CHAPITRE TU. 9fff
3(M, fils d'un simple soldat, sa piété, la régularité de les mœurs, son courage et sa capacité militaire lavaient fait distinguer. On citait de lui une action qui montrait toute la générosité de son caractère. Apres la mort de ion père , il se rendait à Philippopoli (4) pour se faire enrôler dans cette ville parmi les troupes que l'on assemblait , quand il rencontra sur 0a route le corps d'un homme assassiné; touché de oompassion, il s'arrêta pour lui rendre les derniers devoirs. Quelques passants l'ayant va dans cette charitable occupation, le prirent pour l'as* saura, le dénoncèrent au magistrat, qui le fit arrêter, et, sur la déposition de ces témoins, le condamna à avoir la tète tranchée. Mais Dieu veillait sur cette tête innocente ; le véritable meurtrier fut découvert , et la bonne oeuvre du pauvre volontaire ayant été connue, devint pour lui un titre de recommandation et d'avancement. Après plusieurs campagnes , il s'attacha au général Àrdabure, qui le donna dans la suite à son fils Aspar, en qualité de secrétaire et de capitaine des gardes. En 432 , il accompagna Aspar dans sa malheureuse expédition d'Afrique contre les Vandales et fut fait prisonnier. L'historien Procope raconte que Marcien et d'autres captifs furent conduits dans la cour du palais pour être passés en revue par Genséric. Accablés par l'ardeur d'un soleil brûlait, ils s'étaient assis, et Marcien s'endormit ; un aigle, planant tout à coup au-dessus de sa tête, intercepta les rayons du soleil et le couvrit d'une ombre bienfaisante. Genséric aperçut, par hasard, ce prodige du haut du palais , et convaincu que le ciel destinait Marcien à devenir empereur, il lui rendit la liberté, après lui avoir fait jurer de ne jamais porter les
(I) Aujourd'hui Filibe, dans la Turquie d'Europe, en Roumélie.
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armes contre les Vandales (1). Rentré dans Tannée romaine, il continua de se distinguer par sa valeur et sa piété, devint sénateur et tribun militaire. A l'époque de la mort de Théodose , il était veuf et n'avait qu'une fille nommée Euphémie , qu'il maria à Ànthemius, qui devint empereur d'Occident.
Tel était l'homme qu'une fortune extraordinaire appelait à porter la couronne impériale de Théodose-le- Grand. Dès que l'empereur eut rendu le dernier soupir, sainte Pulchérie appela Marcien, et lui apprit qu'en considération de sa vertu' elle l'avait choisi pour partager l'Empire avec elle et devenir son époux, mais à condition qu'il respecterait son vœu de virginité. Elle avait cinquante-deux ans , et Marcien cinquante-huit. Pulchérie fit assembler le sénat, les magistrats, les grands officiers, et le patriarche avec les principaux membres de son clergé. Dans sa comédie héroïque de Pulchérie , Corneille trouve encore quelques beaux vers pour peindre cette situation :
L'Empire est à donner, et le sénat s'assemble Pour choisir une tête à ce grand corps qui tremble , Et dont les Huns, lesGoths, les Vandales, les Francs Bouleversent la masse, et déchirent les flancs (ï).
Après avoir exposé la dernière volonté de l'empereur, son frère, et parlé des qualités connues de Marcien, Pulchérie déclara devant le patriarche qu'elle le prenait
(1) Procope , lîv. I , chap. iy.
(2) Corneille , Pulchérie, scène I«. — Celle œuvre esi une production de la décadence du génie de Corneille. Un des motifs donnés au maintien de la virginité de Pulchérie en épousant Marcien , c'est le désir de rester fidèle à son amour pour un autre sénateur qui n'avait pu ôtre élu empereur! Le vieux Marcien, de son côté, parle d'amour à Pulchérie comme un jeune homme de vingt ans. Grâce pour Pulchérie , au nom de Polyeucte.