‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 10 sur 378 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

jetée sur la tombe de Rome païenne; Honorius qui, jusqu'à ce jour, avait établi sa résidence à Milan , transporta le siège de l'Empire à Ravenne dont les remparts lui présentaient plus de sécurité ; cette ville devint le centre de la vie politique agonisante et conserva son titre de capitale , même sous les Lombards.

La pars ne fut pas de longue durée ; à la fin de l'année 406 , de nouvelles races barbares apparurent , hordes innombrables , presque toutes originaires de la Germanie . composées de Vandales , de Suèves et de Bourguignons , poussés sans doute en avant par la grande famille des Huns ; ils pénétrèrent dans la Haute-Italie. Aie vu4 tête marchait Rhadagaise, chef vandale , qui , en abandonnant la Germanie , avait juré d'immoler jusqu'au dernier des Romains sur les ruines du Capitole. La faiblesse extérieure et intérieure de l'Empire ne permettait plus , depuis longtemps , de regarder le Danube comme sa frontière au nord. Stilicon qui , avec bien des difficultés , avait rassemblé dans ce pays épuisé une trop faible armée , se vit forcé à se contenter de défendre la Péninsule. Il donna , dans cette circonstance critique , de nouvelles preuves de son vaste génie militaire. Se sentant hors d'état de soutenir en plaine la lutte contre les bataillons nombreux et aguerris des Barbares , 11 adopta aVec habileté contre eux la tactique qui lui avait déjà réussi contre Alaric $ il le cerna et le tint renfermé •dans ses retranchements 5 la famine obligea les Barbares d'attaquer les lignes romaines , et n'ayant pu les forcer, ils furent contraints de se rendre à discrétion , près de Florence. Rhadagaise fut fait prisonnier et trouva dans les fers la mort qui l'avait épargné sur le champ de bataille.

Malgré cette victoire éclatante , l'excessive faiblesse

de l'Empire était déjà si évidente et si irrémédiable qu'il était impossible de ne pas regarder sa chute comme certaine et prochaine. Stilicon lui-même comprit q 'il n'était plus en son pouvoir de conserver les provinces éloignées , comme la Gaule , et que ses plans de défense devaient se réduire à l'Italie, dont les limites étaient devenues celles même de l'Empire d'Occident. En conséquence , tous ses efforts furent dirigés dans le but d'engager les Barbares à quitter la Péninsule. Il ne put donc empêcher que les débris , encore redoutables , de l'armée de Rhadagaise ne traversassent l'Allemagne où ils se réunirent aux Alains , tombèrent sur la Gaule, défirent les Francs soumis aux Romains , ravagèrent la riche Provence et mirent fin à la domination romaine dans ces contrées.

Ce fut précisément vers la même époque, en 407, que la Bretagne, plus éloignée encore, n'espérant aucun secours de l'Empire contre ce torrent de Barbares , voulut se donner un empereur. L'armée qui occupait ce pays, après avoir revêtu successivement de la pourpre deux de ses généraux, la donna enfin à Constantin, rejeton d'une ancienne famille des rois Bretons. Celui-ci , plus heureux que ses deux prédécesseurs , sut se Maintenir en possession du pouvoir; il fit plus encore, il l'augmenta par la conquête de la Gaule et de l'Espagne. L'empire d'Occident se trouva donc réduit par le fait à Fltalie et à la possession précaire de l'Afrique ; toutes les provinces se détachaient les unes après les autres de ce grand corps , comme des pierres qui tombent d'un édifice vermoulu.

Dans cet état d'une décadence de plus en plus inquiétante , Alaric, qui avait repris son ancienne position sur la frontière des deux Empires , toujours prêt à se jeter

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