CHAPITRE VIT
autant de grâce que de facilité ; elle savait parfaitement l'histoire et cultivait avec goût les différentes parties de la littérature : on ne s'étonnera pas de la voir accorder la plus noble protection aux hommes de lettres et aux savants. Pulchérie s'appliqua à conserver avant tout la paix et l'union dans le sein de sa famille. Pour prévenir les divisions qu'auraient pu amener son mariage et celui de ses sceurs , elle les décida , par ses conseils et par son exemple , à se consacrer à Dieu. Le vœu solennel des trois filles d'Arcadius fut inscrit sur des tablettes d'or enrichies de diamants , qui furent déposées dans la cathédrale de Constantinople. Le palais impérial devint comme un monastère et une école où les princesses partageaient leur vie entre la prière, l'étude et le travail des mains. Au milieu des grandeurs, sainte Pulchérie pratiquait des mortifications et des austérité» inconnues dans les cours des princes. L'entrée de son appartement et celui de ses sœurs était interdite aux personnes d'un sexe différent -, elle ne voyait les hommes et ne leur parlait qu'en public.
Elle voulut se charger elle-même de l'éducation de l'empereur son frère. Les maîtres les plus habiles et les plus vertueux furent choisis , et elle s'appliqua surtout h inspirer au jeune Théodose de grands sentiments de piété , convaincue que les plus belles qualités et les connaissances les plus variées sont inutiles et souvent dangereuses sans la religion. Elle lui apprit à prier avec ferveur, à aimer tout ce qui avait rapport au culte divin, à défendre avec zèle la doctrine de l'Église catholique. Si, comme nous l'avons vu, ce jeune prince ne répondit pas mieux à des soins si éclairés , c'est qu'il existe des caractères dont la faiblesse fait avorter les plus belles qualités , et il se rencontre toujours des intrigants et
des ambitieux pour exploiter cet incurable défaut. L'exactitude avec laquelle sainte Pulchérie remplissait ses devoirs de piété ne l'empêchait pas de s'occuper de tous les détails du gouvernement 5 elle assistait à toutes les séances du conseil , et rédigeait elle-même toutes les délibérations importantes ; mais elle était toujours humble et modeste dans l'exercice de l'autorité la plus absolue , et loin de vouloir s'attribuer le mérite de tout le bien qu'elle faisait, elle en rapportait la responsabilité à son frère , sentant combien il importait de conserver à l'empereur le respect et l'affection des peuples. Cet éloge est encore de Gibbon (1).
Pendant les années où sainte Pulchérie tint les rênes du gouvernement, l'Eglise fut libre , son action soutenue, son influence propagée, la vertu honorée et la justice pratiquée 5 les peuples ne furent jamais plus heureux dans ces temps de décadence et de dissolution des empires , et le nom romain ne fut jamais plus respecté, même des Barbares. Cette situation prospère se prolongea jusqu'à l'époque du mariage de Théodose avec la belle Athénienne , qui prit, après son baptême, le nom d'Eudocie. Nous avons raconté cet événement romanesque (2). Le pouvoir exercé par Pulchérie ne tarda pas à exciter la jalousie de sa belle-sœur, qui lui devait la couronne impériale -, ces vils sentiments furent entretenus par l'eunuque Chrysaphius.
Pulchérie dirigeait encore les affaires quand se tint à Kphcse, en 431 , le concile qui condamna Nestorius. Elle eut la plus grande part à la convocation de ce concile 5 et , en mémoire du triomphe remporté par la vérité
(1) Gibbon, tl Moire de la décadence ei de ta chute de V Empire romain, t. VI, clip, xxxii. !
(2) Voyez page 35.