CHAP1THE I
pénétré dans les provinces septentrionales de l'empire et s'étaient immédiatement dirigés sur la Grèce , qui leur promettait un riche butin. Athènes , Corinthe , Sparte , tout ce beau et fertile pays fut dévasté ; ces hordes barbares détruisirent les monuments les plus célèbres de l'antiquité païenne qui survivaient encore à tant de désastres. Un secours devenait urgent; mais l'empereur d'Orient, Arcadius, était hors d'état de protéger ses propres provinces. Stilicon , comprenant que , dans un danger si imminent, toute autre considération devait être sacrifiée , et convaincu qu'il fallait combattre dans U personne d'Alaric l'ennemi de l'Italie non moins que le dévastateur de la Grèce, rassemble à la hâte une armée, ï embarque pour ce dernier pays, remporte une victoire signalée sur les Barbares, et les cerne si étroitement dans l'Élide que ce n est que par les plus grands efforts , et favorisé par la réunion de plusieurs circonstances fortuites, qu'Alaric parvint à se sauver en Êpire. Mais déjà les triomphes de Stilicon avaient éveillé la méfiance et la jalousie de la cour de Byzance ; les empires en décadence sont aussi incapables de produire les hommes supérieurs que d'utiliser leurs services. La cour de Byzance craignait le vainqueur des Barbares plus encore que les Barbares eux-mêmes; Arcadius, dirigé par les conseils des eunuques , tremblants devant les succès de Stilicon , conclut un accommodement avec Alaric. Le général, arrêté dans le cours de ses victoires, se retira profondément blessé , sans vouloir ajouter aux malheurs qui désolaient les provinces les horreurs de la guerre civile. Ce fut seulement l'année suivante que la faiblesse et la fausse politique de la cour de Byzance se montra tout à fait à découvert. Arcadius, inspiré soit par sa jalousie contre Stilicon, soit par le sentiment de son im-
puissance , qui lui faisait préférer de gagner l'ennemi à l'aide de lâches complaisances plutôt que de le mettre hors d'état de nuire par la force des armes , Arcadius chercha à former une étroite alliance avec Alaric , en le nommant général en chef de la préfecture d'Illyrie. C'est ainsi que le roi des Goths entra au service de l'empire d'Orient, non pas qu'il eût l'intention de rester son sujet, mais parce qu'il acquérait une position importante sur la frontière des deux empires , ouverts désormais l'un et l'autre à ses incursions.
On remarquera dans ces chefs barbares une habileté de conduite , une prévoyance dans toutes leurs combinaisons qui, jointes à la vigueur de leurs attaques par masses innombrables , devaient infailliblement triompher de l'incapacité et de l'imprudence des derniers maîtres de l'Empire romain. La barbarie sauvage des peuples incultes est destinée à châtier la barbarie savante et policée des peuples corrompus.
La situation créée par la politique de concessions de la cour de Byzance avait jeté toutes les provinces dans l'inquiétude et l'effroi, et ne pouvait pas être de longue durée ; il fallait que la crise éclatât. Alaric , soit en cédant aux instigations, ou, selon quelques historiens, aux ordres positifs d' Arcadius , soit que la florissante Italie lui offrît une proie plus attrayante que celle des provinces épuisées de l'empire de Byzance, passa les Alpes dans l'automne de 402, s'empara du pays jusqu'à Milan et fit trembler sur son trône le jeune et efféminé Honorius, empereur d'Occident.
Dans un danger si menaçant , le salut de l'Empire dépendait de Stilicon seul , qui , en cette occasion , déploya une grandeur d'âme et un courage dignes des exploits depuis longtemps oubliés de la vieille Rome.
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Malgré les obstacles que lui opposaient les localités , la saison , l'effroi inspire par les Barbares et les bandes victorieuses d? Alaric, il sut, par une activité infatigable et une rapidité prodigieuse , réunir une armée principalement composée des garnisons répandues sur les bords du Rhin ; il les conduisit dans la Gaule, et marcha contre Alaric. Le chef des Goths s'était approché de Milan; l'empereur Honorius' prit la fuite; mais au lieu de se rendre à Rome qui , à l'heure des périls , était la ville que l'on cherchait à mettre en sûreté , Honorius laissa l'Italie ouverte à l'ennemi et courut se réfugier dans la Gaule , où plusieurs villes fortifiées , et Àsû entre autres , lui offraient la protection de leurs remparts. Ce fait prouve que , dès cette époque , Rome avait perdu une grande partie de son importance politique, comme capitale de l'Empire ; le véritable centre du gouvernement s'était rapproché de la Haute-Italie où plus tard se forma un nouveau royaume , celui des Lombards.
Dieu , qui dirigeait la marche des événements, enlevait à la Rome païenne sa prédominance, pour la préparer à devenir la capitale du monde régénéré, qui devait sortir tout formé de cette grande mêlée des peuples anciens et nouveaux.
Alaric poursuivait l'empereur fugitif et le tenait bloqué dans Asti , quand tout à coup Stilicon parut , et, comme naguères en Grèce , cerna si étroitement les Goths qu' Alaric eut besoin de toute son énergie pour relever le courage abattu de ses soldats. Enfin, les Goths ne trouvant plus d'issue d'aucun côté , la bataille se livra le jour de Pâques , 29 mars 403 , près de Pollentia. Les récits contradictoires des historiens ne permettent pas de décider de quel côté se déclara la vie-
Irf SAINT LÉON-LE-GRAND.
toire , mais il est certain qu'elle ne fut complète ni d'un côté ni de l'autre» La suite des événements montra qu'en effet ni les Goths ni les Romains ne furent totalement défaits ; mais , en admettant que l'issue du combat eût été plutôt favorable aux premiers , leur position n'en resta pas moins fort précaire. Sans demeure fixe , les Goths ne possédaient point de patrie où ils pussent se retirer, en supposant qu'un second combat donnât la victoire aux Romains. Les plaines de la Pannonie , de la Thrace , de la Macédoine , où les peuples barbares campaient avant leur invasion en Italie , étaient alors occupées par d'autres peuples barbares qui avaient suivi leurs traces -, il ne leur restait donc , en cas de défaite 9 d'autre refuge que les hauteurs inaccessibles des Alpes « On ne peut s'empêcher d'admirer la résolution d'Alaric 5 lorsqu'affeibli par plus d'un combat meurtrier et par dé longues marches et contre-marches , il se décida néan* moins à marcher sur Rome et à jouer toute sa fortune 4 Stilicon , devinant son projet , suit le chef barbare et sauve pour quelque temps Rome et l'Empire, non pas en risquant une nouvelle bataille > car il sait combien il est dangereux de lutter contre un ennemi réduit au désespoir, mais en négociant avec lui. Alaric, ajournant à une autre époque l'exécution de ses desseins, consent à évacuer T Italie , moyennant le paiement d'une pension > et la promesse de n'être pas inquiété dans sa retraite.
L'Empire se trouva donc délivré ) du moins pour lé moment , du danger qui le menaçait , et le repos intérieur fin rétabli ; car une révolte de Gildon, gouverneui* de l'Afrique , fut promptement étouffée , et Rome vit 5 pour la dernière fois j son empereur entrer triomphant dans ses murs éternels. Cette solennité fut la couronne