger la Pologne dans l'état présent où elle se trouve, et dans les circonstances actuelles, puissent avoir été occasionnées par ([uelque négligence de votre part à prendre toutes les mesures et à faire toutes les démarches qui étaient en votre pouvoir en faveur de la religion. Mais non; éloignez au contraire toutes ces causes de tristesse j)our vous et pour nous , et en tra- A aillant à procurer la gloire divine, vous recueillerez des fruits d'éternelle consolation. Nous prions le Dieu très-grand et ti'ès-bon qu'il daigne par sa grâce secourir Votre Majesté dans l'accomplis-

302 [^"'Tàj ALLEMAGNE

sèment de desseins si nécessaires à l'Eglise , si utiles pour vous et si agréables pour lui. »

XVII. — Le saint-père adressa aux rois de France et d'Espagne de semblables brefs pour les encourager à seconder ses efforts , et chargea le nonce de Pologne , par une dépêche secrète du 27 mars 1773 , d'en donner connaissance au roi et à son ministère, afin de ranimer leur zèle pour la défense des droits de l'Église.

« Continuez, » c'est ainsi qu'il s'exprime, « à recommander au roi la défense des droits et des privilèges des catholiques , et le maintien des lois anciennes relatives à la religion , parce que celles-ci peuvent aussi contribuer grandement à la tranquillité et à la paix du royaume.

« Rappelez souvent aux évèques le serment qu'ils ont prêté, les obligations qu'ils ont contractées envers Dieu et envers l'Eglise ; exhortez les plus zélés parmi les fidèles cà ne pas se laisser spolier et à ne pas permettre qu'on leur fasse partager avec d'autres des prérogatives dont ils v)ut jusqu'à ce jour joui plutôt comme catholiques que comme natifs du royaume.

« Eaites comprendre, en temps opportun, à l'ambassadeur de Russie que l'introduction de nouA elles dispositions en matière religieuse pourrait amener le renversement de la constitution fondamentale de Pologne, ouvrir la porte à de perpétuelles discordes intestines, et détruire la paix que les trois puissances alliées déclarent si hautement vouloir maintenir. Tâchez aussi de lui faire observer que, dans les pays nouvellement conquis , l'état de la religion dominante n'est ordinairement sujet à aucune modification , et qu'il serait encore plus inique et plus violent de vouloir l'altérer dans ces provinces polonaises , que l'on reconnaît et que l'on veut laisser libres et indépendantes.

« Quant au zèle un peu vif de l'évêque de Cracovie , priez ce prélat de le modérer, et priez-le aussi de vouloir bien oublier le passé et d'en faire à Dieu un généreux sacrifice. Qu'il ne s'expose pas pour des raisons d'injures personnelles , quand même elles auraient été très-graves, à causer un sérieux préjudice, ou du moins à retarder le bien de la religion , de l'Église et de tous les catholiques. »

XVIII. — Le noble nonce ne manqua pas d'appuyer auprès de la nation les désirs du saint-père de la manière la plus vigoureuse. Il parvint, à force d'efforts, à détromper le roi, et à le faire s'opposer aux suggestions perfides des ambassadeurs des

ET EUROl'E SEPTENTRIONALE. 303

puissances, qui voulaient faire traiter toutes les affaires concernant les intérêts de l'Église ctde l'Etat par des délégations eu partie corrompues par eux, en partie terrorisées. '< J'avais pressenti, » écrivait-il le 14 avril 1773, en chiffres, au cardinal secrétaire d' l'état, « cette manière léonine de contracter; et dimanclie passé je priai le roi qu'il ne se laissât entraîner à faire aucune promesse d'adhérer aux conventions des autres cours, jusqu'à ce qu'il n'eût vu clairement et avec certitude ce qui devait en résulter ensuite pour le bien de l'État et pour celui de la religion. Il me répondit : J'ai déjà essayé plusieurs fois et avec énergie, mais je suis si durement traité, que j'ai été réduit une fois à mentendre menacer nettement d'être à l'instant même renversé du trône, si je me refusais, non-seulement à la substance de leur détermination , mais encore à la marche qu'ils veulent suivre.

« Sire, lui répliquai-je, soyez assuré (et je ne vous parle point sans connaissance de cause) que les trois cours ont besoin de Votre Majesté et de son consentement. IN'e vous laissez donc point elTrayer par de telles menaces, montrez-vous inébranlable dans vos résolutions, tâchez de compenser les pertes que vous fuit soulfrir aujourd'hui le déuiembrement du royaume, par d'autres conditions qui soient utiles et qui ne blessent point la rehgion de la patrie. Alors le pays ne vous pourra pas accuser de l'avoir totalement perdu. Vous aurez au moins la gloire d'avoir sauvé la religion, et les trois cours ne pourront vous faire le reproche d'avoir agi avec prudence.

« Je lui dis que ces cours ont besoin de lui, parce que, pour légitimer pleinement la confédération en face de toute rj"]urope, il importe souverainement que le roi soit à sa tète, ce prince étant le premier des trois ordres du ro\aumc, et quelque résolution qui émane des deux autres, c'est-à-dire de l'ordre sénatorial et équestre, sans son concours elle ne peut avoir de valeur, et requiert la sanction de la puissance supéiieure de son autorité royale.

« Le roi fut surpris de ma proposition et de voir que je connaissais le mystère, mais il changea de conversation en se plaignant de son infortune. Je lui conseillai néanmoins fortement de nouveau de protéger au moins les affaires de la religion, lui indi- ([uant les motifs que nous avons aujourd'hui de concevoir de meilloures espérances, afin qu'il sache qu'il trouvera maintenant, j)0ur s'entendre, moins de diflicultés qu'autrefois parmi les trois ministres. »

304 (1773j ALLEMAGNE

XIX. — Les représentations du saint-père et des nonces apostoliques près les cours de Varsovie et de Vienne n'étaient pas demeurées entièrement sans effet : Joseph II donna, par une lettre autographe en date du 25 avril 1773, et adressée au n(mce de Varsovie, l'assurance positive qu'il emploierait tous ses efforts, non-seulement près des cours de Saint-Pétersbourg et de Berlin, mais encore près de la diète de Varsovie elle-même pour conserver le statu quo a l'Église catholique, dans les provinces cédées à la Russie et à la Prusse.

Et ce n'étaient pas de vaines promesses, ainsi que nous le voyons par une autre dépêche du même nonce, qui rend compte des efforts que la pieuse impératrice 3Iarie-Thérèse avait faits à la suite des remontrances du saint-père. « Les actives démarches,'» écrivait- il en chiffres à Pallavicini, le 28 avril suivant, « faites par Sa Sainteté près de Sa 3[ajesté l'impératrice-reine ont été véritablement bénies de Dieu. Samedi dernier, RcAviezki vint me montrer une lettre autographe de cette souveraine, par laquelle elle lui ordonne de mettre en œuvre tous les moyens les plus efficaces, pour aider autant qu'il sera possible la cause de la religion en Pologne ; de n'avoir égard à aucune dépense pour s'attirer la bienveillance des personnages influents; de concerter avec moi les mesures opportunes ; de l'aviser elle-même, par le canal d'un de ses secrétaires du cabinet, de tout ce qui arrivera; et, enfin, de se soumettre à ces ordres exprès, plutôt qu'à quelque autre commandement que ce puisse être, venu ou à venir de la chancellerie et lui traçant une conduite moins vigoureuse.

« Je ne saurais exprimer à Votre Excellence quelle consolation j'ai éprouvée à cette nouvelle. C'est véritablement la plus grande et la première que j'aie ressentie pendant toute la durée de ma si triste mission. jNous avons déjà combiné avec RcAviezki les points principaux sur lesquels il doit surtout insister, et ce sont : la révocation du traité de délégation de 17G8; le rétablissement des peines anciennement statuées contre l'apostasie ; l'exclusion des dissidents compétiteurs au trône et aux fonctions législatives; l'abolition du tribunal mixte, et la restitution des églises d'Ukraine. Il est tout disposé à employer tous les moyens, bien qu'il prévoie, au contraire, les plus grandes difficultés.

« J'ai aussitôt donné avis de tout cela au roi et au grand chancelier, afin qu'ils connaissent l'appui qui leur est offert et le mérite qu'ils peuvent se faire près de l'impératrice-reine en demeu-

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rant fcMnies à soutenir la cause de la religion, et en se sentant animés d'un plus grand courage que par le passé, n'appréhendant plus si lâchement les menaces qu'on leur fait ou qu'on a pu leur faire. Ils y sont obligés par respect pour eux-mêmes, c'est-à-dire afin de n'être point rendus responsables de tous les maux qui aflligeront la religion, comme ils le sont peut-être des malheurs de l'État.

« Tous les gens les plus prudents reconnaissent qu'on ne peut éviter maintenant de consentir au partage, et si le roi l'a promis, on ne l'en blâmera pas; mais il en serait bien autrement s'il avait fait un tel pas sans exiger des conditions favorables à la religion et à l'Etat pour ce qui lui restera de son royaume. Dans ce cas, toutes les menaces qui lui sont faites présentement ne seraient qu'une pure fiction et un concert caché pour couvrir sa faiblesse et sa condescendance du manteau hypocrite d'une nécessite insurmontable.

« Depuis que monseigneur le grand chancelier s'est rais à la tête de la confédération, et depuis que Reitan et ses autres collègues n'ont été soumis à aucune violence, ce soupçon s'est accru davantage encore. Quant à moi, je ne saurais avoir là-dessus d'opinion arrêtée. Ce que je ne vois que trop, c'est que l'ambition, l'intérêt, la crainte et les passions privées sont les seuls rouages en activité dans cette machination ; mais pour un véritable et pur amour de la patrie dans les personnes qui y agissent, ou bien on ne le trouve pas, ou bien il y est toujours mêlé de quelqu'un des mobiles secondaires que nous venons de signaler. »

Clément XIV, consolé par les promesses que lui avaient faites l'empereur et l'impératrice au sujet du maintien de l'intégrité de l'Église catholique en Pologne, chargea le nonce d'exiiorter le roi et son ministre, ainsi que les membres de la diète, àredoublei- les efforts de leur zèle, et à appuyer ceux de la cour de Vienne. Il lui exprimait en même temps le désir de connaître les noms de ceux qui se seraient le plus distingués dans ces tristes jours par leur courage et leurs vertus, afin de pouvoir ensuite leur donner les légitimes éloges et les récompenses dont ils se seraient rendus dignes. C'est donc avec raison que le cardinal secrétaire d'Ktat fait observer ce qui suit, en cette occasion, le !2î) mai 1 773, à monseigaeu»' Garampi : « Le roi, " lui dit-il, « les évoques et les sénateurs n'auront assurément aucune excuse ni aucune défense à présenter au tribunal de Dieu et en face du monde catholique, s'ils IL 20

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refusent de coopérer de leur côté à ces efforts avec tout le zèle possible, après y avoir été par nous si puissamment exhortés. »

XX. — j.a Russie s'occupait dès lors du projet de détruire dans les provinces conquises la hiérarchie catholique , soit de l'Église latine, soit des grecs-unis, de supprimer les évèchés existants et de les remplacer par deux autres seulement, l'un pour les catholiques latins , l'autre pour les catholiques grecs , et au premier desquels devaient être soumis tous les catholiques latins réparidus sur la surface de ce vaste empire.

Clément XIV protesta de la manière la plus vigoureuse contre un pareil dessein , et envoya , le 19 mai 1773, par l'organe de la sainte congrégation de la Propagande , au nonce apostolique de Pologne , une protestation en forme de mémoire , dont le contenu devait être communiqué à la cour de Saint-Pétersbourg. Monseigneur Garampi avait, en outre, reçu Tordre d'agir auprès du roi de Pologne , de son ministère et de la diète , pour les faire sortir de leur léthargie et obtenir qu'ils s'opposassent à l'exécution de ce projet insensé.

Mais que pouvait-on attendre d'un tel roi et de tels hommes? Si l'on en excepte un petit nombre , aucun d'eux n'avait d'autre mobile que le plus vil intérêt , et ils se souciaient aussi peu de la liberté que de la religion de leur patrie. Tandis que les ministres de. Russie et de Prusse faisaient tous les efforts imaginables pour garantir les prétendus droits religieux des dissidents et des schismatiques, par les plus favorables stipulations et au détriment de ri'>lisc catholique, à peine daignaient-ils consentir à reconnaître les droits véritables et sacrés de l'Église catholique, dans le j)rochain traité de paix, et encore dans les termes les plus insigniliants et les plus vagues. On voulait même, dans le nouveau et déplorable traité de partage, insérer celui plus déplorable encore du 2i février 17(j8 , qui avait été l'origine de la mine de la Pologne, et qui avait ébranlé jusque dans ses fondements l'Eglise de ce royaume, non-seulement (juant aux provinces cédées, mais encore quant au reste du royaume lui-même.

On méditait aussi , dès lors, de s'emparer des biens des églises et des couvents, de supprimer la nonciature apostolique, et d'interdire toute communication avec Rome, au moyen même d'une prohibition formelle et absolue , si cela eût été possible.

Et en face de toutes ces violences arbitraires, le roi se taisait , les mandataires du peuple se taisaient et n'excusaient leur honte

ET KLIIUI'I': .SKl>TENTIUONALE, 307

qu'eu accusaut le despotisme russe, devant lequel ils courbaient la tète. Les défenseurs de la religion, qui naguère avaient procuré tant de gloire à leur patrie, devenaient plus rares de jour en jour, descendaient maintenant presque seuls dans la lice , se voyaient abandonnés de leurs anciens amis, et devaient, comme les évèques de Cracovie et de Kiew et le noble maréchal RzcAVUski, renoncer à leurs emplois. Les noms de ces hommes magnanimes brillent au milieu de Favilissement et de la corruption générale qui avait envahi toutes les classes en Pologne , et leur seul souvenir console et repose l'àme et la pensée des chrétiens. Us pleuraient dans la retraite sur les humiliations de leur patrie mourante, et, du fond de leurs solitudes , adressaient , pour adoucir leurs peines , au chef du monde chrétien l'hommage de leur vénération et de leur reconnaissance, protestant à ses pieds de leur zèle envers l'Église et de cet amour brûlant qui , ne pouvant plus se manifester par des actes dans le sein du sénat pour le bien de la religion et de la patrie, trouvait quelque consolation encore à venir s'épancher dans son cœur paternel.

Qui pourrait , par exemple , lire sans admiration la lettre que Rze^vuski écrivait au pape, le 10 juillet 1773, pour le remercier de sa délivrance obtenue par les soins du pontife? " Très-saint père, >• lui disait-il, « l'amour touchant du meilleur des pères, l'amour du père de toute la chrétienté envers les enfants de l'Église, a obtenu, avec la grâce de Dieu, pour deux évèques de Pologne, pour moi et mon lils , d'être rendus à la liberté et à la patrie , après cinq années de détention en Kussie. Pour un si grand bienfoit de Votre Sainteté, quelles actions de grâces peuvent suflire? Qu'a- Nons-nous à offrir à A otre Sainteté qui soit capable de lui montrer la grandeur de notre reconnaissance? Sera-ce notre sang et notre vie ? Mais déjà notre sang appartient et est consacré au service de l'Église; et plût au ciel que nous eussions j)U laver nos tuniques dans le sang de l'Agneau ! Tel était l'objet de nos vœux et de nos plus ehers désirs. Quant à moi, je me reconnais indigne des louanges et des bienfaits dont Votre Sainteté a daigné me combler.

« Je prie le Dieu qui récompense de se charger d'acquitter la dette de ma reconnaissance; et prosterné aux pieds sacrés de Votre Béatitude, avec mon lils conijjagnon de ma ea[>livité, je les baise de nouveau, rempli de respect et de reconnaissance. «

\\r. — Clément XiV ne peut liouver de termes qui suffisent

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à exprimer sa douleur au sujet de rindifférence que les représentîuits de la Pologne, sans eu excepter le roi, montraient dans la diète pour la défense des droits de l'Église , en face des prérentions russes et prussiennes. 11 chargea le nonce apostolique de rappeler à la nation , de la manière la plus énergique , quelles étaient à ce sujet ses obligations sacrées.

« Il sera facile à Votre Excellence , >> ainsi lui écrivit en chiffres, sous la date du 3 juillet 1773, le cardinal secrétaire d'Etat , « de comprendre combien a été profondément pénétré le cœur du saint-père, à la nouvelle que vous lui avez communiquée dans votre dépêche en chiffres du 2 du mois passé , relativement aux projets odieux qui se préparent en Pologne au détriment des ecclésiastiques et au préjudice des immunités de l'Eglise, pour restreindre la juridiction épiscopaleet celle du tribunal apostolique, nonobstant les droits et les prérogatives dont a joui jusqu'ici le saint-siége.

«< La douleur de Sa Sainteté s'est encore augmentée en vovaut animés contre le sanctuaire ceux-là mêmes qui devraient être les plus zélés à le défendre ; et ce qui met le comble à son affliction , c'est de considérer que là où, par la seule crainte des maux temporels, on n'a pas hésité à consentir au démembrement de tant de provinces , maintenant , sans réfléchir ni à la conscience , ni aux obligations contractées avec la religion , ni à la vengeance divine, on prétende porter sur l'Église et sur ses ministres une main sacrilège, comme si un préjudice temporel pouvait se réj}arer avec la ruine totale des choses spirituelles ; comme si c'était la religion ou l'Eglise qui eussent soulevé cette tempête affreuse, ou comme si , dans les bouleversements terribles qui ont ébranlé le ro\ aume , les pertes éprouvées par la religion et les ecclésiastiques n'eussent pas été aussi déplorables et aussi graves que celles des séculiers. On ne pouvait certainejnent attendre pour la religion , de la part des deux puissances hétérodoxes , rien de plus affligeant que ce dont elle est maintenant menacée par les ca-^ tholiques eux-mêmes , et les dissidents et les schismatiques ne peuvent rien désirer plus ardemment que la spoliation des églises, l'avilisseuient de l'autorité épiscopale, et la destruction du remj)art apostolique qui a, pendant si longtemps, soutenu et repoussé liuipétuosité de leurs efforts. Et en effet, lorsque tous ces obstacles auront été enlevés, non-seulement il leur sera facile de se mettre sur le pied d'égalité avec les catholiques dans les charges

et dans les lois, mais encore de les maltraiter et de les opprimer.

« Dans un aussi grand danger et dans l'appréhension de si funestes conséquences, le saint-père se demande s'il convient de dissimuler et de se taire jusqu'à ce que de semblables projets soient réalisés et mis à exécution. D'une part, il voit qu'il y aurait un grave péril à alarmer et à irriter par des démarches inopportunes ceux qui déjà s'élèvent contre nous avec des dispositions hostiles. D'un autre côté, il craint que, si nous ne nous opposons pas à temps aux projets de nos ennemis , il ne soit bien plus difficile ensuite de les faire revenir sur les dispositions qu'ils auront déjà prises; mais, par- dessus tout, il se souvient de la menace terrible de l'Esprit-Saint : « Si speculator viderit gladium venien' lem , et non insonuerit buccina, et populus se non cuslodierit j veneritque gladiiis et lulerit de eis animam, ille quidem in iniquitate sua ccipius est; sangitinem autem ejus de manu speculatoris requiram. »

« Le saint-père connaît si bien la prudence et le zèle de Votre Excellence , qu'il veut que vous partagiez avec lui le poids de ses angoisses et de ses sollicitudes, et remet à voire sage appréciation de décider s'il convient d'adresser quelque remontrance publique et de faire un mémoire écrit , ou si, au contraire, il ne vaudrait pas mieux , pour dissiper les projets de nos adversaires , se plaindre d'abord secrètement au ministre de Russie, en lui rappelant les promesses qui furent faites il y a quelques mois , nonseulement de ne point promouvoir, mais encore d'écarter quelque plan que ce soit qui pourrait tendre à l'usurpation des biens de rÉglise.

" fl devrait cependant vous être bien plus facile de faire entrer dans nos vues le baron de Hevviezki, à cause de l'obligation qui lui est imposée comme catholique d'abord , et ensuite en vertu de la mission étroite qu'il a reçue de sa souveraine, de s'opposer à ce qui pourrait préjudicier à la religion et à l'Eglise ; et ion ne doit pas s'attendre à une grande opposition de la part du ministre de Prusse , puisque son souverain ne trouve aucun avantage immédiat dans le nouveau système inventé pour exclure les ecclésiastiques de cette très-importante propriété et adlninistration de leurs biens que lui-même leur a conservée dans la Silésie , tout en accroissant notablement leurs cliarges.

« Au roi de Pologne néanmoins, plus qu'à tout autre, appartient d'opposer tousses efforts à l'adoption de semblables pro-

jets. Vous qui le comprenez parfaitement, et qui, en découvrant sa faiblesse, en devinez encore la raison temporelle, — raison si misérable que, même considérée au point de vue purement humain, elle reçoit des exceptions; — vous, dis-je, n'aurez certainement pas omis et vous n'omettrez point d'employer les moyens les plus efficaces, et de profiter des circonstances les plus favorables, pour le décider à s'opposer à une entreprise de nature à lui attirer la haine de ses contemporains et le mépris de la postérité.

« Avec les évèques et les ecclésiastiques de distinction, il ne vous faudra employer ni grande peine ni grande fatigue pour les exciter à la défense de leurs propres droits et de leur juridiction, puisque la seule pensée de changer d'état et de fortune, et d'être réduits à tomber de l'aisance dans l'abjection et presque dans la mendicité, quand bien même le zèle de la religion ne serait pas suffisant pour les y exciter , cette pensée , disons-nous , suffirait pour leur faire comprendre la grandeur du danger qui les jnenace, éclairés qu'ils doivent être par les récentes disgrâces de l'évèque de Culm et de quelques communautés régulières.

" Aux chefs de la confédération et à tous les délégués que vous croyez être dans l'ignorance au sujet de la réforme de l'état ecclésiastique, vous pourriez faire observer avec habileté l'iiutorité que s'arrogent quelques-uns de leurs collègues, le peu de cas qu'ils font de tout le corps de la délégation, et combien il est à craindre qu'ils ne prennent aussi, pour le reste, la haute main, afin d'imposer à toute la nation un dur joug, puisqu'ils n'ont aucun scrupule de régler clandestinement l'application des biens que la religion et la piété de leurs ancêtres ont consacrés au culte divin des églises et à l'entretien de leurs ministres. »

Une semblable et admirable exhortation fut encore adressée directement au roi par le saint-père. Il lui écrivait en ces termes, le 24 juillet 1773 :

« Au milieu des longues calamités et des maux dont est affligé le royaume de Pologne, nous conservons l'entière certitude, nonseulement que la bonne volonté de A'otre Majesté pour défendre la religion ne se sera point refroidie, mais qu'elle se sera au contraire rallumée, et que son zèle envers l'Église et le saint-siége apostolique, ainsi que sa haute x>iété, se seront encore augmentés.

« Cependant, les fonctions du ministère pontifical, et la grandeur de notre amour paternel envers vous, semblent exiger de nous, très-cher fils en Jésus-Christ, que nous vous encouragions,

ET KUROPE SEl'TEM'RIONALE. 311

par nos exhortations, à travailler digiienient à ce qui intéresse surtout si \ivcnient la vraie et solide félicité de votre royaume et la vôtre. Puisque, parmi tous les iiieufaits du Seiyniur, le premier et le plus grand que vous en ayez reçu, celui même à qui vous devez d'être assis sur ce trône, c'est le don de la foi et de la religion , il convient, assurément, que tous vos soins et toutes vos pensées soient tournés vers la protection et la défense de cette même foi.

« Pour l'affaiblir. Lien des efforts et des tentatives sont faits, mais les plus dangereux de tous, peut-être, sont ceux qui , sans l'attaquer à l'improviste et de force ouverte, la dépouillent cependant peu à peu de sa puissance et de ses appuis, et l'exposent ainsi sans défense aux violences et aux injures de tous. Si, en effet, on viole l'un après l'autre les droits de l'Église, si l'on dépouille le clergé de ses biens et de ses prérogatives, si l'on enlève les choses saintes, consacrées au culte divin et destinées à l'entretien des prêtres ; alors quand on verra les ministres du sanctuaire affaiblis et privés des moyens de subvenir aux besoins de leur troupeau, la sainteté de la religion elle-même perdra peu à peu son prestige, et bientôt le sanctuaire lui-même sera abandonné et désert.

« Soyez donc assuré que vous aurez fait une œuvre d'une haute importance pour Tiutégrité de la religion et de la foi, et que vous aurez bien mérité de la divine miséricorde, si vous parvenez à éloigner de l'I^glise ces malheurs, autant qu'il est en votre pouvoir, et si vous conservez sans atteinte et sans diminution ces biens qui lui ont été donnés, par la munificence de vos pères et la piété admirable de votre nation, pour augmenter la beauté et la dignité de la maison du Seigneur.

« Nous croyons enlièrem(?nt superdu de vous faire ressouvenir du devoir étroit et sacré que les rois ont contracté de défendre l'Kglise, sa législation et ses droits; de vous rap[)eler la l'eligion du serment que vous avez prêté le jour même de votre couronnement, et la grande inlluence que le bon exeinplc des princes exerce ordinairement sur les peuples ; car nous savoïis que toutes ces raisons sont déjà profondément gravées dans votre cœur. Nous vous dirons une seule chose : c'est que, si vous vous montrez ouvertement le protecteur de l'Église , vous gagnerez infailliblement l'amour et le respect universel de vos sujets. Les ministres de la religion adresseront avec de grandes instances à Dieu leurs prières et leurs supplications, afin d'obtenir, même dès cette vie, un honneur et

une gloire immenses pour récompenser un prince qui aura montré tant de zèle pour soutenir le culte divin, l'Eglise tt ses ministres; ils demanderont que le Seigneur daigne accomplir en vous, d'une manière solide et durable, sa céleste promesse, et glorifier celui qui aura procuré sa gloire.

« Nous terminerons notre exhortation paternelle en vous adressant, pour vous engager à préférer à toutes choses le bien de l'Église, ces paroles qu'adressait autrefois le bienheureux saint Céiestin F' , notre prédécesseur, au pieux empereur Théodose : " A'^otre clémence, » lui disait-il, « doit montrer plus de sollicitude pour maintenir la paix des églises que pour garantir la sécurité de toute la terre. Ce que vous faites pour le repos de l'Église et pour l'honneur de la sainte religion, vous le faites en même temps pour votre empire lui-même. « ]\ous répéterons les mêmes paroles à Votre Srajesté, et nous lui recommanderons pareillement les intérêts de l'Église et du culte divin ; car, pendant que vous employez à les soutenir votre zèle et vos efforts, nous sommes certain que vous travaillez en même temps pour votre bien et pour les intérêts de votre royaume.

«Recevez, très-cher fils en Jésus-Christ, ces marques de la confiance particulière que nous avons dans la grandeur de votre piété et de l'amour suprême que le souverain pontife vous porte ainsi qu'à toute votre royale famille, Notre vénérable frère Joseph, archevêque de Béryte, vous entretiendra plus au long de ces choses en notre nom, et nous vous prions instamment, avec l'entière confiance que vous accueillerez cette demande, de vouloir l)ien entourer ce prélat de toutes les marques de votre bienveillance et de votre royale protection. >'

X\II. — Afin de saper davantage encore et avec plus d'efficacité le catholicisme en Pologne, les puissances hétérodoxes demandèrent à la diète qu'elle supprimât les anciennes lois du royaume qui interdisaient aux étrangers de s'y établir et d'y acquérir des immeubles, afin de pouvoir ainsi l'inonder de dissidents et de schismatiques.

L'état malheureux dans lequel le commerce et l'industrie étaient tombés en Pologne leur fournit un prétexte, et il faut avouer que ce prétexte était fondé. Dans aucun pays de l'Europe le commerce n'était dans une si déplorable situation. Clément M V se hâta d'avertir les Polonais du danger que leur ferait courir l'abolition des lois mentionnées, et, tout en reconnaissant et dé-

plorant la décadence de leur commerce , il leur conseillait sagement, au lieu d'abroger des lois utiles, d'abolir plutôt le détestable esclavage qui, à cette époque, déshonorait encore la Pologne aux yeux de la chrétienté tout entière : « Quant aux prétendus avantages politiques qui, en définitive, se réduisent tous à une augmentation de population, » écrivait, par l'ordre du saint-père, le cardinal secrétaire d'État à monseigneur Garampi, dans une dépèche en chiffres du 21 août 1773, « et dont les conséquences, dit-on, seraient l'établissement de manufactures et la culture des terres, on a déjcà réj)ondu plusieurs fois que la conservation de la religion dominante, unique moyen de procurer la paix publique du royaume, doit prévaloir et l'emporter sur quelque autre avantage accidentel que ce puisse être ; qu'en maintenant les lois fondamentales du royaume qui interdisent aux étrangers de pouvoir y acquérir des biens immeubles, les manufacturiers viendraient s'engraisser de l'argent des Polonais et le transporteraient ailleurs ; et enfin, que l'agriculture ne sera jamais daîis un état plus prospère et ne fleurira jamais en Pologne, jusqu'à ce que Von y abolisse la loi de l'esclavage et le commerce abominable que font les juifs, qui transportent et qui vendent des esclaves polonais aux nations voisines, en dépit de la célèbre encyclique A quoprimum, de 1751, émanée de Benoît XIV, notre prédécesseur de sainte mémoire, et en dépit aussi de toutes les lois ecclésiastiques qui prohibent ce négoce affreux. »

XXITI. — Les dernières et puissantes exhortations du successeur de Pierre n'étaient pas demeurées entièrement stériles. Stanislas-Auguste et plusieurs membres de la confédération , mais surtout les évèques, appuyèrent avec vigueur les efforts vraiment héroïciues que faisait le nonce apostolique pour la garantie des droits de l'Église catholique dans les provinces cédées à la Prusse et à la Russie. Celui-ci en informe le saint-père en date du 1"^ septembre : « Une seule chose me console, » dit-il, « au milieu de tant d'infortunes, c'est que, quoiqu'on ait corrompu presque tout le monde à prix d'or, quoique l'ambassadeur russe continue à faire pleuvoir à pleines mains de l'argent sur tous les membres de la confédération, il y en a plusieurs encore, malgré cela, qui prennent à cœur les intérêts de l'Kglise; ce sont, entre autres, les évêqucs et quelques chefs delà confédération elle-même, lesquels me laissent au moins pleine liberté de parler et d'agir, et ne refusent pas de se concerter avec moi au sujet des mesures à prendre. Si la conclusion finale du traité

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