‹ Histoire du pontificat de S. Léon-Le-Grand et de son siècleChapitre 11 sur 378 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sur l'un ou sur l'autre, menaçait sans cesse l'Occident d'une nouvelle invasion. Cette crainte ne tarda pas à se réaliser. Afin de posséder un prétexte pour recommencer la guerre, le chef des Goths réclama un prix exagéré pour des services qu'il n'avait pas rendus, et la politique méprisable des Byzantins appuya ses prétentions, parce que son désir alors était d'affaiblir l'Empire d'Occident, à qui la victoire remportée sur Rhadagaise paraissait donner trop de puissance ! Stilicon proposa d'accorder à Alaric , après tout ce qu'il avait déjà obtenu , cette nouvelle demande , attendu qu'un refus pouvait décider la guerre et peut-être la destruction de l'Empire. Tout à coup, après une léthargie de plus d'un siècle et dans le moment le plus inopportun , le sénat imagina de faire entendre sa voix, et insista pour que les demandes d' Alaric fussent rejetées. Cette politique était une preuve de courage, mais non de prudence dans la situation des affaires ; car on jouait, par ce refus , les destinées de l'Empire. Sur les instantes remontrances de Stilicon, le Sénat consentit à retirer son opposition. Mais Stilicon paya de sa chute les conseils inspirés par sa prévoyance. Les peuples qui n'ont plus la force de combattre et de vivre se livrent au soupçon, à la défiance , à la calomnie et à l'assassinat contre les citoyens qui veulent les empêcher de se précipiter au devant de la mort par une énergie qu'ils sont incapables de soutenir et de régler. Le sénat, chez qui on vit se ranimer des rêves de l'ancienne liberté et de l'ancienne grandeur de Rome , précisément à l'heure où il élait impossible que ces rêves se réalisassent , au lieu de reconnaître dans la conduite de Stilicon la prudence de l'homme d'État qui sait faire la part des circonstances, crut y découvrir les preuves d'une intelligence coupable avec les Barbares. Le faible

Honorius se laissa entraîner, par les intrigues de sa cour, depuis longtemps jalouse de l'influence prépondérante de Stilicon , à partager l'opinion du sénat ; l'armée ellemême commençait à le haïr , parce qu'elle prétendait qu'il favorisait les Barbares à la solde de l'Empire , de préférence aux légions romaines. Enfin, un nouveau favori de l'empereur, Olympius, hâta sa ruine, en repr entant àHonorius que ce n'était pas lui , empereur, ^ mais Stilicon qui gouvernait , et qu'une semblable dé— '

pendance des volontés d'un Vandale était indigne du ] fils de Théodose-le-Grand 5 son honneur et sa gloire exi- J geaient qu'il se délivrât de cette tyrannie. 1

Le peuple aussi ayant fait entendre des murmures , la J perte de Stilicon fut résolue. Un grand nombre de hauts I

fonctionnaires de l'Empire, tous amis de Stilicon, furent 1 massacrés au camp de Pavie par là foule ameutée et en présence de l'empereur lui-même qui approuvait ces assassinats. Quand la nouvelle en arriva à Bologne, où Stilicon se trouvait dans le camp des auxiliaires Barbares , ceux-ci crièrent hautement vengeance contre un si coupable attentat, et déclarèrent à Stilicon qu'ils étaient prêts à combattre les légions romaines et à le suivre partout où il les conduirait. C'est alors que l'on vit combien cet homme si calomnié était au-dessus des accusations de ses envieux et de ses ennemis. Au moment même où l'on prétendait qu'il voulait mettre son fils Eucher sur le trône , il refuse les offres d'une armée vaillante et aguerrie , qui lui est dévouée , et avec laquelle il lui eût été facile de s'emparer du souverain pouvoir 5 il prend cette détermination quand sa perte est devenue inévitable, si, en laissant échapper cette dernière occasion, il se livre à la rage sanguinaire de ses ennemis. Mais toutes ces considérations personnelles disparaissent aux yeux

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