CHAPITRE VII. S
catholique , elle fit ériger, sur le port de Constantinople, une basilique dédiée à la Mère de Dieu. L'hérésie et les politiques ennemis de la liberté de l'Église comprirent qu'ils ne réussiraient jamais dans leurs projets , tant que la sainte resterait à la tête du gouvernement. Ils redoublèrent donc leurs intrigues auprès de l'empereur, dont ils parvinrent à indisposer l'esprit contre sa sœur. Ils mirent à profit une circonstance dans laquelle Pulchérie , en voulant donner une leçon utile à Théodose, le blessa vivement ainsi que sa femme l'impératrice Eudocie.
Pulchérie, pour corriger son frère de l'extrême facilité avec laquelle il signait les requêtes qui lui étaient soumises , le plus souvent sans regarder ce qu'elles contenaient , s'avisa de lui en présenter une où elle le priait de lui céder sa femme Eudocie , et de consentir qu'elle devînt son esclave. Théodose , recevant une requête de la main de sa sœur, ne manqua pas de la signer immédiatement , et de la lui rendre sans l'avoir lue. Peu de temps après , Eudocie étant allé rendre visite à Pulchérie, celle-ci fit arrêter sa belle-sœur dans le palais, disant qu'elle lui appartenait comme esclave. L'empereur averti parut tres-surpris de cette action, et réclama avec colère la liberté de sa femme; alors Pulchérie lui fit lire l'acte de cession qu'il avait signé; après lui avoir montré , par cet exemple, le danger auquel il s'exposait en signant si légèrement les pièces qui lui étaient présentées, elle lui renvoya l'impératrice. Théodose conserva de l'humeur et du dépit de cette leçon 5 et , de son côté , Eudocie, déjà très-jalouse de l'autorité exercée par sa belle-sœur, ne put lui pardonner l'affront qu'elle avait reçu. L'eunuque Cbrysaphius ne manqua pas d'exploiter les sentiments qui animaient Théodose
et Eudocie contre Pulchérie. Cette princesse, voyant bien que, dans la disposition d'esprit de son frère, elle ne pouvait plus rendre les mêmes services , prit la résolu^ tion de s'éloigner elle-même de la cour. En l'année 447 , elle se retira dans une de ses maisons située hors de Constantinople , au milieu de l'Hehdomon, lieu fort agréable , rempli de magnifiques édifices, qui formaient le plus beau des faubourgs de cette grande ville , sur les bords de la mer de Marmara.
Pulchérie passa trois années dans cette retraite , au milieu des exercices de piété et des bonnes œuvres. Elle remerciait Dieu de la paix et du calme dont elle jouissait. Jamais on ne l'entendait se plaindre ni de l'ingratitude de son frère , ni des intrigues et des violences de l'impératrice , ni de l'injustice des ministres. Son bonheur était le silence et l'oubli du monde ; mais oe bonhur ne tarda pas à être troublé par la vue des désordres et des attentats qui furent la suite de sa retraite des affaires. Maîtres du gouvernement, les hérétiques et les politiques, ennemis de la liberté de l'Église, se servirent de la faiblesse de Théodose pour persécuter saint Flavien et se livrer aux actes de violence et de fureur, qui aboutirent , en 449 , au brigandage d'Éphèse. On a vu avec quelles instances saint Léon réclama l'intervention de Pulchérie pour mettre fin aux calamités qui désolaient l'Église. Voici le texte de la lettre synodale que saint Léon écrivit à cette princesse, le 15 octobre 449, après le concile assemblé à Romej on jugera de la haute confiance inspirée au Pape et aux évoques d'Occident par la piété, le zèle et l'intelligence de Pulchérie.